Notre feuilleton de l’été “Les récoltes du siècle futur” Par Hélène Lacheret Sixième partie : L’abandon ou la responsabilité ?

novembre 11, 2009 at 11:42 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins, Mémoire et histoire, Politique, Société, social | Leave a Comment
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Notre feuilleton de l’été

“Les récoltes du siècle futur”

Par Hélène Lacheret

Sixième partie : L’abandon ou la responsabilité ?

I

La pétition avait recueilli mille deux cent cinquante et une signatures, dont un bon tiers était dû à l’activisme de Kader. Les jeunes avaient fièrement tout photocopié avant d’envoyer en grande pompe et en recommandé les originaux à la société de H.L.M. L’action avait même eu droit à un entrefilet dans la presse locale. Maintenant, ils attendaient.

Catherine avait à présent des permissions de sortie. Chaque retour était pour elle l’occasion de se sentir extraordinairement choyée, c’était à qui lui apporterait le premier perce-neige, ou un gâteau fait maison, un magazine pour se désennuyer… Malgré la maladie et sa faiblesse physique, elle rayonnait. L’assistante sociale appelait régulièrement pour lui faire part de l’avancement du dossier. Comme Catherine était prioritaire, la préfecture avait déjà fait deux offres de logements qui auraient pu être accessibles financièrement, mais qui étaient malheureusement situés dans des communes vraiment trop éloignées et qu’elle avait refusées pour cette raison. Plus que jamais, maintenant qu’elle savait ses jours en danger, elle excluait d’éloigner ses enfants de leurs repères. Elle avait terriblement maigri et n’avait même pas la force de parcourir à pieds les quelques neuf cents mètres qui séparaient la loge de l’hôtel. Alors c’était la famille d’Ali qui faisait le déplacement. M. Ulcert s’était fait huer par les jeunes du quartier, un jour qu’il s’était permis un commentaire désobligeant sur ces allées et venues.

La formation de Gaëlle se poursuivait de façon très positive. Jamais elle ne laissait paraître sa fatigue, elle redoublait d’efforts, au contraire, pour être sûre d’obtenir son diplôme.

Michaël voyait se profiler le conseil de classe du deuxième trimestre et tâchait de masquer son inquiétude : ses résultats s’étaient encore dégradés, sauf en français.

Xavier était finalement content de ne pas avoir de travail car il remplaçait entièrement sa mère à la loge, officieusement, malheureusement. Il avait envoyé sa candidature, rédigée à l’aide de Leïla, mais il n’avait toujours pas obtenu de réponse. Tout leur sort semblait à présent être placé entre les mains des décideurs de la société de H.L.M. et ceux-ci ne paraissaient guère pressés de se prononcer.

Les soirées chez Ali se poursuivaient, mais elles avaient pris un tour moins formel. Presque tous les soirs, plusieurs personnes se retrouvaient dans l’arrière-salle et travaillaient sur un point donné. Avec l’aide de Marie, la bibliothécaire, ils formaient une sorte de club-lecture et s’appropriaient les informations sur un sujet donné puis rédigeaient un argumentaire sur le thème, qui leur permettait de continuer leur rôle “d’éducateurs permanents”, comme ils se définissaient eux-mêmes. Kader était parti en Italie, mais des jeunes qu’il avait sollicités au moment de la pétition venaient régulièrement participer aux soirées. Et c’était touchant de voir ces jeunes, ex-mauvais élèves, s’acharner à comprendre des notions apparemment complexes, portés par l’espérance d’un monde où ils auraient un avenir.

Davos avait eu lieu à la fin janvier, comme tous les ans, et était un peu passé au second plan de leurs préoccupations tant ils étaient mobilisés par la situation des Maheu. Cependant, Julien s’y était rendu avec des militants d’Attac, grâce à des cars mis à la disposition des manifestants par la mairie de Saint-Denis. Il en était revenu heureux des rencontres qu’il avait pu faire pendant le trajet mais aigri par l’impression que “ces gens-là” étaient tellement bardés de certitudes, tellement enfermés dans leur vision du monde, voire dans leur monde tout court, avec ses grilles défensives, sa police à son service, qu’il n’était même pas pensable d’essayer de dialoguer avec eux. Il regrettait presque d’avoir fait ce déplacement alors qu’au même moment, il aurait pu assister au colloque de Morsang-sur-Orge réuni sur le thème du rôle des collectivités locales dans la résistance face à la mondialisation libérale. Il avait adhéré à Attac suivi en cela par d’autres mais allait surtout aux réunions organisées au niveau de sa fac. Ces adhésions leur permettaient de faire partie du réseau des résistants, ils disposaient d’informations introuvables ailleurs qu’ils commentaient et qui renforçaient leur détermination. Ils avaient demandé à Ali la permission de copier certaines citations particulièrement choquantes et de les afficher dans le café, telles celle-ci :

“Soit dit entre nous, la Banque Mondiale ne devrait-elle pas encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés ? […] le calcul du coût d’une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l’accroissement de la morbidité et la mortalité…

(quel jargon ! mais vous allez comprendre)

La logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversés là où les salaires sont les plus faibles est imparable.

[…] On se préoccupera évidemment beaucoup plus d’un facteur qui augmente de manière infinitésimale les risques de cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour avoir cette maladie que dans un autre où les enfants meurent avant l’âge de cinq ans.”

Lawrence Summers, note interne de la Banque Mondiale, 1991.

Et il faut dire que leur lecture avait beaucoup d’amateurs qui poussaient ensuite des protestations nourries, noircissant l’espace réservé aux commentaires avec des phrases comme celles-ci : “Gaffe, les moutards, avant d’atterrir, vous risquez de tomber dans un berceau de dioxine !” ou “A combien est évalué le taux de pollution absorbable par un smicard en terme de profit ?” ou encore : “Summers, as-tu eu le culot de mettre des enfants au monde ?” Un jour, ces lecteurs finissaient par franchir la porte de l’arrière salle. Une activité de ruche régnait désormais dans celle-ci : on avait même installé une étagère dans un coin et acheté en commun un ordinateur d’occasion. Plus que jamais, l’hôtel d’Ali était le centre vital du quartier.

Julien, lui, ne décolérait pas devant quelque chose qui lui paraissait vraiment une perversion : “Même des médias pas trop mal intentionnés nous traitent d’anti-mondialistes. Ça me fout hors de moi : regardez-nous. Sommes-nous des pauvres frileux ratatinés sur notre petit horizon national par peur des autres ? Y a pas plus ouverts que nous. Et c’est M. Ulcert qui tient des discours libéraux pas possibles en disant que chacun peut réussir s’il le veut, que les chômeurs et les assistés sont tous des feignants qui profitent du système et qui est raciste que c’en est pathétique, qui passe pour l’homme “moderne”, ouvert intellectuellement, faisant des choix dictés par la raison et non par un vague sentimentalisme. Ah non, je ne peux plus supporter ça. En j’en ai relevé d’autres, de perles pareilles dans la presse : ils assimilent libéralisme et liberté. Quelle honte ! Tous ceux qui sont morts pour la défense de la liberté doivent danser la sarabande dans leur tombe. Comme si la liberté humaine se résumait à la capacité de faire du fric ! Mais pour quoi faire, le fric ? Ce n’est qu’un moyen. Et puis ce qu’ils sortent sur la croissance ! Comme si la croissance était la solution à tous les problèmes : sortez vos calculettes ; croître de trois pour cent l’an dans un monde fini, ça nous emmène en combien de temps à l’implosion ?

Nous, nous essayons de former une véritable communauté humaine, nous, nous avons le souci de nos semblables et ce n’est pas que des mots, nous le montrons dans le quotidien, mais eux, ce sont des sales individualistes égoïstes qui n’ont d’autre souci que leur intérêt et après eux le déluge ! Et qui habillent tout ça du discours de la modernité et de l’efficacité en nous faisant passer pour des ignares parce que nous ne pensons pas comme eux. Et que les journalistes, dont c’est pourtant le métier, ne manient pas avec plus de prudence ces mots qui sont des armes pour nous discréditer, ça me met dans une rage folle. Vous verrez que bientôt on nous appellera “terroristes”. Si tu veux tuer ton chien, accuse-le d’avoir la rage ! Qu’ils le fassent est de bonne guerre. Mais que les journalistes, ces vendus, leur emboîtent le pas, ça, je peux pas l’admettre.

- Allons, Julien, il fallait s’y attendre, dit Ali, un soir. Et il faut te préparer à pire. Pour l’instant, ils croient encore être les maîtres, alors ils font tirer sur nous par leurs valets avec des mots. J’ai connu ça pendant la guerre d’Algérie. Mais plus ils vont prendre peur, plus la riposte va être violente. Tu verras bientôt le jour où ils vont s’entourer de barbelés et faire tirer sur la foule en disant que nous sommes les agresseurs ; il faut s’y préparer, malheureusement, même si on est contre la violence. Ils ne nous laisseront pas le choix et nous aurons fort à faire pour limiter les dégâts.”

Tous restèrent songeurs devant cette éventualité à laquelle ils n’avaient pas pensé. Ils avaient l’image de Seattle, de ces groupes très organisés qui s’étaient entraînés à la non-violence et cette non-violence était déjà en soi une victoire. Ils avaient pensé que leur résistance serait toujours joyeuse et festive. Ils n’étaient pas encore préparés à l’idée qu’ils pourraient y perdre quoi que ce soit, tant il leur semblait dans la logique de la vie de devoir gagner.

“Quand les mineurs ont fait la grève, dans Germinal, les gendarmes ont tiré sur la foule. Et, après la lutte, pour la Maheude, c’était encore plus dur qu’avant parce que Maheu était mort et qu’elle se retrouvait seule avec les gosses, dit Michaël. Mais ils  pouvaient pas ne pas le faire même avec tous ces risques. Pour la dignité, pour  pas avoir honte d’eux. Et même s’ils ont perdu en apparence. Parce que c’est comme ça que l’humanité avance.

- Mais c’est quand même un terrible sacrifice, soupira Quentin. Je ne sais pas s’il existe en France, comme aux États-Unis, des groupes qui s’entraînent à la résistance non-violente. Pourtant c’est l’arme des opprimés. Gandhi et Martin Luther King ont infiniment fait avancer leur cause en plaçant leur lutte sur le plan du débat et en refusant les armes. Nous devons y réfléchir. Nous devons nous former à la non-violence.”

II

Un soir, Vladimir arriva avec un livre blanc sous le bras, un livre au titre étrange : La supplication, qu’il posa sur la table sans rien dire. Ce soir-là, Ali était allé chercher Catherine avec la fourgonnette parce qu’ils préparaient tous une exposition pour le troc et puces qui aurait lieu en mai. Ils avaient décidé, en accord avec le groupe local d’Attac auquel certains d’entre eux participaient, de profiter de la circonstance pour diffuser leurs idées et voulaient fabriquer des panneaux. Ils furent étonnés de l’attitude de Vladimir, habituellement si chaleureux, qui se taisait, comme s’il avait l’esprit ailleurs.

“Eh, Vladimir, ça va ? l’interpella Ibrahim. Vladimir mit quelques secondes à réagir :

- Non, excusez-moi, ça ne va pas. Après avoir lu ce livre, j’ai honte d’être un homme, j’ai honte d’être Russe, je demande pardon à mes enfants de leur avoir transmis la vie.

- Mais qu’est-ce que c’est, ton livre, demanda Marine.

- C’est l’enquête d’une journaliste auprès des habitants de la centrale. La première qui parle, surtout, m’a bouleversé. Je n’ai pas honte de le dire, j’ai pleuré tout le temps et… elle parlait d’amour.

- Tu parles de quelle centrale ? demanda Quentin.

- De la première qui a pris feu, Tchernobyl. La première, parce qu’on sait déjà qu’il y en aura d’autres, en Russie, en Roumanie… et qu’on ne fait rien.

- Tu ne veux pas nous en lire un passage, de ton livre ? demanda Sonia. Comme ça on pourra partager ce qui te trouble tant.

- Si, je veux bien, dit Vladimir. Peut-être que ça me hantera moins, si je le partage avec vous.” Et il lut, de sa grosse voix rocailleuse, aux silences éloquents :

“Je ne sais pas de quoi parler… De la mort ou de l’amour ? Ou c’est égal… De quoi ?

Nous étions jeunes mariés […] Je lui disais : “Je t’aime.” Mais je ne savais pas encore à quel point je l’aimais… Je n’avais pas idée…. Nous vivions au foyer de la caserne des sapeurs-pompiers où il travaillait. […] Je n’ai pas vu l’explosion. Rien que la flamme. Tout semblait luire… Tout le ciel… Une flamme haute. De la suie. Une horrible chaleur. Et il ne revenait toujours pas. La suie provenait du bitume qui brûlait. Le toit de la centrale était recouvert de bitume. […] Ils étouffaient la flamme. Ils balançaient en bas, avec leurs pieds, le graphite brûlant. Ils étaient partis comme ils étaient, en chemise […]”

Après, elle raconte tout, dit Vladimir, l’hôpital, l’interdiction de le voir, comment elle ment parce qu’elle est enceinte, comment elle s’occupe de lui, comment il est mort : “Il n’était plus qu’une énorme plaie… Les deux derniers jours, à l’hôpital… Je lui ai soulevé le bras et l’os a bougé, car la chair s’en était détachée… Des morceaux de poumons, de foie lui sortaient par la bouche… Il s’étouffait avec ses propres organes internes… J’enroulais ma main dans une bande et la lui mettais dans la bouche pour en extraire ces choses… On ne peut pas raconter cela ! On ne peut pas l’écrire ! Et c’était tellement proche… Tellement aimé…”

Après, elle raconte l’enterrement, dit Vladimir, et puis elle finit en parlant des autres : “Les gens de la centrale vivent à côté de moi, les gardiens, comme on les appelle. Ils ont travaillé là toute leur vie. Et, à ce jour, ils continuent à prendre leur poste. Plusieurs d’entre eux ont des maladies terribles, sont invalides, mais ils n’abandonnent pas la centrale. Qui a besoin d’eux, aujourd’hui ? Et où ? Beaucoup meurent. Sur le coup. Un homme était assis sur un banc et il est tombé. Un autre attendait l’autobus, dehors, et il est tombé. Ils meurent, mais personne ne les a véritablement interrogés sur ce que nous avons vécu… Les gens n’ont pas envie d’entendre parler de la mort. De l’horrible… Mais moi, je vous ai parlé d’amour… De comment j’aimais.”

Et les larmes roulaient silencieusement sur les joues slaves de Vladimir, sur les joues décharnées de Catherine, sur les joues mates d’Ali, sur les joues mal rasées de Julien, sur les joues lisses des filles, les larmes coulaient silencieusement sur les joues de ceux qui savaient encore aimer.

“Et le bébé ? demanda Sonia.

- La petite fille a vécu quatre heures et la maman n’avait pas vingt-cinq ans, répondit Vladimir. Combien y a-t-il eu de vies détruites ? Et combien la prochaine fois ? Svetlana Alexievitch, la journaliste qui a enquêté trois ans pour donner la parole aux suppliciés de Tchernobyl, a été irradiée. Maintenant, elle a le cancer. Il y a eu des enquêtes, on sait qu’il y a des dizaines de Tchernobyl en puissance et à l’heure de la prétendue mondialisation, on ne fait pas, de la prévention de ces catastrophes prévisibles, la priorité absolue ! Combien cela coûterait d’empêcher ça ? Quel pourcentage infime de l’argent gagné grâce à la spéculation ? Quand verrons-nous enfin les peuples se lever et imposer à leurs gouvernants de cesser de fuir les responsabilités qu’ils ont à leur égard !

- Et tant de gens, dit Odile, qui se réfugient derrière le prétexte qu’on ne peut rien faire pour ne rien faire. Des gens qui sont allés à l’école, qui savent écrire, qui ont des enfants et qui ne font rien, moi la première. Tu as bien fait de nous lire cet extrait, Vladimir. Je vous promets que je vais me renseigner, je suis sûre que dans leur coin, isolés, parfois découragés devant l’ampleur de la tâche, il y a des gens qui n’ont pas baissé les bras. Nous pouvons les aider, nous devons les aider, nous devons écrire à nos députés, à nos ministres, à nos élus au Conseil de l’Europe pour leur demander d’agir.

- Moi qui croyais qu’on avait atteint l’horreur absolue avec les camps de concentration, dit Xavier. Mais que nous réserve donc le siècle qui vient dans l’escalade de l’horreur et pourquoi sommes-nous à ce point incapables de tirer les leçons de l’histoire ?

- Parce que la lucidité est difficile, parce qu’entre l’exigence et la facilité, nous préférons nous leurrer avec la facilité et que nous voulons croire que nous serons toujours assez malins ou assez chanceux pour échapper au pire. Mais les nuages radioactifs, l’arsenic déversé dans les rivières, les plantes rongées par la dioxine ou d’autres polluants, le trou dans la couche d’ozone, les changements climatiques et leur cortège de néfastes conséquences se moquent comme d’une guigne des frontières. Ou même des riches et des pauvres, argumenta Pierre. Il faut nous dépêcher d’exiger que cesse cette infernale fuite en avant, il nous faut retirer le pouvoir des mains des financiers et le remettre entre les mains des hommes, ceux qui ont le souci de leurs frères et de leurs enfants.

- Mais sur quelle base exiger cela ? interrogea Michaël.

- Après les horreurs de la seconde guerre mondiale, l’humanité traumatisée a rédigé La déclaration universelle des droits de l’homme qui a été ratifiée par de très nombreux pays. La voilà, notre base. Il faut tout mettre en œuvre pour que, déjà, elle soit appliquée, expliqua Vladimir. Si c’était le cas, cela représenterait un progrès considérable pour les hommes. On pourrait même dire qu’on a enfin changé d’ère, qu’on renonce à la loi de la jungle pratiquée par les financiers, pour entrer dans la démocratie universelle.

- Ça, c’est une utopie, s’exclama Xavier, tout fier d’avoir retenu le mot.

- Oui, une utopie qui vaut la peine de se lever le matin et qui finira par devenir réalité, conclut Pierre.

III

Au courrier, il y avait une lettre à l’en-tête de la société d’H.L.M. adressée à Xavier Maheu. Il s’assit en face de sa mère pour l’ouvrir : c’était une convocation pour un entretien en vue d’une éventuelle embauche. Il avait posé la merveille sur la table et il contemplait sa mère avec adoration. Elle était émue aux larmes et elle faisait une drôle de grimace qui lui donnait l’air étrange sous son foulard, avec ses joues si maigres. Dans un sous-verre accroché au mur, Xavier avait mis la photo offerte par Fathia. Il ne pouvait s’empêcher de comparer l’image de sa mère à cette époque heureuse avec ce qu’elle était devenue et de se lamenter intérieurement sur la cruauté de l’existence. Catherine ne se plaignait jamais. Mais on voyait à des signes imperceptibles qu’elle avait peur de ne pas guérir. Par exemple, elle, si pudique dans la manifestation de ses sentiments, il lui arrivait désormais de passer doucement la main dans les cheveux de ses enfants.

Cependant, grâce à la disponibilité octroyée par la maladie, cette sorte de vacance qu’elle n’avait jamais connue, elle s’ouvrait au monde. Elle écoutait de plus en plus souvent la radio, elle s’était prise de passion pour l’émission de Daniel Mermet, Là-bas si j’y suis, qu’elle essayait de ne pas manquer : “Il me rend moins bête,” disait-elle avec un petit sourire heureux.

“Ça t’ennuie pas si je vais montrer la lettre à l’hôtel, M’man ? Je resterai pas.

- Mais bien sûr, Xavier. On a partagé les peines alors c’est justice de partager l’espoir. Va mon grand, et embrasse-les pour moi.”

A l’hôtel, Taous et Yamina étaient en grande discussion avec Fathia, à propos de l’organisation de leurs mariages. Elles avaient décidé de se marier le même jour, essentiellement pour limiter la complication liée à l’obtention des visas pour les proches souhaitant venir d’Algérie. Fathia avait encore sa mère, en relative bonne santé car elle l’avait eue très jeune. En ce qui concernait le père d’Ali, c’était plus délicat : il avait quatre-vingt cinq ans, il était bien fatigué, un peu branlant et il fallait éviter de le bousculer. Pourtant l’un comme l’autre tenaient absolument à ce que les grands-parents encore vivants assistent au mariage de leurs petites-filles. C’est là que commençait le casse-tête : fallait-il demander des visas pour trois mois, attendre les visas pour fixer la date du mariage, mais obtiendrait-on des visas pour une si longue durée ? Ou fallait-il fixer une date un peu éloignée puis demander les visas ? Fathia se souvenait que sa sœur n’avait jamais réussi à faire venir sa mère pour la circoncision du dernier petit-fils. Et puis, sûrement d’autres oncles, tantes ou cousins souhaiteraient venir : comment organiser l’accueil au mieux alors qu’il n’était pas question de fermer l’hôtel ? Souvent, en août, certains clients prenaient quelques jours de congés. N’y aurait-il pas moyen de s’arranger avec ceux qui étaient devenus intimes, quitte à leur consentir un bon rabais, pour récupérer quelques chambres ? Mais c’était délicat car les clients laissaient leurs affaires dans la chambre et il ne fallait pas qu’ils aient le sentiment d’une intrusion dans leur intimité. Et pour la famille venue d’Algérie, cela allait de soi qu’elle serait accueillie pour les mariages, qu’on ferait la fête comme en Algérie, plusieurs jours durant. À un moment, Ali et Fathia avaient même pensé transporter toute la famille en Algérie et faire la fête là-bas. Mais c’était impossible d’envisager de fermer l’hôtel avec des clients permanents et c’était tout aussi impossible de penser que l’un d’entre eux pouvait être absent à la cérémonie. Elles essayaient de se remémorer comment elles s’étaient organisées pour le mariage de Leïla. D’abord, c’était quand même plus simple d’obtenir les visas de tourisme à l’époque et elles avaient fixé la date à un moment qui les arrangeait, elles. Elles s’étaient débrouillées pour la fixer à un moment où elles savaient que seuls les plus motivés parviendraient à se libérer de leurs obligations et à venir d’Algérie, ce qui avait limité les problèmes d’hébergement. Et ce mariage intime était somme toute une bonne chose compte tenu du fait que Vladimir était encore sans-papiers et qu’il avait fallu la complicité d’un maire courageux pour organiser la cérémonie. Comme Bachir-Ivan était déjà né, cela n’avait pas posé trop de problèmes. Sept ans, déjà, ce mariage ! Fathia se souvenait de l’air bouleversé d’Ali quand Leïla avait annoncé qu’elle était enceinte sans être mariée. Il avait beau avoir de la sympathie pour son futur gendre, il avait eu quelques difficultés pour accepter la situation. Mais il s’était vite rendu à la raison : à cause de ces fichues lois Pasqua, c’était la seule solution pour que Vladimir sorte de la clandestinité où il avait été plongé. N’empêche, qu’est-ce que ça avait été long ! Et combien il avait fallu lutter pour obtenir ce sacré bout de papier donnant à Vladimir le droit de rester en France.

Elles accueillirent Xavier avec un grand sourire :

“Alors, quelles nouvelles , interrogea Fathia.

- Plutôt bonnes, apparemment, répondit Xavier et il sortit la lettre. Ce furent des exclamations sans fin et des rires. Enfin, un peu d’espoir !

- Mais il ne faut pas se réjouir trop vite, disait Xavier, ce n’est qu’un entretien, ça ne veut pas dire qu’ils vont me prendre. Je sais que je suis un peu jeune pour un tel emploi, ça peut jouer contre moi.

- Mon fils, prie ! lui dit Fathia et nous allons prier aussi. C’est quand ?

- La semaine prochaine, mardi. Maman sera de nouveau à l’hôpital.

- C’est dur, Xavier, mais cette lettre va lui donner du courage. Comment va-t-elle aujourd’hui ?

- Ce qui m’inquiète, c’est qu’elle mange presque rien. Ça passe pas, qu’elle dit. Michaël et moi, on lui fait des bons petits plats sur les conseils de Sonia. Mais dès qu’elle a mangé deux cuillers, elle en peut plus.

- Et Michaël, comment réagit-il ?

- Il essaye d’être courageux, mais il m’a montré ses notes : c’est pas brillant. Et Gaëlle rentre tard, fatiguée et elle a encore du travail, alors j’ose pas lui demander de prendre rendez-vous avec le professeur principal de Michaël. Pourtant, il faudrait. Le conseil de classe du deuxième trimestre, c’est bientôt. ils vont encore parler de l’orientation.

- Et pourquoi n’irais-tu pas avec lui, toi ?

- Oh la la, mais j’y connais rien, moi ! C’est une sacrée responsabilité !

- Je crois que tu devrais quand même y aller. C’est important pour Michaël de ne pas se sentir seul face à ce choix. Vous en avez rediscuté?

- Pas vraiment ! Juste une fois, il a dit : ”Ce serait plus raisonnable un B.E.P., au moins je pourrais vite gagner ma vie.” Mais il a pas osé en parler à M’man. Et puis, je crois qu’il sait pas du tout quoi choisir. C’est dommage, ce système de diplômes et toutes ces barrières, je suis sûr qu’il aurait fait un très bon bibliothécaire. Cette prof de français qu’il a cette année, ça a été une vraie révélation pour lui. Mais il y a tout le reste.

- Pierre et Quentin l’aident beaucoup !

- Oui, mais la maladie de maman et la menace d’expulsion, après la mort de papa, c’est vraiment trop pour lui. Il est distrait en classe, il se fait sans cesse gronder par certains profs, ça le rend malheureux, il a plus envie d’y aller.

-Est-ce qu’ils savent, au collège, pour la maladie de Catherine.

- Je sais pas. Nous, on leur a rien dit.

- Appelle Madame Spérieux et explique-lui. Il est quelle heure ? Elle doit avoir un peu de calme, elle est très bien, cette femme. Appelle-la d’ici, c’est pas la peine de le faire devant ta mère mais c’est important qu’elle sache.

- Merci, Fathia, t’as raison, j’aurais dû le faire plus tôt.” Et il s’éloigna vers le téléphone. La conversation dura un bon moment, Fathia et ses filles essayaient de dresser la liste des personnes à inviter. Lorsque Xavier raccrocha le téléphone, il dit :

“T’as eu bien raison, Fathia. Il faut toujours parler. Madame Spérieux a été très attentive, elle m’a dit qu’elle ferait particulièrement attention à Michaël et qu’elle avertirait madame Léonor le plus vite possible. Je crois que c’est une bonne chose. Je vais vous laisser à présent… Merci encore, dites bonjour à tout le monde de ma part.”

Lorsqu’il rentra à la loge, Catherine dormait. Elle avait souvent des terribles coups de fatigue dans la journée. Xavier la contempla avec inquiétude, elle avait l’air tellement vulnérable. Il ne savait que penser : guérirait-elle ? Les médecins n’avaient pas perdu l’espoir. Si seulement il pouvait être embauché, elle serait tellement tranquillisée, peut-être que ce serait plus facile alors pour elle de reprendre le dessus ?

IV

Michaël rentra pour déjeuner. Lui si impulsif, il avait pris désormais l’habitude de rentrer sans bruit, pour ne pas risquer de réveiller sa mère.

“Tu peux parler, lui dit-elle, je ne dors plus. Et comment vas-tu ? Comment s’est passée cette matinée ?

- Bien dans l’ensemble, m’man chérie.” S’il ne lui disait pas tout de ses difficultés, pour la protéger, il ne masquait pas complètement la réalité afin que le choc ne risquât pas d’être trop brutal après le conseil de classe. Et puis il lui parlait de ce qu’il faisait, surtout en français et en histoire. Elle aimait partager ces moments avec lui. Finalement, elle se rendait compte qu’elle aurait aimé savoir plus de choses, avoir plus de temps pour apprendre à lire, se cultiver… et elle avait le regret de ce qui n’avait pas été. Ce jour-là, Michaël lui dit que madame Léonor avait donné un sujet de réflexion pour la rentrée des vacances de février, qui lui paraissait drôlement intéressant. Mais il ne voyait pas encore bien comment le traiter.

“Tu veux que je te le lise, demanda-t-il.

- Bien volontiers, Michaël.” Alors il fouilla dans son sac de classe, sortit son classeur de français impeccablement tenu, chercha le texte et lut : “Être homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir en posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde. Expliquez et commentez cette citation.” C’est un texte d’Antoine de Saint-Exupéry. Le collège porte son nom. Madame Léonor nous a dit qu’il a été un très grand aviateur et qu’il a écrit un texte fondamental, dont on a cru à tort qu’il était réservé aux enfants alors que tout le monde pouvait le lire avec profit. C’est un livre qui s’appelle Le Petit Prince. Il l’a illustré lui-même. Je vais aller à la bibliothèque pour l’emprunter. Elle nous a dit qu’il était très facile à lire, que c’était comme une récréation, après Germinal.

- Mais vous allez l’étudier ?

- Non, j’ai juste envie de le lire parce qu’elle en a parlé. Au fait, Maman, on va étudier Antigone de Jean Anouilh. Il va falloir que je trouve le texte.

- Demande aux enfants d’Ali, il y en a sûrement un qui l’a fait en classe.” Michaël regrettait de ne pas pouvoir acheter les textes qu’il étudiait avec madame Léonor. Ceux qu’il avait aimés, il aurait bien voulu les conserver, y revenir. Il avait obtenu de sa mère qu’elle achète Germinal, arguant de la grosseur du livre et elle l’avait fait bien volontiers. Mais il se rendait compte qu’il s’était mis à aimer les livres et qu’il aurait voulu en avoir davantage autour de lui. Seulement les livres, même en édition de poche, étaient tellement chers pour leur budget ! Heureusement, il y avait la bibliothèque.

“Au fait, lui dit Catherine, Xavier a reçu une lettre.

- Ah bon, et c’est quoi ?

- Je suis convoqué à un entretien pour une embauche éventuelle la semaine prochaine.

- Ah, et où ça ?

- A la société de H.L.M. !

- Oh alors ça ! Trop d’la balle ! Ça tue tout ! Ali le sait ? C’est Gaëlle qui va être contente…

- Te réjouis pas trop vite, p’tit frère, un entretien, c’est pas une embauche. Mais n’empêche, c’est trop bien. J’ai trop eu l’impression qu’ils étaient sourds et pas humains. Chais pas ce qu’ils décideront, mais pour l’instant, j’suis le plus content d’l’humanité ! Bon, si on mangeait ? Sonia m’a montré comment faire la tarte aux poireaux, j’espère qu’elle sera bonne. Ça et du fromage, ça devrait aller.

- Oui, mangeons, dit Michaël. Ça sent très bon. Merci, le cuisinier.”

Depuis la maladie de Catherine, Sonia et Xavier étaient devenus très proches avec la complicité active de Fathia. C’est elle qui, devinant leurs sentiments naissants, avait fourni tous les prétextes pour multiplier les rencontres. La situation s’y prêtait : lorsque Catherine était hospitalisée, les jeunes mangeaient à l’hôtel. Après son retour, au début, Fathia avait fait porter des plats tout prêts par Sonia. Mais tous s’étaient vite rendus compte que cette nourriture ne pouvait pas convenir à Catherine : trop riche, trop grasse, l’odeur même l’écœurait. Alors Sonia avait offert de venir apprendre ses recettes à Xavier. Elle faisait les courses avec lui ; elle lui apprenait à choisir les produits, à composer des recettes légères, équilibrées, appétissantes ; elle lui montrait comment gérer les enveloppes. Catherine était touchée de leur sollicitude à tous les deux, soulagée de voir son fils se rapprocher de cette jeune femme qu’elle estimait. Elle aurait bien aimé le voir se déclarer, mais elle comprenait ses scrupules : lui, sans métier, sans travail, quel avenir pouvaient-ils construire ? Et elle trouvait que ces scrupules étaient à son honneur car il n’agissait pas en égoïste. Pourtant, il était si visible pour tous que ces deux-là se comprenaient à demi-mots, se complétaient, partageaient les mêmes valeurs. “Comme c’est dommage, se disait Catherine, je serais tellement heureuse de les savoir ensemble. Mais ne pressons rien. Après tout, ils sont jeunes, ils ont bien le temps. Ce n’est pas parce que j’ai peur pour moi que je dois m’interposer entre eux. C’est déjà tellement merveilleux d’assister à l’éclosion de cet amour.” Et elle pensait à cette phrase qu’elle avait entendue elle ne savait plus où, peut-être à la radio, et dont elle avait oublié la fin : “Trop de hâte a tué le serpent…” et elle était agacée des défaillances de sa mémoire.

Les quelques jours précédant l’entretien passèrent à vive allure, comme toujours. Le lundi, ils virent revenir le véhicule sanitaire léger devant conduire Catherine à Villejuif. C’était toujours le même déchirement de la voir partir mais ils s’efforçaient d’être courageux. Le mardi, Xavier se prépara soigneusement pour l’entretien. C’était à Paris. Il fallait prendre le train de banlieue et il n’en avait pas l’habitude. Il était allé si peu souvent à Paris. Il avait peur d’être en retard, de ne pas trouver, de paraître gauche et emprunté. Gaëlle l’avait aidé à faire un beau pli sur le pantalon et la chemise prêtés par Julien. Ibrahim l’avait doté d’une veste. Il se sentait comme un étranger dans ces habits qui ne lui appartenaient pas.

Tous les amis du quartier étaient dans l’attente. Ce jour-là, Michaël fut particulièrement inattentif en classe et il essuya les foudres de madame Millevich. Il arriva en cours de français épouvantablement malheureux à cause de tous ces malentendus. Madame Léonor s’en aperçut. Elle avait appris la nouvelle épreuve que traversait son élève, elle s’approcha de lui pendant que la classe s’installait :

“Courage, Michaël, j’ai confiance en toi. Respire calmement, ça va aller !” Il leva vers elle un regard confiant et se sentit tout de suite mieux. Mais même en français, il eut du mal à se concentrer. A l’heure du repas, il fila à la loge, espérant que Xavier serait rentré, bien que ce fût fort improbable. La loge était déserte. Il en était impressionné, ce n’était jamais arrivé. Il fourra son nez dans le réfrigérateur, à la recherche d’éventuels restes. Il n’avait aucun courage pour se faire à manger. Il se bricola un casse-croûte mais à peine fut-il assis que le téléphone sonna :

“C’est moi, dit Xavier. Ils m’ont posé beaucoup de questions, ils ont examiné mon C.V. sous toutes les coutures. Ils m’ont demandé comment on s’était organisé depuis la mort de papa et quelle était la part du travail que j’avais assumée. Je leur ai expliqué que maman est tombée gravement malade à son tour et que, depuis environ un mois, j’assume tout tout seul. Ils ont regardé de très près mon bilan de compétences et m’ont parlé de mes projets. Je leur ai dit que mon plus cher désir était d’obtenir ce poste et j’ai expliqué pourquoi par rapport au travail mais aussi par rapport à la vie du quartier. Ils m’ont dit au revoir très poliment et m’ont assuré qu’ils me donneraient une réponse avant une semaine. Il reste plus qu’à attendre.

- Et ils étaient combien ?

- Ils étaient trois, deux hommes et une femme, mais ils se sont pas présentés. Et toi ?

- Millevich m’a encore passé un savon parce que je rêvassais. Si tu savais c’que j’en ai marre ! Enfin, au moins, maintenant, les autres ne rigolent plus.

- Accroche-toi, Michaël, c’est un sale moment à passer mais fais-le pour toi et pour Maman. Et quand tu cales, pense à tous ceux qui sont derrière toi, derrière nous. Courage, petit frère, à ce soir.”

V

L’incroyable nouvelle arriva pendant les vacances de février : Xavier était embauché et son contrat débutait le premier mars. Il conservait la loge. En même temps, arriva une lettre recommandée pour Catherine. Heureusement, elle avait pris la précaution de munir son fils d’une procuration. Il alla à la poste, inquiet de ce qu’il allait trouver. Comme la plupart des gens modestes, il craignait les lettres recommandées, aussi l’ouvrit-il aussitôt. Il mit un moment pour comprendre : c’était une proposition de F2 au deuxième étage, trois rues plus loin. Un appartement allait être libéré par une locataire âgée partant en maison de retraite fin mars, ce que Xavier savait par ailleurs. Étant donné les relations de travail qui avaient existé entre Monsieur Maheu et la société, celle-ci proposait à sa veuve un loyer plancher : 1000F par mois, sans les charges. La lettre stipulait que madame Maheu pouvait céder la jouissance de cet appartement aux mêmes conditions à l’un ou l’autre de ses enfants, selon son bon vouloir. Xavier, qui n’avait pas envisagé un instant que quelque chose puisse être changé aux habitudes familiales, ne comprenait rien à cette proposition. Il décida d’aller demander conseil à Pierre :

“C’est bien simple, lui dit celui-ci, la société t’embauche, elle doit te fournir le logement, c’est prévu dans le contrat, c’est même ce qui posait problème pour que ta mère le conserve. Donc, la loge passe à ton nom, logique. Mais que devient ta mère avec ses autres enfants ? Gaëlle est majeure et elle a des revenus, la société n’a donc pas à en tenir compte. Mais Michaël est à sa charge. Je crois que vous pourrez remercier l’assistante sociale, elle a fait du bon boulot, elle a lu le contrat qui avait été signé par ton père au moment de son embauche. Ta mère m’avait dit qu’elle le lui avait demandé pour le photocopier. Du coup, moi aussi je l’ai regardé de près. Un des articles prévoyait qu’en cas de décès du gardien au cours de la fonction, la famille devait être relogée par la société au loyer le plus bas que celle-ci pouvait légalement pratiquer et que cela concernait la veuve et ses enfants à charge. En outre, ceux-ci conservaient le droit de garder le nouveau logement en cas de besoin. L’assistante sociale avait dit à ta mère qu’il y avait sans doute des conventions collectives ; elle s’est appuyée sur la chambre syndicale pour les faire appliquer. Bravo à cette femme ! Vous êtes bien tombés.

- Je vais leur dire qu’on en a pas besoin, de ce logement !

- Surtout pas ! Referont-ils une offre pareille ? D’abord, ce n’est pas à toi qu’il est proposé, mais à ta mère. Et elle sait bien que vous n’allez pas toujours rester ensemble. Un jour, tu voudras te mettre en ménage et, si elle est encore là, si elle n’a pas de logement, la promiscuité te gênera ou elle gênera ta femme. C’est important pour un jeune couple d’avoir son intimité. Et puis, quand elle ira mieux, avoir un logement lui permettra d’avoir du travail. La crèche familiale recrute régulièrement des assistantes maternelles. Et elle peine à en trouver car c’est un métier contraignant et peu rémunéré. Mais pour Catherine, un tel métier serait parfait. Tu vas voir, une telle bonne nouvelle va l’aider à guérir. Bon, maintenant, il s’agit d’aller le lui dire et de préparer la fête. Et je vais te dire, c’est une java qui va compter dans les annales du quartier.”

Ils passèrent à la loge prévenir Michaël qui sauta daans tous les sens : quel poids énorme soudain enlevé ! Il avait l’impression qu’il respirait mieux. Ils laissèrent une lettre d’explications que Gaëlle trouverait à son retour. Ils lui demandaient de les rejoindre à l’hôtel.

A l’hôtel, ce fut le délire ! Sonia osa même s’approcher de Xavier, lui prendre les mains et murmurer : ”Comme je suis contente pour vous tous !” Alors, il se pencha et posa un baiser furtif sur son front : “Merci, Sonia, merci vous tous, vous nous avez pas laissés tomber.

- Et bien, dit Ali, on va prendre la fourgonnette pour aller faire lire tous ces jolis papiers à Catherine. Allez, Michaël et Xavier, en voiture !

- Mais c’est pas l’heure des visites, objecta Xavier.

- Si tu crois que les médecins sont assez fous pour nous empêcher de lui apporter la guérison sur un plateau, mon fils !

- Ah, si seulement !

- Moi, je vous dis qu’elle va guérir, affirma Fathia. Je le sens, je le sais. Dès qu’elle n’aura plus de raison de se ronger d’angoisse, elle va mettre toutes ses forces à vivre. Parce qu’elle vous aime. Allez vite et embrassez-la de notre part à tous. Surtout, n’oubliez pas.”

Lorsqu’ils furent partis, elles retournèrent à la cuisine :

“Et voilà, dit Sonia, c’est la victoire de la responsabilité assumée des uns envers les autres. Et c’est une belle victoire de ce que peuvent les hommes lorsqu’ils oublient d’être égoïstes.

- Que veux-tu dire, ma fille , demanda Fathia.

- Que les syndicalistes, quand ils se sont battus pour négocier des conventions collectives, pour protéger les salariés, ils ne l’ont pas fait pour eux mais pour tous. Ils ont passé du temps, ils ont dû avoir des victoires amères parce qu’elles arrivaient trop tard pour l’un ou pour l’autre. Ils ne savaient pas que leur opiniâtreté sauverait un jour les Maheu. Ils l’ont fait parce qu’ils se sentaient responsables des autres. Leurs semblables… ce n’est pas un mot vain. Et maintenant, on ne sait pas qui remercier parce que c’est une œuvre collective. Mais on les remercie quand même. C’est grâce à des gens comme eux que le monde demeure humain. Et c’est notre devoir de responsabilité envers les autres de ne pas laisser détruire leur œuvre que les carnassiers veulent mettre en pièce parce que les lois limitent leur pouvoir de prédateurs.

- Tu as raison, dit Ibrahim, nous ne devons jamais oublier que les lois, même imparfaites, nous protègent. Bon, qui se charge du téléphone arabe ? Et Ima, qui dresse la liste des courses à faire pour les festivités. Je me demande si Pa aura le temps de retourner à Rungis.

- On n’a qu’à faire comme à l’Aïd, proposa Yamina : dire à chacun d’apporter un plat. L’important, c’est surtout d’être ensemble. Et quand on improvise, il faut faire simple.

Le coin des bons bouquins : « Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde » de Fabrice Nicolino

octobre 10, 2009 at 8:22 | In Altermondialisme, Belgique, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Environnement OGM, Europe, Le coin des bons bouquins, Politique, Société, social | 1 Comment
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Le coin des bons bouquins : « Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde » de Fabrice Nicolino

Bidoche

Fabrice Nicolino écrit des livres pour enfants, des polars, des enquêtes. L’une de ces dernières, signée avec son ami François Veillerette, a été un best-seller. Il s’agit de « Pesticides, révélations sur un scandale français » (Fayard) http://www.amazon.fr/Pesticides-R%C3%A9v%C3%A9lations-sur-scandale-fran%C3%A7ais/dp/221362934X

Nicolino récidive, le mécréant, avec un livre sans concession : Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde (LLL).

“Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde”, est en librairie  depuis le 30 septembre 2009 (Editions LLL – les liens qui libèrent).. Voici l’introduction du livre pour vous faire une idée :

Je suis né pour ma part dans le sous-prolétariat urbain de la banlieue parisienne. Ce n’est pas un lieu rieur. Ce ne fut pas un temps calme. Il m’arriva plus d’une fois de rêver meilleur destin. Mais qui choisit ? Il reste que, dans les meilleures années de cette époque engloutie à jamais, ma mère préparait le dimanche midi un roast-beef, un rosbif farci à l’ail qui déclenchait chez nous tous, les enfants de cette pauvre nichée, une émeute de papilles.

Un repas peut-il rendre heureux ? Oui. Un morceau de viande peut-il faire croire, le temps d’une tablée familiale, que tout va bien, que tout va mieux ? Oui. J’ai mangé beaucoup de viande. J’ai pris un grand plaisir à mastiquer, à partager avec les miens ce qui était davantage qu’un mets. Je suis mieux placé que d’autres pour comprendre que manger de la viande est un acte social majeur. Un comportement. Une manière de se situer par rapport au passé maudit de l’humanité, et de défier le sort promis par l’avenir.

Je crois savoir ce que manger veut dire. Mais je dois ajouter que, chemin faisant, j’ai changé d’avis et de goût. Modifier ses habitudes est l’une des vraies grandes libertés qui nous sont laissées. Je l’ai fait. Derrière la viande, peu à peu, les morceaux, hauts et bas, se sont reformés, comme dans les dessins animés de mon enfance, qui ignorent tout de la logique triviale de la vie ordinaire.

Derrière une côte de bœuf, j’ai fini par voir un bœuf. Derrière un gigot, un agneau. Derrière un jambon, un cochon. On peut parler d’un choc, immense et lent. L’histoire que je vais vous raconter n’est pas simple, et j’en suis le premier désolé. Elle peut d’autant plus paraître compliquée qu’elle l’est en réalité. Mais ce n’était pas une raison pour faire un livre pesant. Celui-ci ne devrait pas l’être. On y verra beaucoup d’hommes en action, prenant en notre nom des décisions plus ou moins réfléchies. Avec des conséquences majeures que la plupart ignorent.

Cela explique les tours, détours, ruses et contorsions d’une affaire profonde, qui nous concerne tous. Ce livre sur la viande commande du temps, et de la réflexion. Peut-être est-ce une mauvaise idée de le signaler d’entrée, à l’heure d’Internet et du zapping tous azimuts. Mais c’est ainsi. Au moins ne serez-vous pas trompé sur la marchandise. Il reste que cet ouvrage peut aussi se lire pour ce qu’il est : une formidable aventure aux conséquences inouïes. Où rien n’était inévitable. Où tout aurait dû être pesé. Ou tout aurait pu être contrebalancé. Une histoire pleine de bruit et de fureur, emplie jusqu’à déborder de qualités qui sont souvent de pénibles défauts. Laissez-vous porter par cette vague venue des temps les plus anciens, et posez-vous les bonnes questions, qui vous rendront fiers d’être des humains dignes du mot.

Comment des animaux aussi sacrés que le taureau Hap de la plus haute Antiquité sont-ils devenus des morceaux, des choses, des marchandises ? Pourquoi des techniciens inventent-ils chaque jour, en notre nom, de nouvelles méthodes pour « fabriquer » de la « matière » à partir d’êtres vivants et sensibles ? Pourquoi leurs laboratoires sont-il aussi anonymes que secrets ? Pourquoi l’industrie de la bidoche est-elle dotée d’une puissance qui cloue le bec de ses rares critiques ? À la suite de quelle rupture mentale a-t-on accepté la barbarie de l’élevage industriel ? Pour quelle raison folle laisse-t-on la consommation effrénée de ce produit plein d’antibiotiques et d’hormones menacer la santé humaine, détruire les forêts tropicales, aggraver dans des proportions étonnantes la si grave crise climatique en cours ?

Qui est responsable ? Et y a-t-il des coupables ? La réponse n’a rien d’évident, mais elle existe, dans les deux cas. Ce livre vous convie à une plongée dont vous ne sortirez pas indemne. À la condition de le lire pour de vrai, vous ferez ensuite partie d’une tribu en expansion, mais qui demeure on ne peut plus minoritaire. La tribu de ceux qui savent. Et peut-être même rejoindrez-vous celle qui ne veut plus. A-t-on le droit de se révolter ? On en a en tout cas le devoir.

Je mange encore de la viande. De moins en moins, et désormais si peu que j’entrevois le moment où je cesserai peut-être de le faire. Je ne suis pas un exemple. Je suis exactement comme vous. J’espère en tout cas que nous nous ressemblons assez pour que le dialogue commence. Mais avant cela, il fallait vous faire découvrir le tumulte des relations que nous entretenons avec notre sainte bidoche. Si ce livre devait servir à quelque chose, il me plairait qu’il permette à ses lecteurs de se demander ce qu’ils mangent. Et pourquoi. Et comment.

Nous, gens du Hainaut, savons bien que :

- les anabolisants sont en vente quasiment libre en voisine Belgique,

Bovin source Fermier du Hainaut

Un taureau parfaitement naturel – source Fermier du Hainaut

- un gros chevilleur de l’Avesnois fut jadis condamné pour ses pratiques coupables,

-                     Le numéro deux des services vétérinaires belges fut descendu au pistolet mitrailleur devant son domicile. La Belgique est considérée comme une plaque tournante du trafic d’hormones, organisée selon la police par une véritable « mafia », surtout localisée en Flandre, au nord du pays. Cette mafia est soupçonnée d’avoir fait exécuter en 1995, un inspecteur vétérinaire belge, tué par balles devant son domicile. On apprenait ensuite, au moment de la « vache folle » que 1.600 tonnes de viande importées de Grande-Bretagne étaient « blanchies » en Belgique, par des trafiquants déjà connus de la justice, avant d’être réexportées.

Les soupçons se précisaient autour de trois sociétés, belge, française et espagnole, spécialisées dans l’import-export de viande, au lendemain de l’annonce par la Commission européenne d’un trafic illicite de viande de bœuf britannique, frappée d’embargo depuis mars 1996. « L’enquête porte sur un opérateur belge au centre du trafic, et des importateurs espagnol et français », déclarait alors un porte-parole de la Commission européenne, en précisant que le trafic découvert portait sur 1.600 tonnes de viande. L’une des sociétés, Tragex-Gel, située à Wingene, en Flandre, dont les dirigeants étaient déjà inculpés pour trafic d’hormones, avait alors fait l’objet d’une perquisition. Tragex-Gel, fut visitée à cinq reprises par l’inspection vétérinaire belge, on sait qu’elle entretenait des liens étroits avec la société Bero NV qui, avait elle-même été perquisitionnée. Il s’agissait alors de découvrir des abats importés illégalement en provenance des Etats-Unis. Bero a depuis fait faillite. Tragex-Gel était dirigée par les mêmes dirigeants que Bero, à savoir Dirk Desoete, Kristiaan Dierickx et Rudy De Kock, soupçonnés tous les trois par la justice belge d’appartenir à « la mafia des hormones ».

blancbleubelge

Nous savons aussi que ces hormones passent facilement notre frontière qui est tout sauf étanche et viennent arrondir le cul de nos bœufs !

-   Mon prochain bouquin, « Mémoires de Connard » à paraître prochainement aux Editions du Bout de la Rue à Vanves évoque notamment ce sujet.

Autant de bonnes raisons pour vous recommander cet excellent bouquin de Nicolino.

Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde

Editions LLL – les liens qui libèrent.

386 pages, format 14 x 22 cm, port offert, 21 euros.

Guy Dutron 10 – 10 – 2009

Le coin des bons bouquins « Changer le monde sans prendre le pouvoir » de John Holloway plus un appendice sur Daniel Bensaïd

octobre 5, 2009 at 4:42 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Europe, Le coin des bons bouquins, Politique, Société, Solidarité, social | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins « Changer le monde sans prendre le pouvoir » de John Holloway

plus un appendice sur Daniel Bensaïd

JohnHolloway-Portrait

“Changer le monde sans prendre le pouvoir”, de John Holloway, chez Syllepse part de l’hypothèse que nous sommes séparés de notre pouvoir-faire par la séparation introduite par le capitalisme entre le faire et le produit du faire, qui devient objet et marchandise appropriée par le possesseur des moyens de production, et étalonné par l’argent
Il cite de manière très originale et acérée Marx et le lit de manière très différente de celles d’Engels ou Lénine

« Il présente la révolution comme une urgente et quasi-impossible nécessité, et qu’il donne des arguments pour la considérer comme un processus jamais achevé, toujours à reconstruire

Cela l’amène à se démarquer totalement de la conception du Parti omniscient et guide qui doit prendre le pouvoir, d’où le profond mépris que lui témoigne (comme à tant d’autres) Bensaid dans son livre « Eloge de la politique profane », tissu d’attaques, livre que bien évidemment je ne vous conseille pas car vous n’y apprendrez rien » . Ce qui précède, c’est l’avis d’Evelyne Perrin que je partage. Mais nous y reviendrons !

John Holloway, né en 1947, est économiste et philosophe marxiste d’origine irlandaise dont le travail est associé au mouvement zapatiste de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Il réside et enseigne à Puebla au Mexique depuis 1991.

Holloway avait déjà publié, en février 2003 «  Douze thèses pour l’anti-pouvoir » repris par le site Europe Solidaire Sans Frontières

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4498

QUE DIT HOLLOWAY ?

- 1 : Qu’il ignore la réponse à sa propre question. Peut-être pouvons-nous changer le monde sans prendre le pouvoir. Peut-être pas. Le point de départ c’est l’incertitude, le fait de ne pas savoir, la recherche collective d’une piste pour avancer.

- 2 : Que nous recherchons cette piste car le capitalisme est une catastrophe pour l’humanité. Un changement radical dans l’organisation de la société, une révolution, est plus urgent que jamais. Elle ne pourra qu’être mondiale si elle doit servir à quelque chose.

- 3 : Qu’il est peu probable qu’elle intervienne d’un seul coup. Cela signifie que nous pouvons uniquement concevoir la révolution comme « interstitielle », comme une révolution qui occuperait les interstices du capitalisme, qui occuperait des espaces dans le monde alors que le capitalisme existe encore. Comment nous concevons ces interstices : s’agirait-il d’Etats ou d’autres types d’espaces ?

Deux approches sont envisageables :

- La prise du pouvoir étatique est moins une question d’intentions futures que d’organisation présente. Comment devrions nous aujourd’hui nous organiser ? Devrions-nous joindre un parti, une forme organisationnelle qui concentre nos mécontentements vers la conquête du pouvoir d’Etat ? Ne devons-nous pas plutôt nous organiser autrement ?

L’argument contre la première de ces conceptions : elle s’oriente dans la mauvaise direction ! L’Etat n’est pas une chose, un objet neutre : c’est une forme de relations sociales, d’organisation, une manière de faire les choses élaborée pendant des siècles : son objectif : maintenir et développer le règne du capital

- La seconde manière est la suivante : envisager l’expansion et la multiplication des insubordinations qui ne soient pas ficelées ensemble pour former un parti.  Elles devront se développer  librement et aller dans la direction où la lutte les entraîne. Cela ne signifie pas l’absence de coordination, il s’agit d’une coordination légère et souple. Le principal ce n’est pas l’Etat mais la société que nous souhaitons créer.

- 4 : Qu’il y a une question clé dans l’histoire de la gauche étatiste : la trahison. De tous temps ses leaders ont trahis le mouvement tout simplement parce que l’Etat sépare les leaders du mouvement et les aspire dans un processus de réconciliation avec le capital.

La trahison est donc une donnée de départ Si l’Etat est la forme d’organisation.

Pouvons-nous résister ? Evidemment !

  • A nous de refuser de laisser l’Etat identifier les meneurs ou les représentants permanents du mouvement,
  • A nous de refuser de laisser des délégués négocier en secret avec les représentants de l’Etat.
  • A nous de comprendre que l’Etat est une organisation où l’on agit pour le compte de, alors que ce que nous sommes pour une organisation reposant sur l’autodétermination,
  • A nous d »inventer une forme d’organisation qui nous autorise à articuler ce que nous voulons, ce que nous décidons.

- 5 : Que le troisième problème tient à l’organisation de l’autodétermination sociale. Comment organiser un système de démocratie directe à une échelle qui dépasse le niveau local dans une société qui se complexifie sans cesse ? La réponse classique c’est la constitution de conseils reliés ensemble par un conseil des conseils auquel chaque conseil mandate des délégués révocables. C’est le mandat impératif !

Si cette proposition est cohérente,  il apparaît que, même dans un petit groupe, le fonctionnement de la démocratie pose toujours problème. La seule manière de concevoir la démocratie directe est de l’incorporer à un processus permanent d’expérimentation et d’auto éducation.

Pouvons-nous changer le monde sans prendre le pouvoir ? La seule manière de le savoir serait de le faire !!!

Changer le monde sans prendre le pouvoir John Holloway

Lisez le livre d’Holloway et, si vous le voulez bien, rapprochez-le des « Trois pieds politiques de l’Objection de Croissance » de notre ami Michel Lepesant …vous y trouverez comme des similitudes !!

http://reseda.ouvaton.org/index.php?post/2009/08/14/tripode

Cela révèle, en tout cas, une pensée qui court le vaste monde et cherche les voies et moyens de changer le monde de manière révolutionnaire sans passer par cette « quasi-impossible révolution » dont parle Holloway.

Changer le monde sans prendre le pouvoir : 19 € à la FNAC :

http://livre.fnac.com/a2050580/John-Holloway-Changer-le-monde-sans-prendre-le-pouvoir

ou aux Editions Syllepse pour 20 €

69, rue des Rigoles  75020 Paris

Métro Jourdain (ligne 11)

Téléphone : 01 44 62 08 89

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_76_iprod_362-Changer-le-monde-sans-prendre-le-pouvoir.html

Revenons à Daniel Bensaid et à son  « Eloge de la politique profane ». En général, sur ce blog, il existe une rubrique pour ce genre c’est « Le coin des livres à ne pas lire » !!! Mais, comme Je pense la même chose qu’Evelyne Perrin, je ne ferai pas l’honneur à Môssieur Bensaid, ci-devant penseur de la LCR puis du NPA, d’écrire une critique de son indigeste pavé ! C’est un tissu de vacheries, de rigidités, de basses attaques duquel vous ne tirerez rien…et, en plus, ce bouquin est cher : 22 € mais il fait près de 400 pages pour une livre de papier ! Ou alors achetez-le chez Amazon ou un autre car il doit bien se trouver …en solde !!

Que ce Bensaid là attaque Holloway fait honneur à l’auteur de « Changer le monde sans prendre le pouvoir » ! Cours, camarade Daniel, le vieux monde est derrière toi !!

Guy Dutron

5 – 10 – 2009

Le coin des bons bouquins Les pères fondateurs de la nation corse par Evelyne Luciani et Dominique Taddei.

août 12, 2009 at 5:24 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Le coin des bons bouquins | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins Les pères fondateurs de la nation corse par Evelyne Luciani et Dominique Taddei.

lEvelyne Luciani remercie le jury ivre-corse 2007-430-1

Evelyne Luciani remercie le jury pour avoir reçu le prix 2007 du livre Corse en langue française 2007 – à sa gauche sur la photo – Dominique Taddei

Je vous dois un aveu, je n’ai pas encore lu ce livre !! Il vient de sortir. Mais, Dominique est un ami. Ce qu’en dit l’interview ci-dessous de son éditeur est passionnant. Et puis, nous en avons tellement parlé !!

Un vrai travail historique et d’érudition, aussi !

untitled

Nous reproduisons ci-dessous les explications tirées du site d’Albiana :

http://www.albiana.fr/rub-aout-2009-evelyne-luciani,-dominique-taddei-les-peres-fondateurs-de-la-nation-corse-_377.html

Albiana : Vous publiez Les pères fondateurs de la nation corse (1729 – 1733), une véritable chronique exhaustive au jour le jour. Tout n’avait pas encore été dit sur cette période riche en événements pour la Corse ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Autant les périodes paoline et pré-paoline ont été explorées par les historiens corses, autant la période que nous étudions ici a été laissée en friches. Ainsi, la découverte des textes laissés pour compte dans les bibliothèques et les archives nous a permis d’élaborer la chronique dont vous parlez et d’en tirer une thèse sur le déroulement de la révolution corse qui s’écarte de celle de l’historiographie classique. Quant à dire que la recherche que nous avons faite concernant les textes est exhaustive, loin s’en faut. A travers eux, nous présentons essentiellement le point de vue génois qui nous permet, comme d’un négatif photographique, de faire surgir le positif, à savoir l’aspect corse des choses. En effet, les documents corses sont rares, d’une part, parce que les insurgés corses agissaient dans l’ombre, dans la crainte de se faire prendre par les génois qui ne tergiversaient pas quant à leur destin, lorsqu’ils se saisissaient de l’un d’entre eux. Ils laissaient donc peu de traces derrière eux. D’autre part, les bibliothèques des particuliers, si elles recèlent encore quelques-uns de ces passionnants grimoires, n’ont pas encore livrés tous leurs secrets. Néanmoins, nous produisons des textes d’origine corse absolument essentiels : leur contenu en lui-même est de premier ordre pour la compréhension des faits et des mentalités des acteurs de cette première insurrection. Leur style atteste du haut niveau culturel de ces hommes qui se sont jetés dans la première bataille révolutionnaire contre la tyrannie d’un Prince, au XVIIIème siècle.

Albiana : Le livre débute par un état des lieux de la Corse au début du 18ème siècle. Quelles en sont les grandes lignes ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : La Corse, à cette époque, est liée à la Sérénissime République de Gênes, depuis le XIVème siècle, par des contrats ou conventions enregistrés sous forme de statuts. Ce lien contractuel avec Gênes est à la fois d’ordre commercial et politique : le politique, c’est-à-dire la stabilité de l’île et donc l’organisation politique du pays, garantit la sécurité des échanges commerciaux. A l’origine de ce lien, l’histoire retient que des notables bonifaciens étaient allés demander l’aide de la Sérénissime pour se protéger des féodaux locaux qui semaient la terreur et la misère parmi les populations, en raison de leurs guerres intestines. Ainsi Gênes prit pied sur l’île dans ce qu’on nommera son premier préside, Bonifacio. D’autres postes avancés du pouvoir génois, des présides, suivront : Calvi, Saint Florent, Bastia, Ajaccio. Gênes a très tôt envoyé des gouverneurs génois installer son pouvoir dans l’île. Nommés pour deux ans, ils résidaient à Bastia et à Ajaccio. Ils avaient la délégation du pouvoir absolu de la Sérénissime sur la Corse.

Albiana : Ce qui frappe tout au long de Les pères fondateurs de la nation corse (1729 – 1733), c’est l’importance majeure du contexte international sur les événements en Corse. On pense être en face d’un conflit d’un peuple contre son oppresseur, mais pas seulement, pas aussi simplement. Vous dites d’ailleurs que Pour les sceptiques, on rappellera que chacune des quatre insurrections corses se termine par une intervention militaire extérieure, une autrichienne et trois françaises. Quels sont les éléments déclencheurs des premières insoumissions ? La question des armes et celle des taxes ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Il est clair que la question des armes et la question des taxes sont intimement liées et constituent l’élément déclencheur majeur des premières insoumissions.

En raison des nombreuses vendettas, les Nobles XII, en 1715, avaient accepté une loi que souhaitait leur imposer la Sérénissime. Elle consistait à retirer les armes des foyers corses qui en étaient largement pourvus, définitivement et légalement. Mais comme il résultait pour le Prince, de ce retrait, un manque à gagner consécutif à la non-perception du permis de port d’armes, la République imposa un impôt compensatoire, appelé des deux seini ou treize sous quatre deniers. C’était un impôt particulièrement injuste qui consistait à faire payer les populations pour quelque chose qu’elles n’avaient plus, sans pour autant que la mesure ait eu une grande influence sur la diminution des meurtres.

Très vite, les corses redemandèrent le port d’armes, ne fut-ce que pour se protéger de certaines communautés particulièrement belliqueuses, mais rien n’y fit jusqu’à ce qu’en 1728, les Nobles XII, après en avoir d’abord parlé au gouverneur Pinelli et avoir essuyé son refus, en  réfèrent directement à Gênes.

On note  qu’à partir de ce moment, les percepteurs génois se heurtent au refus de certaines communautés, particulièrement celles du Bozio, à payer la taxe des deux seini. Or, si le percepteur ne percevait pas la totalité des tailles, il était obligé de mettre la différence de sa poche. Il est clair que le percepteur ne pouvait accepter cette situation qui engendra la violence, puisque les percepteurs durent se faire accompagner d’un bras de justice c’est-à-dire une petite troupe, pour exiger les impôts dans chaque village. Il s’ensuivit des séquestrations, des pillages d’armes, etc… bref, le signal de la révolte armée était donné.

Albiana : Apparaît tôt dans votre étude Luigi Giafferi. Est-ce la figure tutélaire ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Incontestablement, Luigi Giafferi a joué un rôle fondamental dans cette première révolution.  C’était un notable respecté dans sa piève et par ses pairs car élu plusieurs fois Noble XII. Il avait, par sa famille : un frère colonel dans l’armée vénitienne, des liens en Terraferma qui lui assurèrent des soutiens logistiques et des relais diplomatiques. Il était intelligent, courageux, rusé et fort. Il n’a pas craint de mettre son prestige et ses biens au service d’une lutte ô combien hasardeuse, en ce début de XVIIIème siècle : renverser le pouvoir absolu d’un Prince n’était pas une mince affaire, à ce moment là ! C’était un péché mortel.

Il est de toute evidence la figure laïque la plus marquante de ce premier épisode.

Albiana : Il y a aussi le rôle du clergé et cette fameuse assemblée des théologiens d’Orezza de mars 1731.

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Dans un monde chrétien où les rois exerçaient un pouvoir de droit divin, changer la nature de ce pouvoir pour le transférer dans le peuple  demandait réflexion, ce que firent des théologiens corses comme Salvini et Natali à Rome. Ils utilisèrent saint Thomas et ses exégètes les jésuites espagnols pour démontrer que le droit était du côté des peuples tyrannisés et que, par conséquent, ces peuples avaient le droit de disposer d’eux-mêmes.

C’est cette réflexion qui sous-tend les réponses des théologiens rassemblés à Orezza.

Cette assemblée a été voulue par les généraux de la nation, Giafferi et Ceccaldi, qui ont demandé au chanoine Orticoni de l’organiser afin de  montrer au monde la justesse de l’insurrection corse.

Le clergé affirme et fonde la légitimité de la révolution lors de cette assemblée.

Albiana : Qu’est-ce que la réunion des Nobles XII ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Les Nobles XII et VI étaient les représentants des corses auprès de Gênes. Ils étaient au nombre de douze pour le Deçà des monts et de six pour le Delà. Etant donné les difficultés de communication entre le nord et le sud de l’île, lorsque le gouverneur décidait de réunir à Bastia les deux « chambres », il était plus facile aux Nobles de la Terra di u cumune de venir à lui qu’aux Nobles de la Terre des seigneurs. Aussi, les Nobles XII étaient-ils plus actifs que ceux du sud.

Ces Nobles avaient un pouvoir consultatif et servaient de relais au gouverneur dans les pièves. Ils étaient élus pour deux ans et, chaque mois, un Noble venait à Bastia auprès du gouverneur pour représenter les corses. Néanmoins, le gouverneur les réunissait rarement tous ensemble.

Au moment où débute l’insurrection, c’est au tour de Luigi Giafferi à être Noble XII, c’est lui qui va être l’interlocuteur de Felice Pinelli, le gouverneur génois qui va rapidement soupçonner son implication dans le mouvement.

Albiana : Et le Ristretto ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Le Ristretto est le texte incontournable de cette première insurrection.

A l’occasion de la consulte de Vescovato du 8 avril 1731, les chefs font adopter un Ristretto, littéralement « un résumé », composé d’un long préambule  et d’une reprise, en 29 articles ou capitoli, des revendications des patriotes. De fait, ce texte fournit l’explicitation fondamentale de la politique avancée par la nation corse et ses chefs, durant cette première insurrection. En raison de son importance, quantitative et qualitative, il est exclu qu’il ait été rédigé, discuté et débattu durant la consulte et encore moins improvisé. En réalité, la correspondance du chanoine Orticoni tend à démontrer qu’il en est, dès son retour d’Orezza à Campoloro, le 12 mars précédent, le rédacteur en chef qui intègre au texte des amendements demandés par les généraux, lors d’échanges de correspondances dont nous n’avons que des preuves indirectes.

Albiana : Vous citez de nombreux documents parmi lesquels des revendications de communautés. Comment et par qui étaient-elles rédigées ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei: Nous savons que le gouverneur a envoyé, dès le début de 1730, le chanoine Orticoni et des Nobles XII dans leurs pièves pour recevoir les doléances, autrement dit les revendications des populations. La rédaction en fut vraisemblablement faite par eux ou par des gens des villages qui savaient écrire. Comme toujours, les personnes impliquées directement dans les troubles devaient se cacher. A  plus forte raison, ne devaient-elles pas apposer leur signature à des documents que le gouverneur génois pouvait juger suspect.

Albiana : Et les célèbres Raisons alléguées par les peuples de Corse pour leur soulèvement qui est un manifeste dont on ignore toujours le ou les rédacteurs ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Ce texte soulève la polémique dès sa diffusion avant le 12 juin 1730. Cest un manifeste, resté anonyme, dénonçant la politique génoise dans l’île comme systématiquement et délibérément mauvaise. Les Génois se procurent rapidement ce texte dont le but est de faire connaître aux cours européennes les raisons du soulèvement corse selon les Corses eux-mêmes, après que Gênes ait demandé à ces mêmes cours de ne pas aider les « rebelles ». L’objectif des rédacteurs est rapidement atteint car la gazette de Berne le publiera, dès le mois suivant. Ce texte est capital pour  l’interprétation des premiers mois de l’insurrection. En effet, par sa qualité d’argumentation et son degré d’information, on ne peut douter que ce texte, parfois attribué à Luigi Giafferi, émane effectivement de ce personnage et d’autres, impliqués dans les tractations bastiaises avec Veneroso à propos des Requêtes et particulièrement attentives à l’évolution de l’opinion dans les grandes capitales européennes.

Albiana : Quels sont les hauts faits d’armes de cette période d’insurrection ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : On ne peut pas dire que cette période soit marquée par des hauts faits d’armes car la guerre qui se déroule en Corse est une guérilla. Il y a eu cependant des épisodes intéressants.

Pour trouver ce livre :

Les pères fondateurs de la nation corse (1729-1733)
Lorsque la Corse s’est éveillée…
Evelyne Luciani – Dominique Taddei
25.00 € TTC

Albiana 2009
584 pages
Format : 16 x 24 cm,
ISBN : 978-2-84698-295-5

Les auteurs :

Dominique Taddéi : s’est spécialisé dans le passé dans les questions portant sur le temps de travail, tant sur les questions de réduction des horaires hebdomadaires que sur le problème des retraites.

-         Comme économiste, il a enseigné à l’université d’Amiens où il a été doyen et dans les universités d’Aix-Marseille et de Paris-13.

-         Il a été également président de la Caisse des dépôts et consignations, de 1981 à 1984,

-         expert auprès la Commission européenne,

-         membre du Conseil d’analyse économique sous Lionel Jospin, ainsi que membre du Conseil économique et social.

En tant qu’homme politique, il a été :

-         président de la séance de clôture du congrès socialiste d’Epinay,

-         secrétaire national du Parti socialiste,

-         adjoint à la mairie d’Avignon, député socialiste du Vaucluse (1978-1981 et 1981-1985).

Erudit et historien engagé :

-         Passionné par l’histoire de la Corse et de la Provence dont il est originaire, et sur laquelle il écrit régulièrement, il est aussi visionnaire avec son livre coécrit avec Jean-Pierre Séréni « Votez-y ».

Dominique Taddei a aussi précédemment , en association avec Toni Casalonga :  « Erasmo Orticoni le chanoine révolutionnaire »

http://www.albiana.fr/livre-erasmo-orticoni_778.html

Une histoire de ce chanoine qui inspira le concept de nation Corse ….en bande dessinée.

-         Il a soutenu José Bové à l’élection présidentielle de 2007.

Evelyne Luciani : est Docteur ès lettres.

Sa thèse de doctorat portait sur les « Influences augustiniennes dans l’œuvre de Pétrarque ».

Italianiste et latiniste, elle est également agrégée d’Italien.

Elle a coécrit une biographie de Don Gregorio Salvini – Protégé d’Erasmo Orticoni et inspirateur de Pascal Paoli. Salvini publia en 1758 et 1764 : « Giustificazione della rivoluzione di Corsica e della ferma risoluzione presa da’ Corsi di non sottomettersi mai piú al dominio di Genova »

http://www.amazon.fr/exec/obidos/search-handle-url?_encoding=UTF8&search-type=ss&index=books-fr&field-author=Gregorio%20Salvini

http://fr.wikipedia.org/wiki/Don-Gregorio_Salvini

Guy Dutron 12 08 2009

Notre feuilleton de l’été “Les récoltes du siècle futur” Deuxième Episode

juillet 25, 2009 at 9:22 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Le coin des bons bouquins, Politique, Société, social | Leave a Comment
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Notre feuilleton de l’été

“Les récoltes du siècle futur”

Deuxième Épisode

Par Hélène Lacheret

Vous avez pu lire la première partie de ce feuilleton depuis le 15 juillet

Voici la suite.

Pour ceux qui prendraient le feuilleton en marche, le premier épisode c’est ici :

http://dutron.wordpress.com/2009/07/15/notre-feuilleton-de-lete-%E2%80%9Cles-recoltes-du-siecle-futur%E2%80%9D-premier-episode/

Deuxième partie :

La résignation ou la résistance ?

I

Dans le bus qui la conduisait chez Mme Guillaume, Catherine réfléchissait. D’après l’annonce, cette dame recherchait une femme de charge et Catherine se sentait tout à fait capable de remplir cette fonction. Au téléphone, la dame n’avait pas parue désagréable et elle lui avait fixé rendez-vous pour quinze heures. Mais elle habitait diablement loin et Catherine craignait d’avoir calculé un temps trop court pour le transport. Elle avait déjà changé de bus et elle avait attendu le deuxième une vingtaine de minutes. Elle souhaitait être à l’heure, un retard augurant mal de son embauche. Elle essaya de ne pas s’énerver avec cette question d’horaires dont elle n’avait plus la maîtrise et se mit à repenser aux événements de la veille. Elle avait été très heureuse de la visite de Fathia et de sa proposition : pour la petite, comme elle appelait Sonia, c’était une chance extraordinaire. Elle serait à l’abri pour de longs mois, elle pourrait peut-être se construire une vie digne, conforme à ce qu’elle espérait. Catherine ne pouvait pas concevoir l’attitude de ce père qui s’était aliéné ses trois filles, par bêtise, pensait-elle. Puis elle se dit qu’elle connaissait peu cette culture et qu’elle était bien mal placée pour juger.

Enfin, le bus stoppa à l’arrêt indiqué par Mme Guillaume. Encore fallait-il se repérer, partir dans la bonne direction et trouver la maison. Le coin était désert et Catherine ne pouvait demander son chemin. Elle hésita : tout se ressemblait. Des grandes propriétés arborées, entourées de grilles munies d’un interphone. Elle finit par se diriger vers l’un d’eux. Si quelqu’un répondait, elle aurait juste le temps d’être à l’heure. Personne ne répondit. Elle sentit qu’elle transpirait malgré le froid. À la deuxième grille, il n’y avait pas d’interphone mais une voiture sortit de la propriété. Elle osa interpeller le conducteur : “La propriété des Guillaume, rue des Bleuets, vous n’êtes pas loin, Madame, tournez deux fois à gauche au bout de la rue, c’est la troisième maison.” Elle remercia et se hâta. Les minutes avançaient à toute allure à sa montre. Enfin, elle fut devant le bon interphone et dit d’une voix essoufflée : “Bonjour, je suis Mme Maheu, je viens pour la place.”

La grille s’ouvrit silencieusement. Catherine n’avait que deux minutes de retard. Devant elle s’étendait une longue allée courbe qui grimpait légèrement. Elle la suivit. Elle gravit quelques marches et se trouva devant une porte qui s’ouvrit :

“Bonjour madame Maheu, je vous attendais”, lui dit une dame à l’aspect sévère. Elle devait avoir une cinquantaine d’années, portait un chignon et des petites lunettes rondes. Elle fit entrer Catherine et celle-ci eut le sentiment d’être examinée entièrement pendant ce bref laps de temps. Les yeux s’arrêtèrent sur son manteau râpé, sur ses cheveux dépeignés qui commençaient à griser, sur ses joues rougies par sa hâte, sur les rides au coin du regard clair, sur toute la silhouette ravagée par les privations et le dur labeur, mais digne. Mme Guillaume l’emmena dans la cuisine et ne lui proposa pas de s’asseoir.

“Voilà, madame, je recherche une femme de confiance qui pourrait assurer la charge de la maison. La personne que j’emploie actuellement va prendre sa retraite. Il y a, bien sûr, l’entretien général et celui du linge. Il faut aussi préparer les repas et servir à table, veiller aux plantes vertes. De plus, nous recevons beaucoup et j’ai besoin de quelqu’un qui assure le service ces soirs-là. Avez-vous déjà occupé un emploi similaire ? Avez-vous des lettres de recommandation ?

Catherine se troubla : Ça, on ne peut pas vraiment le dire, madame. Voilà plus de dix ans que j’aide mon mari, qui était gardien d’immeubles, pour le ménage des bâtiments. J’ai l’habitude des travaux durs et je suis soigneuse. Mais je n’ai pas de lettres à vous montrer.

- Pourquoi avez-vous quitté votre travail ?

- Je ne l’ai pas quitté, madame, je n’étais pas officiellement embauchée. C’est mon mari qui l’était.

- Mais comment a-t-il perdu sa place ?

- Mon mari est mort il y a trois mois, madame. C’est pourquoi je cherche un travail.

- Excusez-moi, je ne pouvais pas savoir. Avez-vous des notions de service ?

- Un peu. Avant de rencontrer mon mari, j’ai été serveuse dans un bar. Mais c’était il y a longtemps. Et parfois, j’aide une amie qui a un hôtel restaurant, quand il y a un grand repas.”

Mme Guillaume ne semblait pas convaincue par les propos de Catherine ; sans doute pensait-elle que celle-ci ne serait pas assez stylée. Catherine attendait le jugement qui ne venait pas. Elle était impressionnée par l’immensité de la cuisine, à peu près aussi grande à elle seule que la loge et l’appartement réunis, par son aspect ultramoderne très chic, presque métallique, par le nombre des placards, se demandant ce qu’ils pouvaient bien contenir. Près de la fenêtre donnant sur le parc, un coin repas en chêne vieilli avait été aménagé, conférant un air chaleureux à cet endroit, qui tranchait avec le modernisme du reste de la pièce. Sur le mur, une marine attirait les regards et Catherine ne pouvait pas comprendre qu’on mît un tableau signé dans une cuisine. Mme Guillaume reprit de son ton froid : “En ce qui concerne l’entretien du linge, les retouches, quelles sont vos compétences ?

- Je pourrais vous montrer ce que je sais faire. Ma mère m’avait appris à coudre, elle faisait tous les vêtements de la famille. Maintenant, c’est un peu passé de mode et on achète tout fait. Mais je fais toutes les réparations moi-même. Mon mari n’avait pas un gros salaire, alors il faut bien se débrouiller.”

Mme Guillaume se raidit, comme gênée par l’aveu de cette médiocrité. Elle reprit : “Savez-vous cuisiner ? Quels plats réussissez-vous le mieux ?

- Je fais très bien tous les plats en sauce qui ont besoin d’être mitonnés : la daube, le bœuf bourguignon, le poulet basquaise – Mme Guillaume réprimait une grimace de dégoût – Je sais aussi faire la pâtisserie, le quatre-quarts, les tartes, les gâteaux au yaourt…

- Et la cuisine légère ? Avez-vous des notions ?” Catherine la regardait d’un air ahuri : qu’est-ce que c’était que cette cuisine légère ? Elle n’en avait jamais entendu parler. Elle le dit. Mme Guillaume réprima un haussement d’épaules et Catherine sentit qu’elle l’embarrassait.

“C’est une cuisine recommandée par les nutritionnistes qui permet au corps de rester en bonne santé. Si vous savez lire, vous pourrez suivre un livre de recettes et apprendre à vous débrouiller.” Catherine rougit à cause du “si” et Mme Guillaume se méprit : Vous ne savez pas lire ?

- Ah non, madame, on ne peut pas dire ça. Je me débrouille.” Elle voulait cette place, elle en avait un besoin vital. Mais elle sentait que plus elle parlait, plus elle se déconsidérait aux yeux de Mme Guillaume et elle en était mortifiée. Elle tenta son va-tout :

- Madame, si vous me prenez, vous ne le regretterez pas. Je suis très travailleuse, soigneuse et honnête et je ferais le maximum pour vous rendre satisfaite. Elle avait l’impression de vanter la marchandise et elle en était confuse.

- C’est bien, madame Maheu, je sais ce que je voulais savoir. Il y a d’autres candidates. Je vais les recevoir. Si vous êtes retenue, je vous le ferai savoir. Laissez-moi vos coordonnées.”

Et elle lui tendit, piège ultime, une feuille et un stylo. Catherine savait écrire son nom et son adresse sans faute, mais elle avait l’écriture tremblée et malhabile de ceux qui ne sont pas habitués à écrire. Elle en conçut une dernière honte et quitta Mme Guillaume en s’excusant presque.

II

Lorsqu’elle parvint chez elle après un trajet de retour aussi interminable que le trajet de l’aller, Catherine n’avait pas digéré l’affront reçu chez Mme Guillaume. Personne n’était rentré. Elle se fit chauffer un peu d’eau et se prépara un café. En tournant le sucre avec sa cuiller, elle se laissa aller à ses pensées moroses : quoi, parce qu’elle n’avait pas d’instruction, on pouvait l’humilier ainsi ? Que savait-elle de la vie, cette Guillaume avec tout son pognon ? Qui était-elle, qu’avait-elle fait de grand pour se permettre de manifester un tel mépris ? Les yeux rougis, Catherine écumait intérieurement de rage et de désespoir. Elle s’en voulait et elle en voulait à la terre entière de n’être que ce qu’elle était, pas même fichue de rapporter un salaire à son âge. Et soudain, Étienne lui manqua terriblement. Pour la première fois depuis le décès, elle se départit de sa dignité et se laissa aller à de gros sanglots convulsifs. Puis elle reprit conscience d’elle-même et elle eut honte. Si les enfants la voyaient ainsi ! Elle avala son café au lait tiède et se leva péniblement. Après elle resta quelques instants hébétée devant l’évier, son bol à la main. “Sacrée vieille bête, tu vas te secouer…” gronda-t-elle.

Après avoir rincé le bol et la cuiller, elle regarda dans le réfrigérateur et dans le placard. Il restait un peu de vermicelles mais pas de bouillon, une boîte de raviolis et un yaourt. Il n’y avait quasiment plus de sucre, ni de café, plus de shampooing, ni de papier toilette et plus de lessive. Elle prit son sac à main et en sortit son porte-monnaie. Il restait deux francs quatre-vingt-cinq de la veille. Du tiroir de la table de la cuisine, elle retira une enveloppe contenant soixante francs. Elle avait mis au point ce système d’enveloppes pour ne pas se laisser dépasser par les comptes, d’autant qu’elle n’était pas vraiment plus à son aise avec les chiffres qu’avec les lettres. Avec Xavier, au début du mois, elle prenait les factures des mois précédents et ils essayaient de prévoir les dépenses fixes comme l’électricité ou le téléphone. Avant sa mort, Étienne s’occupait de tout cela, il avait un peu plus d’instruction que sa femme et il aimait les chiffres. Elle se sentait très démunie et remerciait Xavier de l’aider. Ils comptaient tout au plus juste, sauf les vêtements des jeunes, et prévoyaient toujours une enveloppe supplémentaire pour les coups durs, dont ils essayaient vaille que vaille de faire grossir le contenu. Catherine préférait garder l’argent liquide des dépenses quotidiennes chez elle car, disait-elle, le voir lui permettait de mieux se rendre compte, et elle ne se servait du compte-chèques que pour les “grosses” dépenses, les fameuses factures qu’elle ne pouvait régler avec des billets.

Avec soixante-deux francs, elle ne pouvait pas acheter la nourriture et la lessive. Elle alla regarder le panier de linge : il était à peine plein au tiers. Elle attendrait donc encore deux jours pour racheter de la lessive, mais pas plus, car, sinon, elle n’aurait plus la place de faire sécher le linge.

Ces préoccupations de gestion au plus juste représentaient un casse-tête quotidien qui achevait de l’user. Mais elle ne se tenait pas pour battue : ses enfants auraient à manger, des vêtements propres qui ne les distingueraient pas de leurs camarades et vivraient au chaud tant qu’elle aurait un souffle de vie. Ragaillardie par ces résolutions, elle enfila son vieux manteau, prit son cabas et partit vers la supérette.

Elle avait horreur de cet endroit. Il lui fallait faire preuve d’une extrême vigilance pour ne pas se laisser tenter et la musique hurlante achevait de la perturber. Et, à cause de son système de gestion, elle se voyait obligée d’y aller tous les jours. Ali lui avait bien proposé de lui faire bénéficier des prix de gros qu’il avait à Rungis mais elle n’avait pas voulu accepter de peur qu’il n’en profite pour lui faire une charité déguisée dont elle aurait eu honte si elle s’en était rendue compte et qui aurait risqué de mettre à mal leur amitié.

Elle errait donc entre les gondoles tentatrices : il lui fallait du lait et des yaourts ou du fromage. Avec des jeunes, pas question de négliger le calcium. Il fallait aussi de la viande ou du poisson mais elle avait déjà servi du thon, des sardines ou des œufs presque toute la semaine. Pouvait-elle se permettre un peu de haché ? Et resterait-il assez pour une salade et quelques fruits ? Elle en était là de ses réflexions lorsqu’elle aperçut Sonia qui se dirigeait vers elle, tentant de masquer un paquet de serviettes hygiéniques au creux de son bras.

“Bonjour, Catherine, merci encore. Comment allez-vous ?

- Bien, Sonia, je vous remercie. Quel bruit ! Et vous, comment ça se passe avec Fathia ?

- S’il vous plaît, tutoyez-moi, Catherine, j’ai l’âge de vos enfants. Très bien. Fathia a presque le même caractère que ma mère. Leur accueil est une vraie bénédiction pour moi. Vous avez l’air fatigué et vos yeux sont gonflés, vous n’êtes pas malade au moins ?

- Oh non, rassure-toi. À toi, je peux bien te le dire mais n’en parle pas aux enfants, je ne veux pas qu’ils s’inquiètent et puis j’ai un peu honte… J’ai pleuré parce que j’ai compris que la place ne serait pas pour moi. C’est lâche !

- Non Catherine, ce n’est pas lâche, c’est humain. Tenez, je vais vous tenir compagnie pendant que vous faites vos courses, ça vous remontera le moral et Fathia n’a pas besoin de moi avant une bonne demi-heure. De quoi avez-vous besoin ? Et si je vous gêne, dites le moi, je ne me vexerai pas.

Mise en confiance, Catherine sourit et entreprit de lui faire part de ses casse-tête.

- On n’a pas besoin de viande ou de poisson pour manger des protéines, il y en a plein dans certains légumes, les lentilles ou le soja par exemple.

- Les lentilles, les enfants n’aiment pas trop, surtout que je ne sais pas les faire cuire, elles sont toujours pâteuses. Et le soja, je n’en ai jamais mangé, je ne sais pas le préparer.

- Faites-moi confiance, s’ils ont ce qu’il faut, vous allez faire un repas de roi sans vous ruiner.”

Sonia se dirigea vers le rayon des produits frais. Il y avait des lentilles cuites sous vide en promotion. Elle en prit un kilo.

- Avez-vous des oignons ? Des tomates en boîte ?

- Non, je n’ai rien de tout cela et je n’ai que soixante-deux francs dans le porte-monnaie et je dois garder neuf francs pour le pain.

- Les lentilles : quinze francs. Bien sûr, celles à cuire sont moins chères. Mais en attendant que vous sachiez les cuire à point, celles-ci réconcilieront vos enfants avec les lentilles pour leur vie entière. Bon, un gros oignon : même pas un franc, une boîte de tomates en dés : trois francs cinquante ; une boîte de maïs, même prix ; deux tomates fraîches : trois francs et deux grosses poignées de soja : trois francs. Pour trente francs, vous avez des protéines pour deux repas avec un minimum de graisse. Je vous expliquerai comment préparer tout cela pendant que nous ferons la queue à la caisse. Vous savez, je m’étais beaucoup documentée sur les moyens de manger équilibré pour pas cher en prévision de mon départ. Malheureusement, dans les chambres d’hôtel, je n’ai pas pu tester beaucoup de recettes.

Elles complétèrent les emplettes de Catherine avec du lait, quatre yaourts nature, une livre de pommes et le papier hygiénique le moins cher. À la caisse, il y en avait pour un peu plus de cinquante francs et Catherine souriait :

- Je crois que nous allons bien manger et pour te dire la vérité, je suis lasse des pâtes, du riz et des pommes de terre. À force, ce n’est vraiment pas varié. Je vais tâcher de bien suivre tes conseils pour que les enfants se régalent. Ça leur fera comme une petite fête et moi, ça me réconforte d’essayer quelque chose de nouveau. Merci, Sonia, file vite, sinon Fathia va t’attendre.”

Rentrée chez elle, Catherine mit la radio pour avoir une compagnie. La musique était joyeuse, une chanson à la mode, sans doute en espagnol. Elle rangea ses courses, se lava les mains et entreprit d’éplucher l’oignon sous l’eau pour éviter les larmes. Elle l’éminça et le mit à blondir à feu doux. Une odeur appétissante emplit la cuisine. La porte de la loge claqua.

“Hum, ça sent bon, clama Michaël. Petite Maman chérie, qu’est-ce que tu prépares ?

- Secret ! C’est une recette de Sonia. Tu verras bien. Tu ne sais pas où sont ton frère et ta sœur ? Il commence à être tard. Et toi, où étais-tu ?

- Ouh là là, une seule question à la fois ! Dis donc, t’écoutes une chanson révolutionnaire à la gloire de Che Guevara, toi ?

- C’est la radio. Mais cette chanson est bien belle et on l’entend souvent en ce moment. N’en profite pas pour ne pas me répondre !

- Xavier et Gaëlle sont allés à la mission locale pour se renseigner sur les stages qualifiants. C’est un peu galère en transports en commun. Ils ont pris des tickets de bus dans le tiroir. Moi, en sortant du collège, je suis passé chez Rachid avec Quentin, on a trouvé un livre au C.D.I. avec le texte du “J’accuse !” de Zola. Sonia a raison : quel bonhomme, ce Zola ! Attends, je vais te montrer, dit-il en fourrageant dans son sac de classe.

- Dis-moi, comment se fait-il que Rachid, qui est au lycée, fasse ce travail avec vous ?

- Lui aussi travaille sur Zola, une histoire de grands magasins. Il m’a dit le titre mais j’ai oublié. Une histoire de dames, je crois…

- Au bonheur des dames, non ? C’est un des rares films que nous avons vu ensemble au cinéma, ton père et moi. C’était l’histoire d’une pauvre fille qui gagnait sa vie comme vendeuse, au début des grands magasins et qui avait été remarquée par le directeur. Mais je me souviens plus très bien de la suite. Je savais pas que c’était Zola qui avait écrit cette histoire.

- Ah, ça y est, je l’ai ! Rassure-toi, je vais pas tout te lire, c’est très long. Juste la fin : “En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 33 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.

Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.

Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour !

J’attends.”

Sa lecture était plutôt hachée et il avait du mal à trouver son souffle, ce qui rendait le texte peu compréhensible.

- Mais pourquoi t’enthousiasmer ainsi ? Je comprends pas bien…, lui dit sa mère.

- Moi non plus, je comprenais pas. Et pis, y a des mots difficiles comme “entité”. Mais Rachid et Quentin m’ont expliqué : comme ceux qu’étaient persuadés de l’innocence de Dreyfus voyaient pas comment obliger les militaires à revenir sur leur procès, Zola, qu’était un écrivain connu, a pris le risque qu’on lui fasse un procès.  Comme ça, ceux qu’avaient condamné Dreyfus étaient obligés de s’expliquer sur les points obscurs. Zola, il avait rien à gagner dans cette histoire. Il l’a fait parce qu’il pouvait pas supporter qu’un mec innocent soit au bagne et parce qu’il voulait pas avoir honte de la France. Il a été condamné et il a dû s’exiler à Londres. C’est un sacré type qu’avait pas la trouille !

- Et “entité”, ça veut dire quoi ?

- Euh ! Queque chose comme… En fait, chais pas.

- Ben regarde dans le dictionnaire.”

Après quelques minutes de recherches :

- Ce n’est pas très clair : “Idée générale que l’on conçoit comme une individualité. L’État, la justice sont des entités.” Faudra que je red’mande à Rachid, il est bon en français.

- Comment il fait ? Il a guère le temps de travailler !

- D’abord, il veut réussir. Et il est curieux. Aussi, il lit tous les soirs avant de s’endormir. Comme ses frères. Il est toujours fourré à la bibliothèque quand il a un moment libre.

- En tous cas, je suis contente que tu t’intéresses à Zola. Il a beaucoup compté pour les gens comme nous, il a parlé des ouvriers, des mineurs, des pauvres. Lui et Victor Hugo, c’étaient les écrivains préférés de mon pauvre père qu’avait que trois livres : Germinal, Les Misérables et Le Tour de France de deux Enfants. Il me les avait laissés mais je les ai pas lus sauf un peu le dernier. Après, je sais pas où ils ont disparu, on a tellement déménagé… Mets le couvert, ça va être prêt. J’espère que ton frère et ta sœur vont pas trop tarder, je voudrais pas que ce soit attaché pour une fois que je vous cuisine quelque chose qui sort de l’ordinaire. C’est quand même incroyable qu’on mette en prison quelqu’un qu’a rien fait de mal, sauf qu’il a dit ce qu’il pensait et que ça plaisait pas.

- Rachid m’a dit que ça arrive très souvent, même maintenant, à l’étranger. Il m’a dit qu’il y a beaucoup de journalistes en prison. Il m’a dit qu’en Algérie, on tue ceux qui pensent à voix haute. Il m’a dit qu’en Russie, on a mis en prison un officier qui avait dénoncé la pollution dans la mer provoquée par les sous-marins nucléaires que l’armée russe abandonne.

- Il en sait des choses, Rachid !

- C’est pas étonnant : chez lui, on s’intéresse beaucoup à l’Algérie. Et à la Russie, depuis que Leïla est mariée avec Vladimir.

- Tu te rends compte qu’Ali et Fathia, ils ont une fille professeur ! Et Yamina qui va être docteur ! Moi, je les admire, ces enfants. Surtout que Fathia, elle est comme moi, elle sait à peine lire et compter.

- C’est parce qu’ils ont eu d’abord des filles et les filles algériennes, souvent, elles travaillent bien à l’école. Au collège, il y en a plusieurs parmi les meilleures élèves. Après, elles ont montré l’exemple aux plus jeunes. Et y paraît qu’elles rigolaient pas si les devoirs étaient pas faits comme il faut.”

À cet instant, il y eut un brouhaha dans la loge.

“Vous en avez des discussions sérieuses, s’écria Gaëlle en apparaissant à la porte de la cuisine.

- Vous tombez bien, c’est prêt et j’avais peur que ça accroche.

- Qu’est-ce que tu nous as fait ?

- Des lentilles.

La mine de Xavier s’allongea.

- Recette Sonia, dit Michaël.

- Bon, essayons, j’ai très faim, enchaîna Xavier.

Ils mangèrent quelques minutes dans un silence absolu et Catherine quêtait anxieusement leurs réactions.

- Il en reste ? C’est drôlement bon…

- Les tomates, ça change complètement le goût. Qu’est-ce que t’as mis d’autre ? questionna Gaëlle.

- J’ai mis un oignon que j’ai fait cuire très doucement à l’huile.

- Ah, écoute, Maman, c’est formidable comme plat ! Pas vrai Michaël ?

- Vrai ! Dommage qu’il y en ait pas plus. Je vais saucer avec du pain pour avoir tout le goût.

- C’est Sonia, dit modestement Catherine, mais avec un sourire qui montrait son contentement d’avoir fait plaisir aux siens. Elle est très débrouillarde et elle s’était bien renseignée pour faire à manger pour pas cher tout en gardant sa santé. Elle m’a promis de me donner ses trucs. Et vous savez que c’est comme si vous aviez mangé de la viande parce que les lentilles, c’est plein de protéines, ajouta-t-elle, fière de sa science toute neuve. Bon, maintenant, dites-moi quel est le résultat de vos démarches.

- Plutôt maigre, lâcha Gaëlle. On aurait pu téléphoner au lieu de se déplacer parce qu’il faut prendre rendez-vous avec un conseiller d’abord.

- Je suis pas d’accord avec toi, dit Xavier. Y aller nous a permis de nous faire une idée des formations proposées. Malheureusement, il faut souvent avoir trouvé un patron, et ça, c’est une autre paire de manches. Je regrette vraiment d’avoir pas mieux réussi à l’école, j’en serais pas là. C’est de ma faute, je me suis pas assez accroché.

- Dis pas ça, répliqua Gaëlle, c’est pas juste. Regarde, moi, je me suis accrochée tout ce que j’ai pu, j’ai travaillé comme une folle et, tu vois, je suis moins avancée que toi, j’ai même pas un C.A.P.

- Oui, mais tu as le Brevet des Collèges et puis tu es allée au lycée…

- Pour ce que ça sert, un brevet des collèges ! Non, c’est dans la famille, on a quelque chose qui nous empêche de réussir nos études.

- Dites pas ça, Michaël réussit bien pour l’instant, s’exclama Catherine que cette conversation bouleversait car elle réveillait sa culpabilité de n’avoir pas su mieux soutenir ses enfants dans leur scolarité. Pas vrai, Michaël ?

Il se troubla :

- J’ai du mal, Maman. C’est comme si ma tête refusait d’enregistrer. Pourtant je travaille, je fais du mieux que je peux. Je crois que j’ai pas trop mal réussi et quand les profs rendent la copie, je m’aperçois que j’ai écrit que des conneries.

- Michaël, sois pas grossier ! La grossièreté salit ceux qui l’emploient et ceux qui l’entendent…

- Maman, l’interrompit Gaëlle, tu devrais demander un rendez-vous au professeur principal de Michaël avant qu’il soit trop tard. Si tu veux, je viendrai avec toi.”

Gaëlle savait que sa mère était terriblement intimidée par les enseignants. Devant eux, elle perdait tous ses moyens. Et si, du temps d’Étienne, elle s’était toujours débrouillée pour se rendre aux réunions collectives organisées dans les établissements scolaires que fréquentaient ses enfants, elle était toujours parvenue à éviter les tête-à-tête qui la gênaient terriblement. Elle éluda :

“Nous verrons ! Je sais même pas comment s’appelle le professeur principal de Michaël.

- C’est Mme Léonor, la prof de français, elle est super gentille.

- Oui, on verra, on verra. Qui débarrasse ? Et qui fait la vaisselle ? J’ai besoin de m’asseoir un peu, cette Mme Guillaume m’a épuisée.”

Et les jeunes, confus, se rendirent compte qu’une fois de plus, ils n’avaient parlé que d’eux, sans se soucier des démarches entreprises par leur mère.

III

Ce jour-là, l’assistante sociale avait annoncé sa venue. Catherine avait la même réaction devant les travailleurs sociaux que devant les enseignants. Elle se sentait comme une petite fille prise en faute, elle avait une conscience aiguë de ses limites, de son insignifiance, de sa difficulté à trouver ses mots. Mais elle n’avait pas le choix. Lorsqu’elle avait téléphoné pour prendre rendez-vous, l’assistante sociale s’était enquise du motif de la rencontre. Comprenant qu’il s’agissait d’un relogement, elle avait décidé de venir à domicile, disant que cette visite lui fournirait des arguments pour étayer le dossier.

Elle arriva vers dix heures. Elle devait avoir une trentaine d’années, dynamique, souriante, mince et joliment vêtue quoique avec beaucoup de sobriété :

“Bonjour, madame Maheu. Je suis contente de vous rencontrer. Je regrette que vous ne m’ayez pas fait part plus tôt de vos difficultés. Mais je suis là pour vous aider. Vous allez tout m’expliquer depuis le début et nous allons voir ce qu’il est possible de faire.”

Catherine l’entraîna dans la cuisine et lui servit un café qu’elle avait mis à tiédir au bain-marie.

“Voilà, Madame, mon mari est décédé de maladie à la fin d’août. Ça a été très brutal. Il y a quelques semaines, un monsieur de la société est venu me dire qu’il fallait libérer la loge dans un délai de trois mois après le décès pour qu’ils embauchent un nouveau gardien. Mais moi, je trouve pas de travail et j’ai pas d’argent. Les logements privés sont trop chers et les propriétaires veulent beaucoup de garanties. Et pour les H.L.M., on m’a dit que les listes d’attente sont très longues. Voilà, je vais me retrouver à la rue avec mes enfants si je trouve pas de solution.

- Vous avez combien d’enfants ? Quel âge ont-ils ?

- J’en ai trois : Xavier a vingt-deux ans, Gaëlle a dix-neuf ans, ils sont tous les deux chômeurs. Et Michaël a quinze ans et il est en troisième.

- Quelles sont vos ressources ?

- Je touche l’allocation veuvage et celle de soutien familial à cause de Michaël. Les deux autres n’ont droit à rien.

- Vous ne pourriez pas être embauchée à la place de votre mari ?

- Le monsieur m’a dit que non parce que je suis pas qualifiée, d’après lui, pour les ascenseurs et la chaufferie. Et puis il dit que mon niveau d’études est trop faible pour remplir correctement les tâches administratives.

- Mais qui joue le rôle de gardien actuellement ?

- Je continue à faire ce que je faisais : laver les escaliers et le hall et recevoir les loyers. Je sors les poubelles, avant c’était mon mari qui s’en occupait. Mes enfants m’aident. Je note les plaintes des locataires et je les téléphone à la société alors ils envoient une société de sous-traitance mais ils disent qu’avec les frais de déplacement, ça leur revient trop cher et ça leur donne trop de travail en plus.

- Avez-vous pensé à demander le capital décès ?

- Non, qu’est-ce que c’est que ça ?

- C’est une somme à laquelle vous avez droit, qui est versée par la sécurité sociale et qui correspond à quatre-vingt-dix jours de salaire. Pour un employé au SMIC, ça fait plus de vingt mille francs, ce n’est pas négligeable. Je vais vous aider à en faire la demande. De plus, il faut demander à l’employeur de votre mari si l’entreprise n’a pas prévu une aide au moment du décès. C’est très fréquent mais cela dépend de la convention collective adoptée. Je vais lister les choses à faire. Vous connaissez le nom du syndicat majoritaire ?

- Ben non, vous savez, dans les immeubles, on est isolé. Je savais même pas qu’on avait des droits.

- Ce n’est pas grave, je vais me renseigner et je vous tiendrai au courant. Dans les choses urgentes, à quel type d’emploi pensez-vous pouvoir correspondre ?

- Le ménage, le service, la garde d’enfants ou l’aide aux personnes âgées.

- C’est dommage, la mairie recrute des assistantes maternelles pour la crèche familiale. Ce serait parfait pour vous mais ce n’est pas possible tant qu’on n’a pas résolu le problème du logement.

- C’est comme un serpent qui se mord la queue alors ! Pas de logement, pas de travail ; pas de travail, pas de logement !

- Votre remarque est juste, mais ça ne sert à rien de se lamenter sur ce monde mal fait, il faut tâcher individuellement de trouver des solutions.”

Par-devers elle, Catherine se disait que c’était facile de dire ça quand on est assistante sociale, assurée d’un salaire qui tombe régulièrement. Pourtant, elle n’en voulait pas à la jeune femme qui savait tant de choses et avait l’air de vouloir l’aider à sortir de l’impasse où elle se trouvait.

“Vous devriez aller à l’hôpital, ils recrutent régulièrement des filles de salle et des auxiliaires de vie. Pour cela, il n’y a pas besoin de diplôme. Il faut demander un rendez-vous au chef du personnel. Je vous préparerai une liste avec tous les contacts. Même chose avec le rectorat, ils recrutent aussi du personnel pour l’entretien des établissements scolaires. Bon, voyons ce logement ! Ce n’est pas par indiscrétion mais je vais devoir faire un rapport et argumenter la situation d’urgence.”

Après la visite, elles se rassirent de nouveau :

“Bien sûr, vous êtes totalement prioritaire, dit l’assistante sociale. Mais je ne vous cacherai pas la difficulté de la chose : les logements d’urgence sont tous occupés, par des personnes aussi démunies que vous l’êtes. Normalement, ils sont attribués pour un an. Dans la réalité, la ville ne peut pas mettre des familles dehors et ne trouve pas forcément de solution à long terme. Reste l’hôtel meublé : cela présente beaucoup d’inconvénients en particulier qu’on peut rarement y faire la cuisine et la lessive, ce qui entraîne beaucoup de frais supplémentaires. Mais certains ouvrent droit à l’allocation logement et restent accessibles. Cependant, il vous faudrait deux chambres et c’est bien rare que deux chambres soient libres au même moment dans le même hôtel. Je pourrais trouver presque immédiatement une place en foyer pour mère seule pour vous et Michaël mais d’une part, le foyer serait sans doute loin et vous seriez coupée de vos relations et Michaël de son collège, et d’autre part, je n’aurais pas de solution pour les deux grands qui ne peuvent même pas espérer un foyer de jeunes travailleurs tant qu’ils sont sans emploi.

- Ah non, ça, madame, je ne veux pas qu’on nous sépare. Et je ne veux pas quitter le quartier. C’est toute ma vie heureuse, les amis des enfants, mes amis. Si on me chasse d’ici, j’aurais l’impression de devenir veuve une deuxième fois.

Catherine sentait ses lèvres trembler comme si elle allait se mettre à pleurer.

- Alors, dans l’immédiat, il n’y a qu’une solution : faire durer. Les expulsions sont interdites pendant l’hiver. Je vais prendre contact avec votre employeur pour voir s’il ne pourrait pas recruter un remplaçant pour votre mari à qui vous laisseriez l’usage de la loge. Cela se fait. Je vais aussi faire tout ce que je vous ai promis et je reprendrai contact.”

L’assistante sociale quitta poliment une Catherine passablement démoralisée qui ne pouvait se départir d’un sentiment de malaise à l’idée d’occuper indûment la loge. Mais l’assistante sociale avait raison : que faire d’autre en attendant de pouvoir trouver une solution qui ne meurtrirait pas davantage la famille ?

Xavier, lui, était sorti une fois de plus découragé de l’A.N.P.E., sa sœur sur les talons :

“Ça sert à rien d’y aller, y a jamais rien. Ça me file le bourdon. Et pas de rendez-vous avec le conseiller de la mission locale avant une semaine. C’est terrible d’avoir rien à faire de la journée à part se sentir inutile.

- Mets une annonce à la boulangerie. On sait jamais.

- Mais que dire ? “Débrouillard sans emploi accepte n’importe quelle occupation, même mal payée.” Ça fait pas sérieux. Non, je vais plutôt aller demander à Ali s’il a rien à me confier pour m’occuper. Il comprendra, il  peut pas rester sans rien faire. Tiens, je vais te laisser, tu préviendras Maman. Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ?

- T’inquiéte pas, pour les filles, il y a toujours du boulot. Avec la visite de l’assistante sociale, Maman doit pas être en avance. Et puis il y a une couture assez délicate sur une manche de Michaël. Si je veux pas qu’il s’affiche, je vais devoir faire ça très proprement et ça va me prendre du temps.

- Bon, à t’à l’heure !”

IV

Xavier bifurqua vers l’hôtel. Dans la grande salle, il vit son copain Julien, étudiant en licence d’économie. Personne d’autre et pas d’Ali derrière le bar. Il alla s’attabler à côté de son ami d’enfance.

“Salut Julien. Ça fait une paye qu’on t’a pas vu ? T’es pas en cours ? Et où est Ali ?

- Ali est reparti furibard à Rungis : on lui a fourgué une cagette de poireaux, la moitié, ceux du fond, était bonne à jeter. Ali, c’est pas le genre à se laisser faire. Et moi, je ne suis pas en cours. Je cale. D’ailleurs, avec plein d’autres étudiants, on a lancé une pétition pour une réforme des études d’économie.

- Ben pourquoi ?

- Parce que ça correspond à rien, ce qu’on nous apprend, ça ne nous permet pas de comprendre les mécanismes réels de l’économie. On nous bourre la tête de modèles mathématiques dont on ne comprend pas le sens.

- Mais tu vas tout de même pas arrêter tes études ? Avec les enfants d’Ali, t’es un des seuls du quartier à faire des études supérieures. Tu peux pas faire ça !

- Xavier, les choses sont plus compliquées. Tu vas me dire que les états d’âme sont un luxe que je ne peux pas me permettre venant d’où je viens. C’est vrai sur un plan, comment dire… comptable. C’est faux sur un plan humain. En ce moment, j’ai l’impression que si je continue dans cette voie, obligatoirement je serai bientôt obligé de trahir tous ceux que j’aime et tout ce à quoi je crois. Et ça, je ne peux pas.

- Mais quel est le rapport entre tes études et nous tous ?

- Et bien j’ai appris beaucoup de choses, mais pas forcément dans les cours. En parlant avec d’autres, en lisant des journaux libres…

- Qu’est-ce que tu veux dire avec les journaux libres ? Tous les journaux sont libres, en France.

- Non, Xavier, la plupart des journaux appartiennent à des grands groupes de presse. Ils vivent de la publicité, ils ne peuvent pas déplaire à leurs annonceurs. Je ne sais pas s’il y a une vraie censure ou si les journalistes s’autocensurent pour ne pas perdre leur boulot. Le résultat est là. : il y a des tas de choses essentielles qui ne sont pas dites ou qui sont déformées, et les lecteurs inattentifs gobent tout ça. Et c’est vrai aussi des journaux télévisés. Souvent, ils développent ce qu’ils croient devoir intéresser les spectateurs. Et ils n’expliquent pas des choses fondamentales, ou alors, c’est tellement noyé dans le reste que les téléspectateurs n’y font pas attention.

- Mais quoi par exemple ?

- Je sais pas moi. Par exemple, la paire de chaussures que tu as aux pieds. C’est une marque et tu te sens obligé de porter ça pour être comme tout le monde. Ça vaut environ cinq cents francs. Même si tu les as achetées en soldes, ça vaut cher. Combien crois-tu que coûte leur fabrication et combien est payé l’ouvrier qui les produit ?

- Oh chais pas. Le tiers du prix, sans doute. Si on enlève le prix du cuir, des lacets, les transports, le revendeur… l’ouvrier doit au moins gagner cent cinquante francs par paire. Surtout que ça doit pas être évident à assembler.

- Et bien détrompe-toi : sur une paire qui vaudrait trois cents cinquante francs, la matière première coûte soixante-trois francs, l’ouvrier gagne six francs et travaille dans des conditions épouvantables. Les Anglo-Américains ont un mot pour ça : “sweatshop” qui désigne une entreprise délocalisée dans un pays du Sud pour raison de dumping social, c’est-à-dire pour baisser le coût du travail, et qui emploie à bas prix une main d’œuvre corvéable à merci. Souvent des enfants. Une entreprise fait même fabriquer le pied droit en Chine et le gauche au Vietnam pour éviter la fauche. D’ailleurs, si c’est souvent des enfants qui fabriquent les chaussures, les ballons de foot… c’est parce qu’ils coûtent moins cher.

- Mais le travail des enfants est interdit !

- Au Pakistan, Xavier, des petites filles de cinq ans fabriquent des briques en plein soleil dix heures par jour et sont payées juste de quoi ne pas mourir de faim. En Inde, c’est les tapis, en Thaïlande, la prostitution. Des gamines à peine pubères contaminées par le sida !

- Mais c’est pas possible ! Et on laisse faire ?

- C’est une guerre, Xavier, une autre forme de guerre. On ne voit pas de morts, de blessés ou de maisons détruites, du moins dans notre pays. Mais c’est quand même une guerre et on laisse faire parce que beaucoup croient qu’on ne peut rien faire. Les médias nous répètent à longueur d’antenne que c’est la mondialisation et qu’on n’y peut rien.

- Et chez nous ?

- Chez nous, on culpabilise les chômeurs et les titulaires du R.M.I. On leur dit que c’est de leur faute s’ils en sont là. On fait peur aux autres avec les licenciements alors plus personne n’ose bouger. Enfin, c’est pas tout à fait vrai, il y a des gens dans le monde entier qui sont entrés en résistance et qui disent qu’un autre monde est possible. Moi, je veux être du côté de ceux-là. Alors il y a des jours où je trouve les cours à la fac vraiment trop indigestes. Je reviens prendre un bol d’air dans le quartier. Je ne sais pas ce que je dois faire. Des copains qui pensent comme moi me disent qu’il faut s’accrocher, parler le langage de nos ennemis pour démonter leurs arguments. Mais les études, c’est austère et, si on n’a plus la foi pour se soutenir, le risque est grand de décrocher.

- Qu’as-tu appris d’essentiel ?

- Que l’ultra-capitalisme, c’est-à-dire le régime totalitaire sous lequel nous vivons, se résume à quelques pensées très simples : “Soyez égoïstes, la société ira bien.” Ça, c’est Oncle Bernard qui le dénonce.

- C’est qui, Oncle Bernard ? Et c’est quoi, un régime totalitaire ?

- Oncle Bernard est un professeur d’économie qui a écrit quelques bouquins plutôt accessibles, alors que les livres d’économie sont souvent un charabia incompréhensible pour le commun des mortels. Un régime totalitaire, c’est une manière de gouverner en accaparant tous les pouvoirs et en n’acceptant aucune opposition. Les ultra-libéraux pensent que seule la recherche du profit maximum peut améliorer le fonctionnement du monde. Ils pensent que toute autre manière de voir la vie relève de l’imbécillité ou de l’ignorance. Ils ne peuvent pas imaginer un être humain capable de faire quelque chose de façon désintéressée, ça dépasse leur entendement. Je me demande s’ils ne réfléchissent pas encore en termes de bénéfices quand ils tiennent leur amour dans leurs bras !

- Et quoi d’autre ?

- Privatiser les profits, socialiser les pertes.

- Ça veut dire quoi ?

- Et bien quand les capitalistes gagnent de l’argent, ils le gardent, et quand ils en perdent trop, ils font payer l’état, c’est-à-dire le contribuable, c’est-à-dire nous.

- Nous, on paye plus d’impôts depuis longtemps…

- Faux, vous payez la T.V.A. Sur les produits de première nécessité, elle est de 5,5% et sur les autres, de 19,6%. Par exemple, si tu achètes un téléviseur à cinq mille francs, tu payes mille francs d’impôt.

- C’est pas possible, mais c’est énorme !

- Pour toi, c’est énorme. Pour quelqu’un qui gagne trente mille francs par mois, ce n’est pas si important. Note que je ne suis pas contre l’impôt, mais je trouve qu’il est injuste. Par contre je suis contre le fait que l’impôt serve à renflouer le Crédit Lyonnais : cent vingt milliards qui auraient pu servir aux écoles ou aux hôpitaux. Quand ces gars-là s’en sont mis plein les poches, crois-moi, ils n’ont pas payé d’impôts à la hauteur de ce qu’ils engrangeaient, ils ont les moyens de se faire bien conseiller pour en payer le moins possible. C’est toujours les petits, ceux qui ne sont pas au courant de leurs droits qui raquent le maximum.

- Mais nous ? Mais moi ? Qu’est-ce qu’on peut faire ?

- C’est la guerre, je te dis. Ils ont pour eux les moyens, nous avons pour nous le nombre. Il faut qu’on se donne les moyens et alors on pourra les battre et imposer un monde moins injuste. Et puis c’est vital pour nous parce que ces salauds gaspillent sans compter les ressources de la planète et on va avoir de plus en plus de catastrophes. Si on ne fait rien, un jour, il faudra payer pour avoir le droit de respirer. D’ailleurs dans notre monde, ceux qui ne peuvent pas payer n’ont qu’à crever. Regarde avec le sida, on a les médicaments mais ils sont très chers, alors ceux qui peuvent pas payer crèvent. Un continent entier est en train d’être rayé de l’humanité : l’Afrique. Il y a de plus en plus d’orphelins à cause du sida, il y en aura quarante millions en 2010. L’Afrique du Sud voudrait fabriquer ses propres médicaments pour sa population pauvre. Mais les grands labos pharmaceutiques s’y opposent en prétendant qu’ils doivent rembourser leurs recherches et que créer un médicament coûte très cher. C’est vrai, mais à quoi servent-ils si ceux qui en ont le plus besoin ne peuvent pas les acheter ?

- On fait pas le poids !

- On n’a pas d’autre choix que résister à ce monde inhumain. Et pour cela, un seul moyen : apprendre, ne plus se laisser berner, dire, écrire à nos députés, à nos gouvernants, boycotter les entreprises pour les empêcher de jouer à cette sale guerre. Sans les consommateurs, ils ne sont plus rien même si le maximum de ce qu’ils gagnent vient de la Bourse.

- Tu crois qu’il sait tout ça, Ibrahim ? Et ses sœurs ? Et Vladimir ? Et les autres du quartier, Pierre et Odile, par exemple ?

- Je ne sais pas. Il y a beaucoup de gens qui savent des choses mais ils ne font pas forcément les liens entre tout et ils ne savent pas comment agir. Tu vois, quand Le Pneu a annoncé des profits maximum et sept mille cinq cents licenciements, les gens ont bien pensé qu’il y avait un truc pas clair mais ils ne comprenaient pas forcément la cause d’une telle situation. Pourtant certains se sont réveillés à ce moment-là.

- Mais on entend que le chômage baisse, que la crise est finie, qu’on suit les États-Unis où le chômage est très faible : un peu plus de 5%, je crois.

- Tu vois, on pourrait discuter des heures de ces idées fausses diffusées par les médias. Le chômage, déjà, ça dépend comment on compte. Les stagiaires en reconversion, sont-ils chômeurs ou non ?

- C’est des chômeurs. Quand le stage est fini, ils sont de nouveau sans rien.

- Et bien dans les statistiques, ils ne sont pas comptés. Une association de chômeurs comptait les chômeurs réels à près de cinq millions, au plus fort de la “crise”. En fait, le chômage ne diminue pas, il se transforme en emplois précaires, avec des salaires minables et des horaires impossibles. Quant aux États-Unis, non contents de nous avoir envoyé le syndrome des travailleurs pauvres, c’est-à-dire des gens à qui leur travail ne permet pas de vivre, ils ont trouvé un truc radical pour avoir moins de chômeurs : ils les mettent en prison. Le nombre des détenus explose mais comme les prisons sont privées… Et puis pour faire un peu de place pour les suivants, ils ont toujours la peine de mort. Le Texas est un des endroits où on exécute le plus.

- Ben moi qu’avais le bourdon en sortant de l’A.N.P.E. et qui suis venu me changer les idées chez Ali…

- “La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil”, disait René Char, un de nos plus grands poètes. Il faut avoir une utopie pour vivre et rien n’est perdu tant qu’on est conscient de l’inacceptable.

- Je sais vraiment rien, Julien : c’est quoi une utopie ?

- Un monde meilleur qui n’est pas encore réalisé.

- Tu sais, Julien, n’arrête pas. On a besoin de toi pour comprendre et pas être toujours les derniers. Tu expliques bien. Alors, quand tu te décourages, pense à tes copains largués. Tu sais, on devrait se voir plus souvent… et plus nombreux. Tu nous expliquerais ces choses. Et d’autres expliqueraient peut-être d’autres choses. Je suis sûr que Vladimir a beaucoup à nous apprendre. A nous tous, nous arriverons peut-être à nous défendre.

- Et nous ne sommes pas seuls, Xavier, “car nous ne sommes pas seuls” comme avait dit De Gaulle, le 18 juin 40, lorsqu’il a appelé à la résistance. Car c’est la guerre. Une autre forme de guerre, moins visible, plus sournoise mais aussi meurtrière. Dans nos pays riches, on ne le voit pas encore vraiment mais dans le monde entier, elle fait des ravages. On peut s’organiser en réseau de résistance. Pour l’instant, nous avons encore des marges de manœuvres car ils ne nous prennent pas vraiment au sérieux. Mais il faut faire vite, ils ont subi un échec retentissant et ils vont commencer à se méfier d’autant plus qu’ils sentent des remous avec l’approche de Seattle.

- C’est quoi, Seattle ?

- C’est l’ouverture du Cycle du millénaire organisé par l’OMC, l’organisation mondiale du commerce, pour ouvrir encore davantage de secteurs au commerce mondial, en particulier les services publics qui représentent un formidable marché potentiel…”

A ce moment, Ali entra, portant une cagette de poireaux, le sourire aux lèvres : “Il est pas né celui qui croit m’avoir ! s’exclama-t-il. Mais alors, quels bouchons ! Quand je pense que certains supportent ça tous les jours. Tiens, Sonia, va me porter ça à la cuisine.” Xavier rougit bêtement : comment, Sonia était là ? Elle l’avait entendu dire toutes ses naïvetés… “Revenez avec Fathia prendre un café. Vous avez bien mérité une pause, reprit Ali.

- Ali, demanda Xavier en bafouillant un peu, j’ai un service à te demander.

- Quoi donc, mon fils ? Si je peux te rendre service…

- Eh ben voilà, j’en peux plus de rien faire. Ça m’casse le moral. T’aurais pas queque chose à m’confier pour m’occuper un peu ?

- Comme ça, là, je ne vois pas et pourtant ça serait avec plaisir, fils. Se tournant vers sa femme qui entrait : Dis, Fathia, on n’aurait pas quelque chose à confier au petit ? Pour l’occuper.

- Je sais pas… Si, j’ai une idée. Maintenant que Sonia est là pour m’aider à l’intérieur, ça serait très bien qu’on nettoie la remise. Y a un fourbi qui s’entasse là dedans depuis plusieurs années. Qu’est-ce que t’en penses, Xavier ?

- Oh, je serais drôlement content, Fathia : j’en peux plus de rien faire. Merci !

Puis, se tournant vers Sonia : “Sonia, tu connais Julien ? C’est mon grand copain, le deuxième avec Ibrahim. Et présentant Sonia à son tour : C’est Sonia. Elle vient d’arriver, elle a fait une terminale économique et sociale et elle travaille à l’hôtel maintenant.

- Non, nous ne nous connaissions pas, ajouta Sonia, mais maintenant, c’est fait. Je n’ai pas voulu être indiscrète tout à l’heure, je voulais juste avoir des nouvelles de Catherine.

- Maman va bien. L’assistante sociale est chez nous ce matin. J’espère que les nouvelles seront bonnes.”

Sonia n’était pas du même avis que Xavier, elle trouvait que Catherine avait mauvaise mine, le teint terreux. On aurait dit qu’elle était submergée par une immense fatigue. Elle n’en dit rien pour ne pas inquiéter le jeune homme.

“J’ai écouté ce que vous disiez. Ça m’a fait penser à un ancien copain de classe dont le père avait une excellente situation. Il me disait tout le temps – pardon pour le gros mot – : “Tu vas pas t’emmerder avec ça !” Et ça m’agaçait prodigieusement. Et puis, en vous écoutant, j’ai compris : être pauvre, c’est précisément toujours être en train de s’enquiquiner. Le riche, quand ça l’ennuie, il charge quelqu’un d’autre de s’en occuper, ou il rachète du neuf. Le pauvre, il passe sa vie à économiser, à retaper, à grappiller, à se justifier…

- Mais toi, qu’en penses-tu de ce que Julien a dit ? questionna Xavier.

- Moi, je suis beaucoup moins savante que Julien. De ce que je sais, je crois qu’il a raison : on est en guerre. Une guerre économique avec des milliers de morts. Je ne veux pas de ce monde-là, mais comment s’abstraire des autres, de la société ?

- Il faut s’unir, s’informer, constituer des réseaux. Nos armes, ce sont la vitesse et l’information. C’est comme ça que nous avons fait échouer l’AMI.

- Quel ami ? Et pourquoi le faire échouer, si c’est un ami ? interrogea Ali.

- C’était un faux ami. En fait, c’est cette manie de parler par sigles pour noyer les gens. AMI, ça signifie : Accord multilatéral sur l’investissement. En clair, c’était un accord entre tous les pays signataires qui faisait des investisseurs les rois du monde : au dessus des peuples et des gouvernements.

- Mais comment c’est possible ? La France est une démocratie ? s’inquiéta Xavier.

- Peut-on encore appeler “démocratie” un pays dans lequel les élus signent les yeux fermés des traités proposés par des “experts”, qui mettent le pays pieds et poings liés sous la coupe de financiers pour vingt ans ? Sans le courage d’une avocate américaine qui a rendu le texte de l’accord public avant la signature et sans les citoyens qui ont compris le danger et qui se sont battus à une poignée, comme des lions, sans moyens mais avec une détermination incroyable, l’accord passait.

- J’ai honte, dit Xavier, mais c’est la première fois que j’entends parler de ça.

- Tu n’as pas à avoir honte. Moi aussi je fais trop confiance aux élus. En plus, comme je n’ai pas le droit de voter, je me désintéresse un peu des affaires du pays. Pourtant c’est ici que je vis et que mes enfants grandissent. On est trop pris par le travail, alors on se donne plus le temps de réfléchir aux choses importantes, se désola Ali.

- Julien, vous restez quelques jours avec nous ? J’aimerais bien en apprendre davantage… interrogea Sonia.

- Tu peux le tutoyer, ma fille. Ici, tous les proches sont comme une famille. N’est-ce pas Julien ? Et moi aussi, je voudrais comprendre… pour mes enfants. C’est bête de dire ça, je suis même pas allée à l’école et je sais pas lire. Mais je peux peut-être comprendre des petites choses si on m’explique bien.

- Oh non, c’est pas bête, Fathia, lui répondit Julien. Tout le monde peut comprendre au moins les grands principes. Si je vous dis : en 1998, les patrimoines des trois personnes les plus riches du monde dépassaient ensemble le P.I.B. global des quarante-huit pays les moins avancés. Le P.I.B., c’est le produit intérieur brut, c’est-à-dire toute la richesse produite par un pays. Ce n’est pas un très bon instrument de calcul du bonheur des gens car il inclut aussi les dépenses liées aux accidents, catastrophes, etc.

- Tu veux dire que trois personnes ont plus de richesses pour elles seules que les habitants de quarante-huit pays ? s’enquit Fathia qui n’était pas sûre d’avoir bien compris.

- Oui, c’est complètement dément. Je peux ajouter que le patrimoine des quinze individus les plus fortunés dépasse le P.I.B. total de l’Afrique subsaharienne et que la fortune de quatre-vingt-quatre personnes égale le revenu annuel de la Chine, plus d’un milliard d’hommes ; même si vous avez du mal à vous représenter ce que ça fait, plus d’un milliard d’hommes, vous voyez bien que c’est sans commune mesure avec quatre-vingt-quatre et c’est pour ça, entre autres choses, que l’humanité court à sa perte. Et même en France, 10% des foyers détiennent près de 50% de la richesse nationale…

- Tu veux dire, Julien, que quatre-vingt-quatre bonshommes sont plus riches qu’un sixième environ de l’humanité ! s’exclama Ali. Mais que peuvent-ils faire de tout cet argent ? Il leur faudrait mille vies pour le dépenser, et encore, sans compter ! Allah ne peut pas permettre cela. C’est un crime quand tant de gens manquent du minimum.

- C’est d’autant plus un crime, dit Julien, qu’il ne faudrait pas un gros effort aux riches pour que chacun ait accès au minimum vital : l’accès universel à l’école primaire, aux soins de santé de base, à une nourriture adaptée et aux hôpitaux, et pour les femmes, aux soins autour des naissances, coûterait environ quarante milliards par an pendant dix ans. Soit moins de 4% de la richesse cumulée des deux cent vingt-cinq plus grosses fortunes. C’est moins que la T.V.A. en France sur les produits de première nécessité, qu’on paie qu’on soit riche ou pauvre.

- C’est vrai, ça serait si peu pour eux, une goutte d’eau dans leur océan de richesse… Et tant pour la mère qui voit mourir ses enfants faute d’eau potable ! songea Sonia.

- Vous vous souvenez de cette affiche pour l’association “Agir contre la faim” ? On voit un enfant très maigre, africain sans doute, qui en porte un plus petit carrément squelettique. Et l’affiche dit : “Plus personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.” C’est ça qui a été le début de ma révolte : on nous culpabilise alors qu’on est dans un monde qui fonctionne à la course à l’argent. On ne s’attaque pas à la vraie cause du mal : le politique comme représentation du bien des peuples a démissionné devant le pouvoir des Grands Intérêts Financiers. On dirait que le Marché est devenu le nouveau dieu de notre époque. Moi je veux bien me priver pour donner aux associations caritatives, mais ça ne servira à rien, c’est comme une mer sans fin ! s’insurgea Julien.

- Tu as raison, dit Ali, on dirait que les hommes politiques ont peur d’affirmer les idées pour lesquelles on les a élus…

- Victor Hugo disait : “ Vous voulez les pauvres secourus, moi je veux la misère supprimée”, l’interrompit doucement Sonia. Je l’ai apprise par cœur. Il disait aussi que quand on ouvre une école, on ferme une prison. On ne demande pas la charité, quand on est pauvre, seulement d’avoir le droit de vivre, que nos droits soient respectés et, si on ne meurt plus de faim en France, vivre avec le R.M.I., ce n’est pas vivre. Ces richissimes sont les prédateurs de l’humanité, il faut les empêcher de nuire comme on le ferait avec des bêtes nuisibles !

- Mes enfants, tout cela est grave. Il faut faire quelque chose. Venez ce soir vers neuf heures, quand les clients auront fini de manger et amenez quelques personnes. Nous pourrons nous mettre dans le salon qui sert pour les mariages. Je dirai à Leïla et à son mari de venir. Demain, c’est férié à cause de l’armistice, ils peuvent dormir ici. Pour l’instant, il faut que chacun retourne à son travail, les “pause-café” vont bientôt arriver. Reste manger avec nous Julien. Toi, Xavier, si tu veux rester, préviens ta mère, sinon elle va s’inquiéter.

- Merci, Ali, mais je vais rentrer. Elle avait la visite de l’assistante sociale, ce matin, je sais qu’elle se fait du mauvais-sang pour la loge. Il vaut mieux que je sois avec elle si les nouvelles ne sont pas bonnes. Je reviendrai vers quatre heures pour commencer dans la remise, d’accord, Fathia ?

- Va, tu es un bon fils ! A tout à l’heure,” dit celle-ci.

V

Sur le chemin du retour, Xavier frissonnait à cause du temps et de cette incroyable conversation. Jamais il n’avait pris conscience à ce point qu’il faisait partie d’un tout et que ce qui lui arrivait était aussi le résultat d’événements qui se décidaient ailleurs, très loin et sur lesquels il n’avait pas de prise. Pourtant Julien avait l’air de dire que tout n’était pas perdu pour agir et Julien savait tant de choses…

Chez lui, la famille était déjà à table. Michaël avait sport avec l’association sportive du collège à treize heures trente, il n’avait guère le temps de s’attarder. Pour l’instant, il ne mangeait pas la salade étrange et appétissante que sa mère avait préparée, mais parlait de Germinal, le livre qu’il étudiait :

“C’t’à peine croyable, la famille des mineurs s’appelle comme nous, Maheu. On doit pas râler, eux, ils vivent à neuf dans trois petites pièces. En bas, la cuisine où ils mangent, où ils se lavent dans un baquet en rentrant de la mine, où ils vivent. En haut, une sorte de cagibi, le père, la mère, le bébé dorment là. Dans l’autre chambre, trois lits ; deux par lit. Le grand-père qui travaille la nuit, dort le jour dans un des lits vides. Zola y parle aussi des conditions de travail dans la mine ! Catherine, la fille, maigre comme un haricot, elle pousse des wagonnets pleins de charbon de plus de sept cents kilos. Fait chaud, humide, ils ont des positions casse-gueule pour attaquer la roche, pis la trouille que ça s’éboule ou que ça explose. Et avec tout ça, ils gagnent même pas de quoi manger à leur faim !

- Pense tout de même à manger, toi, lui dit sa mère.

- Alors, t’es pris ? Tu vas le lire en entier ? questionna sa sœur.

- Qu’est-ce que t’as mis dans la salade ? interrompit Xavier.

- J’ai mis du soja, Sonia dit que ça remplace le beefsteack. C’est bon avec le maïs et les tomates. Mais tu devrais laisser parler ton frère, pour une fois qu’un livre l’intéresse à part les B.D.

- Je sais pas, quand même ! Il est drôlement gros ! Plus de cinq cents pages !

- Mon père disait toujours qu’on peut tout surmonter si on se fixe des étapes. Après t’es très fier de toi. Alors ton livre, t’as qu’à le découper en rondelles et tu finiras par arriver au bout.

- Il a pas de chapitres, ce livre ? demanda Gaëlle.

- Si. Et il a même des parties, sept, comme les jours de la semaine. Mais des fois, y a des descriptions un peu trop longues et ça me casse les pieds.

- Eh ben saute-les ! s’écria Xavier.

- Je sais pas si c’est une bonne idée, s’interrogea Gaëlle. Tu dis toi-même qu’on se rend compte de la pauvreté des Maheu à cause de la description de leur maison.

- Un coron. Ça s’appelle un coron.

- Michaël, mange tes pâtes, elles vont refroidir et si tu continues à traîner comme ça, tu vas être en retard au collège. Dépêche-toi, tu as encore ton sac à préparer. Nous reparlerons de tout ça ce soir.

- Moi aussi j’ai des choses à vous raconter, dit Xavier. Chez Ali, j’ai trouvé Julien qui m’a expliqué des trucs incroyables. Après Ali est arrivé. Puis Fathia et Sonia. On était tous tellement estomaqués par ce que Julien racontait qu’Ali a proposé qu’on vienne ce soir à neuf heures pour en reparler et qu’on amène des gens.

- Mais que disait-il donc, Julien, pour que vous soyez tous si agités ? demanda Gaëlle.

- Julien dit qu’il y a une poignée de gens qui ont décidé de s’accaparer toute la richesse du monde. Ils se moquent de tout à part de leur oseille. Les gens peuvent crever, la planète être détruite, ils s’en fichent ! Après eux, le déluge, comme on dit. Julien prétend que c’est la guerre, une autre forme de guerre, plus sournoise, sans les armes et les villes détruites, mais avec autant de morts. Il dit que partout dans le monde, des gens entrent en résistance, et que nous devons les rejoindre et faire vite car il nous reste pas beaucoup de temps devant nous. Moi, j’aimerais bien y aller ce soir, mais avec l’un de vous. Qu’en penses-tu, M’man ?

- Tu sais, j’aime pas laisser la loge et surtout Michaël seuls. Et ton frère risque d’avoir des devoirs.

- M’man, demain c’est férié, j’aurai le temps de tout faire, et pour après-demain, j’ai presque rien. Allons-y tous, pour une fois qu’on sort !

- Oh ouais, M’man, allons-y ensemble. C’est important ! ajouta Gaëlle.

- Bon, si vous y tenez…

- Mais toi, M’man, tu nous as pas dit ce que ça a donné avec l’assistante sociale, s’enquit Xavier.

- Elle est très gentille, elle va faire tout ce qu’elle peut pour nous, mais elle m’a dit que pour le logement, ça sera très difficile. On est tranquille jusqu’au mois de mars mais après, les expulsions recommencent. Il faut absolument trouver une solution avant. Dis, Xavier, et si toi tu la posais, ta candidature pour être gardien ? On sait jamais !

- Je vais le faire, M’man c’est une bonne idée. Je demanderai à Leïla de corriger ma lettre. Elle a dit quoi d’autre, l’assistante sociale ?

- Qu’on va avoir droit à un capital-décès versé par la sécurité sociale. On le mettra sur le livret de caisse d’épargne pour les coups durs. Ça fait une grosse somme : plus de vingt mille francs. J’ai jamais eu une somme pareille devant moi avec toute une vie de travail. Il a fallu la mort de votre pauvre père…”

Ils restèrent tous silencieux, les yeux embués, sans oser se regarder. La mort d’Étienne était encore une douleur poignante et son absence irréversible leur semblait insupportable. Catherine, la première, se secoua : “Bon, dépêchons-nous un peu, Michaël va finir par être en retard au collège.”

Catherine s’était déjà levée pour faire le café qu’elle faisait couler dans une antique cafetière en fer blanc qui lui venait de ses parents. Le café de midi, une petite tasse chacun, était du vrai café : leur seul luxe, auquel ils ajoutaient un carré de chocolat le dimanche. Ils gardaient le marc pour la “repassette” du matin. Michaël avait droit à une demi tasse de café le dimanche. Pendant qu’elle s’affairait, Gaëlle interrogea son frère :

“ Mais comment il fait, Julien, pour savoir tout ça ?

- Il s’informe et pas auprès de n’importe quel journal. Et puis il fait des études d’économie et même s’il est pas très content de ses études, ça lui donne des clefs pour comprendre. Tu vois des choses qui nous viendraient même pas à l’idée, lui, il y pense et il se renseigne.

- T’as un exemple, parce que c’est pas très clair…

- Il m’a donné l’exemple des chaussures de sport. Nous, pauvres nœunœux, on se croit tous obligés d’en avoir pour être comme tout le monde alors les marques, elles abusent. Elles gagnent un max de fric et l’ouvrier qui les fabrique est payé six francs par paire et travaille dans des conditions, ça craint…

- Six francs ! Des chaussures, tu les paies entre trois cents et six cents francs ! C’est du vol !

- En tout cas, moi, je sais c’que j’ai à faire. J’achèterai plus jamais ces chaussures-là et je dirai aux copains de faire pareil. Je suis sûr que Julien sait comment faire pour connaître les marques qui font ça. Et puis, j’ai réfléchi, je pense qu’il y a pas que les chaussures. Julien m’a dit qu’on pourrait en parler des heures. Il m’a dit aussi qu’on laissait mourir des tas de gens du sida alors qu’on connaît les médicaments qui pourraient les sauver mais les laboratoires veulent pas baisser le prix de leurs médicaments. Et bien pour moi, c’est un crime impuni. Un crime contre l’humanité comme les atrocités de la deuxième guerre mondiale. Tu les as vus, chez Ali, ces reportages au journal télévisé sur les ravages du sida en Afrique ? Ces pauvres gens tout maigres en train de crever dans des hôpitaux qui ont que des lits et des médecins qui se lamentent : ils ont même pas de quoi les empêcher de souffrir. Et tous ces orphelins ! Dans certains pays, Julien m’a dit que quatre enfants sur dix sont orphelins. Comment vont-ils grandir ? Non, ça me révolte trop. C’est pour ça que je vais aider Julien, j’aurai au moins l’impression d’être utile.

- Tu as raison, il faut faire quelque chose ! ajouta Gaëlle.

- Si on allait en parler à Pierre et à Odile ? Pierre, il était militant au syndicat, avant sa retraite, ça doit l’intéresser et Odile, elle s’occupe des dossiers à la caisse d’allocations familiales ; elle doit en voir, des drôles de choses. Moi, je vais faire mon brouillon de lettre comme ça je pourrai le montrer à Leïla, ce soir et Maman sera contente. Mais j’y crois pas trop, ça serait trop beau. A quatre heures, j’irai aider Fathia à débarrasser la remise et je reviendrai pour le repas.”

Notre feuilleton de l’été “Les récoltes du siècle futur” Premier épisode

juillet 15, 2009 at 3:18 | In Le coin des bons bouquins | 2 Comments
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Notre feuilleton de l’été

“Les récoltes du siècle futur”

Par Hélène Lacheret

Premier épisode

“Ce que j’ai voulu, c’est crier aux heureux de ce monde, à ceux qui sont les maîtres : “Prenez garde, regardez sous terre, voyez ces misérables qui travaillent et qui souffrent. Il est peut-être temps encore d’éviter les catastrophes finales. Mais hâtez-vous d’être justes …”

Émile Zola, Médan décembre 1885

“Les libertés humaines ne progressent jamais toutes seules. À l’instar des siècles passés, pour progresser au XXIe siècle, l’humanité devra se battre contre les valeurs qui sèment la discorde, et contre l’opposition des détenteurs d’intérêts économiques et politiques. Les mouvements populaires et les organisations de la société civile seront aux avant-postes, sensibilisant le public aux violations des droits et exhortant au changement dans la législation et l’action publique.”

Rapport mondial sur le développement humain, rédigé en 2000

par le Programme des Nations Unies pour le Développement


Première partie : L’errance ou l’hospitalité ?

I

Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, une femme suivait seule la grande route de Provins à Pertuis, des kilomètres goudronnés coupant tout droit à travers les champs et les bois. Devant elle, elle ne voyait même pas le sol noir et elle n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de novembre mêlés de bruine pénétrante. De loin en loin, des phares trouaient la nuit, sans parvenir à éclairer ses pas mais troublaient plutôt sa marche dans leurs éclairs aveuglants. Elle grelottait sous son mince sweat de coton et tentait de réchauffer ses mains en tirant sur ses manches. Tout ce qu’elle possédait tenait dans un vieux sac de sport qu’elle portait sur l’épaule. Elle avait quitté progressivement le Mâconnais cherchant à s’embaucher plus au nord ou plus à l’ouest au fur et à mesure que les vendanges s’achevaient là où elle avait trouvé à s’employer. Mais la saison paraissait terminée et elle se demandait où chercher maintenant à gagner son salaire. Elle avait passé plusieurs villages hostiles, clos sur eux-mêmes, comme morts de l’heure très matinale. Elle tremblait : où aller et que devenir si, nulle part, on n’avait besoin d’elle ? Se coucher dans un fossé humide et attendre, dévorée de faim, que la mort vous prenne ? Ses maigres gains des dernières semaines avaient fondu de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel. Elle s’en voulait à présent, elle avait manqué de prévoyance, elle aurait dû dormir à l’extérieur en septembre, quand les nuits sont plus clémentes. Mais elle ne pouvait se résoudre à passer la nuit seule, dehors, comme une chienne, exposée à toutes les violences et elle espérait, toujours, contre la logique exaspérante des faits, trouver un C.D.I. qui lui permît de se mettre à l’abri.

Maintenant, elle voyait, de plus en plus proches, des lueurs à travers la nuit et des formes confuses, heurtées, cubiques ou aiguës, qui se détachaient sur le ciel mauve et mort. Elle comprit qu’elle devait approcher de Pertuis, cette grosse commune de la grande banlieue où elle espérait encore trouver de l’embauche. Les formes se précisaient progressivement : des hangars, des entrepôts, quelques-uns arborant de dérisoires enseignes électriques rouges qui tentaient vainement de rappeler au chaland, inexistant dans la nuit, l’importance des firmes commerciales qui faisaient leur profit, ici, le jour.

La jeune femme épuisée errait maintenant dans des rues inconnues, où se succédaient de manière hétéroclite immeubles, commerces, bâtiments divers et maisons en meulière, typiques de cette grande banlieue. Elle désespérait de pouvoir tenir debout plus longtemps tant elle sentait le froid et l’humidité pincer son corps de mille étreintes mortelles. Puis elle aperçut une lueur, une infime lueur qui mettait de la chaleur dans cette nuit interminable. Elle s’approcha ; la baraque ne ressemblait à rien : des angles, des rajouts étonnants, des briques pâles, des décorations géométriques en briques plus sombres, des géraniums aux appuis des fenêtres, pas encore rentrés malgré le froid vif. Mais cette lueur, comme un aimant… Elle s’approcha encore. Au-dessus d’une porte vitrée, elle voyait une pancarte qu’elle ne pouvait déchiffrer car le lampadaire était trop éloigné. À l’intérieur, par l’entrebâillement d’une porte, elle percevait cette faible lumière. Elle entendait quelqu’un remuer des choses. Tout au bonheur de sentir enfin une présence humaine, elle s’assit, elle se blottit du mieux qu’elle put, à l’abri de cette porte amicale et elle se laissa gagner par la somnolence.

Un peu plus tard, un éclat orange troubla la nuit, accompagnant le chuintement d’un véhicule qui s’arrêtait et repartait régulièrement, alternant avec le bruit des poubelles renversées dans la benne. Des hommes se hélaient à voix basse. Ils arrivaient à la hauteur de la baraque, poursuivant machinalement leur danse hygiénique lorsque l’un d’eux remarqua le tas engoncé dans la porte. Par curiosité, il alla remuer ces chiffons mais il comprit, avant d’y porter la main, qu’ils étaient habités :

“V’nez voir, eh, les mecs, v’nez voir !

- C’est un macchab ? demanda le premier qui approchait.

- T’es fou, non ! Chais pas, moi. T’as qu’à r’garder.”

Le chauffeur descendit à son tour et ces hommes rudes vinrent tout près pour tenter de saisir une respiration. La très jeune femme semblait définitivement immobile avec son teint très pâle et ses lèvres presque bleues.

“Bon sang, mais fait pas si froid, toud’même !

- Toi, appelle monsieur Ali et toi, secoue-la. Si elle se réveille, c’est encore toi qui lui feras le moins peur.”

L’un des hommes alla cogner au carreau tandis que l’autre secouait la jeune femme qui émergea difficilement de son somme.

Au même instant, Ali paraissait sur le seuil. C’était un homme d’une soixantaine d’années, très grand et mince, aux cheveux gris ondulés, au teint mat et à l’air avenant.

“Qu’y a-t-il ? demanda-t-il.

- Voilà, monsieur Ali, on a trouvé cette jeune dame endormie devant votre porte. Elle semble mal fichue.

- Elle ne doit pas être là depuis bien longtemps, remarqua Ali, je suis rentré de Rungis il y a trois quarts d’heure et je n’ai rien vu de spécial. Il vaudrait mieux l’accompagner au chaud. Vous êtes d’accord, mademoiselle ?

- Merci,” répondit simplement la jeune femme en faisant un effort pour se relever. Elle fut installée dans un fauteuil près du poêle et pourvue d’un grand café chaud. Elle le but et se rendormit immédiatement, avachie dans la bienfaisante chaleur. Les hommes, au comptoir, tout en buvant le petit noir offert par le patron, causaient :

“Eh ben maintenant, v’là aussi les femmes à la rue. Quelle misère !

- Une femme, c’est pas une femme ! Une gamine, oui !

- C’est vrai, ça, quel âge elle a ?

- Seize ans, dix-sept peut-être. Si c’est pas malheureux d’voir ça !”

Ali ne disait rien, il contemplait la jeune femme qui lui rappelait la fille de son frère cadet. Elle était sûrement algérienne. Qu’est-ce qu’une Algérienne de cet âge faisait seule dans la rue, à une heure pareille, loin de sa famille ? Les valeurs se perdaient si on prenait les filles à vagabonder la nuit dans des lieux où personne ne les connaissait.

Les hommes retournèrent au boulot. Dans le calme revenu, Ali se demanda ce qu’il allait faire. Il appela Fathia, son épouse depuis trente-quatre ans :

“Les éboueurs ont trouvé une fille à moitié morte de froid devant la porte. Elle est près du poêle et elle dort. Tu devrais aller vers elle, si elle se réveille. Moi, j’ai encore du travail.”

Fathia s’assit près de la jeune fille. Tout en entendant le bruit des courses remuées dans la cuisine et dans le cellier, elle guettait son. souffle. Elle était, certainement, encore plus jeune que Yamina, sa troisième fille. Et Yamina était encore une telle enfant par certains côtés. Comment comprendre que des parents laissent ainsi leurs enfants courir sur les routes ? Mais peut-être n’avait-elle plus de parents ? Pauvre enfant ! Et, insensiblement, le coeur de Fathia s’ouvrait et accueillait cette jeune inconnue comme une fille supplémentaire envoyée par Allah, le miséricordieux.

Comme la jeune femme semblait dormir paisiblement, Fathia retourna à ses devoirs d’hôtesse et entreprit de préparer les petits déjeuners des habitués. Le petit hôtel comptait une quinzaine de chambres qu’Ali louait au mois à des pensionnaires qui prenaient le petit déjeuner et le repas du soir à la pension. Le reste du temps, le bar était ouvert et les gens du quartier s’y retrouvaient volontiers. Peu de déjeuners à midi, par contre, car il était rare que des étrangers se hasardent dans le quartier. Quant aux habitants, pauvres pour la plupart, ils préféraient manger chez eux. L’hôtel permettait à la famille d’Ali de vivre à son aise, sans excès. Il y avait quelques années, Ali avait même pu acheter une maison sur les hauteurs d’Alger où il comptait prendre sa retraite.

Pour l’heure, il avait fini de déballer et de ranger ses courses. Il se rendait à Rungis tous les jours avec sa camionnette et assumait complètement la gestion des repas et des boissons servis à l’hôtel, ce qui dévorait presque tout son temps. Il se levait très tôt et se couchait très tard car il faisait le point tous les soirs de l’état des réserves. Le matin, il servait au bar. Après le déjeuner, il allait dormir et cette sieste était sacrée même pour ses petits-enfants. Ensuite, il reprenait sa place au bar jusqu’à vingt-trois heures environ. Fathia, elle, était chargée de la préparation des repas et de l’entretien des chambres, ce qui représentait une lourde charge. Aussi les enfants avaient-ils toujours été mis à contribution. Ranger le comptoir, laver les verres, porter les consommations dans la salle, éplucher les légumes, étendre les lessives, laver des gamelles… dès que leur travail scolaire était terminé, ils trouvaient toujours de quoi s’occuper jusqu’à l’heure du coucher. Ils n’avaient guère de loisirs : c’est bien simple, la seule télévision de l’hôtel, hormis celles installées par les clients dans leur chambre, était placée en face du bar et, courant de table en table, entre les demandes des uns et des autres, ils n’avaient jamais pu suivre complètement un film. Le Tour de France constituait la seule exception notable à ce régime draconien : le jour de l’arrivée, ils étaient tous massés devant l’écran pour voir qui franchirait la ligne le premier, Ali et Fathia compris. Ils n’étaient jamais allés aux Champs-Elysées, mais les lieux leur étaient familiers à cause de cette magique exception. Cette récréation terminée, ils retournaient tous au labeur jusqu’au mois de juillet suivant.

Dans le quartier, Ali était presque unanimement apprécié. Voilà un homme d’une droiture incontestable, honnête, travailleur, père attentif, soucieux des études de ses enfants et toujours accueillant, prêt à écouter, prêt à plaisanter. Ali avait beaucoup d’amis et le savait et savait aussi qu’Allah le très grand avait comblé ses jours de bonheur et qu’il aurait été bien mesquin de se plaindre de tant travailler quand sa vie était si heureuse.

Ayant fini sa tâche prioritaire, il revint dans la vaste salle, jeta un coup d’œil sur la jeune fille endormie, se dit qu’il aurait pu lui proposer un lit et se dirigea vers le comptoir. Les premiers clients n’allaient pas tarder à descendre et les premiers habitués à venir réclamer leur café avant d’aller au boulot, happés par les trains de banlieue.

II


Au même moment, quelques rues plus loin, Catherine Maheu venait de se lever, abrutie d’insomnie. Non qu’elle eût quelque tâche urgente qui l’appelât hors de son lit mais parce que, depuis presque trois mois que cela durait, elle supportait de plus en plus difficilement de se tourner ainsi tous les matins, brutalement réveillée par l’absence d’Étienne, sans pouvoir trouver d’apaisement à ses angoisses. Le soir, épuisée, elle s’interdisait de penser à ce qui la tourmentait et elle s’endormait lourdement. Mais, toutes les aubes, dès que les premiers roulements agitaient la rue, elle s’éveillait brusquement. Incrédule, elle posait sa main à l’emplacement où aurait dû dormir son compagnon : il n’était plus là, il ne serait plus jamais là et tout son être se cabrait dans le refus d’un avenir aussi inconcevable. Ils étaient si heureux, unis, paisibles… Et, précipitamment, tout ce bonheur avait été balayé par une petite coupure de rien du tout, une petite égratignure anodine, négligée comme beaucoup d’autres. Puis tout s’accélère, l’état empire, le médecin enfin appelé vérifie les vaccinations qui ne sont pas à jour, comme trop souvent, parle d’hôpital sans cependant vouloir alarmer. À l’hôpital, c’est une autre chanson, on leur parle d’inconscience, d’irresponsabilité. On fait du sérum tandis qu’un mot enfle dans son esprit, un mot auquel elle n’avait jamais prêté attention : “tétanos” et qui signe maintenant leur séparation, leur condamnation. Tous les matins, elle revoit cette infirmière douce lui disant en posant la main sur son bras : “Madame, nous sommes désolés. C’est fini.” Et elle qui ne voulait pas comprendre, qui refusait d’entendre. Xavier, son aîné, était à côté d’elle et l’entourait de son bras, Xavier pleurait silencieusement tandis qu’elle, hébétée, cherchait le sens de cette scène. Son fils l’avait menée près du lit où l’homme tant aimé reposait, après tant d’heures de souffrances indicibles, figé, immobile, définitivement étranger, incompréhensible. Là, elle avait enfin réalisé que désormais, elle serait seule. Certes, il y avait leurs enfants mais ils lui paraissaient encore si jeunes, si mal armés face à la vie, si dépendants d’elle.

Xavier avait vingt-deux ans. Depuis qu’il avait quitté le lycée professionnel après un C.A.P. de chaudronnerie, il ne parvenait pas à se stabiliser professionnellement, il trouvait parfois des petites choses, quelques semaines à droite, à gauche, pas forcément dans ses cordes, parfois au noir. Il ne rechignait jamais devant l’ouvrage, même le plus pénible. Mais, sans relations, l’ouvrage, même pénible, était difficile à trouver. Alors suivaient de longues périodes vides, désenchantées, peu ou pas indemnisées qui lui donnaient le sentiment d’être une charge pour ses parents. Depuis la mort de son père cette situation lui pesait davantage encore, d’autant que sa soeur, Gaëlle, n’avait pas de travail non plus.

Elle avait presque dix-neuf ans, n’avait aucun diplôme pour avoir voulu absolument aller en seconde générale malgré les conseils de ses professeurs. Son sérieux avait convaincu la commission d’appel de lui accorder cette chance. Mais elle s’était épuisée à essayer de suivre, surtout en mathématiques. Elle avait beau travailler tard le soir, ses résultats étaient toujours insuffisants et personne dans son entourage ne pouvait l’aider à assimiler ces notions trop abstraites pour elle. Un doublement n’avait guère amélioré la situation, au contraire. Elle se persuadait petit à petit qu’elle était incapable, trop bête pour réussir, elle se décourageait. Elle était trop timide, trop honteuse d’elle-même pour oser demander de l’aide à ses camarades. Elle finissait par penser que c’était la règle dans sa famille de ne pas réussir à l’école. D’ailleurs, ses parents n’avaient pas poursuivi bien loin leur scolarité et savaient à peine lire et compter. Souvent, elle les aidait lorsqu’il fallait rédiger un courrier. Elle n’avait pas été admise en première, elle avait déjà deux ans de retard pour avoir aussi doublé le cours préparatoire. Elle ne voulait pas entendre parler de formation professionnelle, il lui fallait digérer son échec et la mort de son père. Elle trouvait de temps en temps des enfants à garder mais cette occupation était très occasionnelle. Elle était inscrite à l’A.N.P.E. sans beaucoup d’espoir, comme Xavier.

La situation financière de la famille était très précaire : Étienne, le père, était gardien d’immeuble, il s’occupait du petit entretien. Ils vivaient dans la loge, un peu les uns sur les autres, chichement mais sans se plaindre. Depuis la mort de son mari, Catherine touchait une allocation veuvage minuscule et qui irait en régressant, complétée par une allocation parent isolé. Ils n’avaient eu aucune aide au moment du décès car ils n’avaient jamais songé à prendre une mutuelle ou une assurance-vie. Avec quel argent d’ailleurs ? La paie d’Étienne était si juste qu’elle subvenait à peine à leurs besoins élémentaires et, s’ils n’avaient pas été logés, ils ne seraient pas parvenus à vivre. Catherine touchait aussi une allocation orphelin pour son dernier fils, Michaël, âgé de quinze ans et encore collégien. Les deux aînés n’avaient plus droit à rien car ils étaient majeurs et ne poursuivaient pas d’études.

Catherine était rongée par la peur du lendemain et par une conversation qu’elle avait eu récemment avec un Monsieur – pour elle, tous les inconnus intimidants étaient des Messieurs – envoyé par la société qui employait Étienne. Il lui avait dit qu’elle devait libérer rapidement la loge afin qu’ils puissent embaucher un nouveau gardien. Sur le moment, elle s’était révoltée : c’était son foyer, le havre où ils avaient abouti, avec Étienne et les enfants, après des années d’errance de logements insalubres en hôtels meublés, aux loyers toujours trop élevés qui leur dévoraient l’essentiel de leurs ressources. Pendant des années, presque dix ans, elle avait occupé cette loge, accueillant les locataires, recueillant doléances et loyers, distribuant les colis… Elle avait veillé à la propreté des immeubles, lavé les escaliers, sorti et rentré les poubelles pour soulager son mari lorsqu’il avait trop d’ouvrage. Il nettoyait les vide-ordures, changeait les ampoules, entretenait le local aux vélos et aux poussettes, surveillait l’ascenseur et la chaufferie, arrachait les mauvaises herbes et tondait la pelouse près de l’allée qui menait à la rue. Il était toujours disponible quand on avait besoin de lui, heureux d’être utile. Catherine se sentait injustement reniée par la société propriétaire des immeubles mais, officiellement, Étienne seul était employé.

Mais maintenant, s’ils perdaient leur logement, où aller ? que faire ? que devenir ? Comment payer des frais d’agence et de caution alors que les obsèques avaient dévoré leurs pauvres économies ?

Elle fut interrompue dans ses réflexions par l’arrivée de Xavier qui se levait pour aller acheter le journal dès l’ouverture du magasin, dans l’espoir de repérer une annonce susceptible de lui convenir. De taille moyenne, il impressionnait par son aspect râblé, solide. On ne pouvait pas dire qu’il était beau, mais il avait un visage ouvert, de grands yeux couleur d’eau surmontés de sourcils broussailleux qui tranchaient dans ce visage aux mimiques adolescentes. Ses cheveux châtain clair se rebellaient quoi qu’il fasse. Il avait tenté de les raccourcir le plus possible pour les discipliner mais le résultat n’était pas particulièrement heureux. Tel qu’il était, il attirait les sympathies par son air de franchise et ses gestes affectueux. Il saisit sa mère aux épaules, lui claqua un baiser sonore sur le front :

“As-tu bien dormi, p’tite mère chérie ?

- Un peu mieux que d’habitude”, dit Catherine, qui ne voulait surtout pas l’inquiéter, tandis qu’elle songeait à son bonheur d’avoir des enfants attentionnés. Seule Gaëlle, parfois, se montrait distante et réservée. Mais Michaël et Xavier rivalisaient de tendresse envers elle.

“M’man t’es soucieuse, non ?” Catherine détourna son visage. “Tu peux m’dire c’qui t’tracasse, t’sais, M’man, j’ suis grand.

- C’est la loge, soupira-t-elle. Je ne sais pas quoi faire, je devrais aller voir l’assistante sociale mais les gens m’ont tous dit qu’il y a des années d’attente pour avoir un logement H.L.M. et qu’ils ne prennent pas les gens comme nous.

- Comme nous ?

- Oui, sans ressources. Pour nous, il n’y a rien de prévu. Je ne veux pas que nous soyons séparés et je ne veux pas quitter la cité.

- M’man, parles-en aux locataires. Il y en a des gentils comme Pierre et Odile.

- Il y en a aussi des qui seraient trop contents : M. Ulcert, par exemple, qui est toujours en train de me dire que je vous élève mal parce qu’il vous voit traîner avec des Arabes.

- Tu ne vas pas te frapper pour ce mec-là ; il est raciste et facho !

- Il est ce qu’il est, mais il parle bien, il peut nous faire beaucoup de mal. Quelle heure est-il ? Peut-être faut-il réveiller ton frère ?”

En effet, c’était l’heure. Catherine se leva, remit de l’eau sur le gaz dans la petite casserole mangée de calcaire et fila au fond de la loge, dans une sorte de recoin pris sur la chambre et séparé du lit des parents par un paravent, où se trouvaient des lits superposés. En haut, Michaël dormait. Catherine l’appela doucement. Puis plus fort :

“Michaël, c’est l’heure. Lève-toi si tu ne veux pas partir le ventre vide.”

Michaël se tourna, se redressa, se gratta le crâne puis se laissa glisser près de sa mère. Il appuya sa tête contre son épaule. “Bonjour M’man. J’arrive.” Alors elle retourna à la cuisine et fit couler l’eau bouillante sur le résidu de café qui traînait dans le filtre depuis la veille. Au moins, ça tenait chaud. Michaël apparut, vêtu d’un survêtement de marque, la figure fraîche d’un hâtif débarbouillage, les cheveux coupés ras comme la plupart des camarades de son âge. Sa mère prenait grand soin de son apparence, elle se privait pour qu’il fût vêtu comme ses camarades de classe car elle ne voulait pas qu’il fût l’objet de moqueries. Comme son frère, il avait des yeux turquoise, très pâles et vifs, éclairant un visage sympathique, à la grande bouche souriante. Il était plus élancé et plus mince que Xavier et ses cheveux semblaient plus foncés, comme une ombre sur son crâne, ce qui accentuait la pâleur de son regard. Il ne se formalisa pas de la “repassette” donnée par sa mère, qu’il but avidement après l’avoir sucrée pour faire glisser les deux tranches de pain un peu sec qui l’accompagnaient. Sur la banquette située sous la fenêtre, Gaëlle dormait malgré l’agitation, une main ouverte près de son visage. “Salut, vous deux, à midi, je file !” Il saisit son sac, salua de la tête et fila.

III

Dehors, l’air était vif et humide. La bruine pénétrait tous les pores de la peau découverts. Michaël avala l’allée à laquelle son père avait consacré tant de soins et qui avait été pas mal négligée depuis son décès. Malgré la pluie fine, il remarqua avec irritation des herbes empiétant sur les gravillons. Du temps de son père, une telle chose n’aurait pas été concevable. Il se promit de les arracher en rentrant du collège, le soir et demanda pardon à son père de sa négligence. Michaël lui parlait souvent comme s’il était toujours à ses côtés. Ils étaient si proches, il ne pouvait pas admettre qu’il ne le reverrait plus. Il tenait son père au courant de la vie de la cité, il lui parlait de leurs soucis, lui demandait conseil sur la conduite à tenir, jamais lassé du silence qu’il percevait en retour. Il y avait à peine trois mois, son père était encore vraiment à ses côtés, ils conversaient tranquillement par ses belles journées d’août tandis qu’Étienne sarclait les allées. La suite, la blessure, le médecin, l’hôpital, la bière, les funérailles, les amis encombrés de larmes et de chagrin, tout était allé trop vite pour Michaël, dérangé dans sa relation confiante et immuable avec son père par l’irruption du drame. Alors, sur le chemin de l’école, avant d’affronter la dureté des autres, il continuait inlassablement les conversations aimables du passé, trop vite interrompues. Michaël savait parfaitement ce qu’il en était, simplement il s’accordait ce répit tous les matins avant d’endosser sa carapace.

Du vivant de son père, déjà, il avait su qu’il était en marge, pauvre, maladroit, ne tenant une place acceptable dans la communauté des élèves qu’à cause des sacrifices parentaux. Mais du moins n’était-il pas le seul. Ils se reconnaissaient, quelques uns, à des détails infimes, sachant sans avoir besoin de mots. Mais ils savaient aussi qu’ils étaient la fierté de leurs parents et qu’il aurait été inutile de vouloir paraître moins que les autres, les camarades, pour qui c’était naturel, sans problème… Pour leurs parents, il s’agissait d’une question de dignité. Mais, pensait Michaël, maintenant que Catherine était seule à les élever, maintenant qu’il ne s’agissait plus de privations mais de survie, avait-il encore le droit d’accepter ce jeu cruel qui l’obligeait à paraître tel que les autres ? Puis il pensait à l’humiliation de sa mère, demandait conseil à son père et seul le silence répondait.

Au coin de la rue des Coquillards, Michaël aperçut Quentin, son copain, son frère, qui filait aussi vite qu’il le pouvait vers le collège. Quentin était stressé par les horaires. S’il n’était pas certain d’attendre dix minutes devant la grille close, il était saisi de sueurs froides.

“Eh, Quentin, gueula-t-il du plus fort qu’il put, attends-moi, cousin !” Quentin, ainsi interpellé, stoppa net et se tourna vers lui avec un grand sourire :

- Grouille, feignasse, tu veux te faire chauffer les oreilles par la mère Spé ? La mère Spé, Mme Spérieux, la conseillère principale d’éducation, n’intimidait guère les collégiens mais ils aimaient faire semblant de la craindre.

- T’abuses, on a au moins dix minutes devant nous.

Quentin l’attendit patiemment tandis qu’il allongeait ses enjambées.

- T’es au point pour le contrôle d’English ?

Michaël se réveilla tout à fait :

- Contrôle ? Où t’as entendu ça ? Elle l’a pas dit ?

- Ah, Michaël, tu changeras pas. Si, elle l’a dit. Au moins trois fois la dernière heure.

T’étais encore sur tes nuages. On va voir ce qu’on peut sauver.”

Ils finirent le trajet en répétant les listes de vocabulaire et les règles grammaticales. Michaël se sentait en confiance avec Quentin qu’il connaissait depuis l’école primaire. Son père était au chômage depuis quatre ans, sa mère, assistante maternelle. Quentin voulait absolument les réconforter en ayant des résultats scolaires irréprochables, il travaillait énormément, totalement concentré pendant les heures de cours, n’hésitant pas à aller voir les professeurs si un point lui paraissait confus, prêt à affronter une réputation de fayot pour ne pas décevoir ses parents. Michaël, qui avait un an de plus que lui pour avoir doublé son cours élémentaire, s’était mis dans cette dynamique jusqu’à l’été dernier. Mais la mort de son père avait cassé le ressort. Il était souvent rêveur, perdu, anxieux. Quentin le soutenait tant qu’il pouvait sans jamais insister, conscient de la peine de son ami et de l’enjeu que représentait pour celui-ci la réussite de cette classe de troisième. Mais il n’était pas sûr d’avoir la force de soutenir Michaël jusqu’au bout d’autant plus qu’il avait compris que celui-ci aurait à faire face encore à d’innombrables bouleversements.

Ils arrivèrent au collège comme la porte s’ouvrait. Tous les élèves massés devant celle-ci se précipitèrent dans une joyeuse animation. Pas vraiment de bousculades, mais des saluts aimables, des rires ; dans l’ensemble, les jeunes aimaient leur collège bien que les journées de cours leur paraissent souvent infiniment longues. Quentin et Michaël allèrent se ranger sans hâte. À la deuxième sonnerie, ils montaient presque sagement en classe derrière le professeur d’anglais, Mme Millevich. Elle leur demanda de s’asseoir, de sortir une copie puis distribua les sujets d’évaluation. Michaël fut saisi de panique devant la longueur du devoir mais il se reprit : il ferait tout ce qu’il pourrait. Il s’appliqua, n’insistant pas lorsque la réponse ne venait pas, tâchant d’écrire tout ce dont il était sûr. Heureusement qu’ils en avaient parlé, avec Quentin, sinon cela aurait été une vraie Bérézina. Lorsqu’il fut au bout du devoir, comme il lui restait du temps, il revint en arrière. Il chercha dans sa mémoire, mais il lui semblait qu’elle ne répondait pas à ses sollicitations. Alors, il mit n’importe quoi, au hasard, pour prouver sa bonne volonté. Mme Millevich était très exigeante, assez sarcastique et il ne l’appréciait guère. On aurait dit qu’elle attendait la perfection de tous et qu’elle ne pardonnait pas à ceux qui avaient des faiblesses. Michaël aurait préféré qu’elle l’oublie, mais elle semblait s’acharner sur lui, l’interrogeant deux à trois fois par cours, et, chaque fois qu’il ne savait pas répondre, ce qui arrivait assez souvent, il en ressentait une nouvelle humiliation. Enfin, les élèves commencèrent à s’agiter, la cloche allait sonner, ils rassemblaient leurs affaires, soulignaient les titres, relisaient une dernière réponse. Mme Millevich ramassa les copies et ils furent libres. Ils se dépêchèrent en direction de la salle de mathématiques ; le professeur effaçait le tableau. Il les invita à entrer. Michaël l’aimait bien, il blaguait souvent avec eux, il prenait le temps de bien expliquer, il soulignait les réussites de préférence aux erreurs. L’heure passa vite, la récréation plus vite encore. Ensuite, la classe avait sport. Ces heures-là filaient toujours trop rapidement pour Michaël.

À midi, affamé, il se dépêcha de rentrer. Sa mère avait préparé un de ces plats économiques dont il raffolait et qui revenait très souvent sur la table : du riz, une boîte de thon, revenu à la poêle, une peu de crème fraîche, un vrai régal. Ils parlaient avec animation : Xavier, du fait qu’il n’avait rien vu d’intéressant dans le journal, Michaël, du collège et de cette interrogation à laquelle il ne s’attendait pas. Gaëlle ne parlait pas mais elle écoutait attentivement. Catherine dit : “Ce matin, en allant à la supérette, j’ai vu Fathia qui rangeait ses pots de géraniums. Il leur arrive une drôle d’aventure. À l’aube, les éboueurs ont trouvé une jeune fille devant leur porte. Elle était toujours chez eux, elle doit être épuisée car elle dormait encore. Elle a juste dit à Fathia, qui l’avait réveillée pour boire un café, qu’elle s’appelait Sonia,

qu’elle venait de loin et qu’elle cherchait du travail. Je ne sais pas ce qu’ils vont faire mais Fathia ne semble pas décidée à la remettre à la rue.

- Mais ils ne la connaissent pas, s’exclama Gaëlle, elle peut faire n’importe quoi, une fois installée chez eux !

- Tu connais Fathia et Ali, ils ont le coeur grand comme un paquebot. Et puis ils sont sûrs qu’Allah les aime et qu’il ne leur enverrait pas de mauvaises choses,” ajouta Catherine.

Les deux familles se fréquentaient presque depuis l’arrivée des Maheu sur le quartier. L’hôtel d’Ali existait depuis plus de vingt-cinq ans. Avant, Ali travaillait en usine. Il avait dépensé le minimum de son salaire, se privant et privant les siens pour pouvoir réaliser son rêve. À l’époque, c’était plus facile de reprendre une vieille bâtisse et de la remettre en état, à présent, la commission de sécurité est sévère et le rêve d’Ali n’aurait sans doute pas pu aboutir. Quand ils étaient encore petits, Xavier avait sympathisé avec Ibrahim, le premier fils d’Ali, un peu plus jeune que lui mais aussi passionné de sport. Puis Michaël et Rachid, le deuxième fils, s’étaient trouvés dans la même classe à la maternelle. Depuis, ils ne s’étaient plus quittés. Étienne allait parfois boire une bière au comptoir afin de sentir l’air du quartier. Nulle part mieux que chez Ali, on ne savait ce qui le travaillait, les soucis, les querelles, les amours. Ils avaient été de toutes les fêtes familiales, les naissances, les circoncisions, le mariage

de Leïla, l’aînée des filles. À force d’éplucher les légumes du couscous ensemble, dans la fébrilité de ces moments d’avant fête, Fathia et Catherine étaient devenues amies, se comprenant d’un mot, d’un regard. À la mort d’Étienne, sans la famille d’Ali pour la guider et pour la soutenir, que serait devenue Catherine …

La conversation se poursuivit pendant que les jeunes débarrassaient et faisaient la vaisselle. Catherine s’éloignait souvent, appelée par la sonnette de la loge. L’heure du déjeuner et le soir étaient des moments sans répit pour elle. Elle avait un système de cahier où elle notait, à côté du numéro de l’appartement du locataire qu’elle connaissait par cœur, l’objet de la demande de manière phonétique. Puis Michaël repartit au collège tandis que son frère et sa soeur attendaient l’ouverture de l’A.N.P.E.

L’après-midi, ils avaient histoire et deux heures de français. En histoire, ils parlèrent de la guerre de 14, la grande guerre comme l’appelait le professeur. Il racontait ces jeunes gens, à peine adultes, arrachés à leur famille, à leurs champs, partant pour une guerre qui devait durer quelques semaines et qui les avait enfouis dans les tranchées boueuses pour d’interminables années de souffrance, quand ils parvenaient à survivre. Ce récit fit une impression profonde sur Michaël si bien qu’en français, il y pensait encore et ne parvenait pas à s’intéresser au cours. Ils commençaient une nouvelle séquence autour de Germinal. Mme Léonor, le professeur, expliquait le contexte de la naissance de l’oeuvre, l’enquête faite par Zola à Anzin, le projet des Rougon-Macquart. Michaël n’écoutait pas, hanté par une reproduction qui avait circulé au cours précédent. Il s’agissait d’un dessin d’Otto Dix, un crâne, énorme, dénudé, par les orbites duquel des vers sortaient. Mme Léonor s’interrompit :

“Michaël, à quoi penses-tu ?

- C’est le cours d’histoire, madame, on a parlé des tranchées et on a vu un crâne dessiné par Otto Dix, avec plein de vers qui sortaient des yeux. C’est quelque chose qu’il avait vu dans une tranchée…”

Déjà, certains gigotaient, persuadés d’assister bientôt à la confusion de Michaël. Mais Mme Léonor dit : “Je comprends que cela t’impressionne, cela prouve que tu es sensible et que certaines choses te révoltent. Mais écoute : Zola, lui aussi, a été révolté par certaines réalités qu’il avait découvertes. Germinal est le résultat d’une de ces prises de conscience.” Et elle continua le cours en poursuivant par la biographie de Zola, elle évoqua l’affaire Dreyfus en demandant qu’ils s’informent sur ce sujet au centre de documentation. Michaël était un peu plus attentif, mais il s’inquiétait de l’énorme épaisseur du roman. Allait-il falloir lire ce pavé ? Comme si elle avait entendu sa réflexion, Mme Léonor se leva en disant : “Voilà, je vous distribue un résumé de l’histoire pour vous permettre de vous situer dans le roman. Vous n’êtes qu’en troisième, je ne vais pas vous demander de tout lire car nous n’étudierons que quelques passages, parmi les plus célèbres. Cependant, si vous lisez tout le livre, tant mieux, il le mérite.”

Puis ils commencèrent l’étude de l’incipit après que Mme Léonor leur eut fait noter la définition du mot : “ouverture du roman” : “Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou…”

Et de nouveau, l’esprit de Michaël s’échappa, il repensait à cette jeune fille, Sonia, apportée par la nuit au seuil d’Ali et il était curieux de la connaître.

IV

Au même moment, à l’A.N.P.E., Xavier et Gaëlle épluchaient consciencieusement les annonces sur les panneaux. Ils en relevèrent quelques unes chacun et allèrent attendre d’être reçus au guichet. Devant eux, une jeune femme aux cheveux recouverts d’un foulard, à la silhouette juvénile, attendait patiemment son tour. Gaëlle et Xavier bavardaient pour passer le temps, ils reparlèrent de l’événement du jour, cette jeune inconnue arrivée à l’improviste chez Ali ; ils se demandaient ce qu’elle allait devenir et quel concours de circonstances l’avait amenée là. La jeune femme devant eux se tourna et dit : “Je suis Sonia, je prendrai n’importe quel job pour gagner un peu d’argent et payer à Ali et à sa femme ce que je leur dois.

- Je vous conseille pas de faire ça, vous allez les blesser profondément. Offrez leur un cadeau, des fleurs par exemple. Il y en pas souvent dans l’hôtel. Et dites leur merci du fond du coeur.

- Qui êtes-vous pour les connaître si bien ?

- Je suis Xavier Maheu et je suis très copain avec leur fils Ibrahim.

- Merci de votre conseil.”

Elle s’avança car son tour était venu. Xavier était sous le charme de ses yeux d’un noir profond, de son sourire, de son teint pâle, de son visage au bel ovale et de son air modeste. Elle semblait discuter âprement avec la guichetière. Gaëlle se déplaça pour prendre son tour lorsqu’elle se leva et Xavier vit qu’elle avait une larme au coin des yeux.

“ Rien, il n’y a rien, murmura-t-elle en passant près de lui.

- Attendez-nous, on en aura pas pour longtemps, on vous raccompagnera chez Ali, on peut se perdre quand on connaît mal le quartier.

- D’accord”, répondit-elle d’une voix lasse et elle alla s’asseoir un peu plus loin sur une banquette. Le tour de Xavier était venu, il croisa Gaëlle qui haussait les épaules d’un air découragé en se dirigeant vers la banquette. Xavier avait repéré une proposition d’emploi pour un chauffeur-livreur. Il avait passé son permis à l’armée mais il n’avait aucune expérience dans ce domaine. Il espérait tout de même :

“Impossible, dit la préposée, j’ai envoyé quelqu’un tout à l’heure. S’il n’est pas pris, je vous recontacterai.

- Vous n’avez vraiment rien d’autre dans mes cordes ?

- Monsieur, vous êtes jeune, vous devriez aller à la mission locale, ils ont encore quelques places dans des stages qualifiants rémunérés. Mais faites vite.

- Merci du conseil, au revoir !” ajouta-t-il en se levant.

Il était écoeuré : impossible d’avoir du boulot et impossible d’être indemnisé correctement. Cumulant les petits boulots au noir d’une ou deux semaines, il ne pouvait pas prétendre aux Assedic. On lui avait bien parlé de l’intérim mais on lui avait dit aussi que cela pouvait devenir un piège car on s’installait dans la précarité. Cependant, il en était à se dire qu’il devrait s’y mettre lorsqu’un brouhaha lui fit tourner la tête. Sonia était effondrée sur la banquette, sans connaissance et Gaëlle lui frottait les mains sans résultat, tout affolée par la situation.

“Ce n’est rien, s’exclama un homme en s’approchant, elle doit avoir le ventre vide, elle a fait une crise d’hypoglycémie. J’ai été ambulancier, alors pensez si j’en ai vu. Personne n’aurait un peu de sucre ?”

La préposée à l’accueil s’était levée pour en chercher. Xavier fut près de Sonia d’un bond, il lui tapotait les joues : “Ça va ? Ça va ?” disait-il d’un air inquiet. Sonia émergea lentement de son évanouissement : “Je suis confuse… Excusez-moi ! répétait-elle.

-Y a pas de honte à avoir, mam’zelle, dit l’ambulancier, tandis que la dame, revenue, tendait le sucre.

- Merci,” murmura Sonia en se levant péniblement.

Ils se retirèrent, Sonia soutenue de chaque côté par Xavier et Gaëlle. Au bout d’une centaine de mètres, elle leur dit qu’elle pouvait marcher seule. Une bruine fine tombait, comme à l’aube, froide et sinistre. Ils s’étaient éloignés de l’A.N.P.E., bâtiment qui se voulait pimpant et moderne avec ses mosaïques bleues et jaunes. Autour d’eux, la banlieue étalait sa laideur. Le crépi des immeubles modernes était déjà taché, grisé, sale. Parfois, incongru, entre deux façades sans relief, un pavillon de meulière apparaissait, précédé d’une grille coquette et d’un jardinet. Ils tournèrent à droite, le long d’une large avenue. D’abord, on voyait le supermarché entouré de son parking plus grand que lui. Ensuite, une grande surface de bricolage ceinte de barbelés. Les matériaux s’entassaient en plein air et créaient un paysage heurté, coupant, barré de longues tiges métalliques et de rouleaux de grillage. Plus loin, des entrepôts, des entreprises, plus ou moins masqués par des arbustes, dont seules les enseignes étaient mises en valeur. Parfois, un bouquet de poteaux signalétiques indiquant pêle-mêle un hôtel, la caisse de sécurité sociale et des firmes. Sur leur gauche, le paysage était plus désolé encore : gare de triage, enchevêtrement de voies parcourues d’herbes folles, locomotives immobiles, signaux figés. L’espace semblait sans vie. Ils marchèrent quelques centaines de mètres jusqu’à une nouvelle avenue à l’angle de laquelle se trouvait un immense garage. Beaucoup de voitures d’occasion y étaient exposées. La nouvelle voie était plus animée : café, maison de la presse, cabinet médical, boulangerie. Elle était fréquentée par les bus. Quelques personnes attendaient sous un abribus. Ils poursuivirent leur trajet après avoir de nouveau tourné à gauche.

À partir de là s’étendait la cité des Coquillards. Les immeubles étaient assez espacés, séparés par des pelouses et des arbres. Certains étaient très hauts, d’autres tout en longueur. Des jeux d’enfants avaient été prévus, des bancs, mais l’ensemble était triste, le crépi cloqué, fissuré, les balustrades des balcons, rouillées. Il y avait plus de huit cents mètres encore à parcourir pour se rendre chez Ali et Sonia faiblissait. Gaëlle lui proposa de s’arrêter à la loge et Sonia acquiesça. Ils s’enfilèrent dans une allée plus étroite et arrivèrent à l’entrée arrière de l’immeuble, celle qui donnait sur le local à vélo. Elle ne manquait pas de charme car Étienne avait fait courir tout autour une treille aux feuilles jaunies qui donnait un air de campagne à ce coin de banlieue.

Ils entrèrent dans l’immeuble. Le hall était vaste et lumineux et surtout, il possédait un banc près des boîtes aux lettres, sur lequel les jeunes aimaient venir s’asseoir lorsque le temps manquait de clémence. Les locataires les toléraient tant que le bruit demeurait raisonnable. De ce fait, l’immeuble avait toujours un aspect vivant. Les jeunes avaient ramassé trois chaises pliantes et bancales qui partaient pour la benne à ordures. Pour l’instant, elles étaient rangées dans le recoin qui précédait l’escalier menant à la cave. Quand ils se retrouvaient, ils les rapprochaient du banc dans une sorte de cercle approximatif et ils pouvaient parler.

V

Xavier, Gaëlle et Sonia rentrèrent dans la loge après avoir crié joyeusement : “M’man c’est nous !” Dans la cuisine, Catherine les attendait, l’air réjoui. Devant elle, le journal rapporté par Xavier le matin, sur lequel Xavier avait coché en rouge une annonce. “J’ai un rendez-vous pour demain matin.” Puis, avisant Sonia. “Bonjour mademoiselle, asseyez-vous. Vous êtes bien pâle…

- C’est Sonia, M’man, elle s’est trouvée mal à l’A.N.P.E.,” dit Gaëlle. Aussitôt Catherine s’alarma : “C’est pas grave, au moins ? Faut-il faire venir le docteur ?

- Non, madame, je vous remercie beaucoup, juste un petit malaise hypoglycémique. Je manque de sucre, ce n’est rien.

Catherine sembla se rassurer, puis, se ravisant :

- Mais vous avez faim peut-être ? Depuis quand n’avez-vous pas fait un vrai repas ?

- Ne vous inquiétez pas, madame, Fathia m’a forcée à prendre quelque chose.”

Catherine pensa que Michaël n’allait pas tarder à rentrer du collège et à se servir un goûter qui serait l’occasion de proposer à nouveau quelque chose à la jeune fille. Elle entreprit de questionner ses enfants : “Alors, ces démarches ?

- Rien, M’man, comme d’habitude, rien. Nous sommes pas assez qualifiés, nous n’avons pas d’expérience, nous n’intéressons personne, dit Gaëlle.

- La conseillère m’a dit d’aller à la mission locale. Il y a encore quelques places en stage qualifiant. C’est pas bien payé, mais c’est mieux que rien. Vous devriez venir aussi toutes les deux, ajouta Xavier en se tournant vers Sonia et Gaëlle.

- Reprendre des études ? Ça me dit rien du tout. Pour me faire encore dire que je suis nulle… Bien sûr, si c’est payé, c’est différent… Et vous, qu’en pensez-vous ?” questionna Gaëlle en s’adressant à Sonia. Elle éprouvait de la sympathie pour cette inconnue jolie et discrète.

“Oh, moi ! Je ne sais pas où dormir, alors me lancer dans un stage de plusieurs mois sans avoir de quoi me payer un toit…

- Vous avez fait quoi, comme parcours scolaire ? l’interrogea Xavier.

- J’ai fait une terminale ES, économique et social.

- Et vous avez eu le bac ? demanda-t-il, admiratif.

- Je l’aurais sans doute eu, mais je me suis sauvée deux mois avant les épreuves.” Ils restèrent silencieux, ne comprenant pas qu’on laisse passer une chance à portée de main.

“J’veux pas être trop curieux, Sonia, mais pourquoi ? Si près du but ? insista Xavier.

- C’est difficile à dire. Mon père est un homme très autoritaire, il a la mentalité d’avant. Quand nous étions petites, il avait promis ma sœur aînée à un de ses amis célibataire. C’est un homme assez aisé, un peu plus jeune que mon père et aussi religieux que lui. Pour lui, une femme est comme un objet qu’on achète. Elle doit se soumettre à son époux, ne pas sortir et lui faire beaucoup d’enfants. Mon père était persuadé d’agir pour le mieux car épouser cet homme estimable signifiait se mettre à l’abri du besoin. Mais ma sœur ne s’est pas laissée faire. Elle a alertée l’assistante sociale et elle a été placée en foyer. Ç’a été un scandale épouvantable dans la famille et mon père est devenu encore plus dur. Alors il a tenté de marier ma deuxième sœur. Elle aussi a été placée. Elle a eu des mauvaises fréquentations, ça ne marchait plus à l’école et elle s’est mise à se droguer. Alors mon père est devenu comme un mur. Il m’a dit que, puisque mes soeurs n’étaient plus ses filles, c’est avec moi qu’il honorerait sa promesse. Je l’ai supplié de me laisser finir mon bac. J’avais dix-sept ans. Au début, il a cédé. J’en ai profité pour garder des enfants à droite et à gauche et pour rendre toutes sortes de services et j’ai mis tout l’argent de côté. J’ai réussi à me faire faire une carte d’identité sous prétexte d’un voyage scolaire et je l’ai cachée en disant à mon père que je l’avais perdue. En janvier, j’étais redevenue presque tranquille et je pensais pouvoir finir mon bac. Mais en avril, il est revenu à la charge. Je l’ai de nouveau supplié en parlant du bac et je n’ai pas refusé expressément le mariage. Mais il m’a dit qu’une femme n’avait pas besoin d’un diplôme mais d’un bon mari et j’ai compris qu’il serait intraitable. Alors, avec l’aide de ma mère, j’ai préparé mon départ et je me suis sauvée.

- Mais pourquoi n’avoir pas appelé l’assistante sociale ? demanda Catherine.

- Ma mère aurait eu trop honte. Sa dernière fille, placée aussi, quel échec ! Et quelle vie aurait-elle eu ensuite avec mon père ? Il lui a assez reproché de ne pas lui avoir donné de fils. Mais elle a eu beaucoup de difficultés à ma naissance et, après, elle ne pouvait plus avoir d’enfant. J’aime ma mère et j’ai eu beaucoup de mal à la quitter. Elle n’a rien, que deviendra-t-elle si mon père la répudie ? Mais je ne pouvais pas épouser cet homme, il a l’âge d’être mon père, rien que l’idée qu’il me touche me révulse.

- Mais qu’allez-vous devenir, mademoiselle ? interrogea Catherine.

- Je ne sais pas, madame. Jusqu’ici, je n’ai pas fait de mauvaise rencontre, j’ai su me garder, j’ai toujours trouvé du travail, essentiellement chez les agriculteurs. Mais maintenant, je ne sais pas ; la saison est finie. On embauchera des extras pour les fêtes, c’est pourquoi je suis remontée vers la ville. Mais on n’embauchera pas avant plusieurs semaines. Et que devenir en attendant ?”

Catherine, que les propos de la jeune fille avait émue, réfléchissait :

“ On peut pas vous laisser dormir dehors, ça, on peut pas. Une fille de votre âge, ça serait un crime… mais on est si petitement logés…” Elle demeura songeuse un long moment et tous se taisaient. Sonia, assise sur la banquette placée sous la fenêtre, regardait la cuisine. À sa gauche, une porte vitrée donnait sur la loge, à sa droite, par l’ouverture d’une porte pleine, elle voyait la chambre. Elle devinait les lits superposés, occultant partiellement la fenêtre. Elle remarqua le paravent à la gauche duquel elle apercevait un lit double. Entre elle et le lit, elle pouvait voir un mur percé d’une porte fermée. Elle supposa que c’était l’entrée de la salle d’eau. À l’angle de ce mur, elle nota le coin d’une armoire en mélaminé. Devant elle, dans la cuisine, la table, autour de laquelle ils se trouvaient tous, bouchait le passage et il fallait la contourner pour aller de la loge au fond de l’appartement. Sur le mur de gauche, au fond, elle observa un grand placard de formica contre lequel s’appuyait une cuisinière à trois feux. En face, un évier mal éclairé surmonté de quelques carreaux blancs et un petit réfrigérateur complétaient le mobilier. La cuisine était peinte en vert pâle et deux appliques vert sapin décoraient les murs. Seul le calendrier des postes tranchait sur cette nudité.

Après un long soupir, Catherine murmura : “J’ai bien une idée, si tout le monde est d’accord, encore que ça me gêne de le dire car on serait vraiment les uns sur les autres. Nous, on est habitués, mais vous, mademoiselle, qui nous connaissez à peine et qui avez peut-être d’autres habitudes… Enfin, je pourrai vous laisser mon lit, à Gaëlle et à vous, et dormir sur la banquette de la cuisine. De toute façon, ça me gênerait guère, je suis toujours la première levée.

- Oh, madame, merci, s’écria Sonia, merci de tout mon coeur, permettez-moi de vous embrasser. Mais je ne peux pas accepter, je suis une étrangère, une inconnue. Qui vous dit que je ne vous ai pas raconté d’histoires ? que je ne vais pas en profiter pour vous voler ? Une couverture par terre dans la loge,ça serait déjà formidable.

- Ça, j’ai pas le droit, mademoiselle, la loge est un local professionnel que j’ai pas le droit d’utiliser pour mon usage personnel. Mon cœur me dit que vous êtes une personne sérieuse et je me trompe rarement sur les gens. Mais il faut que je vous prévienne que nous devrons bientôt quitter la loge. Je ne sais pas combien de temps ils nous laisseront tranquilles, mais sans doute pas longtemps. Alors, vous acceptez ?

- Oh oui, acceptez, Sonia, dit Gaëlle, je pourrais pas dormir tranquille si vous êtes dans la rue, maintenant que je vous connais.”

Alors Sonia céda devant tant de générosité spontanée chez des gens qu’elle devinait eux-mêmes si démunis. À ce moment, ils entendirent la porte de la loge s’ouvrir et se refermer brusquement et Michaël jaillit dans la cuisine.

“Michaël, combien de fois il faut te dire de faire doucement, s’exclama Catherine tandis que le sac de classe atterrissait à ses pieds. T’as bien travaillé au collège ?

- Bof, com’d’hab… dit-il en observant Sonia avec curiosité.

- C’est Sonia, Xavier et Gaëlle l’ont rencontrée à l’A.N.P.E. Elle a fait un malaise alors ils l’ont amenée jusqu’ici. Elle nous a raconté son histoire, elle a pas eu de chance. Et maintenant, elle a plus de travail et elle est à la rue. On aimerait l’aider en la gardant un peu avec nous. Tu serais d’accord ?

- M’man laisse-moi le temps de goûter, au moins ! rétorqua vivement Michaël, un peu sidéré par la décision incroyable de sa famille. Il se dirigea vers le sac à pain, sortit le pain, puis prit la confiture et le lait dans le frigo, le cacao dans le placard et entreprit de préparer le goûter. D’autorité, il posa un bol devant chacun et, se tournant vers Sonia :

“ Si vous restez avec nous, vous avez intérêt à bien goûter car on mange presque rien le soir. Au fait, la prof nous a donné une recherche sur l’affaire Dreyfus. Avec Quentin et Rachid, on va aller à la bibli tout à l’heure, si t’as pas besoin de moi.

- C’est quoi, c’t’affaire ? questionna Xavier.

- On en avait parlé en histoire, dit Gaëlle, mais je me souviens plus bien.

- C’est l’histoire d’une injustice faite à un homme parce qu’il était juif et d’un homme courageux, d’un grand écrivain, Zola, qui a risqué sa position car il était révolté par cette injustice. Quand vous aurez trouvé quelques informations, si vous voulez, nous pourrons en reparler. Je pense qu’il faut chercher dans les encyclopédies à Dreyfus et à Zola, ajouta Sonia.

- Merci pour l’info, grogna Michaël en finissant de mâcher sa tartine.

- Dites, si on doit habiter ensemble, on pourrait peut-être se tutoyer. Là, ça fait un peu gens de la haute, vous trouvez pas ? demanda Xavier.

- D’accord, mais ça va pas être facile pour moi de vous tutoyer, mademoiselle, confia Catherine

- Madame, appelez-moi Sonia, si vous voulez bien.

- Moi, je peux pas quitter la loge à cette heure-ci, mais vous, Gaëlle et Xavier, vous devriez accompagner Sonia chez Ali pour le remercier et dire ce que nous avons décidé. Au repas, je vous parlerai de mon rendez-vous de demain”, conclut Catherine.

VI

Avant de quitter la loge, Sonia avait remis son foulard, embrassé Catherine et demandé s’il était possible de passer à la supérette acheter des fleurs pour remercier Ali et sa famille. Les trois jeunes se hâtèrent dans le froid et la nuit qui commençait à tomber. Le magasin, quoique petit, était très animé. Un haut-parleur déversait bruyamment une musique à la mode. “Maman dit que c’est pour nous empêcher de réfléchir à ce qu’on achète et nous faire dépenser plus de sous,” cria Gaëlle et quelques personnes se retournèrent. Il n’y avait guère de fleurs, mais Sonia trouva un rosier nain d’un bel orangé. Elle prit aussi une bouteille de jus de pomme. À la caisse, elle compta soigneusement sa monnaie, il ne lui restait plus que quelques francs. Le bruit et la lumière semblaient la saouler. Elle fut contente de retrouver la nuit malgré le vrombissement des automobiles.

L’hôtel n’était pas bien loin de la supérette. Ils passèrent devant la pharmacie. Au tabac, des gens faisaient la queue pour acheter leurs cigarettes ou pour jouer. L’hôtel aussi était très animé. C’était l’heure où tous rentraient du travail, pressés de se détendre, voulant se faire entendre. Sonia restait devant l’entrée, étourdie par tant de mouvement, n’osant se rapprocher du comptoir. “ Tiens, une ressuscitée ! s’exclama un client qui l’avait vue endormie le matin. Eh, les jeunes, vous avez fait connaissance ? Xavier et Gaëlle, comment va votre mère ?” Assaillis de questions, les trois jeunes s’approchèrent.

“Ma mère va bien. dit Xavier. Et, s’adressant à Ali : Ali, on a rencontré Sonia à l’A.N.P.E., elle a fait un malaise alors on l’a amenée à la loge. M’man veut pas qu’elle retourne à la rue, elle dit que ce s’rait criminel de laisser faire ça.

- Tenez, monsieur Ali, ce n’est pas grand chose mais c’est pour vous remercier, vous et votre femme, pour votre accueil, dit Sonia en tendant le minuscule rosier. Mme Maheu veut bien me garder quelques jours bien que ce soit si petit chez eux. J’ai accepté parce que j’ai vu que ça lui tenait à cœur.

- Merci, mademoiselle, je suis très touché mais il ne fallait pas. C’est la moindre des choses de venir en aide à quelqu’un dans les soucis. Ibrahim, viens tenir le bar, nous avons à parler”, répondit Ali et il entraîna les jeunes gens dans la cuisine. Fathia et ses filles, Taous et Yamina, étaient assises devant une grande table couverte d’une toile cirée sur laquelle se trouvait une montagne de légumes qu’elles épluchaient.

“Asseyez-vous, dit Ali, puis il posa devant chacun d’eux un verre qu’il emplit de thé embaumant la menthe. Voilà, nous aussi, nous avons réfléchi. Ma femme se rendait malade à l’idée qu’une jeune fille qui aurait pu être notre fille ou notre nièce se retrouve ainsi seule dans ce monde si difficile. Nous ne savons pas ce qui vous a conduit là mais ce n’est sûrement pas de gaieté de cœur car vous avez l’air bien élevée et bien respectueuse des usages. Disant cela, il regardait le foulard que Sonia avait conservé. Ma femme se fatigue, elle n’est plus aussi jeune. Taous et Yamina ont leur travail. Elles fréquentent, elles voudraient se marier. Elles ne l’ont pas encore fait à cause de leur mère, pour ne pas lui laisser toute la charge de l’hôtel. Mais il serait temps, bien temps : Taous a déjà vingt-neuf ans et Yamina, vingt-cinq et les fiancés ne les attendront pas toujours. Vous nous rendriez bien service si vous acceptiez de rester comme employée de l’hôtel. C’est Allah qui vous a envoyée et qui nous a dicté cette sage solution. Bien sûr, vous auriez un salaire et des bulletins de paie et nous pourrions vous loger. Dans l’immédiat, il faudrait prendre le lit de Leïla et partager la chambre avec Taous et Yamina qui sont d’accord. Mais dès leur mariage, vous auriez une chambre pour vous toute seule. Je ne vous cache pas que le travail est dur et salissant.

- Merci, monsieur Ali, merci ! Le travail ne me fait pas peur, murmura Sonia au comble de la joie, mais j’ai promis à Mme Maheu et je ne voudrais pas la peiner…

- Maman se vexera pas, dit Xavier, surtout si t’as du travail. Elle sera tranquille pour toi et elle sait bien que chez nous, c’est pas génial.

- Catherine est mon amie, je vais aller la voir dès que j’aurai fini avec les légumes, ajouta Fathia. Je sais qu’elle a beaucoup de sagesse. Si vous acceptez de travailler à l’hôtel, elle saura bien que c’est la meilleure solution. Je vais vous paraître bien curieuse et je ne me fâcherai pas si vous ne voulez pas me répondre mais toute la journée, je me suis demandée si vous aviez encore vos parents.

- Ce n’est pas un secret, madame. Je les ai encore mais pour l’instant, il vaut mieux que je ne les voie pas même si ma mère me manque beaucoup. Vous allez peut-être juger que je suis une fille indigne et ne plus vouloir de moi mais je préfère dire la vérité : je suis partie parce que j’ai refusé le mari que mon père avait choisi pour moi. C’est un homme qui a presque trente ans de plus que moi et surtout, je n’ai jamais eu aucune sympathie pour lui. Il me fait peur, il est rusé, il n’est pas franc, je ne veux pas d’un tel père pour mes enfants.

- Personne ne peut te blâmer d’avoir désobéi à ton père dans de telles conditions, ma fille, dit Fathia, passant soudain au tutoiement. Le mariage est une chose trop importante pour épouser celui que ton cœur refuse. Ton père finira par se rendre à la raison. Mais je plains beaucoup ta mère. Reste avec nous autant que tu le désires, c’est une maison bénie par Allah, il ne t’arrivera rien de mal, je le dis sur ma foi.”

Fathia avait fini d’éplucher et de couper les légumes. Elle se leva, alla se laver les mains. Ses filles souriaient à la nouvelle venue. Dans cette famille au cœur généreux, on était naturellement hospitalier. Ali et les trois jeunes gens retournèrent attendre Fathia dans le café. La salle était très grande, séparée par un angle. Une partie, donnant sur la cuisine, contenait des tables couvertes de nappes sur lesquelles le couvert était mis ; l’autre partie, face au bar, comportait des tables de bistrot. Les consommateurs y étaient attablés et les conversations allaient bon train. Le décor était vieillot, à la mode des années soixante-dix, mais très propre. Derrière le bar, Ibrahim et Rachid s’activaient sans relâche.

“T’es pas à la bibli ? demanda Xavier à Rachid.

- Elle ferme à dix-huit heures aujourd’hui. J’arrive juste.

- Et vous avez trouvé ce que vous cherchiez ? renchérit Gaëlle.

- Oui, mais nous n’avons pas eu le temps de tout noter et nous n’avions pas d’argent pour la photocopieuse. Il va falloir y retourner et demain, c’est fermé.

- Et alors, c’est qui, ce Dreyfus ? interrogea Xavier.

- C’est un militaire juif alsacien qui vivait au siècle dernier et qui a été injustement accusé d’avoir trahi la France au profit de l’Allemagne. Pour le punir, on l’a envoyé à l’île du Diable. L’affaire a duré douze ans et a divisé l’opinion française en deux camps, les dreyfusards, groupés autour de la Ligue des Droits de l’Homme, et les antidreyfusards réunis dans le comité de l’Action Française.

- La ligue des Droits de l’Homme, j’en ai entendu parler mais je savais pas qu’elle existait déjà à cette époque. Mais l’Action Française, je sais pas ce que c’est.

- Il ne faut pas oublier qu’à ce moment-là, l’Alsace-Lorraine était allemande. Il y avait des Français ultra-nationalistes, d’autres, antisémites, pour qui n’importe quel juif ne mérite pas de vivre. Pour eux, Dreyfus était un coupable idéal. L’Action Française, avant, s’appelait Ligue de la Patrie Française et rassemblait beaucoup de gens d’extrême-droite.

- Mais, dans cette histoire, quel est le rôle de Zola ? demanda Gaëlle.

- Et bien, justement, la bibliothèque a fermé trop tôt et je ne sais pas vraiment.

- Zola a fait preuve d’un très grand courage dans cette affaire. Persuadé de l’innocence de Dreyfus, il a publié un article dans L’Aurore en 1898 qui s’intitulait : “J’accuse”. Il a été attaqué par tous les antidreyfusards, injurié, puis condamné si bien qu’il a dû quitter la France. Mais c’est grâce à lui que le procès de Dreyfus a été révisé et que ce dernier a été réhabilité, glissa Sonia.

- Tu en sais, des choses ! s’exclama Xavier admiratif.

- J’ai beaucoup d’estime pour Zola. C’était un homme vraiment engagé qui avait un réel respect des droits de l’homme. Il est mort trop tôt.

- Il est mort comment ? demanda Gaëlle.

- Il est mort asphyxié en 1902 et on n’a jamais su si c’était un accident ou un crime.”

À ce moment, Fathia parut sur la porte de la cuisine et leur fit signe de la suivre.

Les écrivains du RESEDA

juillet 14, 2009 at 3:10 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Le coin des bons bouquins, Le coin des poèmes qu'on y tient, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, social | 1 Comment

Les écrivains du RESEDA

Commençons par une femme : Geneviève Confort-Sabathé

Elle nous vient de l’Hérault ; elle est docteure en sciences de l’Education.

Voyez son site : L’Hétérodoxe, ça s’appelle !! http://www.genevievesabathe.fr/

Moi, je ne suis qu’hétéro, tout court, mais je peux vous dire qu’elle en publie des textes la camarade !! En plus de sa thèse de doctorat que vous trouverez sur son site mais que je vous donne tout de même en lien :    L’idianthropologie politique ou comment interpréter le fait …

En plus donc, elle publie régulièrement sur ce blog, sur notre site national : http://reseda.ouvaton.org/ et sur le site Netoyens ; à titre d’exemple dans l’ordre, de Décembre dernier à nos jours, sur ce blog :

http://dutron.wordpress.com/2008/12/15/total-respect-aux-lyceens-par-genevieve-sabathe/

http://dutron.wordpress.com/2009/03/09/cour-de-justice-exces-de-pouvoir-parlement-europeen-exces-d%E2%80%99impuissance-par-genevieve-confort-sabathe/

http://dutron.wordpress.com/2009/03/21/le-pion-de-fer-singe-la-dame-de-fer-par-genevieve-confort-sabathe/

Celui-ci, c’était notre appel au boycott des Européennes qui était sorti de sa plume :

http://dutron.wordpress.com/2009/04/02/appel-europeennes-le-boycott-est-l%E2%80%99arme-de-la-democratie-directe/

Et, pour finir, mais il y en a pas mal d’autres ….cette mine posée dans les pattes d’un paysan de Bordères (64) :

http://dutron.wordpress.com/2009/06/02/%C2%AB-bayrou-le-plouc-de-l%E2%80%99arene-%C2%BB/

Et, enfin : http://dutron.wordpress.com/2009/06/08/europeennes-vers-des-lendemains-qui-cognent/

Je sais pas si vous avez remarqué …mais ça cogne déjà !!

En ce moment, Geneviève bosse sur une saga : « Les Mange-Tripes » ; la saga des tripiers de chez elle, de sa jeunesse dans le Gard,  dont elle peaufine le premier tome : L’abattoir !  L’abattoir des tripiers mais aussi celui de 14-18 !!

mangetripes

Les lecteurs de ce blog ne seront pas dépaysés vu qu’on en a pas mal parlé à commencer par moi avec quelques articles sur cette boucherie qui toucha notre Nord de si près. Après la boucherie de Geneviève, allez-y voir ci-dessous, vous y trouverez des reproductions d’un journal de l’époque et les décorations de mon grand-père Georges !!!!

http://dutron.wordpress.com/2008/11/09/11-novembre-2008-quatre-vingt-dixieme-anniversaire-de-la-fin-de-la-grande-boucherie/

Ben oui, parmi les écrivains du RESEDA, y’a aussi moi !! Guy Dutron.

Comme des malfaisants m’ont reproché d’utiliser ce blog pour faire ma pub….s’ils savaient, les imbéciles …enfin, comme disait Brassens, « il y a peu de chances qu’on détrône le roi des cons ! » donc …j’en ai enlevé l’article sur mon premier bouquin ; il ne subsiste que le lien vers mon site personnel : http://chezguydutronlecrivain.ouvaton.org/Bienvenue.html

J’ai publié, au printemps 2008 : « Un jour je mangerai du pain blanc » aux éditions Le Lectambule : http://www.le-lectambule.fr/

J’ai auto produit un pamphlet politique intitulé « A mort l’Europe ? » qui explique en quoi les politiques menées en Europe et leur soumission à la Mondialisation conduisent à la mort de l’Idée Européenne , je publierai, à la rentrée « Mémoires de connard » aux éditions du Bout de la rue :

http://www.editionduboutdelarue.fr/

Juste un mot : « Un jour je mangerai du pain blanc », c’était l’histoire (de 1914 à 1938) des fermes pauvres mais heureuses et solidaires dans notre région, entre France et Belgique. On m’a dit qu’il n’y avait pas de méchants dans ce roman …ben non, y’en avait pas !  On y braconnait, on faisait la fraude à la frontière parce qu’on pensait d’abord à survivre et le reste du temps, on bossait comme des damnés …Dans « Mémoires de connard », il va y avoir des méchants !! C’est le revers de la médaille du « Pain blanc » en quelque sorte ! C’est notre bonne vieille mentalité rurale d’Avesnois ou d’ailleurs où l’on marrie filles et garçons pour regrouper des hectares et où on colle des hormones dans le cul des bœufs !!! Toujours 80 kg de « bonne barbaque » de vendue en plus !!!

Si vous préférez, c’est l’Evangile selon la FNSEA !! Je sens que je vais encore me faire plein de copains, tiens !!! Ce roman très noir sortira à la rentrée.

En ce moment, je travaille à la suite du « Pain blanc » qui est le premier d’une trilogie qui couvrira tout le XXème siècle ; cette première suite s’appelle « La valse du Grand Tournant ». Devrait aussi sortir, en 2010, mon roman sur l’effet de serre et la mort de la liberté qui s’appelle « 2064 » en hommage au 1984 de Monsieur Orwell, le papa de Bigbrother qui ne s’appelait pas encore Edwige !!

Et puis, y’a un petit jeune au RESEDA : Franck Pizzinato qui nous vient de Bretagne.

Ecoutons-le un instant quand je lui parle de regrouper les « écrivains » du RESEDA en une « école altermondialiste » : «pourquoi “école” ? L’école induit un « Maître »… et moi, j’ai plus à apprendre qu’à transmettre de mes concitoyens Mondiaux… si l’idée est de créer un groupe de véritable « tribuns » dans le sens de « Magistrats » du peuple ou plus exactement des Peuples…. Oui, oui, oui et, commençons tous par prôner le fait que sur Terre il n’existe qu’une « Race » d’êtres humains… et que ces humains n’ont qu’un devoir… celui d’assurer l’avenir de nos Enfants… Tous nos ENFANTS !!!
Ce mouvement ne dois pas chercher de « boucs émissaires » et les « sectes » en tous genres doivent être considérées pour ce qu’elles sont et non pas de se focaliser sur l’une ou l’autre à défaut d’avoir un autre adversaire… Ce mouvement ne doit faire d’aucun homme et d’aucune Femme une victime………. De plus et je n’en doute pas dans ta pensée ; il ne peut être que Laïque… acceptant toutes Religions, mais interdisant tous prosélytismes… faisant qu’une femme en burqa a tout autant le droit de s’exprimer qu’une prostituée bien vêtue…

Donc, ce mouvement se devra d’accepter toutes les vérités, y compris celles qui dérangent… »

Franck a publié « Sein Kampf » (« Son combat ») aux Editions Baudelaire.

Sein kampf Franck Pizzinatto

De quoi ça parle ? De ceci : « « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil et vous ne souffrez pas. ».Par cette phrase, le 1er décembre 1789, le Dr Joseph Guillotin présentait son instrument de mort.
Cet ouvrage ne fait pas tomber les têtes, il les redresse. Une révolution n’est pas une évolution. Elle ne résout rien, elle n’est que l’expression d’une exacerbation majoritaire.
Ce récit n’est autre que l’aboutissement de 10 000 ans d’esclavagisme.
Voici donc ce qu’il est advenu, de notre monde de capons. D’une société qui marchait sur la tête et à tâtons.
Entre Seth et Maât, il nous a mis échec et mat ».

Sein Kampf est en vente chez FNAC.com : http://livre.fnac.com/a2622075/Franck-Pizzinato-Sein-kampf

Pour la modique somme de 19 €

Hélène Lacheret, pour sa part, est à Nyons, dans la Drôme.

Elle a déjà publié, chez L’Harmattan, sous le pseudonyme de Maria Ivik : « Aide sociale à l’enfance, la redoutable sollicitude »

Aide sociale Maria Ivik  Hélène Lacheret

Chems, un enfant en grande souffrance, est confié au nom de la société, l’Aide Sociale à l’Enfance, à une famille d’accueil. A travers ce témoignage à la fois vivant, touchant, mais toujours mesuré, on a là, au plus près de l’humain, une illustration concrète de ce qu’est ce beau et “impossible” métier de famille d’accueil. Impossible car le service de placement a bien mis en garde. “Aimez cet enfant comme les vôtres mais ne vous y attachez pas”. Comment vit-on au quotidien cette injonction paradoxale ? Quel effet a-t-elle sur l’enfant, sur la famille qui l’accueille, sur sa propre famille, sur les membres de l’institution.

Chez L’Harmattan – Février 1998 – 270 pages – 20 €

Ce soir Hélène m’a écrit ce qui suit :

« En attendant, il existe des lieux de résistance, heureusement ! Merci d’animer avec tant de pugnacité et de constance le site du Hainaut, “rallié” au RESEDA. En hommage à ton travail, à cette région du Nord de la France si souvent meurtrie, je suis heureuse -et fière- d’offrir à tous les lecteurs de ce site le feuilleton de l’été : “Les récoltes du siècle futur…” une des dernières phrases de Germinal, épopée écrite par Emile Zola à qui je rends aussi hommage. Notre siècle manque d’une plume de cette envergure et de ce courage (attention, je n’ai pas prétendu l’être !!!).

Alors, beaucoup plus modestement, j’ai essayé d’imaginer ce que pourrait être la vie des descendants de la famille Maheu qui est au centre du récit de Zola, au siècle de la mondialisation capitaliste. En France, on n’envoie plus les enfants à la mine mais ailleurs ? En France, pourtant, le dogme économique dévore toujours la vie des “meurt-la-faim”.

Le feuilleton respecte la structure du roman-source : sept parties, comme autant de choix de civilisations potentiels. J’ai eu pitié des lecteurs pressés de notre époque, les chapitres sont plus courts. Je n’ai rien fermé, comme Zola l’avait fait : la suite reste à écrire. Mes personnages sont optimistes, je le suis moins, mais je ne désespère pas de l’humanité, malgré tout.

J’espère que ce feuilleton sera lu, commenté, critiqué et diffusé : si les lecteurs proposent des suites possibles, notre histoire peut devenir passionnante… »

A bientôt, donc, sur ce blog, pour notre feuilleton de l’été : « Les récoltes du siècle futur … » en sept épisodes, comme il se doit, par Hélène Lacheret !! Notre cadeau du 14 juillet !!

Guy Dutron 14 juillet 2009

50 ans plus tard Hommage à Boris Vian

juin 22, 2009 at 10:00 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins, Le coin des ziques qu'on aime bien | 5 Comments
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50 ans plus tard Hommage à Boris Vian

BorisVian trompette 1958

A la trompinette en 1958

Boris Vian est né en 1920 et a tiré sa révérence le 23 juin 1959. Il était  écrivain, ingénieur de l’École centrale,  poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz..Il était trompettiste et, se sachant cardiaque, il s’était fait fabriquer ce qu’il appelait sa « trompinette »:

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Boris+vian+Jazz/video/xtqsp_vian-a-st-germain-des-pres_music

Dans le plus pur style du Blues, Vian écrit pour Henri Salvador :  Blouse (merci Gnafron) de Dentiste !

Ici par Salvador et Benabar

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Henri+Salvador+Le+blues+du+Dentiste/video/xlrxv_salvador-benabarblues-du-dentiste_music

Il a aussi publié sous les pseudonymes de Vernon Sullivan, de Bison Ravi, de Baron Visi ou de Brisavion (anagrammes de son nom).

Il a écrit onze romans, quatre recueils de poèmes, plusieurs pièces de théâtre, des nouvelles, de nombreuses chroniques musicales dans le magazine Jazz Hot.  Boris a écrit également des scénarios de films, des centaines de chansons (notamment pour Serge Reggiani et Juliette Gréco), Un humour qui décoiffe et une verve typique de ce défenseur de la Pataphysique !!

Camus et Vian au Caveau de la HuchetteCamus et Vian au Caveau de la Huchette

Sous son propre nom, il a écrit des romans fantastiques, poétiques et burlesques, les plus connus :  L’Écume des jours et L’Automne à Pékin ; autres romans : L’Arrache-cœur, L’Herbe rouge……

Il est également auteur de pièces de théâtre, de nouvelles (L’Oie bleue, La Brume, Les Fourmis, …) de chansons.

Sa chanson la plus célèbre (parmi les 461 qu’il a écrites) est Le Déserteur, chanson antimilitariste écrite à la fin de la guerre d’Indochine – février 1954 – et juste avant la guerre d’Algérie. Cette chanson sera interdite sur les ondes dans sa version d’origine en raison du couplet final jugé litigieux par les censeurs de l’époque.

Deux chansons de Boris

Le Déserteur par Boris Vian : 3’30

http://www.youtube.com/watch?v=gjndTXyk3mw

Serge Reggiani – La Java des Bombes Atomiques

http://www.youtube.com/watch?v=OENitBt0V1I

Un CD Album que nous vous conseillons pour connaître Boris Jazz Man :

Boris Vian « Jazz et Trompinette : 12,65 € chez Fnac.com

Vian Jazz et Trompinette

http://musique.fnac.com/a1916606/Boris-Vian-Jazz-et-trompinette-CD-album

Ecoutons, pour finir trois des morceaux les plus célèbres joués par Boris Vian et sa Trompinette :

- Le Muskrat Ramble – composition du Créole de New Orléans William « Kid » Ory , membre du premier Hot Five de Louis Armstrong – Joué ici par un vieil ami du Nord : Benny Vasseur (au trombone) avec le Louisiana Jazz Band d’Alain Meaume, ici au sax soprano.

http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=bF5ZwriEWJA

- Jazz me Blues : joué ici par ses créateurs ; le célèbre ODJB ,  l’Original Dixieland Jazz Band de Nick LaRocca : Larry Shields (clarinette), Eddie Edwards (trombone), Henry Ragas (piano), Tony Sbarbaro (drums) e Nick LaRocca (cornet). Un enregistrement de 1921

http://www.youtube.com/watch?v=FH8kH-EH3-I

-         Par un autre membre du Hot Five, l’extraordinaire Johny Dodds à la clarinette : « After you’ve gone » ; un disque Brunswick des années 20

Dans cet enregistrement, au piano : Lil Hardin – Armstrong la première épouse d’Armstrong

http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=5ajRFcNAAd4&feature=related

Salut les artistes !

Le coin des bons bouquins : Amour Raspail Vavin par Jacques Bullot

mars 10, 2009 at 5:27 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins : Amour Raspail Vavin par Jacques Bullot

L’auteur : bullot

Jacques Bullot est né en 1932.
Après une école d’ingénieur et le doctorat-ès-sciences, il entre en 1962 en tant que chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique.

Après deux ans passés aux Etats-Unis, au Baker Laboratory, il fonde un groupe de recherches où il infléchira ses travaux vers l’étude des semiconducteurs appliqués à l’énergie solaire et coordonnera pendant deux ans les travaux d’un groupe de laboratoires européens pour la conversion photovoltaïque de l’énergie solaire. Il travaillera ensuite à Nantes où il poursuivra des recherches sur les polymères conducteurs.

Ces travaux ont donné naissance à plusieurs thèses de doctorat et à un grand nombre de publications, en anglais surtout, dans des revues spécialisées à comité de lecture comme Physical Review, Journal of Chemical Physics, Philosophical Magazine.

À partir de la fin 1997, Jacques Bullot qui, de tout temps s’est intéressé à la littérature policière et plus particulièrement au roman noir entame l’écriture de son premier roman. Celui-ci est publié en 2001 aux éditions Noir Délire sous le titre La gueule de l’emploi. Suivent la publication d’un recueil de nouvelles, La Couleur du temps et, en 2002, du roman Les Liquidateurs, toujours chez Noir Délire. Le quatrième roman : Du nitrate dans le cassoulet sort aux éditions E-Dite en 2005.

Le gène du perce-neige est publié en 2007 par Edition du Bout de la Rue. L’ouvrage est sélectionné pour le prix Intramuros 2008 au Festival de Cognac (6 retenus sur 200). Il sort son dernier ouvrage, Amour, Raspail, Vavin… en 2008

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Pour l’auteur, le roman noir n’est pas un roman policier mais au contraire, comme le proclamait Jean-Patrick Manchette : un roman d’intervention sociale très violent. Jean Pons l’a caractérisé ainsi : L’intrigue n’est que le squelette du roman noir, sa chair est l’histoire sociale.

Dans cette optique les romans et nouvelles de Jacques Bullot abordent des thèmes comme : la spoliation des biens juifs pendant la guerre, le sort des liquidateurs qui ont déblayé les déchets radioactifs après l’explosion de Tchernobyl ou encore les négligences industrielles qui ont engendré l’explosion du site d’AZF à Toulouse en 2001.

Parallèlement plusieurs noulles sont publiées dans des recueils collectifs (Polar, cinéma et star, Ed. Le Marque-Page, 2002 ; La France d’après, Ed. Privé, 2007 ; Polar & CO, Douzième, Le Salon, Cognac, 2007), des revues (Coup de Plume en 2000, 813 en 2002) ou des journaux (La Page du 14ème en 2003).

Tout au long de ces années, son engagement politique au sein d’associations est une donnée essentielle.

Ainsi ces dix dernières années Jacques Bullot a collaboré à La Page, journal de quartier rayonnant sur le 14ème arrondissement de Paris. Tiré à 2000 exemplaires, quatre fois par an, ce titre qui aborde des thèmes politiques et culturels, lutte contre la spéculation immobilière et la destruction du tissu social et se veut effronté et impertinent.

Pour plus d’informations, on peut consulter le site de l’auteur.

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Résumé de Amour, Raspail, Vavin…

Ce matin-là, quand Darien prend le métro, il n’a qu’un objectif : suivre le petit mec crasseux qui va le conduire jusqu’à l’homme qu’il veut abattre.

Durant son périple dans le sous-sol parisien, il revit la rencontre fulgurante avec une mystérieuse et troublante pickpocket, un cataclysme qui l’entraîne au cœur du monde souterrain où musiciens, poètes et graffeurs tentent de survivre face aux bandes rivales qui contrôlent la tire et le racket.

Personne ne peut arrêter sa descente aux enfers, pas même Raymond qui, au bout du trottoir roulant de Montparnasse, plaque des accords musette sur son piano à bretelles.

NOTE de la maison d’édition :

Le métro, c’est tout un monde insoupçonnable pour le voyageur ordinaire. C’est une société à part, avec ses coutumes, ses lois et sa faune. Max va découvrir ce microcosme et le subir à ses dépends. Il en deviendra un des acteurs, bien malgré lui…

Huit heures dix. Ligne 6, direction Nation.

Le métro est à quai.

L’homme regarde à droite, à gauche, hésite et monte dans le wagon de tête.

Petit, décharné, la peau mate, son visage est mangé par des cicatrices brunâtres et une tignasse noir corbeau retombe sur ses épaules. On le sent inquiet, mal à l’aise. Il inspecte les environs, dévisage les voyageurs et finit par s’asseoir.

Il s’appelle Marcel Barni. Sur le réseau, on l’appelle Mâchefer.

Celui qui le suit pénètre dans la deuxième voiture et joue des coudes pour se placer près de la porte vitrée. De là, il peut surveiller Barni sans être vu. Ses traits ravagés par on ne sait quel drame sont empreints d’une froide détermination.

Il est grand, ses vêtements défraîchis flottent sur sa carcasse. Il a pour

nom Maxime Darien. Max pour les copains.

La rame tarde à démarrer. “Régulation du trafic”, annonce le conducteur. Les portes restent grandes ouvertes.

Soudain, Barni se lève et bondit sur le quai. Darien hésite. S’il descend, il va se faire repérer. Il ne bouge pas. On entend un long couinement. Barni fait demi tour et, sous l’œil étonné des voyageurs, remonte précipitamment.

Les portes claquent, la rame s’ébranle.

Sur les murs, les pubs défilent. Un dernier panneau indique : Denfert-

Rochereau. Colonel Rol-Tanguy…

C’est là que tout a commencé.

Un ch’tit bout du bouquin

……………………………..

Les mouvements qui agitaient la foule amenèrent une femme à mes côtés.

Déportée par un brusque coup de frein, elle s’accrocha tant bien que mal à la barre. Les regards se posèrent sur elle. A mon tour, je la dévisageai sans ostentation mais avec ce petit rien que les jolies femmes aiment lire dans le regard des hommes. Cheveux bruns coupés court, mèche rebelle flirtant avec un front délicatement modelé, elle posa sur moi ses yeux noirs et vifs ourlés de longs cils et m’adressa un sourire. J’admirai sous les lèvres carmin qu’elle venait d’entrouvrir ses dents de jeune tigresse et imaginai la douce et cruelle morsure qu’elle infligeait à ses amants. Un parfum discret l’entourait, dernières traces de la toilette et des apprêts du matin.

Je répondis à son sourire.

Les remous provoqués par les voyageurs qui montaient et descendaient me rapprochaient d’elle ou la rapprochaient de moi sans que je puisse déterminer qui s’approchait de l’autre. Une poussée la coinça dans l’étau des sacs à dos que portaient deux lycéens. Elle fit un effort, pivota sur elle-même, effort que je soulageai du mieux que je pus. Nos manœuvres conjuguées nous rapprochèrent encore et je sentis sa poitrine frôler la mienne. Je me laissai aller, goûtant la douceur du contact et la chaleur qui filtrait par vagues au travers de ses vêtements. Elle ne semblait pas gênée et, au lieu de se raidir pour échapper à la promiscuité, s’abandonnait de bonne grâce. Son visage s’éclaira et elle renouvela son sourire. De temps à autre, la cuisse de l’inconnue se rapprochait de la mienne dans un mouvement que j’accompagnai avec délicatesse, profitant du moindre cahot et de la moindre décélération. Dans une telle situation je savais qu’il fallait se montrer prudent. J’avais assisté au cours de ma vie d’usager des transports en commun à trop de scènes de ce genre, à trop d’altercations entre une femme et un homme accusé de la serrer de près, pour ne pas avoir une attitude réservée.

A chaque arrêt de rares voyageurs descendaient, un plus grand nombre montait et la pression augmentait…….

Sur notre blog, du même auteur, vous pouvez lire la critique de son précédent livre : Le Gène du Perce neige ; le premier polar anti OGM préfacé par José Bové.

http://dutron.wordpress.com/2008/01/02/le-coin-des-bons-bouquins-le-gene-du-perce-neige/

Coordination Gauche Alternative du Hainaut

10 mars 2009

Le coin des bons bouquins « Belle Amie » ou quand Rachida Dati est rhabillée pour le printemps et même pour l’hiver

février 23, 2009 at 10:24 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins, sarkosy | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins « Belle Amie » ou

quand Rachida Dati est rhabillée pour le printemps

et même pour l’hiver

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Il paraît que Rachida Dati aime les fringues : la voici dotée d’un joli costume !!

Ceux qui, comme nous, aiment la littérature connaissent Bel Ami, ce roman qui retrace l’ascension sociale de Georges Duroy, homme ambitieux et séducteur, arriviste et opportuniste, employé au bureau des chemins de fer du Nord, parvenu (c’est le cas de le dire) au sommet de la pyramide sociale parisienne grâce à ses maîtresses et au journalisme. Sur fond de politique coloniale, Maupassant retrace les liens étroits entre le capitalisme, la politique, la presse et l’influence des femmes.

Autres temps, autre mœurs !

Un livre sort qui est titré Belle-Amie, en référence, justement à cette figure de l’arrivisme campée par Maupassant ; ce bouquin de Michaël Darmon et Yves Derai sera sûrement un succès de librairie.

Leur thèse est claire et assez vacharde : «l’icône de la méritocratie» ne serait, en vérité, que la championne des passe-droits. Le raisonnement est concluant. C’est moins à sa flamme du travail qu’à l’ étonnante énergie qu’elle a déployé pour enrôler des bienfaiteurs que cette fille d’immigrés illettrés doit son ascension sociale.

Un bouquin dont la seule qualité de l’investigation n’aurait peut-être pas permis l’éclosion.

Il se murmure que des fuites y ont aidé !

Selon « Libération.fr » du 23 février : « Recueillis par Darmon et Derai sous couvert d’anonymat, les témoignages des collaborateurs de Nicolas Sarkozy sont assassins : «Elle n’a jamais su écrire une note. Tout le monde le savait», dénonce l’un d’eux. Anonymes également, les nombreux démissionnaires du cabinet de Dati décrivent une garde des Sceaux «en défaillance technique». Ils restituent en détail «l’atmosphère irrespirable» que la ministre colérique a fait régner place Vendôme. «Dati a démontré son inaptitude au travail et son incapacité à formuler une idée sur la justice. Elle n’a tout simplement pas compris où elle était arrivée», explique un «ancien collaborateur» de la garde des Sceaux. »

C’est vrai qu’ils sont déjà tout un paquet à avoir fui le Cabinet Dati. Grâce à elle nous aurons au moins appris une nouvelle position pour les agents publics ! Il y avait déjà le détachement, la mise à disposition, la position « Hors cadre », bien pratique pour virer les préfets, même dans la Manche !

Grâce à Dati, s’est répandue la position « démissionnaire » !!

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Quand on lit ce brûlot, on ce dit : Hé bien, dites donc, il sont bien gardés, nos sceaux !!

A moins qu’une frénésie bucolique eût saisi « Rachida » lui faisant confondre « sceaux » et « seaux » et qu’elle se soit pris un « râteau » !!

Toujours selon « Libération.fr » : « Conseillé par Patrick Ouart, ennemi juré de Rachida Dati, Sarkozy a décidé d’en finir. C’est sans doute ce qui a rendu possible le livre de Darmon et Derai. Disons, en tout cas, que le travail des enquêteurs s’en est trouvé facilité. A l’Elysée comme à la chancellerie, on ne craint plus de faire feu à volonté. »

C’est peut-être ce qui explique également la mansuétude dont bénéficie Nicolas Sarkozy dans ce livre ! Parce que tous ceux qui ont aidé à la résistible ascension de « la Dati » y passent : Chalandon, Simone Veil, Jean-Luc Lagardère, Jacques Attali et jusqu’à Claude Guéant !

Faut dire tout de même que Guéant, qui est tout sauf une andouille, avait placé « la beurette » à un niveau ad hoc : conseillère technique au ministère de l’Intérieur, chargée de l’organisation des déplacements du ministre dans les quartiers sensibles.

En clair, à l’époque, Dati n’était que la gestionnaire de l’agence de voyage dédiée de la place Beauvau laquelle n’était pas encore dotée de Karcher pour irriguer les pauv’cons !!

Mais dans ce livre, de critique de Sarkozy, point !! Vous pouvez chercher, vous n’en trouverez pas !

C’est pourtant bien lui qui a promu Dati au plus haut niveau, c’est encore lui qui la défendit bec et ongles, c’est lui, toujours, qui l’emmena dans ses bagages chez tonton Bush, c’est lui, enfin, qui, en octobre 2007, disait à Michel Drucker sa grande joie, et même sa fierté d’avoir imposé «Rachida» à des magistrats ravalés au rang de «petits pois» formatés et «sans saveurs» ?

Sympa pour la magistrature plus « assise » que « debout », en cette occurrence.

Au total, un livre qui, s’il contient une mine d’information, pourrait aussi constituer une mine d’une autre facture : une mine anti-personnel prélude à un assassinat politique !

Coordination Gauche Alternative du Hainaut

23 février 2009

Le coin des bons bouquins Les damnés de la terre de Franz Fanon

février 19, 2009 at 5:12 | In Altermondialisme, Culture - Livres, Le coin des bons bouquins, Solidarité | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins Les damnés de la terre de Franz Fanon

En ce temps où nos frères antillais, guyanais et réunionnais se lèvent contre l’oppression néocoloniale, il nous semble important de relire un livre fondamental : « Les damnés de la Terre » de Franz Fanon.

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Une courte citation :

” La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colonial, qui a rythmé inlassablement la destruction des formes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par chacun des individus constituant le peuple colonisé. ” Frantz Fanon.


Publié en 1961, à une époque où la violence coloniale se déchaîne avec la guerre d’Algérie, saisi à de nombreuses reprises lors de sa parution aux Editions François Maspero, le livre Les Damnés de la terre, préfacé par Jean-Paul Sartre, a connu un destin exceptionnel.

Il a servi – et sert encore aujourd’hui – d’inspiration et de référence à des générations de militants anticolonialistes. Son analyse du traumatisme du colonisé dans le cadre du système colonial et son projet utopique d’un tiers monde révolutionnaire porteur d’un ” homme neuf ” restent un grand classique du tiers-mondisme, l’œuvre capitale et le testament politique de Frantz Fanon.


Dans cette nouvelle édition, la préface de Alice Cherki, psychiatre et psychanalyste, auteur du Portrait de Frantz Fanon (Seuil, 2000), et la postface de Mohammed Harbi, combattant de la première heure pour la libération de son pays et historien de l’Algérie contemporaine, auteur de Une vie debout. Mémoires politiques 1945-1962 (La Découverte, 2001), restituent l’importance contemporaine de la pensée de Frantz Fanon.


Frantz Fanon (1925-1961), psychiatre antillais, militant de l’indépendance algérienne au sein du FLN, est notamment l’auteur de « Peau noire, masques blancs » (Le Seuil), de « L’An V de la révolution algérienne » (La Découverte) de « Pour la révolution africaine » (La Découverte).

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Franz est mort d’une leucémie foudroyante le 6 décembre 1961 sans avoir connu ce pourquoi il luttait ; l’indépendance de l’Algérie.

Sa dernière satisfaction fut peut être de recevoir de François Maspero, fin novembre, ce livre préfacé par Jean-Paul Sartre.

Franz Fanon est inhumé à Aïn Kerma, non loin de la frontière tunisienne, au cimetière des « Chouhadas » – Les martyrs de la guerre –

Auteur : Frantz Fanon – Editeur : La Découverte
Collection : POCHES / ESSAIS N°134
Genre : ESSAI, CRITIQUE, ANALYSE
Date de Parution : 17/12/2003

Coordination Gauche Alternative du Hainaut

19 Février 2009

Le coin des bons bouquins Le Sénat enquête sur les superprivilégiés de la République

février 9, 2009 at 12:55 | In Le coin des bons bouquins, Politique | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins Le Sénat enquête sur les superprivilégiés de la République

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Le Sénat : enquête sur les superprivilégiés de la République de Robert Colonna d’Istria et Yvan Stefanovitch – Editeur : Le Rocher – pourrait se résumer ainsi : Maman, quand je serai grand, je veux être Sénateur !!

On y en apprend de belles ! Ainsi, un certain Jean-Noël Guérini – socialiste – président du Conseil général des Bouches du Rhône, n’y mettrait jamais les pieds !! Il a passé, selon sa « bio », son enfance dans le quartier du panier, à Marseille. Mais là, le « panier » devient conséquent !!

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Ce bon Guérini fut aussi, dernièrement, l’un des fidèles soutiens de Ségolène Royal, la célèbre « inspiratrice » de Barak Obama et autres gaudrioles qui l’amenèrent « au Zénith »!!

Allons !! Redevenons sérieux ; encore que ce qui précède l’était un peu tout de même.

A quoi sert le Sénat, institution deux fois centenaire qui nous coûte chaque année plus de 300 millions d’euros ?

D’abord à financer les privilèges (plus de 4.000 euros mensuels de retraite pour 15 ans de cotisations) et les rémunérations royales (11.540 euros net par mois) des derniers princes de la République, nos 331 sénateurs. Et aussi à entretenir les 1.260 fonctionnaires les mieux rémunérés de l’Hexagone (de 2.300 à 20.000 euros net mensuels), qui font la semaine de 32 heures et ont presque 4 mois de vacances.

Luxe, calme et volupté…

Et, dans l’esprit de beaucoup, de Jospin à Sarkozy, ces superprivilèges n’ont pas la moindre justification, car, selon eux, cette deuxième Chambre ne sert à rien. La réalité est édifiante : un petit tiers des sénateurs travaille, un gros tiers vient de temps en temps à Paris et les autres appartiennent à la famille des rois fainéants. Un royaume hors du monde et du temps ? Pas tout à fait. Car nos sénateurs, qu’ils soient de droite ou de gauche, sont assidûment courtisés par des lobbies de tout poil. Des marchands d’armes aux semenciers, chacun connaît la capacité de ces édiles à peser sur la diplomatie française ou à modifier un texte de loi. Cela justifie bien des « voyages d’études », tous frais payés, quelquefois au bord d’un lagon lointain… D’autres ténors politiques, en revanche, continuent à considérer la Chambre haute comme un précieux garde-fou contre les dérives des gouvernements et l’obéissance servile de l’Assemblée nationale.

Si les médias se sont exclusivement attachés à reprendre l’affaire du président Poncelet, il serait caricatural de réduire ce très bon livre à cette révélation. Posant intelligemment la question de la légitimité institutionnelle de la seconde chambre, les deux journalistes, en ont ensuite évalué les conditions de fonctionnement : rémunérations, avantages, retraites et pensions, mandatures, etc. Malheureusement, le constat est amer. Entre absentéisme, lobbying, cumul de mandats, abus de pouvoir, refuge des recalés du suffrage universel, train de vie disproportionné et obscurité des comptes – entre autres ceux des questeurs – le terme explicite de “privilégiés” semble justifié.

Mais contrairement aux apparences, loin de stigmatiser arbitrairement et injustement la chambre et ses sénateurs, ce travail d’investigation peut se vanter d’une véritable objectivité. Sceptique sur le monocaméralisme, les deux auteurs mesurent constamment leur propos en insistant autant sur les mérites que sur les anomalies du Sénat.

Ainsi, rien ne semble éviter l’injonction de la vérification concrète et du jugement. S’ils relativisent le conservatisme de la chambre et exaltent le travail des commissions, ils n’hésitent pas à dénoncer les fainéantises et les privilèges.

Mais surtout, contre l’opinion publique ou la communication des sénateurs, cet essai, loin du réquisitoire radical, a la qualité de présenter un certain nombre de réformes, propices à la démocratisation des pouvoirs publics. Une preuve incontestable d’un choix judicieux : celui de la critique constructive.

Coordination Gauche Alternative du Hainaut

9 février 2009

Le coin des bons bouquins Le dictionnaire de l’Anarchie de Michel Ragon

décembre 27, 2008 at 3:45 | In Le coin des bons bouquins, Politique | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins Le dictionnaire de l’Anarchie de Michel Ragon

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Si Michel Ragon n’existait pas, il faudrait l’inventer !! Sa vie est, à elle seule, un roman !

Une enfance vendéenne, tous les petits boulots possibles et imaginables, bouquiniste sur les quais de la Seine ….

Critique et historien de l’art et de l’architecture modernes à partir de 1964, professeur-invité à l’université de Montréal en 1970, lui qui n’a « que » le certificat d’études !

Il sera encore professeur à l’École Supérieure des Arts décoratifs de Paris. En 1975, il soutient un doctorat d’État à la Sorbonne à plus de cinquante ans (Sa thèse s’intitule “La pratique architecturale et ses idéologies”), puis enseigne en tant que professeur de l’enseignement supérieur jusqu’à sa retraite en 1985 !

Ouf ! Un roman, on vous dit !!!!michel-ragon

Et voici qu’à 84 ans, Michel Ragon nous livre une somme …une encyclopédie de l’Anarchie.


Michel Ragon, depuis longtemps témoin engagé de l’épopée libertaire dont il fut le grand romancier (La Mémoire des vaincus), rassemble ici pour la première fois les éléments d’un Dictionnaire de l’anarchie, véritable mise en récit de cette aventure méconnue mais capitale. Dictionnaire des principaux militants de l’anarchie et de ses théoriciens, tels Proudhon, Bakounine, Kropotkine, ce livre est aussi un dictionnaire de tous ceux qui se sont réclamés ou se réclament de la pensée libertaire, comme Breton et Camus, Céline et Dubuffet, Richard Wagner et Oscar Wilde.
Dictionnaire des hommes, mais aussi des idées et de la pensée anarchiste dans le monde contemporain, de son influence, souvent méconnue, voire occultée.

De Proudhon à Cohn-Bendit, de Brassens à Léo Ferré, de Mirbeau à Camus, de Breton à Sartre, de Henry Thoreau à Herbert Marcuse, du Surréalisme au Situationnisme, non sans passer par le dessinateur belge Frans Masereel ou le peintre impressionniste Camille Pissarro, la famille libertaire est d’une étonnante richesse et d’une extraordinaire diversité. C’est ce large éventail de personnalités qui se déploie au fil des 661 pages de ce « pavé »

On n’est pas obligé d’être d’accord sur tout pour recommander un livre aussi reprocherons nous affectueusement à Michel Ragon de céder parfois au règlement de comptes sommaire ou à l’hagiographie.

Un seul manque important à noter, à notre avis : la coupure, chez les anarchistes, entre partisans d’une organisation dotée d’un programme (les « plate-formistes ») et ceux pour qui cette organisation doit seulement fédérer les diverses sensibilités anarchistes (les « synthétistes »)

Ce débat aurait du avoir sa place dans ce dictionnaire de l’Anarchie.

Reste l’œuvre considérable de Michel Ragon dont nous vous donnons une idée ci-dessous….car tout n’y est pas !!!

Ce dictionnaire de l’anarchie – 661 pages – 23 € – Albin Michel : est un joli cadeau pour des fêtes ….sans Dieu ni Maître …évidemment !!!

Coordination Gauche Alternative du Hainaut

27 – 12 – 2008

Romans, récits (1ère période –1953 – 1968)

  • Drôles de métiers, Albin Michel, 1953 (réédition Albin Michel 1986)
  • Drôles de Voyages, Albin Michel, 1954
  • Une place au soleil, Albin Michel, 1955
  • Trompe-l’œil, Albin Michel, 1956
  • Les Américains, Albin Michel, 1959
  • Le Jeu de Dames, Albin Michel, 1960
  • Les Quatre Murs, Albin Michel, 1966
  • Nous sommes 17 sous une lune très petite, Albin Michel, 1968

Romans, récits (deuxième période 1983 – 2007)

  • L’accent de ma mère, Albin Michel, 1980, Grand Prix du roman des Écrivains de l’Ouest, Livre de Poche 1983
  • Ma sœur aux yeux d’Asie, Albin Michel, 1982, Livre de Poche 1984
  • Les Mouchoirs rouges de Cholet, Albin Michel, 1984,
  • La louve de Mervent, Albin Michel, 1985, Livre de Poche 1987
  • Le Marin des Sables, Albin Michel, 1987, Livre de Poche 1990
  • L’accent de ma mère (réédition augmentée), Plon, coll. Terre humaine 1989
  • La Mémoire des vaincus Albin Michel, 1990, Livre de Poche 1992
  • Le Cocher du Boiroux, Albin Michel, 1992, Livre de Poche 1994
  • Le Roman de Rabelais Albin Michel, 1994,
  • Les coquelicots sont revenus, Albin Michel, 1996, Livre de Poche 1998
  • Un si bel espoir, Albin Michel, 1999, Livre de Poche 2001
  • Georges & Louise, Albin Michel, 2000, Livre de Poche 2002
  • Un rossignol chantait, Albin Michel, 2001, Livre de Poche 2003
  • Un amour de Jeanne, Albin Michel, 2003, Livre de Poche 2004
  • La ferme d’en haut Albin Michel, 2005, Livre de Poche 2007
  • Les livres de ma terre (réédition de 5 romans du cycle vendéen), Presses de la Cité, Omnibus, 2005
  • Le Prisonnier, Albin Michel, 2007

Dans la veine libertaire (critique littéraire, essais historiques et politiques)

  • Les écrivains du peuple, Jean Vigneau, 1947
  • Histoire de la littérature ouvrière (du Moyen Age à nos jours),, Les Éditions Ouvrières coll. Masses et militants, 1953
  • Karl Marx, La Table Ronde, 1959
  • Histoire de la littérature prolétarienne en France, Albin Michel, 1974
  • Bernard Clavel Seghers 1975
  • Ils ont semé nos libertés. Cent ans de droits syndicaux, (préface d’Edmond Maire avant-propos de Bernard Clavel), Syros/ CFDT 1984
  • La voie libertaire, Plon, 1991
  • 1793. L’insurrection vendéenne et les malentendus de la liberté, Albin Michel, 1992
  • Dictionnaire de l’Anarchie, Albin Michel, 2008

Le coin des bons bouquins Riches et presque décomplexés par Jacques Cotta

novembre 10, 2008 at 6:17 | In Le coin des bons bouquins, Politique, social | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins Riches

et presque décomplexés

par Jacques Cotta

riches-et-presque-decomplexes-couverture

Présentation (Par son éditeur – Fayard)

Depuis les dernières élections présidentielles en France, la question de la richesse est devenue un sujet largement exposé sur la place publique.

À peine élu, Nicolas Sarkozy affichait ses convictions et donnait un aperçu de ses goûts, au nom d’une droite résolument décomplexée.


Qui sont les riches, les très riches? De quoi est composée leur fortune? Comment l’ont-ils acquise? Et, surtout, quel regard et quelle influence ont-ils sur la société et son fonctionnement? Ces richesses ne se sont-elles pas accumulées au détriment des ressources du plus grand nombre pour qui la vie est éloignée des fastes et des avantages qu’apporte la fortune?


Des financiers aux hommes d’affaires, des nouveaux riches aux anciens nobles, des vrais fortunés discrets aux excentriques, cette enquête est une véritable immersion au sein des plus grandes fortunes qui font et, surtout, qui «défont» la France. Dans cet «autre monde», on croise des patrons du CAC 40 qui, en moyenne, perçoivent 3,8 millions d’euros de revenus annuels, soit le revenu annuel de 316 smicards; on y côtoie des gestionnaires de fonds pour qui les crises successives – des subprimes aux émeutes de la faim – sont souvent synonymes de bénéfice; on y parcourt les clubs, les cercles, les réseaux, les allées du pouvoir et des affaires, car politique et sommes sonnantes et trébuchantes vont souvent de pair…


Et l’on comprend ainsi mieux la violence ressentie par la «France qui travaille» et qui croyait aux promesses de son futur président, lequel, une fois au pouvoir, a finalement avoué son impuissance, alors qu’il s’est montré plutôt généreux envers les millionnaires.

Notre avis

Les lecteurs de notre blog ne seront pas dépaysés en lisant cet excellent bouquin – subprimes –émeutes de la faim – les crises successives – la bourse – vous connaissez : des dizaines d’articles de ce blog en parlent.

Jacques Cotta est un orfèvre et son expérience doit être aussi solide que son carnet d’adresse et son talent pour l’investigation.

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Un exemple pour vous mettre l’eau à la bouche : faites vous encore confiance à la CFDT ? Si oui, lisez cet extrait et changez vite d’avis : on vous aura prévenus !!

Vote CFDT aux prud’homales = vote patronal !

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Accrochez-vous, c’est parti. Les illustrations sont ajoutées par nos soins

« Riches et presque décomplexés » (Fayard), Extrait page 125.

LA CFDT ET M. CHÉRÈQUE, EN PRIVÉ

Compte rendu de la rencontre organisée le 27 mars 2007, entre leader de la centrale et le cercle patronal « ETHIC », dirigé par Mme Sophie de Menthon.
Extrait du livre de Jacques Cotta, « Riches et presque décomplexés » (Fayard), p 125.

Quelques jours après le petit-déjeuner en compagnie de deux cents membres d’Ethic et de François Bayrou, mon téléphone sonnait. On me demandait si je désirais participer à un remake, cette fois-ci au Cercle interallié et en compagnie de François Chérèque. Le leader de la CFDT face à des patrons déterminés à la veille de la présidentielle sur des thèmes sociaux, politiques et économiques ne pouvait laisser indifférent. Mais une mauvaise surprise m’attendait, la veille dudit petit-déjeuner: un contrordre fut donné dans des termes qui ne pouvaient qu’aiguiser ma curiosité:
- Sophie de Menthon vous fait dire que si cela ne tenait qu’à elle il n’y aurait pas de problème, mais c’est M. Chérèque qui pose comme condition l’absence de tout journaliste.
- Même en demeurant discret?
- Même, nous sommes désolés. Il nous a dit que c’était une condition absolue à sa venue.

Le lendemain matin, je décide de passer outre. Je gravis les marches du Cercle interallié, passe le petit perron de l’entrée surmonté d’une imposante et néanmoins gracieuse marquise, ignore un valet de pied en jaquette noire et gilet rouge et pénètre dans le petit salon réservé pour le leader de la CFDT. Étonnement de la secrétaire d’Ethic préposée aux badges, air confus de ma part, incompréhension feinte pour obtenir enfin l’autorisation de m’installer dans un coin de la salle avec engagement strict de ne pas piper mot.

Devant une assistance très réduite comparée à celle venue assister à la prestation du leader de l’ UDF, Sophie de Menthon accueille l’invité:
- Cher François Chérèque, c’est un grand plaisir. Mais laissez-moi vous dire, à vous qui avez eu par le passé le courage de soutenir des réformes difficiles, que je déplore l’absence de la presse. Vous auriez dû au contraire médiatiser au maximum cet événement, vu l’importance de votre discours.


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- Merci de m’accueillir. Et commençons donc par la presse. J’ai demandé à ce qu’elle ne soit pas présente car j’ai décidé de vous parler franchement, sans détour, directement. Entre nous, sans journalistes, ce sera plus simple!
- Pour nous confier des secrets? plaisante la salle.

Je connaissais la connivence qui peut exister entre les partenaires sociaux. «Les réunions à répétition rapprochent», dit-on. Mais là, il s’agit de tout autre chose. François Chérèque promet le discours de la vérité comme s’il se trouvait dans une réunion de famille qu’il ne faudrait pas perturber.

Durant une heure, je vais de surprise en surprise. Le leader de la CFDT réserve à ses hôtes très satisfaits un discours des plus politiques. «L’économie est poussive» et «le premier des problèmes concerne l’investissement» car nous «n’avons pas décliné les objectifs de Lisbonne».
- Plus clairement? demande Sophie de Menthon.
- Les réformes de la recherche, des régimes sociaux, des retraites, de l’assurance-maladie, de la santé, des hôpitaux n’ont pas été accomplies.

En une phrase, François Chérèque fait siennes l’ensemble des mesures qui ont pesé dans le vote négatif du peuple français le 29 mai 2005. Mais qu’importe, la salle communie.
Il aborde ensuite «l’organisation du marché du travail», «l’existence de la précarité», mais aussi d’une «trop grande rigidité pour les entreprises». Il dénonce le développement de la sous-traitance comme «facteur d’augmentation des inégalités».
- D’inégalité pour qui? demande un curieux dans la salle.

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J’attends une réponse syndicale. Surprise!
- Pour les petites entreprises, répond du tac au tac le leader de la CFDT.Je me tourne vers mon voisin de table:
- Je croyais qu’il parlait des employés. Pour un syndicaliste il est assez ouvert, non?
- Oui, mais si les entreprises ne vont pas bien, les employés non plus. Ce qui compte, c’est l’entreprise, et lui, il a compris!

Au micro, François Chérèque en est à la dénonciation de «la culture du conflit», condamne «la CGT qui pousse à la grève dans les ports de Marseille», ou «FO qui fait la loi chez les communaux», «la nécessité d’y imposer une CFDT qui aujourd’hui y a des problèmes».
- Comment? questionne Sophie de Menthon.
- Par tous les moyens!
- Je suis troublée, vous reprenez nos positions, que nous exprimons publiquement, intervient la présidente d’Ethic.

Galvanisé, Chérèque annonce la nécessité de «faire évoluer le contrat de travail», de ne «pas opposer la flexibilité à la rigidité», de réaffirmer «l’attachement à l’Europe» alors que «nous avons mis le drapeau bleu blanc rouge le jour anniversaire du traité de Rome, ce qui était lamentable».
- Reste la méthode? demande Sophie de Menthon.

Alors le président de la CFDT parle de «représentativité». Il a déjà rencontré à plusieurs reprises «les conseillers de Sarkozy et le candidat lui-même» avec qui ils sont «plutôt tombés d’accord». Il faut «reconnaître les syndicats dans les entreprises», et non plus au niveau national indépendamment des élections à la base.
- Atomiser l’interlocuteur, c’est ça qu’il faut, me glisse à l’oreille mon voisin attentif.

François Chérèque, comme s’il lui répondait en écho, développe l’exemple de Renault. «S’il n’y a pas de licenciement», c’est uniquement parce que «les ouvriers prennent aujourd’hui les jours qui correspondent aux 35 heures de 2008». À l’inverse, à Sandouville, «la production est à flux tendu», donc «ils font 42 heures par semaine».
- En discutant à la base, la flexibilité s’organise et s’impose d’elle-même.
- Pourquoi, avec ce discours, êtes-vous au premier rang dans les manifestations?
- J’ai manifesté contre le CPE car le ministre avait été ridicule dans la forme. Mais sur le fond, nous sommes bien sûr d’accord pour revoir le contrat de travail.

Dans la salle on est au bord de l’applaudir.
- Votre différence n’est pas assez marquée avec la CGT, insiste Sophie. Même si Thibault est assez positif, il existe des possibilités de débordement.
- Sur le terrain, c’est parfois compliqué, mais plus on va vers l’entreprise, je vous le répète, plus les salariés acceptent tout cela. Prenez l’accord Bosch sur le temps de travail. II y a 200 accords du même type, mais personne n’en parle. Laissons les choses se faire dans les entreprises, il y a une adaptation!
- Vous avez des priorités?
- La protection sociale sera le gros morceau. Il faut finir le travail sur les retraites après ce qui a été commencé sur les régimes spéciaux. Puis reconnaître que les CDD en lieu et place des CDI, c’est trop paralysant. Donc redistribuer vers l’assurance chômage qui sera plus sollicitée. Enfin, la sous-traitance, dossier difficile…
- Pas tant que cela, intervient un des vingt membres d’Ethic installé dans la salle.
- Si, par exemple, prenez Airbus. À vous je le dis : l’État n’a pas à mettre un sou. Il faut faire à Airbus ce qui a été fait à Boeing! Augmenter et développer la sous-traitance et mettre tout cela en concurrence.
- Mais vous y êtes arrivé sur  les retraites? C’était bien plus chaud, non?

Le leader syndicaliste en serait presque à bicher.
- Vous accepteriez d’être ministre du Travail de Nicolas Sarkozy ou de Ségolène Royal?
- Non, je suis beaucoup plus utile à la place que j’occupe. Je peux faire de la pédagogie. Ségolène a compris sur les retraites, par exemple, et elle n’est plus pour l’abrogation de la loi Fillon. En mettant la gauche face à ses contradictions, on aboutit au discours de Villepinte où la candidate socialiste fait de la dette sa priorité et reconnaît l’économie de marché. Mais pour cela, il faut être là où je suis.
- Puisqu’on est entre nous, vous voterez pour qui?
- Je peux vous dire que nous avons vu tous les candidats, outre l’extrême droite ou l’extrême gauche. Surtout les deux principaux et Buffet par respect pour elle et aussi parce que sur des notions comme la flexisécurité, elle serait sans aucun doute d’accord. D’ailleurs, l’extrême gauche a aussi fait un pas. Elle reconnaît le marché et la décentralisation.
- Vraiment?
- Mais oui, Arlette a pris un coup de vieux, vous savez!

Dans la salle on s’esclaffe.
- Vous voyez bien le mal que j’aurais eu si la presse avait été présente.
- Pour qui voteriez-vous donc? insiste Sophie de Menthon.
- Nous ne donnons jamais de consigne à la CFDT.
- En privé?
- Sarkozy nous a présenté un calendrier pour les réformes et moi et ça me va très bien. On s’y met dès juillet.
Sourire de Sophie de Menthon et satisfaction de la salle.

Merci Monsieur Cotta, vous faites un vrai boulot de journaliste qui vous honore !

Nous savons maintenant que Chérèque est plus utile au capitalisme là où il est !!!!!

Voici Chérèque rhabillé pour l’hiver et, bien qu’il soit déjà chaudement vêtu par la grâce de Jacques Cotta.

Si vous êtes électeur aux prud’hommales du 3 Décembre, vous avez le droit de lui offrir une jolie veste supplémentaire !

Pour en savoir plus, vous cliquez ci-dessous :

http://www.prudhommes.gouv.fr/Calendrier-des-dates-a-retenir.html

Guy Dutron

10- 11 -2008


Journaliste, Jacques Cotta a collaboré à Radio France, à divers supports de presse écrite ainsi qu’à plusieurs émissions de télévision (Droit de réponse ou Envoyé spécial notamment). Il a réalisé de nombreux films d’investigation, dont Front national : la nébuleuse (7 d’Or). En charge de la série de documentairessur France 2, il est aussi l’auteur de: Dans le secret des sectes, en collaboration avec Pascal Martin (Flammarion, 1992), L’Illusion plurielle. Pourquoi la gauche n’est plus la gauche, en collaboration avec Denis Collin (Lattès, 2001), et de 7 millions de travailleurs pauvres. La face cachée des temps modernes (Fayard, 2006). Dans le secret de…

Riches et presque décomplexés par Jacques Cotta
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Journaliste, Jacques Cotta a collaboré à Radio France, à divers supports de presse écrite ainsi qu’à plusieurs émissions de télévision (Droit de réponse ou Envoyé spécial notamment). Il a réalisé de nombreux films d’investigation, dont Front national : la nébuleuse, récompensé par un 7 d’Or. Il est en charge de la série de documentaires Dans le secret de… sur France 2. Jacques Cotta est l’auteur de Dans le secret des sectes, en collaboration avec Pascal Martin (Flammarion, 1992), de L’Illusion plurielle. Pourquoi la gauche n’est plus la gauche, en collaboration avec Denis Collin (JC Lattès, 2001), et de 7 millions de travailleurs pauvres. La face cachée des temps modernes (Fayard, 2006).

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Le coin des bons bouquins JEUNES MAGHRÉBINS DE FRANCE La place refusée par Evelyne Perrin

octobre 15, 2008 at 10:28 | In Le coin des bons bouquins | Leave a Comment

Le coin des bons bouquins JEUNES MAGHRÉBINS DE FRANCE La place refusée par Evelyne Perrin

Evelyne, ceux qui visitent notre blog la connaissent car nous avons publié récemment son intervention lors de l’Université d’ATTAC.

Elle était également présente dernièrement au Forum Social de Malmö et seule l’intensité de la crise nous a empêchés de publier le compte-rendu qu’elle nous avait adressé.

Diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris et de sciences économiques, Evelyne PERRIN est une militante infatigable, depuis de nombreuses années, des mouvements de chômeurs et de précaires et mène des enquêtes sociologiques sur divers mouvements sociaux

Elle est aussi membre de notre mouvement politique et elle est l’une des animatrices de notre collectif de Champigny sur Marne.

Dans ce dernier livre, Evelyne a voulu montrer la face cachée du fameux modèle d’intégration à la française, et ses carences les plus criantes.

L’harmattan

Collection Logiques Sociales

19,50 -210 pages ISBN : 978-2-296-05681-7

commandez en ligne : http://www.editions-harmattan.fr

Vous pouvez aussi commander cet ouvrage chez votre libraire habituel

Ceux qui ont compris notre action locale et municipale à Hautmont et Maubeuge liront cet ouvrage. Pour tous les autres, à lire si vous voulez un jour y comprendre quelque chose !

Guy Dutron 14 – 10 – 2008

Le coin des bons bouquins LES BROUETTES DE L’ESPOIR par André Vignau

octobre 5, 2008 at 10:51 | In Le coin des bons bouquins, Société | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins LES BROUETTES DE L’ESPOIR par André Vignau

« Solidarité », « humanitaire », « intégration », « prévention », « éducateurs », autant de concepts dont les politiciens de tous bords émaillent leurs discours et dont les télés font leurs choux gras allant jusqu’à créer des émissions qui les prennent pour thèmes . Mais ces concepts ne sont pas seulement prétextes à effets de manche en période électorale. Ils sont aussi opérationnels et mis en œuvre sur le terrain. Et ça marche !

Juillet 2006 : onze jeunes en difficulté – 16 à 25 ans – d’une cité des Yvelines arrivent à Tamatave (Madagascar) pour un séjour de trois semaines. Leur objectif : construire une école pour l’orphelinat « Enfants de Joie » dans un quartier déshérité de la ville. Comment donner de l’espoir quand on est soi même en rupture d’espérance?

André Vignau, écrivain, éditeur, ancien prof atypique, les accompagne car il parle couramment le malgache.

Un roman écrit avec la langue des jeunes des cités dont parle le livre, une ode à l’espoir qui nous arrive dans la gueule à pleines brouettes !!

Un témoignage aussi ; il faut lire les lettres « de motivation » maladroites, naïves ou touchantes de ces jeunes en rupture d’école et leur témoignage à leur retour de Tamatave.

Ce sont aussi des jeunes comme ceux-là qu’un apprenti monocrate veut Karchériser !!

Si vous ne deviez lire qu’un seul livre cette année, lisez celui-là mais ne vous attendez pas à en sortir indemne !

Un témoignage qui se lit comme un roman et qui fait réfléchir comme un essai.

La Presse en parle :

ATD Quart monde

Un récit vivant et chaleureux d’un chantier organisé pour onze jeunes en difficulté qui vont construire une école dans un quartier déshérité de Tamatave.

Alternatives et alternatifs

Ce serait l’histoire d’un bouquin inclassable, d’un essai qui se lirait comme un roman. D’une présentation géniale, d’un texte débordant d’humanisme, écrit comme parlent les jeunes.

Je vous préviens, si vous rentrez dedans, vous n’en sortez plus !! A faire lire dans nos banlieues et même à Neuilly, aux irresponsables qui veulent « Karchériser la racaille » !!

Lien social

Voilà un ouvrage à ne surtout pas rater. Il nous conte une superbe aventure, initiée par les éducateurs de l’association Passerelles, en juillet 2006 : l’action humanitaire menée à Madagascar par un groupe de onze jeunes en difficulté, âgés de 14 à 25 ans, issus d’une cité des Yvelines. André Vignau, romancier et dramaturge, présent dès le début du projet, en a tiré un récit écrit dans un style à l’humour ravageur et d’une émotion à fleur de peau. L’objectif consistait à construire une école dans la deuxième ville du pays, Tamatave, pour un orphelinat – les « Enfants de joie »- qui recueille des gamins des rues, des orphelins et de jeunes mères abandonnées. Deux équipes allaient tourner, assurant successivement la main d’œuvre pour édifier le bâtiment et une animation pour les enfants. Le départ fut précédé d’une préparation méticuleuse : pendant de nombreux mois une rencontre hebdomadaire, un premier chantier pour tester la vie de groupe, le suivi d’un stage Bafa pour apprendre les rudiments de l’animation … Avant de changer d’hémisphère, le groupe avait été prévenu du décalage auquel il allait être confronté. Ce fut néanmoins le choc. Presque autant de temps pour se rendre de l’aéroport jusqu’à Tamatave qu’il en avait fallu pour venir en avion, à cause de l’état des routes. Une impressionnante misère guère adoucie par un climat largement dominé par des pluies autant battantes qu’ incessantes. Une population analphabète à 70%, pour qui l’instruction n’est pas une corvée, comme pour tant d’enfants français, mais une chance. A côté de ces dures conditions d’existence, un sens de l’hospitalité qui fait tout donner, même et surtout si l’on n’a rien. Le chantier commence : tout ici se fait à la main. Pas de bétonneuse, mais des brouettes de sable que l’on doit charrier, la ferraille du béton armé que l’on doit fabriquer à la main. Et puis, il y a ces enfants qui s’approchent d’abord timidement, puis qui affluent, découvrant avec émerveillement, les perles qu’on leur propose pour confectionner bracelets et colliers ou les pots de peinture pour peindre une fresque murale, eux qui n’ont comme seuls jouets que de vieilles roues de bicyclette. Le chantier sera suffisamment avancé pour que la nouvelle école ouvre ses portes au 1er septembre. Au final, ce ne sont pas ceux que l’on pense qui bénéficieront le plus de ce chantier humanitaire. Onze jeunes occidentaux ont appris à se rendre utile et à se valoriser : « une fois dans ma vie j’aurais fait quelque chose de bien » commentera Antonio, l’un d’entre eux. De retour dans leur cité, ils ne réussiront pas à retraduire la richesse de ce qu’ils ont vécu face à des familles ou copains pensant qu’il ne s’agissait que de vacances. Une nouvelle fois, la démonstration est faite de la pertinence de l’action éducative. Un livre à se procurer et à lire sans délais, pour le plaisir de son écriture et la force de ce qu’il raconte .Voilà un ouvrage à ne surtout pas rater[...] un récit écrit dans un style à l’humour ravageur et d’une émotion à fleur de peau. [...] Un livre à se procurer et à lire sans délais, pour le plaisir de son écriture et la force de ce qu’il raconte.

Le courrier de l’éducation

Ce livre mérite l’enthousiasme par sa teneur de démonstration du potentiel énorme de la posture d’éducation et des projets dans le vrai de la vie, avec des enjeux véritables et non simulés ou du domaine des mots ; et l’on sait combien les mots sont faits aussi pour trahir et aliéner. C’est un livre qui devrait être décortiqué dans toutes les centres de formation et unités universitaire touchant à la philosophie de l’éducation. C’est un livre témoignage de la veine des “Lettres d’une maîtresse de Barbiana” ou des lettres de Makarenko, un livre d’une grande importance qui mérite de se déployer dans la réflexion des jeunes enseignants comme levier et point d’appui pour transformer la fatalité en un immense réservoir de potentialités inexploitées , d’accéder à une nouvelle naissance de l’humanité. Ce livre montre la force d’une poignée de praticiens philosophes qui démontrent effectivement qu’il est possible de soulever des montagnes, de déplacer le monde de quelques degrés sur son axe pour lui redonner de l’élan ! Un livre-témoignage à lire et à méditer séance tenante.

Les brouettes de l’espoir, André Vignau. 176 pages Prix 16 euros ISBN: 978-2-35262-001-3

Pour commander le livre :

http://www.le-lectambule.fr/cataloguelectambule.htm

Guy Dutron

5 – 10 – 2008

Appel pour le livre !

juillet 19, 2008 at 9:18 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a Comment
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Appel pour le livre !

Le site “Pour le livre“ a été lancé pour prolonger et amplifier la mobilisation des auteurs, des éditeurs et des libraires en faveur de la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre. La Société des gens de lettres, le Syndicat national de l’édition et le Syndicat de la librairie française ont dénoncé en commun les attaques dont cette loi a été la cible à l’occasion de l’examen au Parlement de la loi de modernisation de l’économie. Cette mobilisation, qui s’est élargie à des membres du Gouvernement, en premier lieu la Ministre de la culture et de la communication, à des élus locaux, aux bibliothécaires, aux traducteurs ou aux professionnels du livre en régions, a permis d’éviter que ces amendements ne soient adoptées par l’Assemblée nationale. Il est néanmoins impératif que cette mobilisation soit maintenue car ce débat a révélé au grand jour la volonté de quelques acteurs de remettre en cause à leur profit les équilibres économiques et culturels existants. Ce débat a également mis en avant la nécessité de mieux expliquer les vertus du prix unique du livre, pour la création littéraire, pour les équilibres d’un marché du livre ouvert et pour les lecteurs eux-mêmes. Ce site, qui s’enrichira régulièrement de nouveaux contenus, vise donc à être un lieu d’information et d’échange sur ce sujet, ouvert aux professionnels comme au public.

Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang ».

Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a souligné combien cette loi restait un outil indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, quant à elle, a indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système législatif actuel.

Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du commerce culturel. Le lobbying qu’elles exercent auprès des parlementaires est à l’origine de ces amendements. Il vise à déréguler le marché du livre afin d’imposer un modèle commercial basé sur une volonté d’hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.

Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500 points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet. Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.

Pour la création et l’édition, cette densité et cette variété des circuits de vente du livre offrent à chaque auteur et à chaque livre le maximum de chances d’atteindre son public, qu’il s’agisse d’un premier roman, d’un ouvrage de recherche, d’un livre pour enfant, d’une bande dessinée, d’une œuvre traduite, du dernier roman d’un auteur connu, d’un livre pratique ou d’un ouvrage scolaire. Tous les livres pour tous les publics, voilà notre modèle.

Ce modèle, c’est la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre qui en est le pivot et le garant. En permettant d’infléchir les règles du marché afin de tenir compte de la nature culturelle et économique particulière du livre, elle passe aujourd’hui pour l’une des premières véritables lois de développement durable. Elle confie à l’éditeur la fixation du prix des livres qu’il publie. Les livres se vendent au même prix quel que soit le lieu d’achat, dans une librairie, une grande surface ou sur Internet, durant au moins deux ans. Ce système évite une guerre des prix sur les best-sellers qui ne permettrait plus aux libraires de présenter une offre de titres diversifiée ni aux éditeurs de prendre des risques sur des ouvrages de recherche et de création qui ont besoin de temps et de visibilité dans les librairies pour trouver leur public.

De surcroît, le prix unique fait baisser les prix. Contrairement aux idées reçues, les chiffres de l’INSEE montrent en effet que depuis une dizaine d’années les prix des livres ont évolué deux fois moins vite que l’inflation.

En favorisant la richesse, la diversité et le renouvellement de la création et de l’édition, en lieu et place d’une standardisation si courante dans de multiples secteurs aujourd’hui, en permettant une variété et une densité de points de vente du livre particulièrement remarquables, en privilégiant une véritable concurrence au détriment de la « loi de la jungle » et en maintenant des prix beaucoup plus accessibles que dans la majorité des autres pays développés, le prix unique du livre est une chance pour le consommateur, pour le lecteur et pour notre culture.

La loi du 10 août 1981 n’est ni obsolète ni corporatiste. Si elle mérite un débat, c’est pour la rendre plus vivante et plus forte encore.

Téléchargez l’appel pour le livre
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Téléchargez le dossier complet de l’appel pour le livre
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Accéder à la page des signataires

C’est avec plaisir que nous relayons cet appel. Un blog qui possède un « coin des bons bouquins », un « coin des poèmes qu’on y tient » et un de ses animateurs écrivains, un autre poète et une, enfin, professeure d’arts plastiques, ne pouvait laisser passer cette occasion.

Signez massivement et relayez cet appel, s’il vous plait.

Guy Dutron

19 – 07 – 2008

Le coin des bons bouquins Testament à l’Anglaise de Jonathan COE

juillet 6, 2008 at 12:32 | In Le coin des bons bouquins | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins Testament à l’Anglaise de Jonathan COE

Michael Owen est un jeune écrivain dépressif vivant à Londres. Un jeudi soir du mois d’août 1990 va pourtant mettre sa triste vie totalement sens dessus dessous.

En effet, c’est à cette date que Fiona, sa voisine de palier, vient lui rendre visite… C’est la première fois depuis deux ans que Michael parle avec quelqu’un. Ils deviennent amis, mais ce n’est pas le seul changement qui se produit pour lui. Il décide de reprendre l’écriture d’un manuscrit auquel il n’avait plus touché depuis longtemps : l’histoire de la famille Winshaw.

La commanditaire de ce livre est Tabitha Winshaw, âgée alors de quatre-vingt-un ans et devenue folle après la mort “accidentelle” de son frère. Elle compte sur les investigations nécessaires à la rédaction de cet ouvrage pour faire la lumière sur ce qu’elle croit être un crime familial.

Les Winshaw font partie des personnes les plus riches et les plus influentes de Grande-Bretagne : Henry est un député travailliste, Hilary est journaliste, Roddy tient une galerie d’art, Dorothy dirige une entreprise agricole et Mark vend des armes. Ils partagent tous la même passion : l’argent.

Comme de nombreux quidam dans l’Angleterre contemporaine, Michael, Fiona, Phoebe et Joan auront à subir les conséquences de cette passion dévorante.

Le roman de Jonathan Coe constitue une critique quasi systématique de la Grande-Bretagne des années 80 et en particulier du Thatchérisme

Le narrateur, Michael Owen, est une des nombreuses victimes des réformes radicales de Mrs Thatcher.

Les mesures de “rationalisation” de la Sécurité sociale, qui touchent de plein fouet les hôpitaux du secteur public, sont la cause presque directe de la mort de son amie Fiona. Tous les pôles de la vie socio-économique sont aux mains d’une richissime famille que les scrupules n’étouffent évidemment pas.

De plus, le pouvoir politique, et particulièrement le parti conservateur de Mrs Thatcher, “travaille” main dans la main avec les milieux financiers et les actionnaires d’entreprises de l’agroalimentaire ou de l’industrie de l’armement.

La corruption s’étend à tous les secteurs d’activité, des milieux de l’art à l’édition en passant par la presse écrite où les règles déontologiques du journalisme sont ouvertement bafouées pour sacrifier aux ventes et pour complaire à un public nombreux (dont on se moque par ailleurs avec un cynisme écœurant).

Mais le lancinant leitmotiv du néolibéralisme consiste à affirmer la nécessité de privatiser l’ensemble des services publics, tels les transports en commun (on connaît maintenant les conséquences désastreuses de la privatisation du chemin de fer britannique, le plus mauvais d’Europe) ou l’enseignement, mais aussi la télévision publique, la célèbre BBC. Même les députés travaillistes, aux idéaux prétendument socialistes, succombent à l’hystérie collective du “tout privé”.


Le tour de force de ce jeune écrivain britannique est d’être parvenu à rendre passionnante cette satire sociale. En les mélangeant, il marie de manière subtile de nombreux genres littéraires (policier, thriller, psychodrame, romance, autobiographie) rendant ainsi le récit alerte et captivant sans jamais se départir d’un ton ironique salutaire pour éviter la déprime.

Le livre de COE a maintenant 13 ans et c’est une forme de livre d’histoire, cette histoire qu’il nous faut sans cesse relire si nous voulons éviter qu’elle ne se répète.

A l’heure où nos dirigeants français redécouvrent le néolibéralisme qui a fait partout faillite, relisez ce qui c’est passé il y a trente ans, vingt ans en Grande-Bretagne.

Souhaitons, comme le veut cette maxime du rugby anglais qui veut que « les vieux guerriers ne meurent jamais », les bons bouquins, comme celui de COE, ne meurent pas non plus.



Jonathan COE trad. Pavans J., Testament à l’anglaise Paris, Editions Gallimard, 1995 , Folio 2992, 683 pages

Guy Dutron

06 – 07 – 2008

Le coin des bons bouquins Le petit théatre de Pierre Mauroy

mai 28, 2008 at 8:53 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | 1 Comment

Le coin des bons bouquins

Le petit théatre de Pierre Mauroy

Par Guy Dutron

28 – 05 – 2008

Issue d’une feuille satirique confidentielle diffusée dans la métropole lilloise, la maison d’édition « Les Lumières de Lille » a pour vocation l’information, l’essai et le pamphlet, un domaine peu exploré dans l’édition régionale.


Avec la sortie début octobre 2007 du «
Petit Théâtre de Pierre Mauroy », le rideau se lève sur la face cachée de la vie politique dans le Nord et le Pas-de-Calais.

L’auteur de l’ouvrage, Marc Prévost, porte un regard aiguisé sur les coulisses de la vie politique régionale et décrypte, avec précision, les années Mauroy.

Cet ex-journaliste à Nord Eclair, qui fut également correspondant du Nouvel Economiste, raconte dans un style insolent les turbulences des états-majors politiques nordistes. Sans hostilité, il brosse des portraits vifs de nos élus de droite comme de gauche.

Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy est un livre de référence qui dévoile les intrigues des partis, à la veille de la retraite politique d’un des plus dignes éléphants du socialisme français….Et n’oubliez jamais qu’un éléphant, ça trompe énormément !!

Le plus doué de notre scène politique régionale, c’est Pierre Mauroy.
Un grand monsieur, assurément. Le premier rôle sans aucun doute.
A la fois metteur en scène, scénariste, acteur vedette et souffleur du petit théâtre politique régional.


Depuis 40 ans, il tire les ficelles et distribue les rôles. Presque une épopée.
Sur la scène de son petit théâtre défile à main gauche : Martine Aubry, Jack Lang, Bernard Derosier, Daniel Percheron, Marie-Christine Blandin ou Bernard Roman… Et à main… droite : Jean-Louis Borloo, Christian Decocq, Marc-Philippe Daubresse, Sébastien Huyghe, Christian Vanneste, Alex Türk…


Les vieilles figures de la politique régionale, Arthur Notebart, Albin Chalandon, Bruno Chauvierre ou encore Charles de Gaulle, le petit-fils du général, ont bien sûr leur place dans ce livre qui parcourt les années Mauroy…

Personne n’est oublié.


L’auteur a fureté derrière le miroir déformant de la vie politique et de ses personnages jamais rassasiés d’honneurs et d’effets d’image.


Dans
Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, le lecteur n’est pas devant la scène en spectateur, il est en coulisses, derrière le rideau.


La trame est serrée tant les personnages se bousculent dans tous les sens du terme. Les portraits sont croqués sans indulgence. Les petits travers recensés avec impertinence. Les coulisses éclairées sans ménagement.

Bref, les masques tombent !


Avec un index de plus de 450 noms, des dates, des événements incessants,
Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy est le livre de référence pour ceux qui s’intéressent à la politique régionale, mais aussi pour ceux qui n’y comprennent rien… Un livre événement.

Quelques extraits savoureux :

Pierre Mauroy et Euralille

“Un matin d’hiver, on m’apprit qu’un rat avait mordu les pieds d’un nourrisson. J’ai décidé de réagir.” Quand il raconte la terrible anecdote de sa voix chaude de stentor, personne n’ose contredire l’impressionnant patriarche. Ses mains belles et amples brassent l’air soudain figé. L’assistance, médusée devant la vision d’horreur qui l’étreint, est à point. Prête à accorder tous les blancs-seings du monde au maire de Lille, cet Houdini de la politique. Qui justifie ainsi les financements nécessaires, les autorisations indispensables, les
dépassements de budgets, les augmentations de la pression fiscale, ou les embauches d’équipes d’urbanistes dédiés au programme immobilier des années 1990. La politique est une incessante partie de bonneteau. Les fins connaisseurs du dossier chuchotent volontiers qu’Euralille, la cathédrale mauroyenne, contient son lot de mystères.

Commentaire du Blog : Quand on a bien connu, comme nous, le regretté J.P Baïetto dans le groupe de la Caisse des Dépôts, on sait bien que l’auteur dit vrai …et le coup du rat, c’est du gros Quinquin pur sucre.

Dans le passé, quand un meeting ne décollait pas, quand on lui avait mal « chauffé la salle », Gros Pierre vous faisait le « coup de l’Internationale » !!

Il vous évoquait, avec des trémolos dans sa grosse voix, ce pauvre ouvrier Lillois, Pierre Degeyter, écrivant, à la lumière d’une chandelle, dans une courée sordide du vieux Lille, la géniale musique de l’Internationale.

Cela tenait tout à la fois du Grand Guignol, de la Porteuse de Pain et de Marie-Marie des Mystères de Paris, à faire chialer dans les chaumières mais, le rideau fermé, Gros Pierre reprenait le couteau du Chourineur !!

La cour du grand Pierre

Tout aurait pu rester discret sinon secret. Quelques échos dans la presse régionale. Oui mais voilà, une certaine Martine Aubry, la nouvelle première adjointe de Pierre Mauroy en 1995, en charge de l’édifice, n’accepte pas une telle gabegie. Le ton monte très vite (…) son chant du cygne tiendra du hurlement de la hyène. En se répandant en quolibets dans les colonnes de Nord Eclair, il se tire une balle : “Je ne fais pas partie des amis de Martine Aubry, ni de sa cour. Je n’ai pas vocation à travailler pour une fille à papa.” … Choc de deux générations ou de deux façons d’envisager la chose publique ? Pierre Mauroy avait sonné la charge en se fendant d’un dévastateur : “Finie la récré » !

Commentaire du Blog : Une belle description de l’heureux caractère de Martine de Flandre !! Une autre du caractère implacable de Mauroy.

C’est qu’il en a sifflé beaucoup, des fins de récré le Quinquin ! Notamment celle qui concernait l’ami Gérard Caudron.

Mais, à l’heure de la retraite de Gros Pierre, le Gérard vient de lui rendre la monnaie de sa pièce aux municipales de Villeneuve d’Ascq en reprenant sa Mairie et de quelle manière !!

Du coup, deux bébés Mauroy-Derosier ont mordu la poussière : Stievenard et Manier. Bonne retraite, Gros !!

Le cardinal de fer

Tapi dans l’ombre, Daniel Percheron est comme ces marionnettistes de foire que l’on ne voit jamais, mais dont le spectacle nous fascine. Il tire les ficelles de son monde balzacien au gré des vents et tactiques politiques. Quand un personnage a servi, il le garde au chaud dans son armoire. Quand il en a besoin, il le remet en scène. Si la marionnette veut échapper à son créateur, il la brûle. Une posture que d’aucuns au Parti socialiste sont loin d’apprécier. “Toi, je te détruirai”, avait grondé Paul Quilès.

Commentaire du blog : C’est vrai que, d’après l’image publique qu’il donne, Percheron, n’est pas le mauvais cheval !! Mais dans la coulisse, houlala !! Changement de décor ; la petite chenille devient papillon et le brave bourin se mue en petit Torquemada implacable.

Il est piquant de voir Percheron se faire « allumer » par Quilès ! Le même qui voulait « couper des têtes » en 1981 ; ici, voilà que Paul de Carmaux veut détruire …N’est pas Jaurès qui veut !!

Quilès la tendresse ???

Jack la Joconde

Avec lui, la culture fait du culturisme. Il vous invite à une expo, vous vous retrouvez au music-hall. Et la vedette, c’est lui. Mais son bilan est impeccable : fête de la musique, du cinéma, prix du livre, arts de la rue, printemps des poètes… L’ancien ministre de la Culture des années Mitterrand a des états de service public qui le font ressembler à un maréchal d’empire bardé de décorations. Alors, quand cet inaltérable Dorian Gray a débarqué sur la Côte d’opale, personne n’a moufté.

Commentaire du blog : Encore bien vu M. Prévost !! Comme pour le regard de la Joconde dont on ne sait jamais qui il regarde, Jack peut regarder quelque chose ou quelqu’un tout en voyant autre chose !!

CONCLUSION :

Au total, un excellent bouquin qui remet les choses en place, qui montre qu’au Royaume des aveugles, les borgnes sont rois et que si tous sont égaux, certains sont encore plus « égos » que d’autres !!

Mais, comme disait l’autre : « Quand on vient d’en rire, il faudrait en pleurer » !!

« Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy » – par Marc Prévost –

21 € -

Pour commander :

http://www.leslumieresdelille.com/Commander/tabid/525/Default.aspx

Les Lumières de Lille

46 rue du Curoir
59100 Roubaix

Le coin des bons bouquins : Relire Kafka !

mai 12, 2008 at 10:15 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a Comment
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Le coin des bons bouquins : Relire Kafka

Kafka, jeune, en 1906

L’intégrale de Kafka est publiée en tchèque dans sa Prague natale depuis fin 2007

Franz Kafka[1], né à Prague (capitale de la Bohême ; aujourd’hui capitale de la République tchèque) le 3 juillet 1883 et mort à Kierling, près de Vienne, le 3 juin 1924, est un auteur de langue allemande issu d’une famille juive. C’est l’un des écrivains occidentaux majeurs du XXe siècle. Il y aura donc 84 ans dans moins d’un mois que Kafka mourut de tuberculose ; il faut le relire.

Interdit par les nazis, passé sous silence quasi absolu par les communistes, considéré comme un étranger par les habitants de sa ville natale, Franz Kafka (1883-1924), écrivain pragois, juif de langue allemande, voit pour la première fois ses œuvres complètes éditées en tchèque.

Kafka était prophète. Il sentait que la société était malade, il voyait ce que les autres ne voyaient pas encore. C’est pourquoi ceux qui étaient au pouvoir, tous les puissants de ce monde, avaient peur de lui : analyse l’éminent écrivain tchèque Arnost Lustig, président d’honneur de la Société Franz Kafka de Prague.”

De Franz Kafka , lisez : “La Métamorphose“, “Le Procès“, “Le Château“…

Voici leur présentation rapide (source Wikipédia)

- La Métamorphose (Die Verwandlung) est une nouvelle allégorique écrite par Franz Kafka, publiée en 1915, et indubitablement la plus célèbre de ses œuvres avec Le Procès. Un vendeur, Gregor Samsa, se réveille pour se trouver transformé en un « monstrueux insecte ». Beaucoup l’interprètent comme un conte hautement symbolique, conduisant les critiques à l’associer fréquemment à l’existentialisme.

- Le Procès (titre original en allemand : Der Process, est un roman. Il relate les mésaventures de Joseph K., qui se réveille un matin et, pour une raison que l’on ne découvre jamais, est arrêté et soumis aux rigueurs de la justice.

Tout comme les autres romans de Kafka, Le Procès n’était pas totalement achevé à sa mort, et n’avait pas vocation à être publié. Le manuscrit fut recueilli par son ami et exécuteur testamentaire, Max Brod, et fut publié pour la première fois en 1925 sous le titre Der Process , aux éditions « Die Scheide », à Berlin. Si la division et les titres des chapitres sont tous de Kafka, la distribution et la répartition sont de Brod, qui en outre a écarté de la trame principale quelques chapitres incomplets.

Ce personnage qu’est K… ne veut absolument pas être accusé alors qu’il est innocent, il va donc tout faire pour se faire acquitter mais hélas, cela sera en vain puisqu’il va se faire assassiner. Cela va être en vain car comme le peintre des juges le dit, la justice ne doit pas approuver l’innocence d’un accusé ; l’accusé est donc destiné à être exécuté.

- Le Château (Das Schloß en allemand) est un roman inachevé de Franz Kafka (le texte s’arrête au milieu d’une phrase, Kafka en avait abandonné l’écriture 11 mois avant sa mort) , publié après sa mort en 1926.

Dans ce roman, le personnage principal, K. (comme dans Le Procès), dont on ne connaît rien, arrive dans un village au pied d’un château. Le reste de l’histoire raconte les efforts désespérés de K. pour accomplir son travail, en vain.

Plusieurs interprétations ont été données de ce roman. Certaines voient dans le Château une métaphore de l’État et de l’administration — de sa distance et sa rigidité — ; d’autres, plus métaphysiques, voient dans ce château inaccessible une représentation du Paradis, le personnage se trouvant dans une sorte de purgatoire.

Kafka, déjà malade, vers la fin de sa vie

Bonne lecture à tous

Guy Dutron

12 – 05 – 2008

Pour trouver le Roman de Guy Dutron : « Un jour je mangerai du Pain Blanc »

mars 23, 2008 at 8:27 | In Pour trouver mon Roman : « Un jour je mangerai du Pain | Leave a Comment
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Avertissement au lecteur de notre blog :

En bonne logique, Guy Dutron, principal rédacteur de ce blog ne devrait pas y parler de ses propres livres ; cela fait un peu « confusion des genres ».


C’est pour cette raison que cet article ne se trouvait pas dans la rubrique « Le coin des bons bouquins » . Si cet article se trouvait sur ce blog, c’est que nous n’avions que cet outil.


Désormais, Guy Dutron a son site personnel : « Chez Guy Dutron L’écrivain » ; vous y trouverez toutes les informations le concernant et, notamment, les informations sur la sortie de son prochain livre, les livres autoproduits et, bientôt un blog qui suivra l’actualité presse et publique concernant son prochain livre : « Mémoires de connard » qui sortira en Mai. Pour voir le site personnel de Guy, cliquez ci-dessous :

http://www.digitmaking.com/guy_dutron/guy_dutron/Bienvenue.html

LE COIN DES BONS BOUQUINS — Le Gène du Perce-neige

janvier 2, 2008 at 9:42 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a Comment
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Puisque nous venons d’inaugurer cette rubrique nouvelle, autant continuer. Continuons donc avec un polar qui va rejoindre à nouveau l’actualité demain 3 Janvier. Un rassemblement est organisé sous la Tour Eiffel pour marquer le début de la Grève de la Faim de José Bové et de 15 camarades Faucheurs Volontaires. Nous y serons en force : une bonne dizaine de militants de Sambre-Avesnois et du Cambrésis seront là pour manifester leur solidarité et exiger à nouveau le Droit de produire et de consommer sans O.G.M.

Le bouquin que nous vous conseillons ce soir entre de plein fouet dans cette actualité.

Jacques Bulot :

LE GèNE DU PERCE-NEIGE

L’auteur : Jacques Bullot est né en 1932.


Après une école d’ingénieur et le doctorat-ès-sciences, il entre en 1962 en tant que chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique.

Après deux ans passés aux Etats-Unis, au Baker Laboratory, il fonde un groupe de recherches où il infléchira ses travaux vers l’étude des semi-conducteurs appliqués à l’énergie solaire et coordonnera pendant deux ans les travaux d’un groupe de laboratoires européens pour la conversion photovoltaïque de l’énergie solaire. Il travaillera ensuite à Nantes où il poursuivra des recherches sur les polymères conducteurs.

Ces travaux ont donné naissance à plusieurs thèses de doctorat et à un grand nombre de publications, en anglais surtout, dans des revues spécialisées à comité de lecture comme Physical Review, Journal of Chemical Physics, Philosophical Magazine.

À partir de la fin 1997, Jacques Bullot qui, de tout temps s’est intéressé à la littérature policière et plus particulièrement au roman noir entame l’écriture de son premier roman. Celui-ci est publié en 2001 aux éditions Noir Délire sous le titre La gueule de l’emploi. Suivent la publication d’un recueil de nouvelles, La Couleur du temps et, en 2002, du roman Les Liquidateurs, toujours chez Noir Délire. Le quatrième roman : Du nitrate dans le cassoulet sort aux éditions E-Dite en 2005.

Pour l’auteur, le roman noir n’est pas un roman policier mais au contraire, comme le proclamait Jean-Patrick Manchette : un roman d’intervention sociale très violent. Jean Pons l’a caractérisé ainsi : L’intrigue n’est que le squelette du roman noir, sa chair est l’histoire sociale.

Dans cette optique les romans et nouvelles de Jacques Bullot abordent des thèmes comme : la spoliation des biens juifs pendant la guerre, le sort des liquidateurs qui ont déblayé les déchets radioactifs après l’explosion de Tchernobyl ou encore les négligences industrielles qui ont engendré l’explosion du site d’AZF à Toulouse en 2001.

Le gène du perce-neige, son dernier ouvrage, est publié en 2007 par Edition du Bout de la Rue à Vanves (92)


Résumé

Pays de Brenne : son calme, sa nature, son Centre de Recherches, son cadavre…

Charles Germont, généticien spécialisé dans la recherche sur les OGM, veut alerter l’opinion publique : les résultats des tests toxicologiques qu’il a obtenus sont inquiétants. Ses supérieurs américains, nient leur véracité et lancent un processus d’intimidation.

Contacté par le chercheur, Sullivan, grand reporter, se lance dans la bagarre en clamant :
« Si on court le moindre risque en bouffant ces trucs-là, il faut sonner le tocsin. »
Les cloches sonnent à toute volée et la course poursuite commence.


Une milice privée est dépêchée avec pour cible : éliminer le chercheur.

Menaces en tous genres, interventions musclées, attentat en plein Paris, personne n’est épargné dans ce roman noir aux actions haletantes.

Les OGM sont les assassins des plus pernicieux. Dissimulés derrière la façade propre d’un laboratoire scientifique, ils tuent en silence et sans état d’âme, jusqu’au jour où un homme scientifique courageux (toutes ressemblances avec des personnes connues est volontaire) ose parler et cherche à dévoiler la vérité.

C’est alors lui que l’on veut faire taire, et commence une course poursuite entre les mots et la mort, le risque du dire face à la censure de l’argent.

Mais si le « gène du perce neige », est un polar qui flingue les OGM comme l’indique le sous titre, il n’en fait pas son décor mais son propos. Au cœur, du discours et de l’information, le roman nous montre comment la vérité est empêchée par la menace des enjeux économiques et s’efface derrière des intérêts plus politiques qu’éthiques.

Ainsi, en suivant le destin de personnages complexes et attachants, ce roman dresse le portrait saisissant du monde et des enjeux dont nous avons à faire face et donne à ceux qui ont déjà commencé à se battre l’envie de continuer.

Plus jamais les informations sur les expériences transgéniques ne vous laisseront insensibles !

Préface de José Bové qui, lui aussi, a aimé ce premier polar anti-O.G.M.

Avis du Blog : Nous avons vraiment beaucoup aimé.

Nous l’avons dit à Jacques Bullot que nous avons rencontré,

avec son éditrice, à St Denis, l’après-midi de la marche

Poinville-Chartres-Paris, alors qu’il dédicaçait son bouquin.

Un vrai polar, un roman

« d’intervention sociale »

comme aurait dit Manchette ;

haletant, plein de rebondissements

mais avec un fond politique et social

qui rejoint nos préoccupations.

C’est un roman mais à peine ;

on imagine sans peine jusqu’où

peuvent aller les multinationales

de l’agrobusiness quand tant de fric

est en jeu.

A lire de toute urgence et,

comme disait jadis Hara-kiri,

si vous ne pouvez pas

vous le payer, volez-le !!!

Pour commander, rien de plus simple,

vous cliquez sur le lien si dessous et

vous arrivez sur le site de l’éditeur,

directement sur la page du roman…

ensuite, il ne vous reste plus qu’à

faire « chauffer » votre carte bleue…

Pas tant que ça, d’ailleurs : 14,25 €

http://www.editionduboutdelarue.fr/catalogue/polar/perce_neige_CB.php

Nouveau sur notre blog : du même auteur

Le coin des bons bouquins : Amour Raspail Vavin par Jacques Bullot

http://dutron.wordpress.com/2009/03/10/le-coin-des-bons-bouquins-amour-raspail-vavin-par-jacques-bullot/

LE COIN DES BONS BOUQUINS – Le Cartel Bush -

janvier 2, 2008 at 4:51 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a Comment
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Si ça se trouve, vous aimez lire puisque vous supportez la lecture de notre Blog !!!

En guise de cadeau de nouvel an, nous avons créé cette rubrique pour vous . Nous vous signalerons régulièrement des livres intéressants de notre point de vue … de ces livres dont personne ne vous parlera jamais parce qu’ils dérangent !! Nous on a aimé et on aime partager. A vous de jouer.

Le Cartel Bush

Comment fabrique-t-on un Président des États-Unis ?

FICHE TECHNIQUE

  • Auteur : James Hatfield
  • Éditeur : Éditions Timéli
  • Langue : Français
  • Format : broché et cousu – 496 pages
  • ISBN : 2-940342-05-9
  • Dimensions (en cm) : 16 x 24

RÉSUMÉ

http://www.reseauvoltaire.net/

James Hatfield

En septembre 1999, c’est-à-dire en pleine campagne électorale aux États-Unis, St Martin Press publiait une biographie détaillée du candidat George W. Bush. L’auteur, qui avait réalisé un travail de fourmi, n’ignorait rien de la famille Bush et de junior. Il avait bénéficié dans son enquête de l’aide de Karl Rove (actuel secrétaire général de la Maison-Blanche) qui croyait aider à la rédaction d’une biographie de complaisance. L’ouvrage intitulé Fortunate Son, G. W. Bush and the Making of an American President, fit immédiatement la « une » des journaux, fut choisi comme best-seller par le New York Times et souleva une intense polémique.

Il s’agit d’un document exhaustif sur l’homme, sa famille et son entourage, ses affaires et sa carrière politique, ses retournements de veste et le financement de ses campagnes électorales. Bien qu’il soit écrit sur un ton mesuré et s’attache à comprendre la personnalité de George W. Bush, il présente une vision terrifiante de la vie publique états-unienne. Pourtant de cet imposant travail, on ne retint qu’un passage secondaire, mais sensible : le candidat Bush avait été arrêté pour détention de cocaïne, en 1972. Or, selon les lois locales, ce délit aurait dû lui valoir une privation de droits civiques, il n’aurait donc pas dû avoir le droit de se présenter au gouvernorat du Texas et à la présidence des États-Unis.

Ce sont en réalité bien d’autres détails qui provoquèrent la colère des Bush. Notamment, un passage relatif à la société Arbusto (devenue ultérieurement Harken Energy) dont George W. fut le directeur. On y apprenait que, par l’entremise d’un homme de paille, cette société était la propriété d’un certain Salem Ben Laden, frère aîné d’Oussama. Mais à l’époque, la presse ne comprit pas l’importance de cette information.

Quoi qu’il en soit, la famille Bush se déchaîna contre le livre et son auteur. Elle révéla les erreurs de jeunesse de ce dernier, qui lui valurent de faire de la prison, et s’employa à le discréditer. Simultanément, elle exerça de fortes pressions sur l’éditeur jusqu’à obtenir le retrait et la destruction des presque 100 000 exemplaires disponibles.

James Hatfield, récupéra ses droits sur le livre et le fit rééditer par un éditeur marginal, Soft Skull Press, alors que George W. venait de s’installer à la Maison-Blanche. Karl Rove (secrétaire général de la Maison-Blanche) et Clay Johnson III (alors assistant personnel du président) intentèrent un procès en diffamation et obtinrent le retrait conservatoire du livre. En définitive, il fut autorisé à la vente, sans coupes, mais après le retrait de la préface originale.

Ayant échoué dans leurs démarches, Rove et Johnson menacèrent devant témoin Hatfield de le liquider, lui et toute sa famille, s’il persistait à diffuser son ouvrage. Il fut retrouvé peu après, mort, dans un motel. La police assure qu’il s’est suicidé, tandis que sa famille prétend qu’il a été assassiné. Le Réseau Voltaire assure la distribution de ce bouquin en France.

http://www.reseauvoltaire.net/

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