Le coin des bons bouquins Les pères fondateurs de la nation corse par Evelyne Luciani et Dominique Taddei.
août 12, 2009 at 5:24 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Le coin des bons bouquins | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins Les pères fondateurs de la nation corse par Evelyne Luciani et Dominique Taddei.
Le coin des bons bouquins Les pères fondateurs de la nation corse par Evelyne Luciani et Dominique Taddei.

Evelyne Luciani remercie le jury pour avoir reçu le prix 2007 du livre Corse en langue française 2007 – à sa gauche sur la photo – Dominique Taddei
Je vous dois un aveu, je n’ai pas encore lu ce livre !! Il vient de sortir. Mais, Dominique est un ami. Ce qu’en dit l’interview ci-dessous de son éditeur est passionnant. Et puis, nous en avons tellement parlé !!
Un vrai travail historique et d’érudition, aussi !

Nous reproduisons ci-dessous les explications tirées du site d’Albiana :
Albiana : Vous publiez Les pères fondateurs de la nation corse (1729 – 1733), une véritable chronique exhaustive au jour le jour. Tout n’avait pas encore été dit sur cette période riche en événements pour la Corse ?
Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Autant les périodes paoline et pré-paoline ont été explorées par les historiens corses, autant la période que nous étudions ici a été laissée en friches. Ainsi, la découverte des textes laissés pour compte dans les bibliothèques et les archives nous a permis d’élaborer la chronique dont vous parlez et d’en tirer une thèse sur le déroulement de la révolution corse qui s’écarte de celle de l’historiographie classique. Quant à dire que la recherche que nous avons faite concernant les textes est exhaustive, loin s’en faut. A travers eux, nous présentons essentiellement le point de vue génois qui nous permet, comme d’un négatif photographique, de faire surgir le positif, à savoir l’aspect corse des choses. En effet, les documents corses sont rares, d’une part, parce que les insurgés corses agissaient dans l’ombre, dans la crainte de se faire prendre par les génois qui ne tergiversaient pas quant à leur destin, lorsqu’ils se saisissaient de l’un d’entre eux. Ils laissaient donc peu de traces derrière eux. D’autre part, les bibliothèques des particuliers, si elles recèlent encore quelques-uns de ces passionnants grimoires, n’ont pas encore livrés tous leurs secrets. Néanmoins, nous produisons des textes d’origine corse absolument essentiels : leur contenu en lui-même est de premier ordre pour la compréhension des faits et des mentalités des acteurs de cette première insurrection. Leur style atteste du haut niveau culturel de ces hommes qui se sont jetés dans la première bataille révolutionnaire contre la tyrannie d’un Prince, au XVIIIème siècle.
Albiana : Le livre débute par un état des lieux de la Corse au début du 18ème siècle. Quelles en sont les grandes lignes ?
Evelyne Luciani, Dominique Taddei : La Corse, à cette époque, est liée à la Sérénissime République de Gênes, depuis le XIVème siècle, par des contrats ou conventions enregistrés sous forme de statuts. Ce lien contractuel avec Gênes est à la fois d’ordre commercial et politique : le politique, c’est-à-dire la stabilité de l’île et donc l’organisation politique du pays, garantit la sécurité des échanges commerciaux. A l’origine de ce lien, l’histoire retient que des notables bonifaciens étaient allés demander l’aide de la Sérénissime pour se protéger des féodaux locaux qui semaient la terreur et la misère parmi les populations, en raison de leurs guerres intestines. Ainsi Gênes prit pied sur l’île dans ce qu’on nommera son premier préside, Bonifacio. D’autres postes avancés du pouvoir génois, des présides, suivront : Calvi, Saint Florent, Bastia, Ajaccio. Gênes a très tôt envoyé des gouverneurs génois installer son pouvoir dans l’île. Nommés pour deux ans, ils résidaient à Bastia et à Ajaccio. Ils avaient la délégation du pouvoir absolu de la Sérénissime sur la Corse.
Albiana : Ce qui frappe tout au long de Les pères fondateurs de la nation corse (1729 – 1733), c’est l’importance majeure du contexte international sur les événements en Corse. On pense être en face d’un conflit d’un peuple contre son oppresseur, mais pas seulement, pas aussi simplement. Vous dites d’ailleurs que Pour les sceptiques, on rappellera que chacune des quatre insurrections corses se termine par une intervention militaire extérieure, une autrichienne et trois françaises. Quels sont les éléments déclencheurs des premières insoumissions ? La question des armes et celle des taxes ?
Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Il est clair que la question des armes et la question des taxes sont intimement liées et constituent l’élément déclencheur majeur des premières insoumissions.
En raison des nombreuses vendettas, les Nobles XII, en 1715, avaient accepté une loi que souhaitait leur imposer la Sérénissime. Elle consistait à retirer les armes des foyers corses qui en étaient largement pourvus, définitivement et légalement. Mais comme il résultait pour le Prince, de ce retrait, un manque à gagner consécutif à la non-perception du permis de port d’armes, la République imposa un impôt compensatoire, appelé des deux seini ou treize sous quatre deniers. C’était un impôt particulièrement injuste qui consistait à faire payer les populations pour quelque chose qu’elles n’avaient plus, sans pour autant que la mesure ait eu une grande influence sur la diminution des meurtres.
Très vite, les corses redemandèrent le port d’armes, ne fut-ce que pour se protéger de certaines communautés particulièrement belliqueuses, mais rien n’y fit jusqu’à ce qu’en 1728, les Nobles XII, après en avoir d’abord parlé au gouverneur Pinelli et avoir essuyé son refus, en réfèrent directement à Gênes.
On note qu’à partir de ce moment, les percepteurs génois se heurtent au refus de certaines communautés, particulièrement celles du Bozio, à payer la taxe des deux seini. Or, si le percepteur ne percevait pas la totalité des tailles, il était obligé de mettre la différence de sa poche. Il est clair que le percepteur ne pouvait accepter cette situation qui engendra la violence, puisque les percepteurs durent se faire accompagner d’un bras de justice c’est-à-dire une petite troupe, pour exiger les impôts dans chaque village. Il s’ensuivit des séquestrations, des pillages d’armes, etc… bref, le signal de la révolte armée était donné.
Albiana : Apparaît tôt dans votre étude Luigi Giafferi. Est-ce la figure tutélaire ?
Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Incontestablement, Luigi Giafferi a joué un rôle fondamental dans cette première révolution. C’était un notable respecté dans sa piève et par ses pairs car élu plusieurs fois Noble XII. Il avait, par sa famille : un frère colonel dans l’armée vénitienne, des liens en Terraferma qui lui assurèrent des soutiens logistiques et des relais diplomatiques. Il était intelligent, courageux, rusé et fort. Il n’a pas craint de mettre son prestige et ses biens au service d’une lutte ô combien hasardeuse, en ce début de XVIIIème siècle : renverser le pouvoir absolu d’un Prince n’était pas une mince affaire, à ce moment là ! C’était un péché mortel.
Il est de toute evidence la figure laïque la plus marquante de ce premier épisode.
Albiana : Il y a aussi le rôle du clergé et cette fameuse assemblée des théologiens d’Orezza de mars 1731.
Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Dans un monde chrétien où les rois exerçaient un pouvoir de droit divin, changer la nature de ce pouvoir pour le transférer dans le peuple demandait réflexion, ce que firent des théologiens corses comme Salvini et Natali à Rome. Ils utilisèrent saint Thomas et ses exégètes les jésuites espagnols pour démontrer que le droit était du côté des peuples tyrannisés et que, par conséquent, ces peuples avaient le droit de disposer d’eux-mêmes.
C’est cette réflexion qui sous-tend les réponses des théologiens rassemblés à Orezza.
Cette assemblée a été voulue par les généraux de la nation, Giafferi et Ceccaldi, qui ont demandé au chanoine Orticoni de l’organiser afin de montrer au monde la justesse de l’insurrection corse.
Le clergé affirme et fonde la légitimité de la révolution lors de cette assemblée.
Albiana : Qu’est-ce que la réunion des Nobles XII ?
Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Les Nobles XII et VI étaient les représentants des corses auprès de Gênes. Ils étaient au nombre de douze pour le Deçà des monts et de six pour le Delà. Etant donné les difficultés de communication entre le nord et le sud de l’île, lorsque le gouverneur décidait de réunir à Bastia les deux « chambres », il était plus facile aux Nobles de la Terra di u cumune de venir à lui qu’aux Nobles de la Terre des seigneurs. Aussi, les Nobles XII étaient-ils plus actifs que ceux du sud.
Ces Nobles avaient un pouvoir consultatif et servaient de relais au gouverneur dans les pièves. Ils étaient élus pour deux ans et, chaque mois, un Noble venait à Bastia auprès du gouverneur pour représenter les corses. Néanmoins, le gouverneur les réunissait rarement tous ensemble.
Au moment où débute l’insurrection, c’est au tour de Luigi Giafferi à être Noble XII, c’est lui qui va être l’interlocuteur de Felice Pinelli, le gouverneur génois qui va rapidement soupçonner son implication dans le mouvement.
Albiana : Et le Ristretto ?
Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Le Ristretto est le texte incontournable de cette première insurrection.
A l’occasion de la consulte de Vescovato du 8 avril 1731, les chefs font adopter un Ristretto, littéralement « un résumé », composé d’un long préambule et d’une reprise, en 29 articles ou capitoli, des revendications des patriotes. De fait, ce texte fournit l’explicitation fondamentale de la politique avancée par la nation corse et ses chefs, durant cette première insurrection. En raison de son importance, quantitative et qualitative, il est exclu qu’il ait été rédigé, discuté et débattu durant la consulte et encore moins improvisé. En réalité, la correspondance du chanoine Orticoni tend à démontrer qu’il en est, dès son retour d’Orezza à Campoloro, le 12 mars précédent, le rédacteur en chef qui intègre au texte des amendements demandés par les généraux, lors d’échanges de correspondances dont nous n’avons que des preuves indirectes.
Albiana : Vous citez de nombreux documents parmi lesquels des revendications de communautés. Comment et par qui étaient-elles rédigées ?
Evelyne Luciani, Dominique Taddei: Nous savons que le gouverneur a envoyé, dès le début de 1730, le chanoine Orticoni et des Nobles XII dans leurs pièves pour recevoir les doléances, autrement dit les revendications des populations. La rédaction en fut vraisemblablement faite par eux ou par des gens des villages qui savaient écrire. Comme toujours, les personnes impliquées directement dans les troubles devaient se cacher. A plus forte raison, ne devaient-elles pas apposer leur signature à des documents que le gouverneur génois pouvait juger suspect.
Albiana : Et les célèbres Raisons alléguées par les peuples de Corse pour leur soulèvement qui est un manifeste dont on ignore toujours le ou les rédacteurs ?
Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Ce texte soulève la polémique dès sa diffusion avant le 12 juin 1730. C’est un manifeste, resté anonyme, dénonçant la politique génoise dans l’île comme systématiquement et délibérément mauvaise. Les Génois se procurent rapidement ce texte dont le but est de faire connaître aux cours européennes les raisons du soulèvement corse selon les Corses eux-mêmes, après que Gênes ait demandé à ces mêmes cours de ne pas aider les « rebelles ». L’objectif des rédacteurs est rapidement atteint car la gazette de Berne le publiera, dès le mois suivant. Ce texte est capital pour l’interprétation des premiers mois de l’insurrection. En effet, par sa qualité d’argumentation et son degré d’information, on ne peut douter que ce texte, parfois attribué à Luigi Giafferi, émane effectivement de ce personnage et d’autres, impliqués dans les tractations bastiaises avec Veneroso à propos des Requêtes et particulièrement attentives à l’évolution de l’opinion dans les grandes capitales européennes.
Albiana : Quels sont les hauts faits d’armes de cette période d’insurrection ?
Evelyne Luciani, Dominique Taddei : On ne peut pas dire que cette période soit marquée par des hauts faits d’armes car la guerre qui se déroule en Corse est une guérilla. Il y a eu cependant des épisodes intéressants.
Pour trouver ce livre :
Les pères fondateurs de la nation corse (1729-1733)
Lorsque la Corse s’est éveillée…
Evelyne Luciani – Dominique Taddei
25.00 € TTC
Albiana 2009
584 pages
Format : 16 x 24 cm,
ISBN : 978-2-84698-295-5
Les auteurs :
Dominique Taddéi : s’est spécialisé dans le passé dans les questions portant sur le temps de travail, tant sur les questions de réduction des horaires hebdomadaires que sur le problème des retraites.
- Comme économiste, il a enseigné à l’université d’Amiens où il a été doyen et dans les universités d’Aix-Marseille et de Paris-13.
- Il a été également président de la Caisse des dépôts et consignations, de 1981 à 1984,
- expert auprès la Commission européenne,
- membre du Conseil d’analyse économique sous Lionel Jospin, ainsi que membre du Conseil économique et social.
En tant qu’homme politique, il a été :
- président de la séance de clôture du congrès socialiste d’Epinay,
- secrétaire national du Parti socialiste,
- adjoint à la mairie d’Avignon, député socialiste du Vaucluse (1978-1981 et 1981-1985).
Erudit et historien engagé :
- Passionné par l’histoire de la Corse et de la Provence dont il est originaire, et sur laquelle il écrit régulièrement, il est aussi visionnaire avec son livre coécrit avec Jean-Pierre Séréni « Votez-y ».
Dominique Taddei a aussi précédemment , en association avec Toni Casalonga : « Erasmo Orticoni le chanoine révolutionnaire »
http://www.albiana.fr/livre-erasmo-orticoni_778.html
Une histoire de ce chanoine qui inspira le concept de nation Corse ….en bande dessinée.
- Il a soutenu José Bové à l’élection présidentielle de 2007.
Evelyne Luciani : est Docteur ès lettres.
Sa thèse de doctorat portait sur les « Influences augustiniennes dans l’œuvre de Pétrarque ».
Italianiste et latiniste, elle est également agrégée d’Italien.
Elle a coécrit une biographie de Don Gregorio Salvini – Protégé d’Erasmo Orticoni et inspirateur de Pascal Paoli. Salvini publia en 1758 et 1764 : « Giustificazione della rivoluzione di Corsica e della ferma risoluzione presa da’ Corsi di non sottomettersi mai piú al dominio di Genova »
http://www.amazon.fr/exec/obidos/search-handle-url?_encoding=UTF8&search-type=ss&index=books-fr&field-author=Gregorio%20Salvini
http://fr.wikipedia.org/wiki/Don-Gregorio_Salvini
Guy Dutron 12 08 2009
Notre feuilleton de l’été “Les récoltes du siècle futur” Premier épisode
juillet 15, 2009 at 3:18 | In Le coin des bons bouquins | 2 CommentsTags: Notre feuilleton de l'été “Les récoltes du siècle futur” Premier épisode
Notre feuilleton de l’été
“Les récoltes du siècle futur”
Par Hélène Lacheret
Premier épisode
“Ce que j’ai voulu, c’est crier aux heureux de ce monde, à ceux qui sont les maîtres : “Prenez garde, regardez sous terre, voyez ces misérables qui travaillent et qui souffrent. Il est peut-être temps encore d’éviter les catastrophes finales. Mais hâtez-vous d’être justes …”
Émile Zola, Médan décembre 1885
“Les libertés humaines ne progressent jamais toutes seules. À l’instar des siècles passés, pour progresser au XXIe siècle, l’humanité devra se battre contre les valeurs qui sèment la discorde, et contre l’opposition des détenteurs d’intérêts économiques et politiques. Les mouvements populaires et les organisations de la société civile seront aux avant-postes, sensibilisant le public aux violations des droits et exhortant au changement dans la législation et l’action publique.”
Rapport mondial sur le développement humain, rédigé en 2000
par le Programme des Nations Unies pour le Développement
Première partie : L’errance ou l’hospitalité ?
I
Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, une femme suivait seule la grande route de Provins à Pertuis, des kilomètres goudronnés coupant tout droit à travers les champs et les bois. Devant elle, elle ne voyait même pas le sol noir et elle n’avait la sensation de l’immense horizon plat que par les souffles du vent de novembre mêlés de bruine pénétrante. De loin en loin, des phares trouaient la nuit, sans parvenir à éclairer ses pas mais troublaient plutôt sa marche dans leurs éclairs aveuglants. Elle grelottait sous son mince sweat de coton et tentait de réchauffer ses mains en tirant sur ses manches. Tout ce qu’elle possédait tenait dans un vieux sac de sport qu’elle portait sur l’épaule. Elle avait quitté progressivement le Mâconnais cherchant à s’embaucher plus au nord ou plus à l’ouest au fur et à mesure que les vendanges s’achevaient là où elle avait trouvé à s’employer. Mais la saison paraissait terminée et elle se demandait où chercher maintenant à gagner son salaire. Elle avait passé plusieurs villages hostiles, clos sur eux-mêmes, comme morts de l’heure très matinale. Elle tremblait : où aller et que devenir si, nulle part, on n’avait besoin d’elle ? Se coucher dans un fossé humide et attendre, dévorée de faim, que la mort vous prenne ? Ses maigres gains des dernières semaines avaient fondu de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel. Elle s’en voulait à présent, elle avait manqué de prévoyance, elle aurait dû dormir à l’extérieur en septembre, quand les nuits sont plus clémentes. Mais elle ne pouvait se résoudre à passer la nuit seule, dehors, comme une chienne, exposée à toutes les violences et elle espérait, toujours, contre la logique exaspérante des faits, trouver un C.D.I. qui lui permît de se mettre à l’abri.
Maintenant, elle voyait, de plus en plus proches, des lueurs à travers la nuit et des formes confuses, heurtées, cubiques ou aiguës, qui se détachaient sur le ciel mauve et mort. Elle comprit qu’elle devait approcher de Pertuis, cette grosse commune de la grande banlieue où elle espérait encore trouver de l’embauche. Les formes se précisaient progressivement : des hangars, des entrepôts, quelques-uns arborant de dérisoires enseignes électriques rouges qui tentaient vainement de rappeler au chaland, inexistant dans la nuit, l’importance des firmes commerciales qui faisaient leur profit, ici, le jour.
La jeune femme épuisée errait maintenant dans des rues inconnues, où se succédaient de manière hétéroclite immeubles, commerces, bâtiments divers et maisons en meulière, typiques de cette grande banlieue. Elle désespérait de pouvoir tenir debout plus longtemps tant elle sentait le froid et l’humidité pincer son corps de mille étreintes mortelles. Puis elle aperçut une lueur, une infime lueur qui mettait de la chaleur dans cette nuit interminable. Elle s’approcha ; la baraque ne ressemblait à rien : des angles, des rajouts étonnants, des briques pâles, des décorations géométriques en briques plus sombres, des géraniums aux appuis des fenêtres, pas encore rentrés malgré le froid vif. Mais cette lueur, comme un aimant… Elle s’approcha encore. Au-dessus d’une porte vitrée, elle voyait une pancarte qu’elle ne pouvait déchiffrer car le lampadaire était trop éloigné. À l’intérieur, par l’entrebâillement d’une porte, elle percevait cette faible lumière. Elle entendait quelqu’un remuer des choses. Tout au bonheur de sentir enfin une présence humaine, elle s’assit, elle se blottit du mieux qu’elle put, à l’abri de cette porte amicale et elle se laissa gagner par la somnolence.
Un peu plus tard, un éclat orange troubla la nuit, accompagnant le chuintement d’un véhicule qui s’arrêtait et repartait régulièrement, alternant avec le bruit des poubelles renversées dans la benne. Des hommes se hélaient à voix basse. Ils arrivaient à la hauteur de la baraque, poursuivant machinalement leur danse hygiénique lorsque l’un d’eux remarqua le tas engoncé dans la porte. Par curiosité, il alla remuer ces chiffons mais il comprit, avant d’y porter la main, qu’ils étaient habités :
“V’nez voir, eh, les mecs, v’nez voir !
- C’est un macchab ? demanda le premier qui approchait.
- T’es fou, non ! Chais pas, moi. T’as qu’à r’garder.”
Le chauffeur descendit à son tour et ces hommes rudes vinrent tout près pour tenter de saisir une respiration. La très jeune femme semblait définitivement immobile avec son teint très pâle et ses lèvres presque bleues.
“Bon sang, mais fait pas si froid, toud’même !
- Toi, appelle monsieur Ali et toi, secoue-la. Si elle se réveille, c’est encore toi qui lui feras le moins peur.”
L’un des hommes alla cogner au carreau tandis que l’autre secouait la jeune femme qui émergea difficilement de son somme.
Au même instant, Ali paraissait sur le seuil. C’était un homme d’une soixantaine d’années, très grand et mince, aux cheveux gris ondulés, au teint mat et à l’air avenant.
“Qu’y a-t-il ? demanda-t-il.
- Voilà, monsieur Ali, on a trouvé cette jeune dame endormie devant votre porte. Elle semble mal fichue.
- Elle ne doit pas être là depuis bien longtemps, remarqua Ali, je suis rentré de Rungis il y a trois quarts d’heure et je n’ai rien vu de spécial. Il vaudrait mieux l’accompagner au chaud. Vous êtes d’accord, mademoiselle ?
- Merci,” répondit simplement la jeune femme en faisant un effort pour se relever. Elle fut installée dans un fauteuil près du poêle et pourvue d’un grand café chaud. Elle le but et se rendormit immédiatement, avachie dans la bienfaisante chaleur. Les hommes, au comptoir, tout en buvant le petit noir offert par le patron, causaient :
“Eh ben maintenant, v’là aussi les femmes à la rue. Quelle misère !
- Une femme, c’est pas une femme ! Une gamine, oui !
- C’est vrai, ça, quel âge elle a ?
- Seize ans, dix-sept peut-être. Si c’est pas malheureux d’voir ça !”
Ali ne disait rien, il contemplait la jeune femme qui lui rappelait la fille de son frère cadet. Elle était sûrement algérienne. Qu’est-ce qu’une Algérienne de cet âge faisait seule dans la rue, à une heure pareille, loin de sa famille ? Les valeurs se perdaient si on prenait les filles à vagabonder la nuit dans des lieux où personne ne les connaissait.
Les hommes retournèrent au boulot. Dans le calme revenu, Ali se demanda ce qu’il allait faire. Il appela Fathia, son épouse depuis trente-quatre ans :
“Les éboueurs ont trouvé une fille à moitié morte de froid devant la porte. Elle est près du poêle et elle dort. Tu devrais aller vers elle, si elle se réveille. Moi, j’ai encore du travail.”
Fathia s’assit près de la jeune fille. Tout en entendant le bruit des courses remuées dans la cuisine et dans le cellier, elle guettait son. souffle. Elle était, certainement, encore plus jeune que Yamina, sa troisième fille. Et Yamina était encore une telle enfant par certains côtés. Comment comprendre que des parents laissent ainsi leurs enfants courir sur les routes ? Mais peut-être n’avait-elle plus de parents ? Pauvre enfant ! Et, insensiblement, le coeur de Fathia s’ouvrait et accueillait cette jeune inconnue comme une fille supplémentaire envoyée par Allah, le miséricordieux.
Comme la jeune femme semblait dormir paisiblement, Fathia retourna à ses devoirs d’hôtesse et entreprit de préparer les petits déjeuners des habitués. Le petit hôtel comptait une quinzaine de chambres qu’Ali louait au mois à des pensionnaires qui prenaient le petit déjeuner et le repas du soir à la pension. Le reste du temps, le bar était ouvert et les gens du quartier s’y retrouvaient volontiers. Peu de déjeuners à midi, par contre, car il était rare que des étrangers se hasardent dans le quartier. Quant aux habitants, pauvres pour la plupart, ils préféraient manger chez eux. L’hôtel permettait à la famille d’Ali de vivre à son aise, sans excès. Il y avait quelques années, Ali avait même pu acheter une maison sur les hauteurs d’Alger où il comptait prendre sa retraite.
Pour l’heure, il avait fini de déballer et de ranger ses courses. Il se rendait à Rungis tous les jours avec sa camionnette et assumait complètement la gestion des repas et des boissons servis à l’hôtel, ce qui dévorait presque tout son temps. Il se levait très tôt et se couchait très tard car il faisait le point tous les soirs de l’état des réserves. Le matin, il servait au bar. Après le déjeuner, il allait dormir et cette sieste était sacrée même pour ses petits-enfants. Ensuite, il reprenait sa place au bar jusqu’à vingt-trois heures environ. Fathia, elle, était chargée de la préparation des repas et de l’entretien des chambres, ce qui représentait une lourde charge. Aussi les enfants avaient-ils toujours été mis à contribution. Ranger le comptoir, laver les verres, porter les consommations dans la salle, éplucher les légumes, étendre les lessives, laver des gamelles… dès que leur travail scolaire était terminé, ils trouvaient toujours de quoi s’occuper jusqu’à l’heure du coucher. Ils n’avaient guère de loisirs : c’est bien simple, la seule télévision de l’hôtel, hormis celles installées par les clients dans leur chambre, était placée en face du bar et, courant de table en table, entre les demandes des uns et des autres, ils n’avaient jamais pu suivre complètement un film. Le Tour de France constituait la seule exception notable à ce régime draconien : le jour de l’arrivée, ils étaient tous massés devant l’écran pour voir qui franchirait la ligne le premier, Ali et Fathia compris. Ils n’étaient jamais allés aux Champs-Elysées, mais les lieux leur étaient familiers à cause de cette magique exception. Cette récréation terminée, ils retournaient tous au labeur jusqu’au mois de juillet suivant.
Dans le quartier, Ali était presque unanimement apprécié. Voilà un homme d’une droiture incontestable, honnête, travailleur, père attentif, soucieux des études de ses enfants et toujours accueillant, prêt à écouter, prêt à plaisanter. Ali avait beaucoup d’amis et le savait et savait aussi qu’Allah le très grand avait comblé ses jours de bonheur et qu’il aurait été bien mesquin de se plaindre de tant travailler quand sa vie était si heureuse.
Ayant fini sa tâche prioritaire, il revint dans la vaste salle, jeta un coup d’œil sur la jeune fille endormie, se dit qu’il aurait pu lui proposer un lit et se dirigea vers le comptoir. Les premiers clients n’allaient pas tarder à descendre et les premiers habitués à venir réclamer leur café avant d’aller au boulot, happés par les trains de banlieue.
II
Au même moment, quelques rues plus loin, Catherine Maheu venait de se lever, abrutie d’insomnie. Non qu’elle eût quelque tâche urgente qui l’appelât hors de son lit mais parce que, depuis presque trois mois que cela durait, elle supportait de plus en plus difficilement de se tourner ainsi tous les matins, brutalement réveillée par l’absence d’Étienne, sans pouvoir trouver d’apaisement à ses angoisses. Le soir, épuisée, elle s’interdisait de penser à ce qui la tourmentait et elle s’endormait lourdement. Mais, toutes les aubes, dès que les premiers roulements agitaient la rue, elle s’éveillait brusquement. Incrédule, elle posait sa main à l’emplacement où aurait dû dormir son compagnon : il n’était plus là, il ne serait plus jamais là et tout son être se cabrait dans le refus d’un avenir aussi inconcevable. Ils étaient si heureux, unis, paisibles… Et, précipitamment, tout ce bonheur avait été balayé par une petite coupure de rien du tout, une petite égratignure anodine, négligée comme beaucoup d’autres. Puis tout s’accélère, l’état empire, le médecin enfin appelé vérifie les vaccinations qui ne sont pas à jour, comme trop souvent, parle d’hôpital sans cependant vouloir alarmer. À l’hôpital, c’est une autre chanson, on leur parle d’inconscience, d’irresponsabilité. On fait du sérum tandis qu’un mot enfle dans son esprit, un mot auquel elle n’avait jamais prêté attention : “tétanos” et qui signe maintenant leur séparation, leur condamnation. Tous les matins, elle revoit cette infirmière douce lui disant en posant la main sur son bras : “Madame, nous sommes désolés. C’est fini.” Et elle qui ne voulait pas comprendre, qui refusait d’entendre. Xavier, son aîné, était à côté d’elle et l’entourait de son bras, Xavier pleurait silencieusement tandis qu’elle, hébétée, cherchait le sens de cette scène. Son fils l’avait menée près du lit où l’homme tant aimé reposait, après tant d’heures de souffrances indicibles, figé, immobile, définitivement étranger, incompréhensible. Là, elle avait enfin réalisé que désormais, elle serait seule. Certes, il y avait leurs enfants mais ils lui paraissaient encore si jeunes, si mal armés face à la vie, si dépendants d’elle.
Xavier avait vingt-deux ans. Depuis qu’il avait quitté le lycée professionnel après un C.A.P. de chaudronnerie, il ne parvenait pas à se stabiliser professionnellement, il trouvait parfois des petites choses, quelques semaines à droite, à gauche, pas forcément dans ses cordes, parfois au noir. Il ne rechignait jamais devant l’ouvrage, même le plus pénible. Mais, sans relations, l’ouvrage, même pénible, était difficile à trouver. Alors suivaient de longues périodes vides, désenchantées, peu ou pas indemnisées qui lui donnaient le sentiment d’être une charge pour ses parents. Depuis la mort de son père cette situation lui pesait davantage encore, d’autant que sa soeur, Gaëlle, n’avait pas de travail non plus.
Elle avait presque dix-neuf ans, n’avait aucun diplôme pour avoir voulu absolument aller en seconde générale malgré les conseils de ses professeurs. Son sérieux avait convaincu la commission d’appel de lui accorder cette chance. Mais elle s’était épuisée à essayer de suivre, surtout en mathématiques. Elle avait beau travailler tard le soir, ses résultats étaient toujours insuffisants et personne dans son entourage ne pouvait l’aider à assimiler ces notions trop abstraites pour elle. Un doublement n’avait guère amélioré la situation, au contraire. Elle se persuadait petit à petit qu’elle était incapable, trop bête pour réussir, elle se décourageait. Elle était trop timide, trop honteuse d’elle-même pour oser demander de l’aide à ses camarades. Elle finissait par penser que c’était la règle dans sa famille de ne pas réussir à l’école. D’ailleurs, ses parents n’avaient pas poursuivi bien loin leur scolarité et savaient à peine lire et compter. Souvent, elle les aidait lorsqu’il fallait rédiger un courrier. Elle n’avait pas été admise en première, elle avait déjà deux ans de retard pour avoir aussi doublé le cours préparatoire. Elle ne voulait pas entendre parler de formation professionnelle, il lui fallait digérer son échec et la mort de son père. Elle trouvait de temps en temps des enfants à garder mais cette occupation était très occasionnelle. Elle était inscrite à l’A.N.P.E. sans beaucoup d’espoir, comme Xavier.
La situation financière de la famille était très précaire : Étienne, le père, était gardien d’immeuble, il s’occupait du petit entretien. Ils vivaient dans la loge, un peu les uns sur les autres, chichement mais sans se plaindre. Depuis la mort de son mari, Catherine touchait une allocation veuvage minuscule et qui irait en régressant, complétée par une allocation parent isolé. Ils n’avaient eu aucune aide au moment du décès car ils n’avaient jamais songé à prendre une mutuelle ou une assurance-vie. Avec quel argent d’ailleurs ? La paie d’Étienne était si juste qu’elle subvenait à peine à leurs besoins élémentaires et, s’ils n’avaient pas été logés, ils ne seraient pas parvenus à vivre. Catherine touchait aussi une allocation orphelin pour son dernier fils, Michaël, âgé de quinze ans et encore collégien. Les deux aînés n’avaient plus droit à rien car ils étaient majeurs et ne poursuivaient pas d’études.
Catherine était rongée par la peur du lendemain et par une conversation qu’elle avait eu récemment avec un Monsieur – pour elle, tous les inconnus intimidants étaient des Messieurs – envoyé par la société qui employait Étienne. Il lui avait dit qu’elle devait libérer rapidement la loge afin qu’ils puissent embaucher un nouveau gardien. Sur le moment, elle s’était révoltée : c’était son foyer, le havre où ils avaient abouti, avec Étienne et les enfants, après des années d’errance de logements insalubres en hôtels meublés, aux loyers toujours trop élevés qui leur dévoraient l’essentiel de leurs ressources. Pendant des années, presque dix ans, elle avait occupé cette loge, accueillant les locataires, recueillant doléances et loyers, distribuant les colis… Elle avait veillé à la propreté des immeubles, lavé les escaliers, sorti et rentré les poubelles pour soulager son mari lorsqu’il avait trop d’ouvrage. Il nettoyait les vide-ordures, changeait les ampoules, entretenait le local aux vélos et aux poussettes, surveillait l’ascenseur et la chaufferie, arrachait les mauvaises herbes et tondait la pelouse près de l’allée qui menait à la rue. Il était toujours disponible quand on avait besoin de lui, heureux d’être utile. Catherine se sentait injustement reniée par la société propriétaire des immeubles mais, officiellement, Étienne seul était employé.
Mais maintenant, s’ils perdaient leur logement, où aller ? que faire ? que devenir ? Comment payer des frais d’agence et de caution alors que les obsèques avaient dévoré leurs pauvres économies ?
Elle fut interrompue dans ses réflexions par l’arrivée de Xavier qui se levait pour aller acheter le journal dès l’ouverture du magasin, dans l’espoir de repérer une annonce susceptible de lui convenir. De taille moyenne, il impressionnait par son aspect râblé, solide. On ne pouvait pas dire qu’il était beau, mais il avait un visage ouvert, de grands yeux couleur d’eau surmontés de sourcils broussailleux qui tranchaient dans ce visage aux mimiques adolescentes. Ses cheveux châtain clair se rebellaient quoi qu’il fasse. Il avait tenté de les raccourcir le plus possible pour les discipliner mais le résultat n’était pas particulièrement heureux. Tel qu’il était, il attirait les sympathies par son air de franchise et ses gestes affectueux. Il saisit sa mère aux épaules, lui claqua un baiser sonore sur le front :
“As-tu bien dormi, p’tite mère chérie ?
- Un peu mieux que d’habitude”, dit Catherine, qui ne voulait surtout pas l’inquiéter, tandis qu’elle songeait à son bonheur d’avoir des enfants attentionnés. Seule Gaëlle, parfois, se montrait distante et réservée. Mais Michaël et Xavier rivalisaient de tendresse envers elle.
“M’man t’es soucieuse, non ?” Catherine détourna son visage. “Tu peux m’dire c’qui t’tracasse, t’sais, M’man, j’ suis grand.
- C’est la loge, soupira-t-elle. Je ne sais pas quoi faire, je devrais aller voir l’assistante sociale mais les gens m’ont tous dit qu’il y a des années d’attente pour avoir un logement H.L.M. et qu’ils ne prennent pas les gens comme nous.
- Comme nous ?
- Oui, sans ressources. Pour nous, il n’y a rien de prévu. Je ne veux pas que nous soyons séparés et je ne veux pas quitter la cité.
- M’man, parles-en aux locataires. Il y en a des gentils comme Pierre et Odile.
- Il y en a aussi des qui seraient trop contents : M. Ulcert, par exemple, qui est toujours en train de me dire que je vous élève mal parce qu’il vous voit traîner avec des Arabes.
- Tu ne vas pas te frapper pour ce mec-là ; il est raciste et facho !
- Il est ce qu’il est, mais il parle bien, il peut nous faire beaucoup de mal. Quelle heure est-il ? Peut-être faut-il réveiller ton frère ?”
En effet, c’était l’heure. Catherine se leva, remit de l’eau sur le gaz dans la petite casserole mangée de calcaire et fila au fond de la loge, dans une sorte de recoin pris sur la chambre et séparé du lit des parents par un paravent, où se trouvaient des lits superposés. En haut, Michaël dormait. Catherine l’appela doucement. Puis plus fort :
“Michaël, c’est l’heure. Lève-toi si tu ne veux pas partir le ventre vide.”
Michaël se tourna, se redressa, se gratta le crâne puis se laissa glisser près de sa mère. Il appuya sa tête contre son épaule. “Bonjour M’man. J’arrive.” Alors elle retourna à la cuisine et fit couler l’eau bouillante sur le résidu de café qui traînait dans le filtre depuis la veille. Au moins, ça tenait chaud. Michaël apparut, vêtu d’un survêtement de marque, la figure fraîche d’un hâtif débarbouillage, les cheveux coupés ras comme la plupart des camarades de son âge. Sa mère prenait grand soin de son apparence, elle se privait pour qu’il fût vêtu comme ses camarades de classe car elle ne voulait pas qu’il fût l’objet de moqueries. Comme son frère, il avait des yeux turquoise, très pâles et vifs, éclairant un visage sympathique, à la grande bouche souriante. Il était plus élancé et plus mince que Xavier et ses cheveux semblaient plus foncés, comme une ombre sur son crâne, ce qui accentuait la pâleur de son regard. Il ne se formalisa pas de la “repassette” donnée par sa mère, qu’il but avidement après l’avoir sucrée pour faire glisser les deux tranches de pain un peu sec qui l’accompagnaient. Sur la banquette située sous la fenêtre, Gaëlle dormait malgré l’agitation, une main ouverte près de son visage. “Salut, vous deux, à midi, je file !” Il saisit son sac, salua de la tête et fila.
III
Dehors, l’air était vif et humide. La bruine pénétrait tous les pores de la peau découverts. Michaël avala l’allée à laquelle son père avait consacré tant de soins et qui avait été pas mal négligée depuis son décès. Malgré la pluie fine, il remarqua avec irritation des herbes empiétant sur les gravillons. Du temps de son père, une telle chose n’aurait pas été concevable. Il se promit de les arracher en rentrant du collège, le soir et demanda pardon à son père de sa négligence. Michaël lui parlait souvent comme s’il était toujours à ses côtés. Ils étaient si proches, il ne pouvait pas admettre qu’il ne le reverrait plus. Il tenait son père au courant de la vie de la cité, il lui parlait de leurs soucis, lui demandait conseil sur la conduite à tenir, jamais lassé du silence qu’il percevait en retour. Il y avait à peine trois mois, son père était encore vraiment à ses côtés, ils conversaient tranquillement par ses belles journées d’août tandis qu’Étienne sarclait les allées. La suite, la blessure, le médecin, l’hôpital, la bière, les funérailles, les amis encombrés de larmes et de chagrin, tout était allé trop vite pour Michaël, dérangé dans sa relation confiante et immuable avec son père par l’irruption du drame. Alors, sur le chemin de l’école, avant d’affronter la dureté des autres, il continuait inlassablement les conversations aimables du passé, trop vite interrompues. Michaël savait parfaitement ce qu’il en était, simplement il s’accordait ce répit tous les matins avant d’endosser sa carapace.
Du vivant de son père, déjà, il avait su qu’il était en marge, pauvre, maladroit, ne tenant une place acceptable dans la communauté des élèves qu’à cause des sacrifices parentaux. Mais du moins n’était-il pas le seul. Ils se reconnaissaient, quelques uns, à des détails infimes, sachant sans avoir besoin de mots. Mais ils savaient aussi qu’ils étaient la fierté de leurs parents et qu’il aurait été inutile de vouloir paraître moins que les autres, les camarades, pour qui c’était naturel, sans problème… Pour leurs parents, il s’agissait d’une question de dignité. Mais, pensait Michaël, maintenant que Catherine était seule à les élever, maintenant qu’il ne s’agissait plus de privations mais de survie, avait-il encore le droit d’accepter ce jeu cruel qui l’obligeait à paraître tel que les autres ? Puis il pensait à l’humiliation de sa mère, demandait conseil à son père et seul le silence répondait.
Au coin de la rue des Coquillards, Michaël aperçut Quentin, son copain, son frère, qui filait aussi vite qu’il le pouvait vers le collège. Quentin était stressé par les horaires. S’il n’était pas certain d’attendre dix minutes devant la grille close, il était saisi de sueurs froides.
“Eh, Quentin, gueula-t-il du plus fort qu’il put, attends-moi, cousin !” Quentin, ainsi interpellé, stoppa net et se tourna vers lui avec un grand sourire :
- Grouille, feignasse, tu veux te faire chauffer les oreilles par la mère Spé ? La mère Spé, Mme Spérieux, la conseillère principale d’éducation, n’intimidait guère les collégiens mais ils aimaient faire semblant de la craindre.
- T’abuses, on a au moins dix minutes devant nous.
Quentin l’attendit patiemment tandis qu’il allongeait ses enjambées.
- T’es au point pour le contrôle d’English ?
Michaël se réveilla tout à fait :
- Contrôle ? Où t’as entendu ça ? Elle l’a pas dit ?
- Ah, Michaël, tu changeras pas. Si, elle l’a dit. Au moins trois fois la dernière heure.
T’étais encore sur tes nuages. On va voir ce qu’on peut sauver.”
Ils finirent le trajet en répétant les listes de vocabulaire et les règles grammaticales. Michaël se sentait en confiance avec Quentin qu’il connaissait depuis l’école primaire. Son père était au chômage depuis quatre ans, sa mère, assistante maternelle. Quentin voulait absolument les réconforter en ayant des résultats scolaires irréprochables, il travaillait énormément, totalement concentré pendant les heures de cours, n’hésitant pas à aller voir les professeurs si un point lui paraissait confus, prêt à affronter une réputation de fayot pour ne pas décevoir ses parents. Michaël, qui avait un an de plus que lui pour avoir doublé son cours élémentaire, s’était mis dans cette dynamique jusqu’à l’été dernier. Mais la mort de son père avait cassé le ressort. Il était souvent rêveur, perdu, anxieux. Quentin le soutenait tant qu’il pouvait sans jamais insister, conscient de la peine de son ami et de l’enjeu que représentait pour celui-ci la réussite de cette classe de troisième. Mais il n’était pas sûr d’avoir la force de soutenir Michaël jusqu’au bout d’autant plus qu’il avait compris que celui-ci aurait à faire face encore à d’innombrables bouleversements.
Ils arrivèrent au collège comme la porte s’ouvrait. Tous les élèves massés devant celle-ci se précipitèrent dans une joyeuse animation. Pas vraiment de bousculades, mais des saluts aimables, des rires ; dans l’ensemble, les jeunes aimaient leur collège bien que les journées de cours leur paraissent souvent infiniment longues. Quentin et Michaël allèrent se ranger sans hâte. À la deuxième sonnerie, ils montaient presque sagement en classe derrière le professeur d’anglais, Mme Millevich. Elle leur demanda de s’asseoir, de sortir une copie puis distribua les sujets d’évaluation. Michaël fut saisi de panique devant la longueur du devoir mais il se reprit : il ferait tout ce qu’il pourrait. Il s’appliqua, n’insistant pas lorsque la réponse ne venait pas, tâchant d’écrire tout ce dont il était sûr. Heureusement qu’ils en avaient parlé, avec Quentin, sinon cela aurait été une vraie Bérézina. Lorsqu’il fut au bout du devoir, comme il lui restait du temps, il revint en arrière. Il chercha dans sa mémoire, mais il lui semblait qu’elle ne répondait pas à ses sollicitations. Alors, il mit n’importe quoi, au hasard, pour prouver sa bonne volonté. Mme Millevich était très exigeante, assez sarcastique et il ne l’appréciait guère. On aurait dit qu’elle attendait la perfection de tous et qu’elle ne pardonnait pas à ceux qui avaient des faiblesses. Michaël aurait préféré qu’elle l’oublie, mais elle semblait s’acharner sur lui, l’interrogeant deux à trois fois par cours, et, chaque fois qu’il ne savait pas répondre, ce qui arrivait assez souvent, il en ressentait une nouvelle humiliation. Enfin, les élèves commencèrent à s’agiter, la cloche allait sonner, ils rassemblaient leurs affaires, soulignaient les titres, relisaient une dernière réponse. Mme Millevich ramassa les copies et ils furent libres. Ils se dépêchèrent en direction de la salle de mathématiques ; le professeur effaçait le tableau. Il les invita à entrer. Michaël l’aimait bien, il blaguait souvent avec eux, il prenait le temps de bien expliquer, il soulignait les réussites de préférence aux erreurs. L’heure passa vite, la récréation plus vite encore. Ensuite, la classe avait sport. Ces heures-là filaient toujours trop rapidement pour Michaël.
À midi, affamé, il se dépêcha de rentrer. Sa mère avait préparé un de ces plats économiques dont il raffolait et qui revenait très souvent sur la table : du riz, une boîte de thon, revenu à la poêle, une peu de crème fraîche, un vrai régal. Ils parlaient avec animation : Xavier, du fait qu’il n’avait rien vu d’intéressant dans le journal, Michaël, du collège et de cette interrogation à laquelle il ne s’attendait pas. Gaëlle ne parlait pas mais elle écoutait attentivement. Catherine dit : “Ce matin, en allant à la supérette, j’ai vu Fathia qui rangeait ses pots de géraniums. Il leur arrive une drôle d’aventure. À l’aube, les éboueurs ont trouvé une jeune fille devant leur porte. Elle était toujours chez eux, elle doit être épuisée car elle dormait encore. Elle a juste dit à Fathia, qui l’avait réveillée pour boire un café, qu’elle s’appelait Sonia,
qu’elle venait de loin et qu’elle cherchait du travail. Je ne sais pas ce qu’ils vont faire mais Fathia ne semble pas décidée à la remettre à la rue.
- Mais ils ne la connaissent pas, s’exclama Gaëlle, elle peut faire n’importe quoi, une fois installée chez eux !
- Tu connais Fathia et Ali, ils ont le coeur grand comme un paquebot. Et puis ils sont sûrs qu’Allah les aime et qu’il ne leur enverrait pas de mauvaises choses,” ajouta Catherine.
Les deux familles se fréquentaient presque depuis l’arrivée des Maheu sur le quartier. L’hôtel d’Ali existait depuis plus de vingt-cinq ans. Avant, Ali travaillait en usine. Il avait dépensé le minimum de son salaire, se privant et privant les siens pour pouvoir réaliser son rêve. À l’époque, c’était plus facile de reprendre une vieille bâtisse et de la remettre en état, à présent, la commission de sécurité est sévère et le rêve d’Ali n’aurait sans doute pas pu aboutir. Quand ils étaient encore petits, Xavier avait sympathisé avec Ibrahim, le premier fils d’Ali, un peu plus jeune que lui mais aussi passionné de sport. Puis Michaël et Rachid, le deuxième fils, s’étaient trouvés dans la même classe à la maternelle. Depuis, ils ne s’étaient plus quittés. Étienne allait parfois boire une bière au comptoir afin de sentir l’air du quartier. Nulle part mieux que chez Ali, on ne savait ce qui le travaillait, les soucis, les querelles, les amours. Ils avaient été de toutes les fêtes familiales, les naissances, les circoncisions, le mariage
de Leïla, l’aînée des filles. À force d’éplucher les légumes du couscous ensemble, dans la fébrilité de ces moments d’avant fête, Fathia et Catherine étaient devenues amies, se comprenant d’un mot, d’un regard. À la mort d’Étienne, sans la famille d’Ali pour la guider et pour la soutenir, que serait devenue Catherine …
La conversation se poursuivit pendant que les jeunes débarrassaient et faisaient la vaisselle. Catherine s’éloignait souvent, appelée par la sonnette de la loge. L’heure du déjeuner et le soir étaient des moments sans répit pour elle. Elle avait un système de cahier où elle notait, à côté du numéro de l’appartement du locataire qu’elle connaissait par cœur, l’objet de la demande de manière phonétique. Puis Michaël repartit au collège tandis que son frère et sa soeur attendaient l’ouverture de l’A.N.P.E.
L’après-midi, ils avaient histoire et deux heures de français. En histoire, ils parlèrent de la guerre de 14, la grande guerre comme l’appelait le professeur. Il racontait ces jeunes gens, à peine adultes, arrachés à leur famille, à leurs champs, partant pour une guerre qui devait durer quelques semaines et qui les avait enfouis dans les tranchées boueuses pour d’interminables années de souffrance, quand ils parvenaient à survivre. Ce récit fit une impression profonde sur Michaël si bien qu’en français, il y pensait encore et ne parvenait pas à s’intéresser au cours. Ils commençaient une nouvelle séquence autour de Germinal. Mme Léonor, le professeur, expliquait le contexte de la naissance de l’oeuvre, l’enquête faite par Zola à Anzin, le projet des Rougon-Macquart. Michaël n’écoutait pas, hanté par une reproduction qui avait circulé au cours précédent. Il s’agissait d’un dessin d’Otto Dix, un crâne, énorme, dénudé, par les orbites duquel des vers sortaient. Mme Léonor s’interrompit :
“Michaël, à quoi penses-tu ?
- C’est le cours d’histoire, madame, on a parlé des tranchées et on a vu un crâne dessiné par Otto Dix, avec plein de vers qui sortaient des yeux. C’est quelque chose qu’il avait vu dans une tranchée…”
Déjà, certains gigotaient, persuadés d’assister bientôt à la confusion de Michaël. Mais Mme Léonor dit : “Je comprends que cela t’impressionne, cela prouve que tu es sensible et que certaines choses te révoltent. Mais écoute : Zola, lui aussi, a été révolté par certaines réalités qu’il avait découvertes. Germinal est le résultat d’une de ces prises de conscience.” Et elle continua le cours en poursuivant par la biographie de Zola, elle évoqua l’affaire Dreyfus en demandant qu’ils s’informent sur ce sujet au centre de documentation. Michaël était un peu plus attentif, mais il s’inquiétait de l’énorme épaisseur du roman. Allait-il falloir lire ce pavé ? Comme si elle avait entendu sa réflexion, Mme Léonor se leva en disant : “Voilà, je vous distribue un résumé de l’histoire pour vous permettre de vous situer dans le roman. Vous n’êtes qu’en troisième, je ne vais pas vous demander de tout lire car nous n’étudierons que quelques passages, parmi les plus célèbres. Cependant, si vous lisez tout le livre, tant mieux, il le mérite.”
Puis ils commencèrent l’étude de l’incipit après que Mme Léonor leur eut fait noter la définition du mot : “ouverture du roman” : “Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou…”
Et de nouveau, l’esprit de Michaël s’échappa, il repensait à cette jeune fille, Sonia, apportée par la nuit au seuil d’Ali et il était curieux de la connaître.
IV
Au même moment, à l’A.N.P.E., Xavier et Gaëlle épluchaient consciencieusement les annonces sur les panneaux. Ils en relevèrent quelques unes chacun et allèrent attendre d’être reçus au guichet. Devant eux, une jeune femme aux cheveux recouverts d’un foulard, à la silhouette juvénile, attendait patiemment son tour. Gaëlle et Xavier bavardaient pour passer le temps, ils reparlèrent de l’événement du jour, cette jeune inconnue arrivée à l’improviste chez Ali ; ils se demandaient ce qu’elle allait devenir et quel concours de circonstances l’avait amenée là. La jeune femme devant eux se tourna et dit : “Je suis Sonia, je prendrai n’importe quel job pour gagner un peu d’argent et payer à Ali et à sa femme ce que je leur dois.
- Je vous conseille pas de faire ça, vous allez les blesser profondément. Offrez leur un cadeau, des fleurs par exemple. Il y en pas souvent dans l’hôtel. Et dites leur merci du fond du coeur.
- Qui êtes-vous pour les connaître si bien ?
- Je suis Xavier Maheu et je suis très copain avec leur fils Ibrahim.
- Merci de votre conseil.”
Elle s’avança car son tour était venu. Xavier était sous le charme de ses yeux d’un noir profond, de son sourire, de son teint pâle, de son visage au bel ovale et de son air modeste. Elle semblait discuter âprement avec la guichetière. Gaëlle se déplaça pour prendre son tour lorsqu’elle se leva et Xavier vit qu’elle avait une larme au coin des yeux.
“ Rien, il n’y a rien, murmura-t-elle en passant près de lui.
- Attendez-nous, on en aura pas pour longtemps, on vous raccompagnera chez Ali, on peut se perdre quand on connaît mal le quartier.
- D’accord”, répondit-elle d’une voix lasse et elle alla s’asseoir un peu plus loin sur une banquette. Le tour de Xavier était venu, il croisa Gaëlle qui haussait les épaules d’un air découragé en se dirigeant vers la banquette. Xavier avait repéré une proposition d’emploi pour un chauffeur-livreur. Il avait passé son permis à l’armée mais il n’avait aucune expérience dans ce domaine. Il espérait tout de même :
“Impossible, dit la préposée, j’ai envoyé quelqu’un tout à l’heure. S’il n’est pas pris, je vous recontacterai.
- Vous n’avez vraiment rien d’autre dans mes cordes ?
- Monsieur, vous êtes jeune, vous devriez aller à la mission locale, ils ont encore quelques places dans des stages qualifiants rémunérés. Mais faites vite.
- Merci du conseil, au revoir !” ajouta-t-il en se levant.
Il était écoeuré : impossible d’avoir du boulot et impossible d’être indemnisé correctement. Cumulant les petits boulots au noir d’une ou deux semaines, il ne pouvait pas prétendre aux Assedic. On lui avait bien parlé de l’intérim mais on lui avait dit aussi que cela pouvait devenir un piège car on s’installait dans la précarité. Cependant, il en était à se dire qu’il devrait s’y mettre lorsqu’un brouhaha lui fit tourner la tête. Sonia était effondrée sur la banquette, sans connaissance et Gaëlle lui frottait les mains sans résultat, tout affolée par la situation.
“Ce n’est rien, s’exclama un homme en s’approchant, elle doit avoir le ventre vide, elle a fait une crise d’hypoglycémie. J’ai été ambulancier, alors pensez si j’en ai vu. Personne n’aurait un peu de sucre ?”
La préposée à l’accueil s’était levée pour en chercher. Xavier fut près de Sonia d’un bond, il lui tapotait les joues : “Ça va ? Ça va ?” disait-il d’un air inquiet. Sonia émergea lentement de son évanouissement : “Je suis confuse… Excusez-moi ! répétait-elle.
-Y a pas de honte à avoir, mam’zelle, dit l’ambulancier, tandis que la dame, revenue, tendait le sucre.
- Merci,” murmura Sonia en se levant péniblement.
Ils se retirèrent, Sonia soutenue de chaque côté par Xavier et Gaëlle. Au bout d’une centaine de mètres, elle leur dit qu’elle pouvait marcher seule. Une bruine fine tombait, comme à l’aube, froide et sinistre. Ils s’étaient éloignés de l’A.N.P.E., bâtiment qui se voulait pimpant et moderne avec ses mosaïques bleues et jaunes. Autour d’eux, la banlieue étalait sa laideur. Le crépi des immeubles modernes était déjà taché, grisé, sale. Parfois, incongru, entre deux façades sans relief, un pavillon de meulière apparaissait, précédé d’une grille coquette et d’un jardinet. Ils tournèrent à droite, le long d’une large avenue. D’abord, on voyait le supermarché entouré de son parking plus grand que lui. Ensuite, une grande surface de bricolage ceinte de barbelés. Les matériaux s’entassaient en plein air et créaient un paysage heurté, coupant, barré de longues tiges métalliques et de rouleaux de grillage. Plus loin, des entrepôts, des entreprises, plus ou moins masqués par des arbustes, dont seules les enseignes étaient mises en valeur. Parfois, un bouquet de poteaux signalétiques indiquant pêle-mêle un hôtel, la caisse de sécurité sociale et des firmes. Sur leur gauche, le paysage était plus désolé encore : gare de triage, enchevêtrement de voies parcourues d’herbes folles, locomotives immobiles, signaux figés. L’espace semblait sans vie. Ils marchèrent quelques centaines de mètres jusqu’à une nouvelle avenue à l’angle de laquelle se trouvait un immense garage. Beaucoup de voitures d’occasion y étaient exposées. La nouvelle voie était plus animée : café, maison de la presse, cabinet médical, boulangerie. Elle était fréquentée par les bus. Quelques personnes attendaient sous un abribus. Ils poursuivirent leur trajet après avoir de nouveau tourné à gauche.
À partir de là s’étendait la cité des Coquillards. Les immeubles étaient assez espacés, séparés par des pelouses et des arbres. Certains étaient très hauts, d’autres tout en longueur. Des jeux d’enfants avaient été prévus, des bancs, mais l’ensemble était triste, le crépi cloqué, fissuré, les balustrades des balcons, rouillées. Il y avait plus de huit cents mètres encore à parcourir pour se rendre chez Ali et Sonia faiblissait. Gaëlle lui proposa de s’arrêter à la loge et Sonia acquiesça. Ils s’enfilèrent dans une allée plus étroite et arrivèrent à l’entrée arrière de l’immeuble, celle qui donnait sur le local à vélo. Elle ne manquait pas de charme car Étienne avait fait courir tout autour une treille aux feuilles jaunies qui donnait un air de campagne à ce coin de banlieue.
Ils entrèrent dans l’immeuble. Le hall était vaste et lumineux et surtout, il possédait un banc près des boîtes aux lettres, sur lequel les jeunes aimaient venir s’asseoir lorsque le temps manquait de clémence. Les locataires les toléraient tant que le bruit demeurait raisonnable. De ce fait, l’immeuble avait toujours un aspect vivant. Les jeunes avaient ramassé trois chaises pliantes et bancales qui partaient pour la benne à ordures. Pour l’instant, elles étaient rangées dans le recoin qui précédait l’escalier menant à la cave. Quand ils se retrouvaient, ils les rapprochaient du banc dans une sorte de cercle approximatif et ils pouvaient parler.
V
Xavier, Gaëlle et Sonia rentrèrent dans la loge après avoir crié joyeusement : “M’man c’est nous !” Dans la cuisine, Catherine les attendait, l’air réjoui. Devant elle, le journal rapporté par Xavier le matin, sur lequel Xavier avait coché en rouge une annonce. “J’ai un rendez-vous pour demain matin.” Puis, avisant Sonia. “Bonjour mademoiselle, asseyez-vous. Vous êtes bien pâle…
- C’est Sonia, M’man, elle s’est trouvée mal à l’A.N.P.E.,” dit Gaëlle. Aussitôt Catherine s’alarma : “C’est pas grave, au moins ? Faut-il faire venir le docteur ?
- Non, madame, je vous remercie beaucoup, juste un petit malaise hypoglycémique. Je manque de sucre, ce n’est rien.
Catherine sembla se rassurer, puis, se ravisant :
- Mais vous avez faim peut-être ? Depuis quand n’avez-vous pas fait un vrai repas ?
- Ne vous inquiétez pas, madame, Fathia m’a forcée à prendre quelque chose.”
Catherine pensa que Michaël n’allait pas tarder à rentrer du collège et à se servir un goûter qui serait l’occasion de proposer à nouveau quelque chose à la jeune fille. Elle entreprit de questionner ses enfants : “Alors, ces démarches ?
- Rien, M’man, comme d’habitude, rien. Nous sommes pas assez qualifiés, nous n’avons pas d’expérience, nous n’intéressons personne, dit Gaëlle.
- La conseillère m’a dit d’aller à la mission locale. Il y a encore quelques places en stage qualifiant. C’est pas bien payé, mais c’est mieux que rien. Vous devriez venir aussi toutes les deux, ajouta Xavier en se tournant vers Sonia et Gaëlle.
- Reprendre des études ? Ça me dit rien du tout. Pour me faire encore dire que je suis nulle… Bien sûr, si c’est payé, c’est différent… Et vous, qu’en pensez-vous ?” questionna Gaëlle en s’adressant à Sonia. Elle éprouvait de la sympathie pour cette inconnue jolie et discrète.
“Oh, moi ! Je ne sais pas où dormir, alors me lancer dans un stage de plusieurs mois sans avoir de quoi me payer un toit…
- Vous avez fait quoi, comme parcours scolaire ? l’interrogea Xavier.
- J’ai fait une terminale ES, économique et social.
- Et vous avez eu le bac ? demanda-t-il, admiratif.
- Je l’aurais sans doute eu, mais je me suis sauvée deux mois avant les épreuves.” Ils restèrent silencieux, ne comprenant pas qu’on laisse passer une chance à portée de main.
“J’veux pas être trop curieux, Sonia, mais pourquoi ? Si près du but ? insista Xavier.
- C’est difficile à dire. Mon père est un homme très autoritaire, il a la mentalité d’avant. Quand nous étions petites, il avait promis ma sœur aînée à un de ses amis célibataire. C’est un homme assez aisé, un peu plus jeune que mon père et aussi religieux que lui. Pour lui, une femme est comme un objet qu’on achète. Elle doit se soumettre à son époux, ne pas sortir et lui faire beaucoup d’enfants. Mon père était persuadé d’agir pour le mieux car épouser cet homme estimable signifiait se mettre à l’abri du besoin. Mais ma sœur ne s’est pas laissée faire. Elle a alertée l’assistante sociale et elle a été placée en foyer. Ç’a été un scandale épouvantable dans la famille et mon père est devenu encore plus dur. Alors il a tenté de marier ma deuxième sœur. Elle aussi a été placée. Elle a eu des mauvaises fréquentations, ça ne marchait plus à l’école et elle s’est mise à se droguer. Alors mon père est devenu comme un mur. Il m’a dit que, puisque mes soeurs n’étaient plus ses filles, c’est avec moi qu’il honorerait sa promesse. Je l’ai supplié de me laisser finir mon bac. J’avais dix-sept ans. Au début, il a cédé. J’en ai profité pour garder des enfants à droite et à gauche et pour rendre toutes sortes de services et j’ai mis tout l’argent de côté. J’ai réussi à me faire faire une carte d’identité sous prétexte d’un voyage scolaire et je l’ai cachée en disant à mon père que je l’avais perdue. En janvier, j’étais redevenue presque tranquille et je pensais pouvoir finir mon bac. Mais en avril, il est revenu à la charge. Je l’ai de nouveau supplié en parlant du bac et je n’ai pas refusé expressément le mariage. Mais il m’a dit qu’une femme n’avait pas besoin d’un diplôme mais d’un bon mari et j’ai compris qu’il serait intraitable. Alors, avec l’aide de ma mère, j’ai préparé mon départ et je me suis sauvée.
- Mais pourquoi n’avoir pas appelé l’assistante sociale ? demanda Catherine.
- Ma mère aurait eu trop honte. Sa dernière fille, placée aussi, quel échec ! Et quelle vie aurait-elle eu ensuite avec mon père ? Il lui a assez reproché de ne pas lui avoir donné de fils. Mais elle a eu beaucoup de difficultés à ma naissance et, après, elle ne pouvait plus avoir d’enfant. J’aime ma mère et j’ai eu beaucoup de mal à la quitter. Elle n’a rien, que deviendra-t-elle si mon père la répudie ? Mais je ne pouvais pas épouser cet homme, il a l’âge d’être mon père, rien que l’idée qu’il me touche me révulse.
- Mais qu’allez-vous devenir, mademoiselle ? interrogea Catherine.
- Je ne sais pas, madame. Jusqu’ici, je n’ai pas fait de mauvaise rencontre, j’ai su me garder, j’ai toujours trouvé du travail, essentiellement chez les agriculteurs. Mais maintenant, je ne sais pas ; la saison est finie. On embauchera des extras pour les fêtes, c’est pourquoi je suis remontée vers la ville. Mais on n’embauchera pas avant plusieurs semaines. Et que devenir en attendant ?”
Catherine, que les propos de la jeune fille avait émue, réfléchissait :
“ On peut pas vous laisser dormir dehors, ça, on peut pas. Une fille de votre âge, ça serait un crime… mais on est si petitement logés…” Elle demeura songeuse un long moment et tous se taisaient. Sonia, assise sur la banquette placée sous la fenêtre, regardait la cuisine. À sa gauche, une porte vitrée donnait sur la loge, à sa droite, par l’ouverture d’une porte pleine, elle voyait la chambre. Elle devinait les lits superposés, occultant partiellement la fenêtre. Elle remarqua le paravent à la gauche duquel elle apercevait un lit double. Entre elle et le lit, elle pouvait voir un mur percé d’une porte fermée. Elle supposa que c’était l’entrée de la salle d’eau. À l’angle de ce mur, elle nota le coin d’une armoire en mélaminé. Devant elle, dans la cuisine, la table, autour de laquelle ils se trouvaient tous, bouchait le passage et il fallait la contourner pour aller de la loge au fond de l’appartement. Sur le mur de gauche, au fond, elle observa un grand placard de formica contre lequel s’appuyait une cuisinière à trois feux. En face, un évier mal éclairé surmonté de quelques carreaux blancs et un petit réfrigérateur complétaient le mobilier. La cuisine était peinte en vert pâle et deux appliques vert sapin décoraient les murs. Seul le calendrier des postes tranchait sur cette nudité.
Après un long soupir, Catherine murmura : “J’ai bien une idée, si tout le monde est d’accord, encore que ça me gêne de le dire car on serait vraiment les uns sur les autres. Nous, on est habitués, mais vous, mademoiselle, qui nous connaissez à peine et qui avez peut-être d’autres habitudes… Enfin, je pourrai vous laisser mon lit, à Gaëlle et à vous, et dormir sur la banquette de la cuisine. De toute façon, ça me gênerait guère, je suis toujours la première levée.
- Oh, madame, merci, s’écria Sonia, merci de tout mon coeur, permettez-moi de vous embrasser. Mais je ne peux pas accepter, je suis une étrangère, une inconnue. Qui vous dit que je ne vous ai pas raconté d’histoires ? que je ne vais pas en profiter pour vous voler ? Une couverture par terre dans la loge,ça serait déjà formidable.
- Ça, j’ai pas le droit, mademoiselle, la loge est un local professionnel que j’ai pas le droit d’utiliser pour mon usage personnel. Mon cœur me dit que vous êtes une personne sérieuse et je me trompe rarement sur les gens. Mais il faut que je vous prévienne que nous devrons bientôt quitter la loge. Je ne sais pas combien de temps ils nous laisseront tranquilles, mais sans doute pas longtemps. Alors, vous acceptez ?
- Oh oui, acceptez, Sonia, dit Gaëlle, je pourrais pas dormir tranquille si vous êtes dans la rue, maintenant que je vous connais.”
Alors Sonia céda devant tant de générosité spontanée chez des gens qu’elle devinait eux-mêmes si démunis. À ce moment, ils entendirent la porte de la loge s’ouvrir et se refermer brusquement et Michaël jaillit dans la cuisine.
“Michaël, combien de fois il faut te dire de faire doucement, s’exclama Catherine tandis que le sac de classe atterrissait à ses pieds. T’as bien travaillé au collège ?
- Bof, com’d’hab… dit-il en observant Sonia avec curiosité.
- C’est Sonia, Xavier et Gaëlle l’ont rencontrée à l’A.N.P.E. Elle a fait un malaise alors ils l’ont amenée jusqu’ici. Elle nous a raconté son histoire, elle a pas eu de chance. Et maintenant, elle a plus de travail et elle est à la rue. On aimerait l’aider en la gardant un peu avec nous. Tu serais d’accord ?
- M’man laisse-moi le temps de goûter, au moins ! rétorqua vivement Michaël, un peu sidéré par la décision incroyable de sa famille. Il se dirigea vers le sac à pain, sortit le pain, puis prit la confiture et le lait dans le frigo, le cacao dans le placard et entreprit de préparer le goûter. D’autorité, il posa un bol devant chacun et, se tournant vers Sonia :
“ Si vous restez avec nous, vous avez intérêt à bien goûter car on mange presque rien le soir. Au fait, la prof nous a donné une recherche sur l’affaire Dreyfus. Avec Quentin et Rachid, on va aller à la bibli tout à l’heure, si t’as pas besoin de moi.
- C’est quoi, c’t’affaire ? questionna Xavier.
- On en avait parlé en histoire, dit Gaëlle, mais je me souviens plus bien.
- C’est l’histoire d’une injustice faite à un homme parce qu’il était juif et d’un homme courageux, d’un grand écrivain, Zola, qui a risqué sa position car il était révolté par cette injustice. Quand vous aurez trouvé quelques informations, si vous voulez, nous pourrons en reparler. Je pense qu’il faut chercher dans les encyclopédies à Dreyfus et à Zola, ajouta Sonia.
- Merci pour l’info, grogna Michaël en finissant de mâcher sa tartine.
- Dites, si on doit habiter ensemble, on pourrait peut-être se tutoyer. Là, ça fait un peu gens de la haute, vous trouvez pas ? demanda Xavier.
- D’accord, mais ça va pas être facile pour moi de vous tutoyer, mademoiselle, confia Catherine
- Madame, appelez-moi Sonia, si vous voulez bien.
- Moi, je peux pas quitter la loge à cette heure-ci, mais vous, Gaëlle et Xavier, vous devriez accompagner Sonia chez Ali pour le remercier et dire ce que nous avons décidé. Au repas, je vous parlerai de mon rendez-vous de demain”, conclut Catherine.
VI
Avant de quitter la loge, Sonia avait remis son foulard, embrassé Catherine et demandé s’il était possible de passer à la supérette acheter des fleurs pour remercier Ali et sa famille. Les trois jeunes se hâtèrent dans le froid et la nuit qui commençait à tomber. Le magasin, quoique petit, était très animé. Un haut-parleur déversait bruyamment une musique à la mode. “Maman dit que c’est pour nous empêcher de réfléchir à ce qu’on achète et nous faire dépenser plus de sous,” cria Gaëlle et quelques personnes se retournèrent. Il n’y avait guère de fleurs, mais Sonia trouva un rosier nain d’un bel orangé. Elle prit aussi une bouteille de jus de pomme. À la caisse, elle compta soigneusement sa monnaie, il ne lui restait plus que quelques francs. Le bruit et la lumière semblaient la saouler. Elle fut contente de retrouver la nuit malgré le vrombissement des automobiles.
L’hôtel n’était pas bien loin de la supérette. Ils passèrent devant la pharmacie. Au tabac, des gens faisaient la queue pour acheter leurs cigarettes ou pour jouer. L’hôtel aussi était très animé. C’était l’heure où tous rentraient du travail, pressés de se détendre, voulant se faire entendre. Sonia restait devant l’entrée, étourdie par tant de mouvement, n’osant se rapprocher du comptoir. “ Tiens, une ressuscitée ! s’exclama un client qui l’avait vue endormie le matin. Eh, les jeunes, vous avez fait connaissance ? Xavier et Gaëlle, comment va votre mère ?” Assaillis de questions, les trois jeunes s’approchèrent.
“Ma mère va bien. dit Xavier. Et, s’adressant à Ali : Ali, on a rencontré Sonia à l’A.N.P.E., elle a fait un malaise alors on l’a amenée à la loge. M’man veut pas qu’elle retourne à la rue, elle dit que ce s’rait criminel de laisser faire ça.
- Tenez, monsieur Ali, ce n’est pas grand chose mais c’est pour vous remercier, vous et votre femme, pour votre accueil, dit Sonia en tendant le minuscule rosier. Mme Maheu veut bien me garder quelques jours bien que ce soit si petit chez eux. J’ai accepté parce que j’ai vu que ça lui tenait à cœur.
- Merci, mademoiselle, je suis très touché mais il ne fallait pas. C’est la moindre des choses de venir en aide à quelqu’un dans les soucis. Ibrahim, viens tenir le bar, nous avons à parler”, répondit Ali et il entraîna les jeunes gens dans la cuisine. Fathia et ses filles, Taous et Yamina, étaient assises devant une grande table couverte d’une toile cirée sur laquelle se trouvait une montagne de légumes qu’elles épluchaient.
“Asseyez-vous, dit Ali, puis il posa devant chacun d’eux un verre qu’il emplit de thé embaumant la menthe. Voilà, nous aussi, nous avons réfléchi. Ma femme se rendait malade à l’idée qu’une jeune fille qui aurait pu être notre fille ou notre nièce se retrouve ainsi seule dans ce monde si difficile. Nous ne savons pas ce qui vous a conduit là mais ce n’est sûrement pas de gaieté de cœur car vous avez l’air bien élevée et bien respectueuse des usages. Disant cela, il regardait le foulard que Sonia avait conservé. Ma femme se fatigue, elle n’est plus aussi jeune. Taous et Yamina ont leur travail. Elles fréquentent, elles voudraient se marier. Elles ne l’ont pas encore fait à cause de leur mère, pour ne pas lui laisser toute la charge de l’hôtel. Mais il serait temps, bien temps : Taous a déjà vingt-neuf ans et Yamina, vingt-cinq et les fiancés ne les attendront pas toujours. Vous nous rendriez bien service si vous acceptiez de rester comme employée de l’hôtel. C’est Allah qui vous a envoyée et qui nous a dicté cette sage solution. Bien sûr, vous auriez un salaire et des bulletins de paie et nous pourrions vous loger. Dans l’immédiat, il faudrait prendre le lit de Leïla et partager la chambre avec Taous et Yamina qui sont d’accord. Mais dès leur mariage, vous auriez une chambre pour vous toute seule. Je ne vous cache pas que le travail est dur et salissant.
- Merci, monsieur Ali, merci ! Le travail ne me fait pas peur, murmura Sonia au comble de la joie, mais j’ai promis à Mme Maheu et je ne voudrais pas la peiner…
- Maman se vexera pas, dit Xavier, surtout si t’as du travail. Elle sera tranquille pour toi et elle sait bien que chez nous, c’est pas génial.
- Catherine est mon amie, je vais aller la voir dès que j’aurai fini avec les légumes, ajouta Fathia. Je sais qu’elle a beaucoup de sagesse. Si vous acceptez de travailler à l’hôtel, elle saura bien que c’est la meilleure solution. Je vais vous paraître bien curieuse et je ne me fâcherai pas si vous ne voulez pas me répondre mais toute la journée, je me suis demandée si vous aviez encore vos parents.
- Ce n’est pas un secret, madame. Je les ai encore mais pour l’instant, il vaut mieux que je ne les voie pas même si ma mère me manque beaucoup. Vous allez peut-être juger que je suis une fille indigne et ne plus vouloir de moi mais je préfère dire la vérité : je suis partie parce que j’ai refusé le mari que mon père avait choisi pour moi. C’est un homme qui a presque trente ans de plus que moi et surtout, je n’ai jamais eu aucune sympathie pour lui. Il me fait peur, il est rusé, il n’est pas franc, je ne veux pas d’un tel père pour mes enfants.
- Personne ne peut te blâmer d’avoir désobéi à ton père dans de telles conditions, ma fille, dit Fathia, passant soudain au tutoiement. Le mariage est une chose trop importante pour épouser celui que ton cœur refuse. Ton père finira par se rendre à la raison. Mais je plains beaucoup ta mère. Reste avec nous autant que tu le désires, c’est une maison bénie par Allah, il ne t’arrivera rien de mal, je le dis sur ma foi.”
Fathia avait fini d’éplucher et de couper les légumes. Elle se leva, alla se laver les mains. Ses filles souriaient à la nouvelle venue. Dans cette famille au cœur généreux, on était naturellement hospitalier. Ali et les trois jeunes gens retournèrent attendre Fathia dans le café. La salle était très grande, séparée par un angle. Une partie, donnant sur la cuisine, contenait des tables couvertes de nappes sur lesquelles le couvert était mis ; l’autre partie, face au bar, comportait des tables de bistrot. Les consommateurs y étaient attablés et les conversations allaient bon train. Le décor était vieillot, à la mode des années soixante-dix, mais très propre. Derrière le bar, Ibrahim et Rachid s’activaient sans relâche.
“T’es pas à la bibli ? demanda Xavier à Rachid.
- Elle ferme à dix-huit heures aujourd’hui. J’arrive juste.
- Et vous avez trouvé ce que vous cherchiez ? renchérit Gaëlle.
- Oui, mais nous n’avons pas eu le temps de tout noter et nous n’avions pas d’argent pour la photocopieuse. Il va falloir y retourner et demain, c’est fermé.
- Et alors, c’est qui, ce Dreyfus ? interrogea Xavier.
- C’est un militaire juif alsacien qui vivait au siècle dernier et qui a été injustement accusé d’avoir trahi la France au profit de l’Allemagne. Pour le punir, on l’a envoyé à l’île du Diable. L’affaire a duré douze ans et a divisé l’opinion française en deux camps, les dreyfusards, groupés autour de la Ligue des Droits de l’Homme, et les antidreyfusards réunis dans le comité de l’Action Française.
- La ligue des Droits de l’Homme, j’en ai entendu parler mais je savais pas qu’elle existait déjà à cette époque. Mais l’Action Française, je sais pas ce que c’est.
- Il ne faut pas oublier qu’à ce moment-là, l’Alsace-Lorraine était allemande. Il y avait des Français ultra-nationalistes, d’autres, antisémites, pour qui n’importe quel juif ne mérite pas de vivre. Pour eux, Dreyfus était un coupable idéal. L’Action Française, avant, s’appelait Ligue de la Patrie Française et rassemblait beaucoup de gens d’extrême-droite.
- Mais, dans cette histoire, quel est le rôle de Zola ? demanda Gaëlle.
- Et bien, justement, la bibliothèque a fermé trop tôt et je ne sais pas vraiment.
- Zola a fait preuve d’un très grand courage dans cette affaire. Persuadé de l’innocence de Dreyfus, il a publié un article dans L’Aurore en 1898 qui s’intitulait : “J’accuse”. Il a été attaqué par tous les antidreyfusards, injurié, puis condamné si bien qu’il a dû quitter la France. Mais c’est grâce à lui que le procès de Dreyfus a été révisé et que ce dernier a été réhabilité, glissa Sonia.
- Tu en sais, des choses ! s’exclama Xavier admiratif.
- J’ai beaucoup d’estime pour Zola. C’était un homme vraiment engagé qui avait un réel respect des droits de l’homme. Il est mort trop tôt.
- Il est mort comment ? demanda Gaëlle.
- Il est mort asphyxié en 1902 et on n’a jamais su si c’était un accident ou un crime.”
À ce moment, Fathia parut sur la porte de la cuisine et leur fit signe de la suivre.
50 ans plus tard Hommage à Boris Vian
juin 22, 2009 at 10:00 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins, Le coin des ziques qu'on aime bien | 5 CommentsTags: 50 ans plus tard Hommage à Boris Vian
50 ans plus tard Hommage à Boris Vian

A la trompinette en 1958
Boris Vian est né en 1920 et a tiré sa révérence le 23 juin 1959. Il était écrivain, ingénieur de l’École centrale, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz..Il était trompettiste et, se sachant cardiaque, il s’était fait fabriquer ce qu’il appelait sa « trompinette »:
http://www.dailymotion.com/relevance/search/Boris+vian+Jazz/video/xtqsp_vian-a-st-germain-des-pres_music
Dans le plus pur style du Blues, Vian écrit pour Henri Salvador : Blouse (merci Gnafron) de Dentiste !
Ici par Salvador et Benabar
http://www.dailymotion.com/relevance/search/Henri+Salvador+Le+blues+du+Dentiste/video/xlrxv_salvador-benabarblues-du-dentiste_music
Il a aussi publié sous les pseudonymes de Vernon Sullivan, de Bison Ravi, de Baron Visi ou de Brisavion (anagrammes de son nom).
Il a écrit onze romans, quatre recueils de poèmes, plusieurs pièces de théâtre, des nouvelles, de nombreuses chroniques musicales dans le magazine Jazz Hot. Boris a écrit également des scénarios de films, des centaines de chansons (notamment pour Serge Reggiani et Juliette Gréco), Un humour qui décoiffe et une verve typique de ce défenseur de la Pataphysique !!
Camus et Vian au Caveau de la Huchette
Sous son propre nom, il a écrit des romans fantastiques, poétiques et burlesques, les plus connus : L’Écume des jours et L’Automne à Pékin ; autres romans : L’Arrache-cœur, L’Herbe rouge……
Il est également auteur de pièces de théâtre, de nouvelles (L’Oie bleue, La Brume, Les Fourmis, …) de chansons.
Sa chanson la plus célèbre (parmi les 461 qu’il a écrites) est Le Déserteur, chanson antimilitariste écrite à la fin de la guerre d’Indochine – février 1954 – et juste avant la guerre d’Algérie. Cette chanson sera interdite sur les ondes dans sa version d’origine en raison du couplet final jugé litigieux par les censeurs de l’époque.
Deux chansons de Boris
Le Déserteur par Boris Vian : 3’30
http://www.youtube.com/watch?v=gjndTXyk3mw
Serge Reggiani – La Java des Bombes Atomiques
http://www.youtube.com/watch?v=OENitBt0V1I
Un CD Album que nous vous conseillons pour connaître Boris Jazz Man :
Boris Vian « Jazz et Trompinette : 12,65 € chez Fnac.com

http://musique.fnac.com/a1916606/Boris-Vian-Jazz-et-trompinette-CD-album
Ecoutons, pour finir trois des morceaux les plus célèbres joués par Boris Vian et sa Trompinette :
- Le Muskrat Ramble – composition du Créole de New Orléans William « Kid » Ory , membre du premier Hot Five de Louis Armstrong – Joué ici par un vieil ami du Nord : Benny Vasseur (au trombone) avec le Louisiana Jazz Band d’Alain Meaume, ici au sax soprano.
http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=bF5ZwriEWJA
- Jazz me Blues : joué ici par ses créateurs ; le célèbre ODJB , l’Original Dixieland Jazz Band de Nick LaRocca : Larry Shields (clarinette), Eddie Edwards (trombone), Henry Ragas (piano), Tony Sbarbaro (drums) e Nick LaRocca (cornet). Un enregistrement de 1921
http://www.youtube.com/watch?v=FH8kH-EH3-I
- Par un autre membre du Hot Five, l’extraordinaire Johny Dodds à la clarinette : « After you’ve gone » ; un disque Brunswick des années 20
Dans cet enregistrement, au piano : Lil Hardin – Armstrong la première épouse d’Armstrong
http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=5ajRFcNAAd4&feature=related
Salut les artistes !
Le coin des bons bouquins : Amour Raspail Vavin par Jacques Bullot
mars 10, 2009 at 5:27 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins : Amour Raspail Vavin par Jacques Bullot
Le coin des bons bouquins : Amour Raspail Vavin par Jacques Bullot
L’auteur : 
Jacques Bullot est né en 1932.
Après une école d’ingénieur et le doctorat-ès-sciences, il entre en 1962 en tant que chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique.
Après deux ans passés aux Etats-Unis, au Baker Laboratory, il fonde un groupe de recherches où il infléchira ses travaux vers l’étude des semiconducteurs appliqués à l’énergie solaire et coordonnera pendant deux ans les travaux d’un groupe de laboratoires européens pour la conversion photovoltaïque de l’énergie solaire. Il travaillera ensuite à Nantes où il poursuivra des recherches sur les polymères conducteurs.
Ces travaux ont donné naissance à plusieurs thèses de doctorat et à un grand nombre de publications, en anglais surtout, dans des revues spécialisées à comité de lecture comme Physical Review, Journal of Chemical Physics, Philosophical Magazine.
À partir de la fin 1997, Jacques Bullot qui, de tout temps s’est intéressé à la littérature policière et plus particulièrement au roman noir entame l’écriture de son premier roman. Celui-ci est publié en 2001 aux éditions Noir Délire sous le titre La gueule de l’emploi. Suivent la publication d’un recueil de nouvelles, La Couleur du temps et, en 2002, du roman Les Liquidateurs, toujours chez Noir Délire. Le quatrième roman : Du nitrate dans le cassoulet sort aux éditions E-Dite en 2005.
Le gène du perce-neige est publié en 2007 par Edition du Bout de la Rue. L’ouvrage est sélectionné pour le prix Intramuros 2008 au Festival de Cognac (6 retenus sur 200). Il sort son dernier ouvrage, Amour, Raspail, Vavin… en 2008
ve
Pour l’auteur, le roman noir n’est pas un roman policier mais au contraire, comme le proclamait Jean-Patrick Manchette : un roman d’intervention sociale très violent. Jean Pons l’a caractérisé ainsi : L’intrigue n’est que le squelette du roman noir, sa chair est l’histoire sociale.
Dans cette optique les romans et nouvelles de Jacques Bullot abordent des thèmes comme : la spoliation des biens juifs pendant la guerre, le sort des liquidateurs qui ont déblayé les déchets radioactifs après l’explosion de Tchernobyl ou encore les négligences industrielles qui ont engendré l’explosion du site d’AZF à Toulouse en 2001.
Parallèlement plusieurs noulles sont publiées dans des recueils collectifs (Polar, cinéma et star, Ed. Le Marque-Page, 2002 ; La France d’après, Ed. Privé, 2007 ; Polar & CO, Douzième, Le Salon, Cognac, 2007), des revues (Coup de Plume en 2000, 813 en 2002) ou des journaux (La Page du 14ème en 2003).
Tout au long de ces années, son engagement politique au sein d’associations est une donnée essentielle.
Ainsi ces dix dernières années Jacques Bullot a collaboré à La Page, journal de quartier rayonnant sur le 14ème arrondissement de Paris. Tiré à 2000 exemplaires, quatre fois par an, ce titre qui aborde des thèmes politiques et culturels, lutte contre la spéculation immobilière et la destruction du tissu social et se veut effronté et impertinent.
Pour plus d’informations, on peut consulter le site de l’auteur.

Résumé de Amour, Raspail, Vavin…
Ce matin-là, quand Darien prend le métro, il n’a qu’un objectif : suivre le petit mec crasseux qui va le conduire jusqu’à l’homme qu’il veut abattre.
Durant son périple dans le sous-sol parisien, il revit la rencontre fulgurante avec une mystérieuse et troublante pickpocket, un cataclysme qui l’entraîne au cœur du monde souterrain où musiciens, poètes et graffeurs tentent de survivre face aux bandes rivales qui contrôlent la tire et le racket.
Personne ne peut arrêter sa descente aux enfers, pas même Raymond qui, au bout du trottoir roulant de Montparnasse, plaque des accords musette sur son piano à bretelles.
NOTE de la maison d’édition :
Le métro, c’est tout un monde insoupçonnable pour le voyageur ordinaire. C’est une société à part, avec ses coutumes, ses lois et sa faune. Max va découvrir ce microcosme et le subir à ses dépends. Il en deviendra un des acteurs, bien malgré lui…
Huit heures dix. Ligne 6, direction Nation.
Le métro est à quai.
L’homme regarde à droite, à gauche, hésite et monte dans le wagon de tête.
Petit, décharné, la peau mate, son visage est mangé par des cicatrices brunâtres et une tignasse noir corbeau retombe sur ses épaules. On le sent inquiet, mal à l’aise. Il inspecte les environs, dévisage les voyageurs et finit par s’asseoir.
Il s’appelle Marcel Barni. Sur le réseau, on l’appelle Mâchefer.
Celui qui le suit pénètre dans la deuxième voiture et joue des coudes pour se placer près de la porte vitrée. De là, il peut surveiller Barni sans être vu. Ses traits ravagés par on ne sait quel drame sont empreints d’une froide détermination.
Il est grand, ses vêtements défraîchis flottent sur sa carcasse. Il a pour
nom Maxime Darien. Max pour les copains.
La rame tarde à démarrer. “Régulation du trafic”, annonce le conducteur. Les portes restent grandes ouvertes.
Soudain, Barni se lève et bondit sur le quai. Darien hésite. S’il descend, il va se faire repérer. Il ne bouge pas. On entend un long couinement. Barni fait demi tour et, sous l’œil étonné des voyageurs, remonte précipitamment.
Les portes claquent, la rame s’ébranle.
Sur les murs, les pubs défilent. Un dernier panneau indique : Denfert-
Rochereau. Colonel Rol-Tanguy…
C’est là que tout a commencé.
Un ch’tit bout du bouquin
……………………………..
Les mouvements qui agitaient la foule amenèrent une femme à mes côtés.
Déportée par un brusque coup de frein, elle s’accrocha tant bien que mal à la barre. Les regards se posèrent sur elle. A mon tour, je la dévisageai sans ostentation mais avec ce petit rien que les jolies femmes aiment lire dans le regard des hommes. Cheveux bruns coupés court, mèche rebelle flirtant avec un front délicatement modelé, elle posa sur moi ses yeux noirs et vifs ourlés de longs cils et m’adressa un sourire. J’admirai sous les lèvres carmin qu’elle venait d’entrouvrir ses dents de jeune tigresse et imaginai la douce et cruelle morsure qu’elle infligeait à ses amants. Un parfum discret l’entourait, dernières traces de la toilette et des apprêts du matin.
Je répondis à son sourire.
Les remous provoqués par les voyageurs qui montaient et descendaient me rapprochaient d’elle ou la rapprochaient de moi sans que je puisse déterminer qui s’approchait de l’autre. Une poussée la coinça dans l’étau des sacs à dos que portaient deux lycéens. Elle fit un effort, pivota sur elle-même, effort que je soulageai du mieux que je pus. Nos manœuvres conjuguées nous rapprochèrent encore et je sentis sa poitrine frôler la mienne. Je me laissai aller, goûtant la douceur du contact et la chaleur qui filtrait par vagues au travers de ses vêtements. Elle ne semblait pas gênée et, au lieu de se raidir pour échapper à la promiscuité, s’abandonnait de bonne grâce. Son visage s’éclaira et elle renouvela son sourire. De temps à autre, la cuisse de l’inconnue se rapprochait de la mienne dans un mouvement que j’accompagnai avec délicatesse, profitant du moindre cahot et de la moindre décélération. Dans une telle situation je savais qu’il fallait se montrer prudent. J’avais assisté au cours de ma vie d’usager des transports en commun à trop de scènes de ce genre, à trop d’altercations entre une femme et un homme accusé de la serrer de près, pour ne pas avoir une attitude réservée.
A chaque arrêt de rares voyageurs descendaient, un plus grand nombre montait et la pression augmentait…….
Sur notre blog, du même auteur, vous pouvez lire la critique de son précédent livre : Le Gène du Perce neige ; le premier polar anti OGM préfacé par José Bové.
http://dutron.wordpress.com/2008/01/02/le-coin-des-bons-bouquins-le-gene-du-perce-neige/
Coordination Gauche Alternative du Hainaut
10 mars 2009
Le coin des bons bouquins « Belle Amie » ou quand Rachida Dati est rhabillée pour le printemps et même pour l’hiver
février 23, 2009 at 10:24 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins, sarkosy | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins « Belle Amie » ou quand Rachida Dati est rhabillée pour le printemps et même pour l’hiver
Le coin des bons bouquins « Belle Amie » ou
quand Rachida Dati est rhabillée pour le printemps
et même pour l’hiver

Il paraît que Rachida Dati aime les fringues : la voici dotée d’un joli costume !!
Ceux qui, comme nous, aiment la littérature connaissent Bel Ami, ce roman qui retrace l’ascension sociale de Georges Duroy, homme ambitieux et séducteur, arriviste et opportuniste, employé au bureau des chemins de fer du Nord, parvenu (c’est le cas de le dire) au sommet de la pyramide sociale parisienne grâce à ses maîtresses et au journalisme. Sur fond de politique coloniale, Maupassant retrace les liens étroits entre le capitalisme, la politique, la presse et l’influence des femmes.
Autres temps, autre mœurs !
Un livre sort qui est titré Belle-Amie, en référence, justement à cette figure de l’arrivisme campée par Maupassant ; ce bouquin de Michaël Darmon et Yves Derai sera sûrement un succès de librairie.
Leur thèse est claire et assez vacharde : «l’icône de la méritocratie» ne serait, en vérité, que la championne des passe-droits. Le raisonnement est concluant. C’est moins à sa flamme du travail qu’à l’ étonnante énergie qu’elle a déployé pour enrôler des bienfaiteurs que cette fille d’immigrés illettrés doit son ascension sociale.
Un bouquin dont la seule qualité de l’investigation n’aurait peut-être pas permis l’éclosion.
Il se murmure que des fuites y ont aidé !
Selon « Libération.fr » du 23 février : « Recueillis par Darmon et Derai sous couvert d’anonymat, les témoignages des collaborateurs de Nicolas Sarkozy sont assassins : «Elle n’a jamais su écrire une note. Tout le monde le savait», dénonce l’un d’eux. Anonymes également, les nombreux démissionnaires du cabinet de Dati décrivent une garde des Sceaux «en défaillance technique». Ils restituent en détail «l’atmosphère irrespirable» que la ministre colérique a fait régner place Vendôme. «Dati a démontré son inaptitude au travail et son incapacité à formuler une idée sur la justice. Elle n’a tout simplement pas compris où elle était arrivée», explique un «ancien collaborateur» de la garde des Sceaux. »
C’est vrai qu’ils sont déjà tout un paquet à avoir fui le Cabinet Dati. Grâce à elle nous aurons au moins appris une nouvelle position pour les agents publics ! Il y avait déjà le détachement, la mise à disposition, la position « Hors cadre », bien pratique pour virer les préfets, même dans la Manche !
Grâce à Dati, s’est répandue la position « démissionnaire » !!

Quand on lit ce brûlot, on ce dit : Hé bien, dites donc, il sont bien gardés, nos sceaux !!
A moins qu’une frénésie bucolique eût saisi « Rachida » lui faisant confondre « sceaux » et « seaux » et qu’elle se soit pris un « râteau » !!
Toujours selon « Libération.fr » : « Conseillé par Patrick Ouart, ennemi juré de Rachida Dati, Sarkozy a décidé d’en finir. C’est sans doute ce qui a rendu possible le livre de Darmon et Derai. Disons, en tout cas, que le travail des enquêteurs s’en est trouvé facilité. A l’Elysée comme à la chancellerie, on ne craint plus de faire feu à volonté. »
C’est peut-être ce qui explique également la mansuétude dont bénéficie Nicolas Sarkozy dans ce livre ! Parce que tous ceux qui ont aidé à la résistible ascension de « la Dati » y passent : Chalandon, Simone Veil, Jean-Luc Lagardère, Jacques Attali et jusqu’à Claude Guéant !
Faut dire tout de même que Guéant, qui est tout sauf une andouille, avait placé « la beurette » à un niveau ad hoc : conseillère technique au ministère de l’Intérieur, chargée de l’organisation des déplacements du ministre dans les quartiers sensibles.
En clair, à l’époque, Dati n’était que la gestionnaire de l’agence de voyage dédiée de la place Beauvau laquelle n’était pas encore dotée de Karcher pour irriguer les pauv’cons !!
Mais dans ce livre, de critique de Sarkozy, point !! Vous pouvez chercher, vous n’en trouverez pas !
C’est pourtant bien lui qui a promu Dati au plus haut niveau, c’est encore lui qui la défendit bec et ongles, c’est lui, toujours, qui l’emmena dans ses bagages chez tonton Bush, c’est lui, enfin, qui, en octobre 2007, disait à Michel Drucker sa grande joie, et même sa fierté d’avoir imposé «Rachida» à des magistrats ravalés au rang de «petits pois» formatés et «sans saveurs» ?
Sympa pour la magistrature plus « assise » que « debout », en cette occurrence.
Au total, un livre qui, s’il contient une mine d’information, pourrait aussi constituer une mine d’une autre facture : une mine anti-personnel prélude à un assassinat politique !
Coordination Gauche Alternative du Hainaut
23 février 2009
Le coin des bons bouquins Les damnés de la terre de Franz Fanon
février 19, 2009 at 5:12 | In Altermondialisme, Culture - Livres, Le coin des bons bouquins, Solidarité | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins Les damnés de la terre de Franz Fanon
Le coin des bons bouquins Les damnés de la terre de Franz Fanon
En ce temps où nos frères antillais, guyanais et réunionnais se lèvent contre l’oppression néocoloniale, il nous semble important de relire un livre fondamental : « Les damnés de la Terre » de Franz Fanon.

Une courte citation :
” La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colonial, qui a rythmé inlassablement la destruction des formes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par chacun des individus constituant le peuple colonisé. ” Frantz Fanon.
Publié en 1961, à une époque où la violence coloniale se déchaîne avec la guerre d’Algérie, saisi à de nombreuses reprises lors de sa parution aux Editions François Maspero, le livre Les Damnés de la terre, préfacé par Jean-Paul Sartre, a connu un destin exceptionnel.
Il a servi – et sert encore aujourd’hui – d’inspiration et de référence à des générations de militants anticolonialistes. Son analyse du traumatisme du colonisé dans le cadre du système colonial et son projet utopique d’un tiers monde révolutionnaire porteur d’un ” homme neuf ” restent un grand classique du tiers-mondisme, l’œuvre capitale et le testament politique de Frantz Fanon.
Dans cette nouvelle édition, la préface de Alice Cherki, psychiatre et psychanalyste, auteur du Portrait de Frantz Fanon (Seuil, 2000), et la postface de Mohammed Harbi, combattant de la première heure pour la libération de son pays et historien de l’Algérie contemporaine, auteur de Une vie debout. Mémoires politiques 1945-1962 (La Découverte, 2001), restituent l’importance contemporaine de la pensée de Frantz Fanon.
Frantz Fanon (1925-1961), psychiatre antillais, militant de l’indépendance algérienne au sein du FLN, est notamment l’auteur de « Peau noire, masques blancs » (Le Seuil), de « L’An V de la révolution algérienne » (La Découverte) de « Pour la révolution africaine » (La Découverte).

Franz est mort d’une leucémie foudroyante le 6 décembre 1961 sans avoir connu ce pourquoi il luttait ; l’indépendance de l’Algérie.
Sa dernière satisfaction fut peut être de recevoir de François Maspero, fin novembre, ce livre préfacé par Jean-Paul Sartre.
Franz Fanon est inhumé à Aïn Kerma, non loin de la frontière tunisienne, au cimetière des « Chouhadas » – Les martyrs de la guerre –
Auteur : Frantz Fanon – Editeur : La Découverte
Collection : POCHES / ESSAIS N°134
Genre : ESSAI, CRITIQUE, ANALYSE
Date de Parution : 17/12/2003
Coordination Gauche Alternative du Hainaut
19 Février 2009
Le coin des bons bouquins Le Sénat enquête sur les superprivilégiés de la République
février 9, 2009 at 12:55 | In Le coin des bons bouquins, Politique | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins Le Sénat enquête sur les superprivilégiés de la République
Le coin des bons bouquins Le Sénat enquête sur les superprivilégiés de la République

Le Sénat : enquête sur les superprivilégiés de la République de Robert Colonna d’Istria et Yvan Stefanovitch – Editeur : Le Rocher – pourrait se résumer ainsi : Maman, quand je serai grand, je veux être Sénateur !!
On y en apprend de belles ! Ainsi, un certain Jean-Noël Guérini – socialiste – président du Conseil général des Bouches du Rhône, n’y mettrait jamais les pieds !! Il a passé, selon sa « bio », son enfance dans le quartier du panier, à Marseille. Mais là, le « panier » devient conséquent !!
Ce bon Guérini fut aussi, dernièrement, l’un des fidèles soutiens de Ségolène Royal, la célèbre « inspiratrice » de Barak Obama et autres gaudrioles qui l’amenèrent « au Zénith »!!
Allons !! Redevenons sérieux ; encore que ce qui précède l’était un peu tout de même.
A quoi sert le Sénat, institution deux fois centenaire qui nous coûte chaque année plus de 300 millions d’euros ?
D’abord à financer les privilèges (plus de 4.000 euros mensuels de retraite pour 15 ans de cotisations) et les rémunérations royales (11.540 euros net par mois) des derniers princes de la République, nos 331 sénateurs. Et aussi à entretenir les 1.260 fonctionnaires les mieux rémunérés de l’Hexagone (de 2.300 à 20.000 euros net mensuels), qui font la semaine de 32 heures et ont presque 4 mois de vacances.
Luxe, calme et volupté…
Et, dans l’esprit de beaucoup, de Jospin à Sarkozy, ces superprivilèges n’ont pas la moindre justification, car, selon eux, cette deuxième Chambre ne sert à rien. La réalité est édifiante : un petit tiers des sénateurs travaille, un gros tiers vient de temps en temps à Paris et les autres appartiennent à la famille des rois fainéants. Un royaume hors du monde et du temps ? Pas tout à fait. Car nos sénateurs, qu’ils soient de droite ou de gauche, sont assidûment courtisés par des lobbies de tout poil. Des marchands d’armes aux semenciers, chacun connaît la capacité de ces édiles à peser sur la diplomatie française ou à modifier un texte de loi. Cela justifie bien des « voyages d’études », tous frais payés, quelquefois au bord d’un lagon lointain… D’autres ténors politiques, en revanche, continuent à considérer la Chambre haute comme un précieux garde-fou contre les dérives des gouvernements et l’obéissance servile de l’Assemblée nationale.
Si les médias se sont exclusivement attachés à reprendre l’affaire du président Poncelet, il serait caricatural de réduire ce très bon livre à cette révélation. Posant intelligemment la question de la légitimité institutionnelle de la seconde chambre, les deux journalistes, en ont ensuite évalué les conditions de fonctionnement : rémunérations, avantages, retraites et pensions, mandatures, etc. Malheureusement, le constat est amer. Entre absentéisme, lobbying, cumul de mandats, abus de pouvoir, refuge des recalés du suffrage universel, train de vie disproportionné et obscurité des comptes – entre autres ceux des questeurs – le terme explicite de “privilégiés” semble justifié.
Mais contrairement aux apparences, loin de stigmatiser arbitrairement et injustement la chambre et ses sénateurs, ce travail d’investigation peut se vanter d’une véritable objectivité. Sceptique sur le monocaméralisme, les deux auteurs mesurent constamment leur propos en insistant autant sur les mérites que sur les anomalies du Sénat.
Ainsi, rien ne semble éviter l’injonction de la vérification concrète et du jugement. S’ils relativisent le conservatisme de la chambre et exaltent le travail des commissions, ils n’hésitent pas à dénoncer les fainéantises et les privilèges.
Mais surtout, contre l’opinion publique ou la communication des sénateurs, cet essai, loin du réquisitoire radical, a la qualité de présenter un certain nombre de réformes, propices à la démocratisation des pouvoirs publics. Une preuve incontestable d’un choix judicieux : celui de la critique constructive.
Coordination Gauche Alternative du Hainaut
9 février 2009
Le coin des bons bouquins Le dictionnaire de l’Anarchie de Michel Ragon
décembre 27, 2008 at 3:45 | In Le coin des bons bouquins, Politique | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins Le dictionnaire de l’Anarchie de Michel Ragon
Le coin des bons bouquins Le dictionnaire de l’Anarchie de Michel Ragon

Si Michel Ragon n’existait pas, il faudrait l’inventer !! Sa vie est, à elle seule, un roman !
Une enfance vendéenne, tous les petits boulots possibles et imaginables, bouquiniste sur les quais de la Seine ….
Critique et historien de l’art et de l’architecture modernes à partir de 1964, professeur-invité à l’université de Montréal en 1970, lui qui n’a « que » le certificat d’études !
Il sera encore professeur à l’École Supérieure des Arts décoratifs de Paris. En 1975, il soutient un doctorat d’État à la Sorbonne à plus de cinquante ans (Sa thèse s’intitule “La pratique architecturale et ses idéologies”), puis enseigne en tant que professeur de l’enseignement supérieur jusqu’à sa retraite en 1985 !
Ouf ! Un roman, on vous dit !!!!
Et voici qu’à 84 ans, Michel Ragon nous livre une somme …une encyclopédie de l’Anarchie.
Michel Ragon, depuis longtemps témoin engagé de l’épopée libertaire dont il fut le grand romancier (La Mémoire des vaincus), rassemble ici pour la première fois les éléments d’un Dictionnaire de l’anarchie, véritable mise en récit de cette aventure méconnue mais capitale. Dictionnaire des principaux militants de l’anarchie et de ses théoriciens, tels Proudhon, Bakounine, Kropotkine, ce livre est aussi un dictionnaire de tous ceux qui se sont réclamés ou se réclament de la pensée libertaire, comme Breton et Camus, Céline et Dubuffet, Richard Wagner et Oscar Wilde.
Dictionnaire des hommes, mais aussi des idées et de la pensée anarchiste dans le monde contemporain, de son influence, souvent méconnue, voire occultée.
De Proudhon à Cohn-Bendit, de Brassens à Léo Ferré, de Mirbeau à Camus, de Breton à Sartre, de Henry Thoreau à Herbert Marcuse, du Surréalisme au Situationnisme, non sans passer par le dessinateur belge Frans Masereel ou le peintre impressionniste Camille Pissarro, la famille libertaire est d’une étonnante richesse et d’une extraordinaire diversité. C’est ce large éventail de personnalités qui se déploie au fil des 661 pages de ce « pavé »
On n’est pas obligé d’être d’accord sur tout pour recommander un livre aussi reprocherons nous affectueusement à Michel Ragon de céder parfois au règlement de comptes sommaire ou à l’hagiographie.
Un seul manque important à noter, à notre avis : la coupure, chez les anarchistes, entre partisans d’une organisation dotée d’un programme (les « plate-formistes ») et ceux pour qui cette organisation doit seulement fédérer les diverses sensibilités anarchistes (les « synthétistes »)
Ce débat aurait du avoir sa place dans ce dictionnaire de l’Anarchie.
Reste l’œuvre considérable de Michel Ragon dont nous vous donnons une idée ci-dessous….car tout n’y est pas !!!
Ce dictionnaire de l’anarchie – 661 pages – 23 € – Albin Michel : est un joli cadeau pour des fêtes ….sans Dieu ni Maître …évidemment !!!
Coordination Gauche Alternative du Hainaut
27 – 12 – 2008
Romans, récits (1ère période –1953 – 1968)
- Drôles de métiers, Albin Michel, 1953 (réédition Albin Michel 1986)
- Drôles de Voyages, Albin Michel, 1954
- Une place au soleil, Albin Michel, 1955
- Trompe-l’œil, Albin Michel, 1956
- Les Américains, Albin Michel, 1959
- Le Jeu de Dames, Albin Michel, 1960
- Les Quatre Murs, Albin Michel, 1966
- Nous sommes 17 sous une lune très petite, Albin Michel, 1968
Romans, récits (deuxième période 1983 – 2007)
- L’accent de ma mère, Albin Michel, 1980, Grand Prix du roman des Écrivains de l’Ouest, Livre de Poche 1983
- Ma sœur aux yeux d’Asie, Albin Michel, 1982, Livre de Poche 1984
- Les Mouchoirs rouges de Cholet, Albin Michel, 1984,
- La louve de Mervent, Albin Michel, 1985, Livre de Poche 1987
- Le Marin des Sables, Albin Michel, 1987, Livre de Poche 1990
- L’accent de ma mère (réédition augmentée), Plon, coll. Terre humaine 1989
- La Mémoire des vaincus Albin Michel, 1990, Livre de Poche 1992
- Le Cocher du Boiroux, Albin Michel, 1992, Livre de Poche 1994
- Le Roman de Rabelais Albin Michel, 1994,
- Les coquelicots sont revenus, Albin Michel, 1996, Livre de Poche 1998
- Un si bel espoir, Albin Michel, 1999, Livre de Poche 2001
- Georges & Louise, Albin Michel, 2000, Livre de Poche 2002
- Un rossignol chantait, Albin Michel, 2001, Livre de Poche 2003
- Un amour de Jeanne, Albin Michel, 2003, Livre de Poche 2004
- La ferme d’en haut Albin Michel, 2005, Livre de Poche 2007
- Les livres de ma terre (réédition de 5 romans du cycle vendéen), Presses de la Cité, Omnibus, 2005
- Le Prisonnier, Albin Michel, 2007
Dans la veine libertaire (critique littéraire, essais historiques et politiques)
- Les écrivains du peuple, Jean Vigneau, 1947
- Histoire de la littérature ouvrière (du Moyen Age à nos jours),, Les Éditions Ouvrières coll. Masses et militants, 1953
- Karl Marx, La Table Ronde, 1959
- Histoire de la littérature prolétarienne en France, Albin Michel, 1974
- Bernard Clavel Seghers 1975
- Ils ont semé nos libertés. Cent ans de droits syndicaux, (préface d’Edmond Maire avant-propos de Bernard Clavel), Syros/ CFDT 1984
- La voie libertaire, Plon, 1991
- 1793. L’insurrection vendéenne et les malentendus de la liberté, Albin Michel, 1992
- Dictionnaire de l’Anarchie, Albin Michel, 2008
Le coin des bons bouquins JEUNES MAGHRÉBINS DE FRANCE La place refusée par Evelyne Perrin
octobre 15, 2008 at 10:28 | In Le coin des bons bouquins | Leave a CommentLe coin des bons bouquins JEUNES MAGHRÉBINS DE FRANCE La place refusée par Evelyne Perrin
Evelyne, ceux qui visitent notre blog la connaissent car nous avons publié récemment son intervention lors de l’Université d’ATTAC.
Elle était également présente dernièrement au Forum Social de Malmö et seule l’intensité de la crise nous a empêchés de publier le compte-rendu qu’elle nous avait adressé.
Diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris et de sciences économiques, Evelyne PERRIN est une militante infatigable, depuis de nombreuses années, des mouvements de chômeurs et de précaires et mène des enquêtes sociologiques sur divers mouvements sociaux
Elle est aussi membre de notre mouvement politique et elle est l’une des animatrices de notre collectif de Champigny sur Marne.
Dans ce dernier livre, Evelyne a voulu montrer la face cachée du fameux modèle d’intégration à la française, et ses carences les plus criantes.
L’harmattan
Collection Logiques Sociales
19,50 €-210 pages ISBN : 978-2-296-05681-7
commandez en ligne : http://www.editions-harmattan.fr
Vous pouvez aussi commander cet ouvrage chez votre libraire habituel
Ceux qui ont compris notre action locale et municipale à Hautmont et Maubeuge liront cet ouvrage. Pour tous les autres, à lire si vous voulez un jour y comprendre quelque chose !
Guy Dutron 14 – 10 – 2008
Le coin des bons bouquins LES BROUETTES DE L’ESPOIR par André Vignau
octobre 5, 2008 at 10:51 | In Le coin des bons bouquins, Société | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins LES BROUETTES DE L’ESPOIR p
Le coin des bons bouquins LES BROUETTES DE L’ESPOIR par André Vignau
« Solidarité », « humanitaire », « intégration », « prévention », « éducateurs », autant de concepts dont les politiciens de tous bords émaillent leurs discours et dont les télés font leurs choux gras allant jusqu’à créer des émissions qui les prennent pour thèmes . Mais ces concepts ne sont pas seulement prétextes à effets de manche en période électorale. Ils sont aussi opérationnels et mis en œuvre sur le terrain. Et ça marche !
Juillet 2006 : onze jeunes en difficulté – 16 à 25 ans – d’une cité des Yvelines arrivent à Tamatave (Madagascar) pour un séjour de trois semaines. Leur objectif : construire une école pour l’orphelinat « Enfants de Joie » dans un quartier déshérité de la ville. Comment donner de l’espoir quand on est soi même en rupture d’espérance?
André Vignau, écrivain, éditeur, ancien prof atypique, les accompagne car il parle couramment le malgache.
Un roman écrit avec la langue des jeunes des cités dont parle le livre, une ode à l’espoir qui nous arrive dans la gueule à pleines brouettes !!
Un témoignage aussi ; il faut lire les lettres « de motivation » maladroites, naïves ou touchantes de ces jeunes en rupture d’école et leur témoignage à leur retour de Tamatave.
Ce sont aussi des jeunes comme ceux-là qu’un apprenti monocrate veut Karchériser !!
Si vous ne deviez lire qu’un seul livre cette année, lisez celui-là mais ne vous attendez pas à en sortir indemne !
Un témoignage qui se lit comme un roman et qui fait réfléchir comme un essai.
La Presse en parle :
ATD Quart monde
Un récit vivant et chaleureux d’un chantier organisé pour onze jeunes en difficulté qui vont construire une école dans un quartier déshérité de Tamatave.
Alternatives et alternatifs
Ce serait l’histoire d’un bouquin inclassable, d’un essai qui se lirait comme un roman. D’une présentation géniale, d’un texte débordant d’humanisme, écrit comme parlent les jeunes.
Je vous préviens, si vous rentrez dedans, vous n’en sortez plus !! A faire lire dans nos banlieues et même à Neuilly, aux irresponsables qui veulent « Karchériser la racaille » !!
Lien social
Voilà un ouvrage à ne surtout pas rater. Il nous conte une superbe aventure, initiée par les éducateurs de l’association Passerelles, en juillet 2006 : l’action humanitaire menée à Madagascar par un groupe de onze jeunes en difficulté, âgés de 14 à 25 ans, issus d’une cité des Yvelines. André Vignau, romancier et dramaturge, présent dès le début du projet, en a tiré un récit écrit dans un style à l’humour ravageur et d’une émotion à fleur de peau. L’objectif consistait à construire une école dans la deuxième ville du pays, Tamatave, pour un orphelinat – les « Enfants de joie »- qui recueille des gamins des rues, des orphelins et de jeunes mères abandonnées. Deux équipes allaient tourner, assurant successivement la main d’œuvre pour édifier le bâtiment et une animation pour les enfants. Le départ fut précédé d’une préparation méticuleuse : pendant de nombreux mois une rencontre hebdomadaire, un premier chantier pour tester la vie de groupe, le suivi d’un stage Bafa pour apprendre les rudiments de l’animation … Avant de changer d’hémisphère, le groupe avait été prévenu du décalage auquel il allait être confronté. Ce fut néanmoins le choc. Presque autant de temps pour se rendre de l’aéroport jusqu’à Tamatave qu’il en avait fallu pour venir en avion, à cause de l’état des routes. Une impressionnante misère guère adoucie par un climat largement dominé par des pluies autant battantes qu’ incessantes. Une population analphabète à 70%, pour qui l’instruction n’est pas une corvée, comme pour tant d’enfants français, mais une chance. A côté de ces dures conditions d’existence, un sens de l’hospitalité qui fait tout donner, même et surtout si l’on n’a rien. Le chantier commence : tout ici se fait à la main. Pas de bétonneuse, mais des brouettes de sable que l’on doit charrier, la ferraille du béton armé que l’on doit fabriquer à la main. Et puis, il y a ces enfants qui s’approchent d’abord timidement, puis qui affluent, découvrant avec émerveillement, les perles qu’on leur propose pour confectionner bracelets et colliers ou les pots de peinture pour peindre une fresque murale, eux qui n’ont comme seuls jouets que de vieilles roues de bicyclette. Le chantier sera suffisamment avancé pour que la nouvelle école ouvre ses portes au 1er septembre. Au final, ce ne sont pas ceux que l’on pense qui bénéficieront le plus de ce chantier humanitaire. Onze jeunes occidentaux ont appris à se rendre utile et à se valoriser : « une fois dans ma vie j’aurais fait quelque chose de bien » commentera Antonio, l’un d’entre eux. De retour dans leur cité, ils ne réussiront pas à retraduire la richesse de ce qu’ils ont vécu face à des familles ou copains pensant qu’il ne s’agissait que de vacances. Une nouvelle fois, la démonstration est faite de la pertinence de l’action éducative. Un livre à se procurer et à lire sans délais, pour le plaisir de son écriture et la force de ce qu’il raconte .Voilà un ouvrage à ne surtout pas rater[...] un récit écrit dans un style à l’humour ravageur et d’une émotion à fleur de peau. [...] Un livre à se procurer et à lire sans délais, pour le plaisir de son écriture et la force de ce qu’il raconte.
Le courrier de l’éducation
Ce livre mérite l’enthousiasme par sa teneur de démonstration du potentiel énorme de la posture d’éducation et des projets dans le vrai de la vie, avec des enjeux véritables et non simulés ou du domaine des mots ; et l’on sait combien les mots sont faits aussi pour trahir et aliéner. C’est un livre qui devrait être décortiqué dans toutes les centres de formation et unités universitaire touchant à la philosophie de l’éducation. C’est un livre témoignage de la veine des “Lettres d’une maîtresse de Barbiana” ou des lettres de Makarenko, un livre d’une grande importance qui mérite de se déployer dans la réflexion des jeunes enseignants comme levier et point d’appui pour transformer la fatalité en un immense réservoir de potentialités inexploitées , d’accéder à une nouvelle naissance de l’humanité. Ce livre montre la force d’une poignée de praticiens philosophes qui démontrent effectivement qu’il est possible de soulever des montagnes, de déplacer le monde de quelques degrés sur son axe pour lui redonner de l’élan ! Un livre-témoignage à lire et à méditer séance tenante.
Les brouettes de l’espoir, André Vignau. 176 pages Prix 16 euros ISBN: 978-2-35262-001-3
Pour commander le livre :
http://www.le-lectambule.fr/cataloguelectambule.htm
Guy Dutron
5 – 10 – 2008
Appel pour le livre !
juillet 19, 2008 at 9:18 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a CommentTags: Appel pour le livre !
Appel pour le livre !
Le site “Pour le livre“ a été lancé pour prolonger et amplifier la mobilisation des auteurs, des éditeurs et des libraires en faveur de la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre. La Société des gens de lettres, le Syndicat national de l’édition et le Syndicat de la librairie française ont dénoncé en commun les attaques dont cette loi a été la cible à l’occasion de l’examen au Parlement de la loi de modernisation de l’économie. Cette mobilisation, qui s’est élargie à des membres du Gouvernement, en premier lieu la Ministre de la culture et de la communication, à des élus locaux, aux bibliothécaires, aux traducteurs ou aux professionnels du livre en régions, a permis d’éviter que ces amendements ne soient adoptées par l’Assemblée nationale. Il est néanmoins impératif que cette mobilisation soit maintenue car ce débat a révélé au grand jour la volonté de quelques acteurs de remettre en cause à leur profit les équilibres économiques et culturels existants. Ce débat a également mis en avant la nécessité de mieux expliquer les vertus du prix unique du livre, pour la création littéraire, pour les équilibres d’un marché du livre ouvert et pour les lecteurs eux-mêmes. Ce site, qui s’enrichira régulièrement de nouveaux contenus, vise donc à être un lieu d’information et d’échange sur ce sujet, ouvert aux professionnels comme au public.
Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang ».
Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a souligné combien cette loi restait un outil indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, quant à elle, a indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système législatif actuel.
Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du commerce culturel. Le lobbying qu’elles exercent auprès des parlementaires est à l’origine de ces amendements. Il vise à déréguler le marché du livre afin d’imposer un modèle commercial basé sur une volonté d’hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.
Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500 points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet. Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.
Pour la création et l’édition, cette densité et cette variété des circuits de vente du livre offrent à chaque auteur et à chaque livre le maximum de chances d’atteindre son public, qu’il s’agisse d’un premier roman, d’un ouvrage de recherche, d’un livre pour enfant, d’une bande dessinée, d’une œuvre traduite, du dernier roman d’un auteur connu, d’un livre pratique ou d’un ouvrage scolaire. Tous les livres pour tous les publics, voilà notre modèle.
Ce modèle, c’est la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre qui en est le pivot et le garant. En permettant d’infléchir les règles du marché afin de tenir compte de la nature culturelle et économique particulière du livre, elle passe aujourd’hui pour l’une des premières véritables lois de développement durable. Elle confie à l’éditeur la fixation du prix des livres qu’il publie. Les livres se vendent au même prix quel que soit le lieu d’achat, dans une librairie, une grande surface ou sur Internet, durant au moins deux ans. Ce système évite une guerre des prix sur les best-sellers qui ne permettrait plus aux libraires de présenter une offre de titres diversifiée ni aux éditeurs de prendre des risques sur des ouvrages de recherche et de création qui ont besoin de temps et de visibilité dans les librairies pour trouver leur public.
De surcroît, le prix unique fait baisser les prix. Contrairement aux idées reçues, les chiffres de l’INSEE montrent en effet que depuis une dizaine d’années les prix des livres ont évolué deux fois moins vite que l’inflation.
En favorisant la richesse, la diversité et le renouvellement de la création et de l’édition, en lieu et place d’une standardisation si courante dans de multiples secteurs aujourd’hui, en permettant une variété et une densité de points de vente du livre particulièrement remarquables, en privilégiant une véritable concurrence au détriment de la « loi de la jungle » et en maintenant des prix beaucoup plus accessibles que dans la majorité des autres pays développés, le prix unique du livre est une chance pour le consommateur, pour le lecteur et pour notre culture.
La loi du 10 août 1981 n’est ni obsolète ni corporatiste. Si elle mérite un débat, c’est pour la rendre plus vivante et plus forte encore.
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C’est avec plaisir que nous relayons cet appel. Un blog qui possède un « coin des bons bouquins », un « coin des poèmes qu’on y tient » et un de ses animateurs écrivains, un autre poète et une, enfin, professeure d’arts plastiques, ne pouvait laisser passer cette occasion.
Signez massivement et relayez cet appel, s’il vous plait.
Guy Dutron
19 – 07 – 2008
Le coin des bons bouquins Testament à l’Anglaise de Jonathan COE
juillet 6, 2008 at 12:32 | In Le coin des bons bouquins | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins Testament à l’Anglaise de
Le coin des bons bouquins Testament à l’Anglaise de Jonathan COE
Michael Owen est un jeune écrivain dépressif vivant à Londres. Un jeudi soir du mois d’août 1990 va pourtant mettre sa triste vie totalement sens dessus dessous.
En effet, c’est à cette date que Fiona, sa voisine de palier, vient lui rendre visite… C’est la première fois depuis deux ans que Michael parle avec quelqu’un. Ils deviennent amis, mais ce n’est pas le seul changement qui se produit pour lui. Il décide de reprendre l’écriture d’un manuscrit auquel il n’avait plus touché depuis longtemps : l’histoire de la famille Winshaw.
La commanditaire de ce livre est Tabitha Winshaw, âgée alors de quatre-vingt-un ans et devenue folle après la mort “accidentelle” de son frère. Elle compte sur les investigations nécessaires à la rédaction de cet ouvrage pour faire la lumière sur ce qu’elle croit être un crime familial.
Les Winshaw font partie des personnes les plus riches et les plus influentes de Grande-Bretagne : Henry est un député travailliste, Hilary est journaliste, Roddy tient une galerie d’art, Dorothy dirige une entreprise agricole et Mark vend des armes. Ils partagent tous la même passion : l’argent.
Comme de nombreux quidam dans l’Angleterre contemporaine, Michael, Fiona, Phoebe et Joan auront à subir les conséquences de cette passion dévorante.
Le roman de Jonathan Coe constitue une critique quasi systématique de la Grande-Bretagne des années 80 et en particulier du Thatchérisme
Le narrateur, Michael Owen, est une des nombreuses victimes des réformes radicales de Mrs Thatcher.
Les mesures de “rationalisation” de la Sécurité sociale, qui touchent de plein fouet les hôpitaux du secteur public, sont la cause presque directe de la mort de son amie Fiona. Tous les pôles de la vie socio-économique sont aux mains d’une richissime famille que les scrupules n’étouffent évidemment pas.
De plus, le pouvoir politique, et particulièrement le parti conservateur de Mrs Thatcher, “travaille” main dans la main avec les milieux financiers et les actionnaires d’entreprises de l’agroalimentaire ou de l’industrie de l’armement.
La corruption s’étend à tous les secteurs d’activité, des milieux de l’art à l’édition en passant par la presse écrite où les règles déontologiques du journalisme sont ouvertement bafouées pour sacrifier aux ventes et pour complaire à un public nombreux (dont on se moque par ailleurs avec un cynisme écœurant).
Mais le lancinant leitmotiv du néolibéralisme consiste à affirmer la nécessité de privatiser l’ensemble des services publics, tels les transports en commun (on connaît maintenant les conséquences désastreuses de la privatisation du chemin de fer britannique, le plus mauvais d’Europe) ou l’enseignement, mais aussi la télévision publique, la célèbre BBC. Même les députés travaillistes, aux idéaux prétendument socialistes, succombent à l’hystérie collective du “tout privé”.
Le tour de force de ce jeune écrivain britannique est d’être parvenu à rendre passionnante cette satire sociale. En les mélangeant, il marie de manière subtile de nombreux genres littéraires (policier, thriller, psychodrame, romance, autobiographie) rendant ainsi le récit alerte et captivant sans jamais se départir d’un ton ironique salutaire pour éviter la déprime.
Le livre de COE a maintenant 13 ans et c’est une forme de livre d’histoire, cette histoire qu’il nous faut sans cesse relire si nous voulons éviter qu’elle ne se répète.
A l’heure où nos dirigeants français redécouvrent le néolibéralisme qui a fait partout faillite, relisez ce qui c’est passé il y a trente ans, vingt ans en Grande-Bretagne.
Souhaitons, comme le veut cette maxime du rugby anglais qui veut que « les vieux guerriers ne meurent jamais », les bons bouquins, comme celui de COE, ne meurent pas non plus.
Jonathan COE trad. Pavans J., Testament à l’anglaise Paris, Editions Gallimard, 1995 , Folio 2992, 683 pages
Guy Dutron
06 – 07 – 2008
Le coin des bons bouquins Le petit théatre de Pierre Mauroy
mai 28, 2008 at 8:53 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | 1 CommentLe coin des bons bouquins
Le petit théatre de Pierre Mauroy
Par Guy Dutron
Issue d’une feuille satirique confidentielle diffusée dans la métropole lilloise, la maison d’édition « Les Lumières de Lille » a pour vocation l’information, l’essai et le pamphlet, un domaine peu exploré dans l’édition régionale.
Avec la sortie début octobre 2007 du « Petit Théâtre de Pierre Mauroy », le rideau se lève sur la face cachée de la vie politique dans le Nord et le Pas-de-Calais.
L’auteur de l’ouvrage, Marc Prévost, porte un regard aiguisé sur les coulisses de la vie politique régionale et décrypte, avec précision, les années Mauroy.
Cet ex-journaliste à Nord Eclair, qui fut également correspondant du Nouvel Economiste, raconte dans un style insolent les turbulences des états-majors politiques nordistes. Sans hostilité, il brosse des portraits vifs de nos élus de droite comme de gauche.
Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy est un livre de référence qui dévoile les intrigues des partis, à la veille de la retraite politique d’un des plus dignes éléphants du socialisme français….Et n’oubliez jamais qu’un éléphant, ça trompe énormément !!
Le plus doué de notre scène politique régionale, c’est Pierre Mauroy.
Un grand monsieur, assurément. Le premier rôle sans aucun doute.
A la fois metteur en scène, scénariste, acteur vedette et souffleur du petit théâtre politique régional.
Depuis 40 ans, il tire les ficelles et distribue les rôles. Presque une épopée.
Sur la scène de son petit théâtre défile à main gauche : Martine Aubry, Jack Lang, Bernard Derosier, Daniel Percheron, Marie-Christine Blandin ou Bernard Roman… Et à main… droite : Jean-Louis Borloo, Christian Decocq, Marc-Philippe Daubresse, Sébastien Huyghe, Christian Vanneste, Alex Türk…
Les vieilles figures de la politique régionale, Arthur Notebart, Albin Chalandon, Bruno Chauvierre ou encore Charles de Gaulle, le petit-fils du général, ont bien sûr leur place dans ce livre qui parcourt les années Mauroy…
Personne n’est oublié.
L’auteur a fureté derrière le miroir déformant de la vie politique et de ses personnages jamais rassasiés d’honneurs et d’effets d’image.
Dans Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, le lecteur n’est pas devant la scène en spectateur, il est en coulisses, derrière le rideau.
La trame est serrée tant les personnages se bousculent dans tous les sens du terme. Les portraits sont croqués sans indulgence. Les petits travers recensés avec impertinence. Les coulisses éclairées sans ménagement.
Bref, les masques tombent !
Avec un index de plus de 450 noms, des dates, des événements incessants, Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy est le livre de référence pour ceux qui s’intéressent à la politique régionale, mais aussi pour ceux qui n’y comprennent rien… Un livre événement.
Quelques extraits savoureux :
“Un matin d’hiver, on m’apprit qu’un rat avait mordu les pieds d’un nourrisson. J’ai décidé de réagir.” Quand il raconte la terrible anecdote de sa voix chaude de stentor, personne n’ose contredire l’impressionnant patriarche. Ses mains belles et amples brassent l’air soudain figé. L’assistance, médusée devant la vision d’horreur qui l’étreint, est à point. Prête à accorder tous les blancs-seings du monde au maire de Lille, cet Houdini de la politique. Qui justifie ainsi les financements nécessaires, les autorisations indispensables, les
dépassements de budgets, les augmentations de la pression fiscale, ou les embauches d’équipes d’urbanistes dédiés au programme immobilier des années 1990. La politique est une incessante partie de bonneteau. Les fins connaisseurs du dossier chuchotent volontiers qu’Euralille, la cathédrale mauroyenne, contient son lot de mystères.
Commentaire du Blog : Quand on a bien connu, comme nous, le regretté J.P Baïetto dans le groupe de la Caisse des Dépôts, on sait bien que l’auteur dit vrai …et le coup du rat, c’est du gros Quinquin pur sucre.
Dans le passé, quand un meeting ne décollait pas, quand on lui avait mal « chauffé la salle », Gros Pierre vous faisait le « coup de l’Internationale » !!
Il vous évoquait, avec des trémolos dans sa grosse voix, ce pauvre ouvrier Lillois, Pierre Degeyter, écrivant, à la lumière d’une chandelle, dans une courée sordide du vieux Lille, la géniale musique de l’Internationale.
Cela tenait tout à la fois du Grand Guignol, de la Porteuse de Pain et de Marie-Marie des Mystères de Paris, à faire chialer dans les chaumières mais, le rideau fermé, Gros Pierre reprenait le couteau du Chourineur !!
La cour du grand Pierre
Tout aurait pu rester discret sinon secret. Quelques échos dans la presse régionale. Oui mais voilà, une certaine Martine Aubry, la nouvelle première adjointe de Pierre Mauroy en 1995, en charge de l’édifice, n’accepte pas une telle gabegie. Le ton monte très vite (…) son chant du cygne tiendra du hurlement de la hyène. En se répandant en quolibets dans les colonnes de Nord Eclair, il se tire une balle : “Je ne fais pas partie des amis de Martine Aubry, ni de sa cour. Je n’ai pas vocation à travailler pour une fille à papa.” … Choc de deux générations ou de deux façons d’envisager la chose publique ? Pierre Mauroy avait sonné la charge en se fendant d’un dévastateur : “Finie la récré » !
Commentaire du Blog : Une belle description de l’heureux caractère de Martine de Flandre !! Une autre du caractère implacable de Mauroy.
C’est qu’il en a sifflé beaucoup, des fins de récré le Quinquin ! Notamment celle qui concernait l’ami Gérard Caudron.
Mais, à l’heure de la retraite de Gros Pierre, le Gérard vient de lui rendre la monnaie de sa pièce aux municipales de Villeneuve d’Ascq en reprenant sa Mairie et de quelle manière !!
Du coup, deux bébés Mauroy-Derosier ont mordu la poussière : Stievenard et Manier. Bonne retraite, Gros !!
Le cardinal de fer
Tapi dans l’ombre, Daniel Percheron est comme ces marionnettistes de foire que l’on ne voit jamais, mais dont le spectacle nous fascine. Il tire les ficelles de son monde balzacien au gré des vents et tactiques politiques. Quand un personnage a servi, il le garde au chaud dans son armoire. Quand il en a besoin, il le remet en scène. Si la marionnette veut échapper à son créateur, il la brûle. Une posture que d’aucuns au Parti socialiste sont loin d’apprécier. “Toi, je te détruirai”, avait grondé Paul Quilès.
Commentaire du blog : C’est vrai que, d’après l’image publique qu’il donne, Percheron, n’est pas le mauvais cheval !! Mais dans la coulisse, houlala !! Changement de décor ; la petite chenille devient papillon et le brave bourin se mue en petit Torquemada implacable.
Il est piquant de voir Percheron se faire « allumer » par Quilès ! Le même qui voulait « couper des têtes » en 1981 ; ici, voilà que Paul de Carmaux veut détruire …N’est pas Jaurès qui veut !!
Quilès la tendresse ???
Jack la Joconde
Avec lui, la culture fait du culturisme. Il vous invite à une expo, vous vous retrouvez au music-hall. Et la vedette, c’est lui. Mais son bilan est impeccable : fête de la musique, du cinéma, prix du livre, arts de la rue, printemps des poètes… L’ancien ministre de la Culture des années Mitterrand a des états de service public qui le font ressembler à un maréchal d’empire bardé de décorations. Alors, quand cet inaltérable Dorian Gray a débarqué sur la Côte d’opale, personne n’a moufté.
Commentaire du blog : Encore bien vu M. Prévost !! Comme pour le regard de la Joconde dont on ne sait jamais qui il regarde, Jack peut regarder quelque chose ou quelqu’un tout en voyant autre chose !!
CONCLUSION :
Au total, un excellent bouquin qui remet les choses en place, qui montre qu’au Royaume des aveugles, les borgnes sont rois et que si tous sont égaux, certains sont encore plus « égos » que d’autres !!
Mais, comme disait l’autre : « Quand on vient d’en rire, il faudrait en pleurer » !!
« Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy » – par Marc Prévost –
21 € -
Pour commander :
http://www.leslumieresdelille.com/Commander/tabid/525/Default.aspx
Les Lumières de Lille
46 rue du Curoir
59100 Roubaix
Le coin des bons bouquins : Relire Kafka !
mai 12, 2008 at 10:15 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins : Relire Kafka !
Le coin des bons bouquins : Relire Kafka
Kafka, jeune, en 1906
L’intégrale de Kafka est publiée en tchèque dans sa Prague natale depuis fin 2007
Franz Kafka[1], né à Prague (capitale de la Bohême ; aujourd’hui capitale de la République tchèque) le 3 juillet 1883 et mort à Kierling, près de Vienne, le 3 juin 1924, est un auteur de langue allemande issu d’une famille juive. C’est l’un des écrivains occidentaux majeurs du XXe siècle. Il y aura donc 84 ans dans moins d’un mois que Kafka mourut de tuberculose ; il faut le relire.
Interdit par les nazis, passé sous silence quasi absolu par les communistes, considéré comme un étranger par les habitants de sa ville natale, Franz Kafka (1883-1924), écrivain pragois, juif de langue allemande, voit pour la première fois ses œuvres complètes éditées en tchèque.
Kafka était prophète. Il sentait que la société était malade, il voyait ce que les autres ne voyaient pas encore. C’est pourquoi ceux qui étaient au pouvoir, tous les puissants de ce monde, avaient peur de lui : analyse l’éminent écrivain tchèque Arnost Lustig, président d’honneur de la Société Franz Kafka de Prague.”
De Franz Kafka , lisez : “La Métamorphose“, “Le Procès“, “Le Château“…
Voici leur présentation rapide (source Wikipédia)
- La Métamorphose (Die Verwandlung) est une nouvelle allégorique écrite par Franz Kafka, publiée en 1915, et indubitablement la plus célèbre de ses œuvres avec Le Procès. Un vendeur, Gregor Samsa, se réveille pour se trouver transformé en un « monstrueux insecte ». Beaucoup l’interprètent comme un conte hautement symbolique, conduisant les critiques à l’associer fréquemment à l’existentialisme.
- Le Procès (titre original en allemand : Der Process, est un roman. Il relate les mésaventures de Joseph K., qui se réveille un matin et, pour une raison que l’on ne découvre jamais, est arrêté et soumis aux rigueurs de la justice.
Tout comme les autres romans de Kafka, Le Procès n’était pas totalement achevé à sa mort, et n’avait pas vocation à être publié. Le manuscrit fut recueilli par son ami et exécuteur testamentaire, Max Brod, et fut publié pour la première fois en 1925 sous le titre Der Process , aux éditions « Die Scheide », à Berlin. Si la division et les titres des chapitres sont tous de Kafka, la distribution et la répartition sont de Brod, qui en outre a écarté de la trame principale quelques chapitres incomplets.
Ce personnage qu’est K… ne veut absolument pas être accusé alors qu’il est innocent, il va donc tout faire pour se faire acquitter mais hélas, cela sera en vain puisqu’il va se faire assassiner. Cela va être en vain car comme le peintre des juges le dit, la justice ne doit pas approuver l’innocence d’un accusé ; l’accusé est donc destiné à être exécuté.
- Le Château (Das Schloß en allemand) est un roman inachevé de Franz Kafka (le texte s’arrête au milieu d’une phrase, Kafka en avait abandonné l’écriture 11 mois avant sa mort) , publié après sa mort en 1926.
Dans ce roman, le personnage principal, K. (comme dans Le Procès), dont on ne connaît rien, arrive dans un village au pied d’un château. Le reste de l’histoire raconte les efforts désespérés de K. pour accomplir son travail, en vain.
Plusieurs interprétations ont été données de ce roman. Certaines voient dans le Château une métaphore de l’État et de l’administration — de sa distance et sa rigidité — ; d’autres, plus métaphysiques, voient dans ce château inaccessible une représentation du Paradis, le personnage se trouvant dans une sorte de purgatoire.
Kafka, déjà malade, vers la fin de sa vie
Bonne lecture à tous
Guy Dutron
12 – 05 – 2008
Pour trouver le Roman de Guy Dutron : « Un jour je mangerai du Pain Blanc »
mars 23, 2008 at 8:27 | In Pour trouver mon Roman : « Un jour je mangerai du Pain | Leave a CommentTags: Pour trouver le Roman de Guy Dutron : « Un jour je ma
Avertissement au lecteur de notre blog :
En bonne logique, Guy Dutron, principal rédacteur de ce blog ne devrait pas y parler de ses propres livres ; cela fait un peu « confusion des genres ».
C’est pour cette raison que cet article ne se trouvait pas dans la rubrique « Le coin des bons bouquins » . Si cet article se trouvait sur ce blog, c’est que nous n’avions que cet outil.
Désormais, Guy Dutron a son site personnel : « Chez Guy Dutron L’écrivain » ; vous y trouverez toutes les informations le concernant et, notamment, les informations sur la sortie de son prochain livre, les livres autoproduits et, bientôt un blog qui suivra l’actualité presse et publique concernant son prochain livre : « Mémoires de connard » qui sortira en Mai. Pour voir le site personnel de Guy, cliquez ci-dessous :
http://www.digitmaking.com/guy_dutron/guy_dutron/Bienvenue.html
LE COIN DES BONS BOUQUINS — Le Gène du Perce-neige
janvier 2, 2008 at 9:42 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins II Le Gène du Perce-Neige
Puisque nous venons d’inaugurer cette rubrique nouvelle, autant continuer. Continuons donc avec un polar qui va rejoindre à nouveau l’actualité demain 3 Janvier. Un rassemblement est organisé sous la Tour Eiffel pour marquer le début de la Grève de la Faim de José Bové et de 15 camarades Faucheurs Volontaires. Nous y serons en force : une bonne dizaine de militants de Sambre-Avesnois et du Cambrésis seront là pour manifester leur solidarité et exiger à nouveau le Droit de produire et de consommer sans O.G.M.
Le bouquin que nous vous conseillons ce soir entre de plein fouet dans cette actualité.
Jacques Bulot :
LE GèNE DU PERCE-NEIGE
L’auteur : Jacques Bullot est né en 1932.
Après une école d’ingénieur et le doctorat-ès-sciences, il entre en 1962 en tant que chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique.
Après deux ans passés aux Etats-Unis, au Baker Laboratory, il fonde un groupe de recherches où il infléchira ses travaux vers l’étude des semi-conducteurs appliqués à l’énergie solaire et coordonnera pendant deux ans les travaux d’un groupe de laboratoires européens pour la conversion photovoltaïque de l’énergie solaire. Il travaillera ensuite à Nantes où il poursuivra des recherches sur les polymères conducteurs.
Ces travaux ont donné naissance à plusieurs thèses de doctorat et à un grand nombre de publications, en anglais surtout, dans des revues spécialisées à comité de lecture comme Physical Review, Journal of Chemical Physics, Philosophical Magazine.
À partir de la fin 1997, Jacques Bullot qui, de tout temps s’est intéressé à la littérature policière et plus particulièrement au roman noir entame l’écriture de son premier roman. Celui-ci est publié en 2001 aux éditions Noir Délire sous le titre La gueule de l’emploi. Suivent la publication d’un recueil de nouvelles, La Couleur du temps et, en 2002, du roman Les Liquidateurs, toujours chez Noir Délire. Le quatrième roman : Du nitrate dans le cassoulet sort aux éditions E-Dite en 2005.
Pour l’auteur, le roman noir n’est pas un roman policier mais au contraire, comme le proclamait Jean-Patrick Manchette : un roman d’intervention sociale très violent. Jean Pons l’a caractérisé ainsi : L’intrigue n’est que le squelette du roman noir, sa chair est l’histoire sociale.
Dans cette optique les romans et nouvelles de Jacques Bullot abordent des thèmes comme : la spoliation des biens juifs pendant la guerre, le sort des liquidateurs qui ont déblayé les déchets radioactifs après l’explosion de Tchernobyl ou encore les négligences industrielles qui ont engendré l’explosion du site d’AZF à Toulouse en 2001.
Le gène du perce-neige, son dernier ouvrage, est publié en 2007 par Edition du Bout de la Rue à Vanves (92)
Résumé
Pays de Brenne : son calme, sa nature, son Centre de Recherches, son cadavre…
Charles Germont, généticien spécialisé dans la recherche sur les OGM, veut alerter l’opinion publique : les résultats des tests toxicologiques qu’il a obtenus sont inquiétants. Ses supérieurs américains, nient leur véracité et lancent un processus d’intimidation.
Contacté par le chercheur, Sullivan, grand reporter, se lance dans la bagarre en clamant :
« Si on court le moindre risque en bouffant ces trucs-là, il faut sonner le tocsin. »
Les cloches sonnent à toute volée et la course poursuite commence.
Une milice privée est dépêchée avec pour cible : éliminer le chercheur.
Menaces en tous genres, interventions musclées, attentat en plein Paris, personne n’est épargné dans ce roman noir aux actions haletantes.
Les OGM sont les assassins des plus pernicieux. Dissimulés derrière la façade propre d’un laboratoire scientifique, ils tuent en silence et sans état d’âme, jusqu’au jour où un homme scientifique courageux (toutes ressemblances avec des personnes connues est volontaire) ose parler et cherche à dévoiler la vérité.
C’est alors lui que l’on veut faire taire, et commence une course poursuite entre les mots et la mort, le risque du dire face à la censure de l’argent.
Mais si le « gène du perce neige », est un polar qui flingue les OGM comme l’indique le sous titre, il n’en fait pas son décor mais son propos. Au cœur, du discours et de l’information, le roman nous montre comment la vérité est empêchée par la menace des enjeux économiques et s’efface derrière des intérêts plus politiques qu’éthiques.
Ainsi, en suivant le destin de personnages complexes et attachants, ce roman dresse le portrait saisissant du monde et des enjeux dont nous avons à faire face et donne à ceux qui ont déjà commencé à se battre l’envie de continuer.
Plus jamais les informations sur les expériences transgéniques ne vous laisseront insensibles !
Préface de José Bové qui, lui aussi, a aimé ce premier polar anti-O.G.M.
Avis du Blog : Nous avons vraiment beaucoup aimé.
Nous l’avons dit à Jacques Bullot que nous avons rencontré,
avec son éditrice, à St Denis, l’après-midi de la marche
Poinville-Chartres-Paris, alors qu’il dédicaçait son bouquin.
Un vrai polar, un roman
« d’intervention sociale »
comme aurait dit Manchette ;
haletant, plein de rebondissements
mais avec un fond politique et social
qui rejoint nos préoccupations.
C’est un roman mais à peine ;
on imagine sans peine jusqu’où
peuvent aller les multinationales
de l’agrobusiness quand tant de fric
est en jeu.
A lire de toute urgence et,
comme disait jadis Hara-kiri,
si vous ne pouvez pas
vous le payer, volez-le !!!
Pour commander, rien de plus simple,
vous cliquez sur le lien si dessous et
vous arrivez sur le site de l’éditeur,
directement sur la page du roman…
ensuite, il ne vous reste plus qu’à
faire « chauffer » votre carte bleue…
Pas tant que ça, d’ailleurs : 14,25 €
http://www.editionduboutdelarue.fr/catalogue/polar/perce_neige_CB.php
Nouveau sur notre blog : du même auteur
Le coin des bons bouquins : Amour Raspail Vavin par Jacques Bullot
LE COIN DES BONS BOUQUINS – Le Cartel Bush -
janvier 2, 2008 at 4:51 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins | Leave a CommentTags: Le coin des bons bouquins, Refonder la Gauche
Si ça se trouve, vous aimez lire puisque vous supportez la lecture de notre Blog !!!
En guise de cadeau de nouvel an, nous avons créé cette rubrique pour vous . Nous vous signalerons régulièrement des livres intéressants de notre point de vue … de ces livres dont personne ne vous parlera jamais parce qu’ils dérangent !! Nous on a aimé et on aime partager. A vous de jouer.
Le Cartel Bush
Comment fabrique-t-on un Président des États-Unis ?
FICHE TECHNIQUE
- Auteur : James Hatfield
- Éditeur : Éditions Timéli
- Langue : Français
- Format : broché et cousu – 496 pages
- ISBN : 2-940342-05-9
- Dimensions (en cm) : 16 x 24
RÉSUMÉ
http://www.reseauvoltaire.net/
![]()
En septembre 1999, c’est-à-dire en pleine campagne électorale aux États-Unis, St Martin Press publiait une biographie détaillée du candidat George W. Bush. L’auteur, qui avait réalisé un travail de fourmi, n’ignorait rien de la famille Bush et de junior. Il avait bénéficié dans son enquête de l’aide de Karl Rove (actuel secrétaire général de la Maison-Blanche) qui croyait aider à la rédaction d’une biographie de complaisance. L’ouvrage intitulé Fortunate Son, G. W. Bush and the Making of an American President, fit immédiatement la « une » des journaux, fut choisi comme best-seller par le New York Times et souleva une intense polémique.
Il s’agit d’un document exhaustif sur l’homme, sa famille et son entourage, ses affaires et sa carrière politique, ses retournements de veste et le financement de ses campagnes électorales. Bien qu’il soit écrit sur un ton mesuré et s’attache à comprendre la personnalité de George W. Bush, il présente une vision terrifiante de la vie publique états-unienne. Pourtant de cet imposant travail, on ne retint qu’un passage secondaire, mais sensible : le candidat Bush avait été arrêté pour détention de cocaïne, en 1972. Or, selon les lois locales, ce délit aurait dû lui valoir une privation de droits civiques, il n’aurait donc pas dû avoir le droit de se présenter au gouvernorat du Texas et à la présidence des États-Unis.
Ce sont en réalité bien d’autres détails qui provoquèrent la colère des Bush. Notamment, un passage relatif à la société Arbusto (devenue ultérieurement Harken Energy) dont George W. fut le directeur. On y apprenait que, par l’entremise d’un homme de paille, cette société était la propriété d’un certain Salem Ben Laden, frère aîné d’Oussama. Mais à l’époque, la presse ne comprit pas l’importance de cette information.
Quoi qu’il en soit, la famille Bush se déchaîna contre le livre et son auteur. Elle révéla les erreurs de jeunesse de ce dernier, qui lui valurent de faire de la prison, et s’employa à le discréditer. Simultanément, elle exerça de fortes pressions sur l’éditeur jusqu’à obtenir le retrait et la destruction des presque 100 000 exemplaires disponibles.
James Hatfield, récupéra ses droits sur le livre et le fit rééditer par un éditeur marginal, Soft Skull Press, alors que George W. venait de s’installer à la Maison-Blanche. Karl Rove (secrétaire général de la Maison-Blanche) et Clay Johnson III (alors assistant personnel du président) intentèrent un procès en diffamation et obtinrent le retrait conservatoire du livre. En définitive, il fut autorisé à la vente, sans coupes, mais après le retrait de la préface originale.
Ayant échoué dans leurs démarches, Rove et Johnson menacèrent devant témoin Hatfield de le liquider, lui et toute sa famille, s’il persistait à diffuser son ouvrage. Il fut retrouvé peu après, mort, dans un motel. La police assure qu’il s’est suicidé, tandis que sa famille prétend qu’il a été assassiné. Le Réseau Voltaire assure la distribution de ce bouquin en France.
http://www.reseauvoltaire.net/
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