Le coin des ziques qu’on aime bien Django Reinhardt

novembre 14, 2009 at 6:23 | In Belgique, Culture - Livres, Europe, Le coin des ziques qu'on aime bien, Mémoire et histoire | 8 Comments
Tags:

Le coin des ziques qu’on aime bien Django Reinhardt

C’est à un presque voisin que nous rendons hommage aujourd’hui. En effet Jean-Baptiste Reinhardt, plus connu sous le nom de Django Reinhardt est né dans une roulotte à Liberchies,  entité de Pont-à-Celles, Belgique, le 23 janvier 1910.

Django

Son style de jeu et de composition a ensuite été imité, donnant naissance à un style à part entière : le Jazz manouche. Issu d’une famille manouche, il est encore aujourd’hui l’un des guitaristes les plus respectés et influents de l’histoire du jazz. Trois de ses descendants sont devenus guitaristes : Lousson Reinhardt, son fils aîné issu d’un premier mariage, Babik Reinhardt, son second fils décédé en 2001, et David Reinhardt, fils de Babik, qui poursuit aujourd’hui la voie de son grand-père en tant que jazzman, en refusant de n’être qu’un imitateur.

La famille Reinhardt ne se fixe à Paris, d’abord sur les Fortif’, la « Zone » mal famée jouxtant la Porte de Choisy, puis à la Porte d’Italie. À l’âge de 13 ans, il court déjà le cachet dans les bars et bals de Paris. En 1928, l’accordéoniste Jean Vaissade aide Django à enregistrer son premier disque. Ne sachant ni lire ni écrire, même pas son propre nom, les étiquettes portent la mention « Jiango Renard, banjoïste ». La même année, le chef d’orchestre Jack Hylton, impressionné par la virtuosité de Django, lui propose de l’engager dans sa formation de musique populaire, qui doit partir se produire à Londres. Le destin s’y oppose : juste avant le départ du groupe, le 26 octobre 1928, un incendie se déclare dans la roulotte où il vit en compagnie de sa première femme, Bella Baumgartner. Les fleurs en celluloïd — matière très inflammable — que celle-ci vend s’enflamment au contact d’une bougie. La caravane est détruite. Les deux occupants sont gravement blessés. Django est sérieusement brûlé à la jambe droite et à la main gauche. Cette main cicatrise très difficilement. Django reste près de 18 mois à l’hôpital, où les médecins prédisent qu’il ne pourra plus jamais rejouer de musique. On doit finalement brûler sa main au nitrate d’argent pour provoquer la cicatrisation. Django a perdu l’usage de deux doigts, mais s’obstine, et après 6 mois de travail sans relâche il développe une technique nouvelle sur la guitare que son frère Joseph, alias « Nin-Nin », lui a apportée comme voie de rééducation.

À sa sortie d’hôpital en 1930, Il découvre que la guitare a gagné sa place au sein des orchestres de Jazz et les premiers contacts de Django avec la musique de Duke Ellington, Joe Venuti, Eddie Lang ou Louis Armstrong sont un choc. Le jeune guitariste décide de consacrer son existence à la pratique du Jazz.

En 1931, il joue dans l’orchestre du club la « Croix du Sud », dirigé par André Ekyan, au côté de Alix Combelle et Stéphane Grappelli.

Avec Stéphane Grappelli, ils fondent en 1934, grâce à Louis Vola, le Quintette du Hot Club de France. Le groupe comprend également le frère de Django, Joseph, alias « Nin-nin », ainsi que Roger Chaput à la guitare et Louis Vola à la contrebasse. Les cinq musiciens inventent une musique nouvelle qui remporte un grand succès.

-         Quintette du Hot Club de France: Stephane Grappelly (Vin), Joseph Reinhardt, Pierre Ferret (G), Lucien Simoens(b), Freddy Taylor (Vcl) en 1936 : SHINE !  Un grand succès de Louis Armstrong : un dialogue au sommet entre Stéphane et Django :

-         http://www.youtube.com/watch?v=1DcMHrKklZM

-         Quintet of the Hot Club of France – Melancholy Baby 1938 : http://www.youtube.com/watch?v=4IBdmsHryP0

-       Solitude – Quintette of the Hot Club of France – 78rpm : http://www.youtube.com/watch?v=uCmi4Uj1dzI

Une émouvante video de 11minutes qui retrace les débuts de Django et ce que nous venons d’écrire : Django Reinhardt Video Quintette du Hot Club de France : http://www.youtube.com/watch?v=LW7aVlPLZJQ&feature=PlayList&p=0FF4A5CE1B33D229&playnext=1&playnext_from=PL&index=7

-       Quintet of the Hot Club of France – Swing 39 1939 : http://www.youtube.com/watch?v=JfAZ_7QEKVw&feature=PlayList&p=0FF4A5CE1B33D229&playnext=1&playnext_from=PL&index=1

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, le quintette est en tournée en Angleterre. Stéphane Grappelli choisit d’y rester, Django retourne en France, à Toulon, où il est mobilisable dans la Flotte mais est à nouveau réformé à cause de ses brûlures. Il passe la guerre en Zone Libre, jouant à Paris, voyageant et tentant même de gagner la Suisse après un passage à Thonon, sans succès.

En 1940, il enregistre le titre “Nuages” avec le clarinettiste et saxophoniste de jazz Hubert Rostaing. http://www.youtube.com/watch?v=DY0FF4iR9Cw

En 1943, il épouse, à Salbris, Sophie Ziegler, sa seconde femme, dont il aura l’année suivante un fils, Babik Reinhardt, qui deviendra à son tour un grand guitariste.

Ici, Bireli Lagrene & Babik Reinhardt jouent “Djangology” et y ajoutent quelques fleurs au Festival Django Reinhardt festival  de Samois-sur-Seine in 1990. Samois est la commune ou Django est mort et repose : http://www.youtube.com/watch?v=gBT43C8vc3k

À la libération, Django retrouve Grappelli avec lequel il improvise sur une Marseillaise qui restera célèbre : un enregistrement du 31 janvier 1946 http://www.youtube.com/watch?v=ciJUJDWmjQs

En 1951, après un échec américain, il achète une maison et s’installe à Samois-sur-Seine en Seine-et-Marne, près de Fontainebleau. À ce moment commence pour lui un véritable renouveau : l’inspiration revient, son jeu est plus inspiré que jamais. Il joue avec un orchestre composé des meilleurs be-boppers français : Roger Guérin, Hubert et Raymond Fol, Pierre Michelot, Bernard Peiffer, Jean-Louis Viale. Il est toujours à l’avant-garde du jazz.

En 1953, Norman Granz fait part à Django de son désir de l’engager pour les légendaires tournées du Jazz at the Philharmonic.  Le producteur français Eddie Barclay lui fait enregistrer 8 titres, en guise de « carte de visite » pour les amateurs américains. Ces 8 morceaux exceptionnels marqueront irrémédiablement les amateurs de Jazz et surtout les guitaristes du monde entier, qui s’inspireront des décennies durant du jeu d’un Django très en avance sur son époque.

Ici, en compagnie de Duke Ellington, une composition de Fats Waller : Honeysuckle Rose. Django a électrifié sa guitare !   http://www.youtube.com/watch?v=QATIHWbN-sM&feature=related

Django enregistre son dernier disque le 8 avril 1953, avec Martial Solal au piano (c’est un de ses premiers enregistrements), Pierre Michelot à la contrebasse, Fats Sadi Lallemant au vibraphone et Pierre Lemarchand à la batterie. Son interprétation vibrante de Nuages fera dire à certains que le guitariste s’attendait par prémonition à disparaître d’ici peu.

Il mourra un mois plus tard d’une hémorragie cérébrale. Django Reinhardt repose depuis à Samois sur Seine.

Depuis, d’autres continuent. Dont un jeune prodige de la même région de Belgique : Alexandre Cavalière qui est maintenant un jeune papa !

django. stèle à Liberchies gif

Ici, Alexandre Cavalière en concert à koekelberg avec Mario à la guitare solo, Walter à la rythmique, Renaud à la guitare solo 2 et Rodrique à la contrebasse. Dans un grand succès de Django Manoir de mes rêves : http://www.youtube.com/watch?v=X1bmoRImgqk

Les mêmes au même endroit : Dorado swing http://www.youtube.com/watch?v=G7t0tFqFhz8

Concluons avec la famille !

Revenons aux origines à Liberchies : Gipsy Jazz @ Django a Liberchies 2009 http://www.youtube.com/watch?v=U5UH0ZmATuI&feature=related

CHRISTIAN ESCOUDE NOUVEAU TRIO GITAN au festival de MARCIAC 2008

Christian ESCOUDE, David REINHART (petit fils de Django et JB LAYA dans un assortiment de leurs talents ! http://www.youtube.com/watch?v=daDr27ONOac&feature=related

David Reinhardt, Jean-Yves Dubanton le 01/06/2006 au Festival Jazz Musette de St Ouen

http://www.youtube.com/watch?v=9lGYi0hbxOI&feature=related

En 2010, à Liberchies comme à Samois, sera commémoré le 100ème anniversaire de la naissance de Django.

Django_Reinhardt_Plaque_Samois

Guy Dutron 14 11 2009

La dernière bavure de Baldur von Raoult !

novembre 12, 2009 at 12:22 | In Citoyenneté, Culture - Livres, Féminisme, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, social | 1 Comment
Tags:

La dernière bavure de Baldur von Raoult !

Tu as raison, ami lecteur, ce titre mérite une explication !

-         « la bavure » : parce que Raoult est un baveur et un bavard ! C’est fou ce qu’il bave !

-         « Baldur von Raoult » : c’est en référence à Baldur von Schirach[1]. Grand bavard du nazisme qui vomit un jour : « Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver » !

-         Bon d’accord mais pourquoi « dernière » bavure ? Là, pour répondre à cette question, il faut d’abord vous présenter le pedigree de baveur.

eric_raoult.député godillot pngA petit godillot, petite photo ! Na (proverbe Ouzbek)

Le pedigree de Baldur von Raoult :

Comme on dit dans les pubs : attention, c’est du lourd ! Il est vrai qu’il ne fait pas dans la légèreté ni la dentelle le Baldur, il serait plutôt du genre cul de plomb !

-         En 1991, il réplique à une sortie d’Edith Cresson (alors premier ministre) concernant les Japonais en déclarant que ceux-ci étaient « plus habitués au langage de velours de geishas qu’à l’argot vulgaire des femmes de poissonnier ». Baldur n’est donc pas féministe ! Il serait plus proche du gros cul plombé du macho de service ! Cela se confirme !

-         Mais il sera tout de même récompensé : son mentor Chirac le remerciera ! Il est fait chevalier de la Légion d’honneur par le président Jacques Chirac en 2001. Encore une belle connerie, tiens ! Une médaille en chocolat, une ! Notons pour le fun que côté geisha, le Chichi ….passons !

-         Il a cosigné la proposition de loi du 8 avril 2004 exigeant son rétablissement pour les auteurs d’actes terroristes. Faut dire que le terrorisme, il connaît le Baldur ! Dans sa bonne ville du Raincy, pourtant largement épargnée par les émeutes de l’automne 2005 et dont Raoult est le maire, il sera le premier à décréter le couvre-feu ! Comme Boutefeux alors ? Non ! Comme Hortefeux !

-         Il a soutenu, en 2007, un amendement visant à rétablir la peine de mort sous certaines conditions : http://www.liberation.fr/politiques/010118202-encore-dix-huit-deputes-pour-la-peine-de-mort

-         Baldur est encore le président de l’Association des élus amis d’Israël (ADELMAD). Celle-là, je vous la recommande ! Voyez le compte-rendu de visite que publie un plumitif ébahi ! En effet, une délégation de l’association de Raoult c’est rendue en Israël le samedi, 08 novembre 2008 : http://pesia28.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/11/08/douzieme-visite-annuelle-d-adelmad-en-israel.html Dans ce torchon, on peut lire que : « nombre d’élus (maires, conseillers municipaux, députés, sénateurs) voyagent en Israël pour la première fois et s’étonnent, dès leur arrivée, de découvrir une ville dynamique (Tel-Aviv) sans présence policière massive ou quadrillage militaire…À l’occasion de cette courte visite de 5 jours, la délégation des 53 élus français a été accueillie vendredi dernier dans la somptueuse Résidence de France par l’ambassadeur Jean-Michel Casa et son épouse, Isabella. ». L’histoire ne dit pas si la charmante Isabella parlait Geisha ou poissonnière mais on devine !!

-         Revenons à notre Baldur : il a approuvé publiquement le 31 octobre 2009 sur Berbère Télévision l’expulsion de Tunisie de la journaliste du Monde Florence Beaugé ! Baldur n’est donc pas hostile envers Ben Ali !!!

-         Opposé à l’homoparentalité, il déclare « Dès qu’il y a un enfant, il faut un papa et une maman » lors du premier cas d’adoption accepté pour une jeune femme homosexuelle. Pas de bol, Baldur ! Aujourd’hui même, on apprend qu’un tribunal administratif admet l’adoption pour une femme homosexuelle !!! Va encore falloir sortir ton pétard Baldur !

-         Enfin, last but not least, ce nain politique accompli écrit au ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, pour demander un devoir de réserve aux lauréats du prix Goncourt, après avoir lu des déclarations de Marie Ndiaye émises en août 2009 et notamment : “Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux”.

Alors, on va te dire Baldur :

-         Primo Marie Ndiaye s’est exprimée bien avant le Goncourt et tu ne l’ignore pas ! Ton attitude est donc tout sauf une connerie. Elle participe, outre ta pub personnelle, de la dérive actuelle de notre République qui de bling bling passe à bananière pour devenir autoritaire et, pourquoi pas un tantinet facho.

-         Deuxio : malgré le prurit qui te démange, tu ne vas pas régenter nos vies Baldur ! Donc, ton prurit, tu te le grattes !

-         Troisio : nous proposons à notre méritée (pour une fois) Goncourt 2009 de modifier sa déclaration qui deviendrait alors : « Besson, Hortefeux, Baldur von Raoult, tous ces gens là, je les trouve monstrueux » !

Vingt ans de perles droitières citées par Rue 89

http://www.rue89.com/2009/11/13/eric-raoult-dans-le-texte-vingt-ans-de-perles-droitieres-125894

Sur Marie Ndiaye :

« Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu’elle représente. »

Ha, la Marseillaise …..qu’un sang impur ….. :

« Voir de nouveaux Français de toutes les couleurs chanter la Marseillaise, moi ça me met les larmes aux yeux. »

Sur Le Raincy :

« On ne fait pas une communauté comme au village. Le Raincy, c’est pas Bamako ».

A Edith Cresson :

« Les Japonais sont plus habitués au langage de velours de geishas qu’à l’argot vulgaire des femmes de poissonnier. »

Sur Ben Ali et la Tunisie :

« Il est assez singulier voire très surprenant que l’on puisse constater régulièrement que les médias et certains responsables politiques français s’ingénient à dénigrer certains pays pourtant amis de la France. Cette méthode regrettable est ainsi couramment utilisée à l’encontre de pays comme la Tunisie ou le Gabon par exemple. Alors même que ces ‘ droits de l’hommistes ’ impénitents voire professionnels oublient les mêmes réclamations pour de nombreux autres pays »

Et, puisque bien malgré toi Baldur, nous sommes dans la culture, je laisse la conclusion au Forestier qui nous parle de fachos et de parachutistes et qui dit ce que nous pensons tous : qu’on les emmerde !

Parachutiste par Maxime Le Forestier

http://www.dailymotion.com/video/x51b5n_parachutiste_music


[1] Baldur von Schirach était le chef des Jeunesses hitlériennes et également gauleiter de Vienne. Il fut condamné à vingt ans de prison à la suite du procès de Nuremberg et emprisonné à la prison de Spandau.

 

Notre feuilleton de l’été “Les récoltes du siècle futur” Par Hélène Lacheret Sixième partie : L’abandon ou la responsabilité ?

novembre 11, 2009 at 11:42 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins, Mémoire et histoire, Politique, Société, social | Leave a Comment
Tags:

Notre feuilleton de l’été

“Les récoltes du siècle futur”

Par Hélène Lacheret

Sixième partie : L’abandon ou la responsabilité ?

I

La pétition avait recueilli mille deux cent cinquante et une signatures, dont un bon tiers était dû à l’activisme de Kader. Les jeunes avaient fièrement tout photocopié avant d’envoyer en grande pompe et en recommandé les originaux à la société de H.L.M. L’action avait même eu droit à un entrefilet dans la presse locale. Maintenant, ils attendaient.

Catherine avait à présent des permissions de sortie. Chaque retour était pour elle l’occasion de se sentir extraordinairement choyée, c’était à qui lui apporterait le premier perce-neige, ou un gâteau fait maison, un magazine pour se désennuyer… Malgré la maladie et sa faiblesse physique, elle rayonnait. L’assistante sociale appelait régulièrement pour lui faire part de l’avancement du dossier. Comme Catherine était prioritaire, la préfecture avait déjà fait deux offres de logements qui auraient pu être accessibles financièrement, mais qui étaient malheureusement situés dans des communes vraiment trop éloignées et qu’elle avait refusées pour cette raison. Plus que jamais, maintenant qu’elle savait ses jours en danger, elle excluait d’éloigner ses enfants de leurs repères. Elle avait terriblement maigri et n’avait même pas la force de parcourir à pieds les quelques neuf cents mètres qui séparaient la loge de l’hôtel. Alors c’était la famille d’Ali qui faisait le déplacement. M. Ulcert s’était fait huer par les jeunes du quartier, un jour qu’il s’était permis un commentaire désobligeant sur ces allées et venues.

La formation de Gaëlle se poursuivait de façon très positive. Jamais elle ne laissait paraître sa fatigue, elle redoublait d’efforts, au contraire, pour être sûre d’obtenir son diplôme.

Michaël voyait se profiler le conseil de classe du deuxième trimestre et tâchait de masquer son inquiétude : ses résultats s’étaient encore dégradés, sauf en français.

Xavier était finalement content de ne pas avoir de travail car il remplaçait entièrement sa mère à la loge, officieusement, malheureusement. Il avait envoyé sa candidature, rédigée à l’aide de Leïla, mais il n’avait toujours pas obtenu de réponse. Tout leur sort semblait à présent être placé entre les mains des décideurs de la société de H.L.M. et ceux-ci ne paraissaient guère pressés de se prononcer.

Les soirées chez Ali se poursuivaient, mais elles avaient pris un tour moins formel. Presque tous les soirs, plusieurs personnes se retrouvaient dans l’arrière-salle et travaillaient sur un point donné. Avec l’aide de Marie, la bibliothécaire, ils formaient une sorte de club-lecture et s’appropriaient les informations sur un sujet donné puis rédigeaient un argumentaire sur le thème, qui leur permettait de continuer leur rôle “d’éducateurs permanents”, comme ils se définissaient eux-mêmes. Kader était parti en Italie, mais des jeunes qu’il avait sollicités au moment de la pétition venaient régulièrement participer aux soirées. Et c’était touchant de voir ces jeunes, ex-mauvais élèves, s’acharner à comprendre des notions apparemment complexes, portés par l’espérance d’un monde où ils auraient un avenir.

Davos avait eu lieu à la fin janvier, comme tous les ans, et était un peu passé au second plan de leurs préoccupations tant ils étaient mobilisés par la situation des Maheu. Cependant, Julien s’y était rendu avec des militants d’Attac, grâce à des cars mis à la disposition des manifestants par la mairie de Saint-Denis. Il en était revenu heureux des rencontres qu’il avait pu faire pendant le trajet mais aigri par l’impression que “ces gens-là” étaient tellement bardés de certitudes, tellement enfermés dans leur vision du monde, voire dans leur monde tout court, avec ses grilles défensives, sa police à son service, qu’il n’était même pas pensable d’essayer de dialoguer avec eux. Il regrettait presque d’avoir fait ce déplacement alors qu’au même moment, il aurait pu assister au colloque de Morsang-sur-Orge réuni sur le thème du rôle des collectivités locales dans la résistance face à la mondialisation libérale. Il avait adhéré à Attac suivi en cela par d’autres mais allait surtout aux réunions organisées au niveau de sa fac. Ces adhésions leur permettaient de faire partie du réseau des résistants, ils disposaient d’informations introuvables ailleurs qu’ils commentaient et qui renforçaient leur détermination. Ils avaient demandé à Ali la permission de copier certaines citations particulièrement choquantes et de les afficher dans le café, telles celle-ci :

“Soit dit entre nous, la Banque Mondiale ne devrait-elle pas encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés ? […] le calcul du coût d’une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l’accroissement de la morbidité et la mortalité…

(quel jargon ! mais vous allez comprendre)

La logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversés là où les salaires sont les plus faibles est imparable.

[…] On se préoccupera évidemment beaucoup plus d’un facteur qui augmente de manière infinitésimale les risques de cancer de la prostate dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour avoir cette maladie que dans un autre où les enfants meurent avant l’âge de cinq ans.”

Lawrence Summers, note interne de la Banque Mondiale, 1991.

Et il faut dire que leur lecture avait beaucoup d’amateurs qui poussaient ensuite des protestations nourries, noircissant l’espace réservé aux commentaires avec des phrases comme celles-ci : “Gaffe, les moutards, avant d’atterrir, vous risquez de tomber dans un berceau de dioxine !” ou “A combien est évalué le taux de pollution absorbable par un smicard en terme de profit ?” ou encore : “Summers, as-tu eu le culot de mettre des enfants au monde ?” Un jour, ces lecteurs finissaient par franchir la porte de l’arrière salle. Une activité de ruche régnait désormais dans celle-ci : on avait même installé une étagère dans un coin et acheté en commun un ordinateur d’occasion. Plus que jamais, l’hôtel d’Ali était le centre vital du quartier.

Julien, lui, ne décolérait pas devant quelque chose qui lui paraissait vraiment une perversion : “Même des médias pas trop mal intentionnés nous traitent d’anti-mondialistes. Ça me fout hors de moi : regardez-nous. Sommes-nous des pauvres frileux ratatinés sur notre petit horizon national par peur des autres ? Y a pas plus ouverts que nous. Et c’est M. Ulcert qui tient des discours libéraux pas possibles en disant que chacun peut réussir s’il le veut, que les chômeurs et les assistés sont tous des feignants qui profitent du système et qui est raciste que c’en est pathétique, qui passe pour l’homme “moderne”, ouvert intellectuellement, faisant des choix dictés par la raison et non par un vague sentimentalisme. Ah non, je ne peux plus supporter ça. En j’en ai relevé d’autres, de perles pareilles dans la presse : ils assimilent libéralisme et liberté. Quelle honte ! Tous ceux qui sont morts pour la défense de la liberté doivent danser la sarabande dans leur tombe. Comme si la liberté humaine se résumait à la capacité de faire du fric ! Mais pour quoi faire, le fric ? Ce n’est qu’un moyen. Et puis ce qu’ils sortent sur la croissance ! Comme si la croissance était la solution à tous les problèmes : sortez vos calculettes ; croître de trois pour cent l’an dans un monde fini, ça nous emmène en combien de temps à l’implosion ?

Nous, nous essayons de former une véritable communauté humaine, nous, nous avons le souci de nos semblables et ce n’est pas que des mots, nous le montrons dans le quotidien, mais eux, ce sont des sales individualistes égoïstes qui n’ont d’autre souci que leur intérêt et après eux le déluge ! Et qui habillent tout ça du discours de la modernité et de l’efficacité en nous faisant passer pour des ignares parce que nous ne pensons pas comme eux. Et que les journalistes, dont c’est pourtant le métier, ne manient pas avec plus de prudence ces mots qui sont des armes pour nous discréditer, ça me met dans une rage folle. Vous verrez que bientôt on nous appellera “terroristes”. Si tu veux tuer ton chien, accuse-le d’avoir la rage ! Qu’ils le fassent est de bonne guerre. Mais que les journalistes, ces vendus, leur emboîtent le pas, ça, je peux pas l’admettre.

- Allons, Julien, il fallait s’y attendre, dit Ali, un soir. Et il faut te préparer à pire. Pour l’instant, ils croient encore être les maîtres, alors ils font tirer sur nous par leurs valets avec des mots. J’ai connu ça pendant la guerre d’Algérie. Mais plus ils vont prendre peur, plus la riposte va être violente. Tu verras bientôt le jour où ils vont s’entourer de barbelés et faire tirer sur la foule en disant que nous sommes les agresseurs ; il faut s’y préparer, malheureusement, même si on est contre la violence. Ils ne nous laisseront pas le choix et nous aurons fort à faire pour limiter les dégâts.”

Tous restèrent songeurs devant cette éventualité à laquelle ils n’avaient pas pensé. Ils avaient l’image de Seattle, de ces groupes très organisés qui s’étaient entraînés à la non-violence et cette non-violence était déjà en soi une victoire. Ils avaient pensé que leur résistance serait toujours joyeuse et festive. Ils n’étaient pas encore préparés à l’idée qu’ils pourraient y perdre quoi que ce soit, tant il leur semblait dans la logique de la vie de devoir gagner.

“Quand les mineurs ont fait la grève, dans Germinal, les gendarmes ont tiré sur la foule. Et, après la lutte, pour la Maheude, c’était encore plus dur qu’avant parce que Maheu était mort et qu’elle se retrouvait seule avec les gosses, dit Michaël. Mais ils  pouvaient pas ne pas le faire même avec tous ces risques. Pour la dignité, pour  pas avoir honte d’eux. Et même s’ils ont perdu en apparence. Parce que c’est comme ça que l’humanité avance.

- Mais c’est quand même un terrible sacrifice, soupira Quentin. Je ne sais pas s’il existe en France, comme aux États-Unis, des groupes qui s’entraînent à la résistance non-violente. Pourtant c’est l’arme des opprimés. Gandhi et Martin Luther King ont infiniment fait avancer leur cause en plaçant leur lutte sur le plan du débat et en refusant les armes. Nous devons y réfléchir. Nous devons nous former à la non-violence.”

II

Un soir, Vladimir arriva avec un livre blanc sous le bras, un livre au titre étrange : La supplication, qu’il posa sur la table sans rien dire. Ce soir-là, Ali était allé chercher Catherine avec la fourgonnette parce qu’ils préparaient tous une exposition pour le troc et puces qui aurait lieu en mai. Ils avaient décidé, en accord avec le groupe local d’Attac auquel certains d’entre eux participaient, de profiter de la circonstance pour diffuser leurs idées et voulaient fabriquer des panneaux. Ils furent étonnés de l’attitude de Vladimir, habituellement si chaleureux, qui se taisait, comme s’il avait l’esprit ailleurs.

“Eh, Vladimir, ça va ? l’interpella Ibrahim. Vladimir mit quelques secondes à réagir :

- Non, excusez-moi, ça ne va pas. Après avoir lu ce livre, j’ai honte d’être un homme, j’ai honte d’être Russe, je demande pardon à mes enfants de leur avoir transmis la vie.

- Mais qu’est-ce que c’est, ton livre, demanda Marine.

- C’est l’enquête d’une journaliste auprès des habitants de la centrale. La première qui parle, surtout, m’a bouleversé. Je n’ai pas honte de le dire, j’ai pleuré tout le temps et… elle parlait d’amour.

- Tu parles de quelle centrale ? demanda Quentin.

- De la première qui a pris feu, Tchernobyl. La première, parce qu’on sait déjà qu’il y en aura d’autres, en Russie, en Roumanie… et qu’on ne fait rien.

- Tu ne veux pas nous en lire un passage, de ton livre ? demanda Sonia. Comme ça on pourra partager ce qui te trouble tant.

- Si, je veux bien, dit Vladimir. Peut-être que ça me hantera moins, si je le partage avec vous.” Et il lut, de sa grosse voix rocailleuse, aux silences éloquents :

“Je ne sais pas de quoi parler… De la mort ou de l’amour ? Ou c’est égal… De quoi ?

Nous étions jeunes mariés […] Je lui disais : “Je t’aime.” Mais je ne savais pas encore à quel point je l’aimais… Je n’avais pas idée…. Nous vivions au foyer de la caserne des sapeurs-pompiers où il travaillait. […] Je n’ai pas vu l’explosion. Rien que la flamme. Tout semblait luire… Tout le ciel… Une flamme haute. De la suie. Une horrible chaleur. Et il ne revenait toujours pas. La suie provenait du bitume qui brûlait. Le toit de la centrale était recouvert de bitume. […] Ils étouffaient la flamme. Ils balançaient en bas, avec leurs pieds, le graphite brûlant. Ils étaient partis comme ils étaient, en chemise […]”

Après, elle raconte tout, dit Vladimir, l’hôpital, l’interdiction de le voir, comment elle ment parce qu’elle est enceinte, comment elle s’occupe de lui, comment il est mort : “Il n’était plus qu’une énorme plaie… Les deux derniers jours, à l’hôpital… Je lui ai soulevé le bras et l’os a bougé, car la chair s’en était détachée… Des morceaux de poumons, de foie lui sortaient par la bouche… Il s’étouffait avec ses propres organes internes… J’enroulais ma main dans une bande et la lui mettais dans la bouche pour en extraire ces choses… On ne peut pas raconter cela ! On ne peut pas l’écrire ! Et c’était tellement proche… Tellement aimé…”

Après, elle raconte l’enterrement, dit Vladimir, et puis elle finit en parlant des autres : “Les gens de la centrale vivent à côté de moi, les gardiens, comme on les appelle. Ils ont travaillé là toute leur vie. Et, à ce jour, ils continuent à prendre leur poste. Plusieurs d’entre eux ont des maladies terribles, sont invalides, mais ils n’abandonnent pas la centrale. Qui a besoin d’eux, aujourd’hui ? Et où ? Beaucoup meurent. Sur le coup. Un homme était assis sur un banc et il est tombé. Un autre attendait l’autobus, dehors, et il est tombé. Ils meurent, mais personne ne les a véritablement interrogés sur ce que nous avons vécu… Les gens n’ont pas envie d’entendre parler de la mort. De l’horrible… Mais moi, je vous ai parlé d’amour… De comment j’aimais.”

Et les larmes roulaient silencieusement sur les joues slaves de Vladimir, sur les joues décharnées de Catherine, sur les joues mates d’Ali, sur les joues mal rasées de Julien, sur les joues lisses des filles, les larmes coulaient silencieusement sur les joues de ceux qui savaient encore aimer.

“Et le bébé ? demanda Sonia.

- La petite fille a vécu quatre heures et la maman n’avait pas vingt-cinq ans, répondit Vladimir. Combien y a-t-il eu de vies détruites ? Et combien la prochaine fois ? Svetlana Alexievitch, la journaliste qui a enquêté trois ans pour donner la parole aux suppliciés de Tchernobyl, a été irradiée. Maintenant, elle a le cancer. Il y a eu des enquêtes, on sait qu’il y a des dizaines de Tchernobyl en puissance et à l’heure de la prétendue mondialisation, on ne fait pas, de la prévention de ces catastrophes prévisibles, la priorité absolue ! Combien cela coûterait d’empêcher ça ? Quel pourcentage infime de l’argent gagné grâce à la spéculation ? Quand verrons-nous enfin les peuples se lever et imposer à leurs gouvernants de cesser de fuir les responsabilités qu’ils ont à leur égard !

- Et tant de gens, dit Odile, qui se réfugient derrière le prétexte qu’on ne peut rien faire pour ne rien faire. Des gens qui sont allés à l’école, qui savent écrire, qui ont des enfants et qui ne font rien, moi la première. Tu as bien fait de nous lire cet extrait, Vladimir. Je vous promets que je vais me renseigner, je suis sûre que dans leur coin, isolés, parfois découragés devant l’ampleur de la tâche, il y a des gens qui n’ont pas baissé les bras. Nous pouvons les aider, nous devons les aider, nous devons écrire à nos députés, à nos ministres, à nos élus au Conseil de l’Europe pour leur demander d’agir.

- Moi qui croyais qu’on avait atteint l’horreur absolue avec les camps de concentration, dit Xavier. Mais que nous réserve donc le siècle qui vient dans l’escalade de l’horreur et pourquoi sommes-nous à ce point incapables de tirer les leçons de l’histoire ?

- Parce que la lucidité est difficile, parce qu’entre l’exigence et la facilité, nous préférons nous leurrer avec la facilité et que nous voulons croire que nous serons toujours assez malins ou assez chanceux pour échapper au pire. Mais les nuages radioactifs, l’arsenic déversé dans les rivières, les plantes rongées par la dioxine ou d’autres polluants, le trou dans la couche d’ozone, les changements climatiques et leur cortège de néfastes conséquences se moquent comme d’une guigne des frontières. Ou même des riches et des pauvres, argumenta Pierre. Il faut nous dépêcher d’exiger que cesse cette infernale fuite en avant, il nous faut retirer le pouvoir des mains des financiers et le remettre entre les mains des hommes, ceux qui ont le souci de leurs frères et de leurs enfants.

- Mais sur quelle base exiger cela ? interrogea Michaël.

- Après les horreurs de la seconde guerre mondiale, l’humanité traumatisée a rédigé La déclaration universelle des droits de l’homme qui a été ratifiée par de très nombreux pays. La voilà, notre base. Il faut tout mettre en œuvre pour que, déjà, elle soit appliquée, expliqua Vladimir. Si c’était le cas, cela représenterait un progrès considérable pour les hommes. On pourrait même dire qu’on a enfin changé d’ère, qu’on renonce à la loi de la jungle pratiquée par les financiers, pour entrer dans la démocratie universelle.

- Ça, c’est une utopie, s’exclama Xavier, tout fier d’avoir retenu le mot.

- Oui, une utopie qui vaut la peine de se lever le matin et qui finira par devenir réalité, conclut Pierre.

III

Au courrier, il y avait une lettre à l’en-tête de la société d’H.L.M. adressée à Xavier Maheu. Il s’assit en face de sa mère pour l’ouvrir : c’était une convocation pour un entretien en vue d’une éventuelle embauche. Il avait posé la merveille sur la table et il contemplait sa mère avec adoration. Elle était émue aux larmes et elle faisait une drôle de grimace qui lui donnait l’air étrange sous son foulard, avec ses joues si maigres. Dans un sous-verre accroché au mur, Xavier avait mis la photo offerte par Fathia. Il ne pouvait s’empêcher de comparer l’image de sa mère à cette époque heureuse avec ce qu’elle était devenue et de se lamenter intérieurement sur la cruauté de l’existence. Catherine ne se plaignait jamais. Mais on voyait à des signes imperceptibles qu’elle avait peur de ne pas guérir. Par exemple, elle, si pudique dans la manifestation de ses sentiments, il lui arrivait désormais de passer doucement la main dans les cheveux de ses enfants.

Cependant, grâce à la disponibilité octroyée par la maladie, cette sorte de vacance qu’elle n’avait jamais connue, elle s’ouvrait au monde. Elle écoutait de plus en plus souvent la radio, elle s’était prise de passion pour l’émission de Daniel Mermet, Là-bas si j’y suis, qu’elle essayait de ne pas manquer : “Il me rend moins bête,” disait-elle avec un petit sourire heureux.

“Ça t’ennuie pas si je vais montrer la lettre à l’hôtel, M’man ? Je resterai pas.

- Mais bien sûr, Xavier. On a partagé les peines alors c’est justice de partager l’espoir. Va mon grand, et embrasse-les pour moi.”

A l’hôtel, Taous et Yamina étaient en grande discussion avec Fathia, à propos de l’organisation de leurs mariages. Elles avaient décidé de se marier le même jour, essentiellement pour limiter la complication liée à l’obtention des visas pour les proches souhaitant venir d’Algérie. Fathia avait encore sa mère, en relative bonne santé car elle l’avait eue très jeune. En ce qui concernait le père d’Ali, c’était plus délicat : il avait quatre-vingt cinq ans, il était bien fatigué, un peu branlant et il fallait éviter de le bousculer. Pourtant l’un comme l’autre tenaient absolument à ce que les grands-parents encore vivants assistent au mariage de leurs petites-filles. C’est là que commençait le casse-tête : fallait-il demander des visas pour trois mois, attendre les visas pour fixer la date du mariage, mais obtiendrait-on des visas pour une si longue durée ? Ou fallait-il fixer une date un peu éloignée puis demander les visas ? Fathia se souvenait que sa sœur n’avait jamais réussi à faire venir sa mère pour la circoncision du dernier petit-fils. Et puis, sûrement d’autres oncles, tantes ou cousins souhaiteraient venir : comment organiser l’accueil au mieux alors qu’il n’était pas question de fermer l’hôtel ? Souvent, en août, certains clients prenaient quelques jours de congés. N’y aurait-il pas moyen de s’arranger avec ceux qui étaient devenus intimes, quitte à leur consentir un bon rabais, pour récupérer quelques chambres ? Mais c’était délicat car les clients laissaient leurs affaires dans la chambre et il ne fallait pas qu’ils aient le sentiment d’une intrusion dans leur intimité. Et pour la famille venue d’Algérie, cela allait de soi qu’elle serait accueillie pour les mariages, qu’on ferait la fête comme en Algérie, plusieurs jours durant. À un moment, Ali et Fathia avaient même pensé transporter toute la famille en Algérie et faire la fête là-bas. Mais c’était impossible d’envisager de fermer l’hôtel avec des clients permanents et c’était tout aussi impossible de penser que l’un d’entre eux pouvait être absent à la cérémonie. Elles essayaient de se remémorer comment elles s’étaient organisées pour le mariage de Leïla. D’abord, c’était quand même plus simple d’obtenir les visas de tourisme à l’époque et elles avaient fixé la date à un moment qui les arrangeait, elles. Elles s’étaient débrouillées pour la fixer à un moment où elles savaient que seuls les plus motivés parviendraient à se libérer de leurs obligations et à venir d’Algérie, ce qui avait limité les problèmes d’hébergement. Et ce mariage intime était somme toute une bonne chose compte tenu du fait que Vladimir était encore sans-papiers et qu’il avait fallu la complicité d’un maire courageux pour organiser la cérémonie. Comme Bachir-Ivan était déjà né, cela n’avait pas posé trop de problèmes. Sept ans, déjà, ce mariage ! Fathia se souvenait de l’air bouleversé d’Ali quand Leïla avait annoncé qu’elle était enceinte sans être mariée. Il avait beau avoir de la sympathie pour son futur gendre, il avait eu quelques difficultés pour accepter la situation. Mais il s’était vite rendu à la raison : à cause de ces fichues lois Pasqua, c’était la seule solution pour que Vladimir sorte de la clandestinité où il avait été plongé. N’empêche, qu’est-ce que ça avait été long ! Et combien il avait fallu lutter pour obtenir ce sacré bout de papier donnant à Vladimir le droit de rester en France.

Elles accueillirent Xavier avec un grand sourire :

“Alors, quelles nouvelles , interrogea Fathia.

- Plutôt bonnes, apparemment, répondit Xavier et il sortit la lettre. Ce furent des exclamations sans fin et des rires. Enfin, un peu d’espoir !

- Mais il ne faut pas se réjouir trop vite, disait Xavier, ce n’est qu’un entretien, ça ne veut pas dire qu’ils vont me prendre. Je sais que je suis un peu jeune pour un tel emploi, ça peut jouer contre moi.

- Mon fils, prie ! lui dit Fathia et nous allons prier aussi. C’est quand ?

- La semaine prochaine, mardi. Maman sera de nouveau à l’hôpital.

- C’est dur, Xavier, mais cette lettre va lui donner du courage. Comment va-t-elle aujourd’hui ?

- Ce qui m’inquiète, c’est qu’elle mange presque rien. Ça passe pas, qu’elle dit. Michaël et moi, on lui fait des bons petits plats sur les conseils de Sonia. Mais dès qu’elle a mangé deux cuillers, elle en peut plus.

- Et Michaël, comment réagit-il ?

- Il essaye d’être courageux, mais il m’a montré ses notes : c’est pas brillant. Et Gaëlle rentre tard, fatiguée et elle a encore du travail, alors j’ose pas lui demander de prendre rendez-vous avec le professeur principal de Michaël. Pourtant, il faudrait. Le conseil de classe du deuxième trimestre, c’est bientôt. ils vont encore parler de l’orientation.

- Et pourquoi n’irais-tu pas avec lui, toi ?

- Oh la la, mais j’y connais rien, moi ! C’est une sacrée responsabilité !

- Je crois que tu devrais quand même y aller. C’est important pour Michaël de ne pas se sentir seul face à ce choix. Vous en avez rediscuté?

- Pas vraiment ! Juste une fois, il a dit : ”Ce serait plus raisonnable un B.E.P., au moins je pourrais vite gagner ma vie.” Mais il a pas osé en parler à M’man. Et puis, je crois qu’il sait pas du tout quoi choisir. C’est dommage, ce système de diplômes et toutes ces barrières, je suis sûr qu’il aurait fait un très bon bibliothécaire. Cette prof de français qu’il a cette année, ça a été une vraie révélation pour lui. Mais il y a tout le reste.

- Pierre et Quentin l’aident beaucoup !

- Oui, mais la maladie de maman et la menace d’expulsion, après la mort de papa, c’est vraiment trop pour lui. Il est distrait en classe, il se fait sans cesse gronder par certains profs, ça le rend malheureux, il a plus envie d’y aller.

-Est-ce qu’ils savent, au collège, pour la maladie de Catherine.

- Je sais pas. Nous, on leur a rien dit.

- Appelle Madame Spérieux et explique-lui. Il est quelle heure ? Elle doit avoir un peu de calme, elle est très bien, cette femme. Appelle-la d’ici, c’est pas la peine de le faire devant ta mère mais c’est important qu’elle sache.

- Merci, Fathia, t’as raison, j’aurais dû le faire plus tôt.” Et il s’éloigna vers le téléphone. La conversation dura un bon moment, Fathia et ses filles essayaient de dresser la liste des personnes à inviter. Lorsque Xavier raccrocha le téléphone, il dit :

“T’as eu bien raison, Fathia. Il faut toujours parler. Madame Spérieux a été très attentive, elle m’a dit qu’elle ferait particulièrement attention à Michaël et qu’elle avertirait madame Léonor le plus vite possible. Je crois que c’est une bonne chose. Je vais vous laisser à présent… Merci encore, dites bonjour à tout le monde de ma part.”

Lorsqu’il rentra à la loge, Catherine dormait. Elle avait souvent des terribles coups de fatigue dans la journée. Xavier la contempla avec inquiétude, elle avait l’air tellement vulnérable. Il ne savait que penser : guérirait-elle ? Les médecins n’avaient pas perdu l’espoir. Si seulement il pouvait être embauché, elle serait tellement tranquillisée, peut-être que ce serait plus facile alors pour elle de reprendre le dessus ?

IV

Michaël rentra pour déjeuner. Lui si impulsif, il avait pris désormais l’habitude de rentrer sans bruit, pour ne pas risquer de réveiller sa mère.

“Tu peux parler, lui dit-elle, je ne dors plus. Et comment vas-tu ? Comment s’est passée cette matinée ?

- Bien dans l’ensemble, m’man chérie.” S’il ne lui disait pas tout de ses difficultés, pour la protéger, il ne masquait pas complètement la réalité afin que le choc ne risquât pas d’être trop brutal après le conseil de classe. Et puis il lui parlait de ce qu’il faisait, surtout en français et en histoire. Elle aimait partager ces moments avec lui. Finalement, elle se rendait compte qu’elle aurait aimé savoir plus de choses, avoir plus de temps pour apprendre à lire, se cultiver… et elle avait le regret de ce qui n’avait pas été. Ce jour-là, Michaël lui dit que madame Léonor avait donné un sujet de réflexion pour la rentrée des vacances de février, qui lui paraissait drôlement intéressant. Mais il ne voyait pas encore bien comment le traiter.

“Tu veux que je te le lise, demanda-t-il.

- Bien volontiers, Michaël.” Alors il fouilla dans son sac de classe, sortit son classeur de français impeccablement tenu, chercha le texte et lut : “Être homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir en posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde. Expliquez et commentez cette citation.” C’est un texte d’Antoine de Saint-Exupéry. Le collège porte son nom. Madame Léonor nous a dit qu’il a été un très grand aviateur et qu’il a écrit un texte fondamental, dont on a cru à tort qu’il était réservé aux enfants alors que tout le monde pouvait le lire avec profit. C’est un livre qui s’appelle Le Petit Prince. Il l’a illustré lui-même. Je vais aller à la bibliothèque pour l’emprunter. Elle nous a dit qu’il était très facile à lire, que c’était comme une récréation, après Germinal.

- Mais vous allez l’étudier ?

- Non, j’ai juste envie de le lire parce qu’elle en a parlé. Au fait, Maman, on va étudier Antigone de Jean Anouilh. Il va falloir que je trouve le texte.

- Demande aux enfants d’Ali, il y en a sûrement un qui l’a fait en classe.” Michaël regrettait de ne pas pouvoir acheter les textes qu’il étudiait avec madame Léonor. Ceux qu’il avait aimés, il aurait bien voulu les conserver, y revenir. Il avait obtenu de sa mère qu’elle achète Germinal, arguant de la grosseur du livre et elle l’avait fait bien volontiers. Mais il se rendait compte qu’il s’était mis à aimer les livres et qu’il aurait voulu en avoir davantage autour de lui. Seulement les livres, même en édition de poche, étaient tellement chers pour leur budget ! Heureusement, il y avait la bibliothèque.

“Au fait, lui dit Catherine, Xavier a reçu une lettre.

- Ah bon, et c’est quoi ?

- Je suis convoqué à un entretien pour une embauche éventuelle la semaine prochaine.

- Ah, et où ça ?

- A la société de H.L.M. !

- Oh alors ça ! Trop d’la balle ! Ça tue tout ! Ali le sait ? C’est Gaëlle qui va être contente…

- Te réjouis pas trop vite, p’tit frère, un entretien, c’est pas une embauche. Mais n’empêche, c’est trop bien. J’ai trop eu l’impression qu’ils étaient sourds et pas humains. Chais pas ce qu’ils décideront, mais pour l’instant, j’suis le plus content d’l’humanité ! Bon, si on mangeait ? Sonia m’a montré comment faire la tarte aux poireaux, j’espère qu’elle sera bonne. Ça et du fromage, ça devrait aller.

- Oui, mangeons, dit Michaël. Ça sent très bon. Merci, le cuisinier.”

Depuis la maladie de Catherine, Sonia et Xavier étaient devenus très proches avec la complicité active de Fathia. C’est elle qui, devinant leurs sentiments naissants, avait fourni tous les prétextes pour multiplier les rencontres. La situation s’y prêtait : lorsque Catherine était hospitalisée, les jeunes mangeaient à l’hôtel. Après son retour, au début, Fathia avait fait porter des plats tout prêts par Sonia. Mais tous s’étaient vite rendus compte que cette nourriture ne pouvait pas convenir à Catherine : trop riche, trop grasse, l’odeur même l’écœurait. Alors Sonia avait offert de venir apprendre ses recettes à Xavier. Elle faisait les courses avec lui ; elle lui apprenait à choisir les produits, à composer des recettes légères, équilibrées, appétissantes ; elle lui montrait comment gérer les enveloppes. Catherine était touchée de leur sollicitude à tous les deux, soulagée de voir son fils se rapprocher de cette jeune femme qu’elle estimait. Elle aurait bien aimé le voir se déclarer, mais elle comprenait ses scrupules : lui, sans métier, sans travail, quel avenir pouvaient-ils construire ? Et elle trouvait que ces scrupules étaient à son honneur car il n’agissait pas en égoïste. Pourtant, il était si visible pour tous que ces deux-là se comprenaient à demi-mots, se complétaient, partageaient les mêmes valeurs. “Comme c’est dommage, se disait Catherine, je serais tellement heureuse de les savoir ensemble. Mais ne pressons rien. Après tout, ils sont jeunes, ils ont bien le temps. Ce n’est pas parce que j’ai peur pour moi que je dois m’interposer entre eux. C’est déjà tellement merveilleux d’assister à l’éclosion de cet amour.” Et elle pensait à cette phrase qu’elle avait entendue elle ne savait plus où, peut-être à la radio, et dont elle avait oublié la fin : “Trop de hâte a tué le serpent…” et elle était agacée des défaillances de sa mémoire.

Les quelques jours précédant l’entretien passèrent à vive allure, comme toujours. Le lundi, ils virent revenir le véhicule sanitaire léger devant conduire Catherine à Villejuif. C’était toujours le même déchirement de la voir partir mais ils s’efforçaient d’être courageux. Le mardi, Xavier se prépara soigneusement pour l’entretien. C’était à Paris. Il fallait prendre le train de banlieue et il n’en avait pas l’habitude. Il était allé si peu souvent à Paris. Il avait peur d’être en retard, de ne pas trouver, de paraître gauche et emprunté. Gaëlle l’avait aidé à faire un beau pli sur le pantalon et la chemise prêtés par Julien. Ibrahim l’avait doté d’une veste. Il se sentait comme un étranger dans ces habits qui ne lui appartenaient pas.

Tous les amis du quartier étaient dans l’attente. Ce jour-là, Michaël fut particulièrement inattentif en classe et il essuya les foudres de madame Millevich. Il arriva en cours de français épouvantablement malheureux à cause de tous ces malentendus. Madame Léonor s’en aperçut. Elle avait appris la nouvelle épreuve que traversait son élève, elle s’approcha de lui pendant que la classe s’installait :

“Courage, Michaël, j’ai confiance en toi. Respire calmement, ça va aller !” Il leva vers elle un regard confiant et se sentit tout de suite mieux. Mais même en français, il eut du mal à se concentrer. A l’heure du repas, il fila à la loge, espérant que Xavier serait rentré, bien que ce fût fort improbable. La loge était déserte. Il en était impressionné, ce n’était jamais arrivé. Il fourra son nez dans le réfrigérateur, à la recherche d’éventuels restes. Il n’avait aucun courage pour se faire à manger. Il se bricola un casse-croûte mais à peine fut-il assis que le téléphone sonna :

“C’est moi, dit Xavier. Ils m’ont posé beaucoup de questions, ils ont examiné mon C.V. sous toutes les coutures. Ils m’ont demandé comment on s’était organisé depuis la mort de papa et quelle était la part du travail que j’avais assumée. Je leur ai expliqué que maman est tombée gravement malade à son tour et que, depuis environ un mois, j’assume tout tout seul. Ils ont regardé de très près mon bilan de compétences et m’ont parlé de mes projets. Je leur ai dit que mon plus cher désir était d’obtenir ce poste et j’ai expliqué pourquoi par rapport au travail mais aussi par rapport à la vie du quartier. Ils m’ont dit au revoir très poliment et m’ont assuré qu’ils me donneraient une réponse avant une semaine. Il reste plus qu’à attendre.

- Et ils étaient combien ?

- Ils étaient trois, deux hommes et une femme, mais ils se sont pas présentés. Et toi ?

- Millevich m’a encore passé un savon parce que je rêvassais. Si tu savais c’que j’en ai marre ! Enfin, au moins, maintenant, les autres ne rigolent plus.

- Accroche-toi, Michaël, c’est un sale moment à passer mais fais-le pour toi et pour Maman. Et quand tu cales, pense à tous ceux qui sont derrière toi, derrière nous. Courage, petit frère, à ce soir.”

V

L’incroyable nouvelle arriva pendant les vacances de février : Xavier était embauché et son contrat débutait le premier mars. Il conservait la loge. En même temps, arriva une lettre recommandée pour Catherine. Heureusement, elle avait pris la précaution de munir son fils d’une procuration. Il alla à la poste, inquiet de ce qu’il allait trouver. Comme la plupart des gens modestes, il craignait les lettres recommandées, aussi l’ouvrit-il aussitôt. Il mit un moment pour comprendre : c’était une proposition de F2 au deuxième étage, trois rues plus loin. Un appartement allait être libéré par une locataire âgée partant en maison de retraite fin mars, ce que Xavier savait par ailleurs. Étant donné les relations de travail qui avaient existé entre Monsieur Maheu et la société, celle-ci proposait à sa veuve un loyer plancher : 1000F par mois, sans les charges. La lettre stipulait que madame Maheu pouvait céder la jouissance de cet appartement aux mêmes conditions à l’un ou l’autre de ses enfants, selon son bon vouloir. Xavier, qui n’avait pas envisagé un instant que quelque chose puisse être changé aux habitudes familiales, ne comprenait rien à cette proposition. Il décida d’aller demander conseil à Pierre :

“C’est bien simple, lui dit celui-ci, la société t’embauche, elle doit te fournir le logement, c’est prévu dans le contrat, c’est même ce qui posait problème pour que ta mère le conserve. Donc, la loge passe à ton nom, logique. Mais que devient ta mère avec ses autres enfants ? Gaëlle est majeure et elle a des revenus, la société n’a donc pas à en tenir compte. Mais Michaël est à sa charge. Je crois que vous pourrez remercier l’assistante sociale, elle a fait du bon boulot, elle a lu le contrat qui avait été signé par ton père au moment de son embauche. Ta mère m’avait dit qu’elle le lui avait demandé pour le photocopier. Du coup, moi aussi je l’ai regardé de près. Un des articles prévoyait qu’en cas de décès du gardien au cours de la fonction, la famille devait être relogée par la société au loyer le plus bas que celle-ci pouvait légalement pratiquer et que cela concernait la veuve et ses enfants à charge. En outre, ceux-ci conservaient le droit de garder le nouveau logement en cas de besoin. L’assistante sociale avait dit à ta mère qu’il y avait sans doute des conventions collectives ; elle s’est appuyée sur la chambre syndicale pour les faire appliquer. Bravo à cette femme ! Vous êtes bien tombés.

- Je vais leur dire qu’on en a pas besoin, de ce logement !

- Surtout pas ! Referont-ils une offre pareille ? D’abord, ce n’est pas à toi qu’il est proposé, mais à ta mère. Et elle sait bien que vous n’allez pas toujours rester ensemble. Un jour, tu voudras te mettre en ménage et, si elle est encore là, si elle n’a pas de logement, la promiscuité te gênera ou elle gênera ta femme. C’est important pour un jeune couple d’avoir son intimité. Et puis, quand elle ira mieux, avoir un logement lui permettra d’avoir du travail. La crèche familiale recrute régulièrement des assistantes maternelles. Et elle peine à en trouver car c’est un métier contraignant et peu rémunéré. Mais pour Catherine, un tel métier serait parfait. Tu vas voir, une telle bonne nouvelle va l’aider à guérir. Bon, maintenant, il s’agit d’aller le lui dire et de préparer la fête. Et je vais te dire, c’est une java qui va compter dans les annales du quartier.”

Ils passèrent à la loge prévenir Michaël qui sauta daans tous les sens : quel poids énorme soudain enlevé ! Il avait l’impression qu’il respirait mieux. Ils laissèrent une lettre d’explications que Gaëlle trouverait à son retour. Ils lui demandaient de les rejoindre à l’hôtel.

A l’hôtel, ce fut le délire ! Sonia osa même s’approcher de Xavier, lui prendre les mains et murmurer : ”Comme je suis contente pour vous tous !” Alors, il se pencha et posa un baiser furtif sur son front : “Merci, Sonia, merci vous tous, vous nous avez pas laissés tomber.

- Et bien, dit Ali, on va prendre la fourgonnette pour aller faire lire tous ces jolis papiers à Catherine. Allez, Michaël et Xavier, en voiture !

- Mais c’est pas l’heure des visites, objecta Xavier.

- Si tu crois que les médecins sont assez fous pour nous empêcher de lui apporter la guérison sur un plateau, mon fils !

- Ah, si seulement !

- Moi, je vous dis qu’elle va guérir, affirma Fathia. Je le sens, je le sais. Dès qu’elle n’aura plus de raison de se ronger d’angoisse, elle va mettre toutes ses forces à vivre. Parce qu’elle vous aime. Allez vite et embrassez-la de notre part à tous. Surtout, n’oubliez pas.”

Lorsqu’ils furent partis, elles retournèrent à la cuisine :

“Et voilà, dit Sonia, c’est la victoire de la responsabilité assumée des uns envers les autres. Et c’est une belle victoire de ce que peuvent les hommes lorsqu’ils oublient d’être égoïstes.

- Que veux-tu dire, ma fille , demanda Fathia.

- Que les syndicalistes, quand ils se sont battus pour négocier des conventions collectives, pour protéger les salariés, ils ne l’ont pas fait pour eux mais pour tous. Ils ont passé du temps, ils ont dû avoir des victoires amères parce qu’elles arrivaient trop tard pour l’un ou pour l’autre. Ils ne savaient pas que leur opiniâtreté sauverait un jour les Maheu. Ils l’ont fait parce qu’ils se sentaient responsables des autres. Leurs semblables… ce n’est pas un mot vain. Et maintenant, on ne sait pas qui remercier parce que c’est une œuvre collective. Mais on les remercie quand même. C’est grâce à des gens comme eux que le monde demeure humain. Et c’est notre devoir de responsabilité envers les autres de ne pas laisser détruire leur œuvre que les carnassiers veulent mettre en pièce parce que les lois limitent leur pouvoir de prédateurs.

- Tu as raison, dit Ibrahim, nous ne devons jamais oublier que les lois, même imparfaites, nous protègent. Bon, qui se charge du téléphone arabe ? Et Ima, qui dresse la liste des courses à faire pour les festivités. Je me demande si Pa aura le temps de retourner à Rungis.

- On n’a qu’à faire comme à l’Aïd, proposa Yamina : dire à chacun d’apporter un plat. L’important, c’est surtout d’être ensemble. Et quand on improvise, il faut faire simple.

Pour l’anniversaire de la chute du mur : une rapide histoire peu connue de sa construction et quelques idées sur l’Europe

novembre 9, 2009 at 3:45 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, sarkosy, social | 2 Comments
Tags:

Pour l’anniversaire de la chute du mur : une rapide histoire peu connue de sa construction et quelques idées sur l’Europe

Mur de Berlin

Ce mur dont on commémore aujourd’hui la chute, c’était plus qu’un symbole du totalitarisme communiste ! Une nécessité économique vitale pour la RDA, l’ex-Allemagne de l’Est. Il s’agit bien évidemment du Mur de Berlin qui est tombé il y a tout juste vingt ans sous ce qu’il est convenu d’appeler « les coups de boutoir de la démocratie »… Ouais, admettons !! Mais comment tout cela a-t-il commencé et ne refaisons-nous pas un peu l’histoire dans tous les bords politiques ?

I :  Berlin avant le Mur :

Rappelons-nous ce que disait le numéro un de la RDA de l’époque, Walter Ulbricht, quelques mois seulement avant la construction de ce mur qui allait couper Berlin en deux : “Dans le combat économique et politique contre notre république, Berlin-Ouest joue le rôle de filière à l’aide de laquelle s’effectue ce commerce de chair humaine, et par laquelle aliments et autre produits s’échappent de notre république. Berlin-Ouest est par conséquent une énorme brèche au milieu de notre république, qui nous coûte plus d’un milliard de marks chaque année.”

Il fallait donc, selon Ulbricht, fermer la brèche de toute urgence. Ce sera fait le 13 août 1961 avec une promptitude tout à fait étonnante… La preuve que les communistes avaient programmé cette opération qui a semblé prendre par surprise les Occidentaux…  Il a « semblé » car à l’Ouest, beaucoup savaient. Il existe toute une gradation entre ceux qui ont simplement laissé faire et ceux qui souhaitaient ce mur. Cette affaire aura été l’un des sommets de la Guerre Froide.

Il fallait que « Le rythme continue »….The beat goes on !!

http://www.youtube.com/watch?v=JYOpInru-4o

De son côté, Nikita Khrouchtchev[1] qui avait conservé le parler cru de sa jeunesse ukrainienne aurait déclaré un jour : « Berlin, c’est la paire de couilles des occidentaux » !! Et, selon Nikita, il convenait bien sûr de les couper !!!

A l’époque, Berlin Ouest est complètement enclavé au sein de la RDA. Il est sous l’autorité des quatre vainqueurs de la seconde guerre mondiale. Le traumatisme de cette guerre fait que peu de responsables, y compris en Europe souhaitent une réunification allemande.

Certains, comme François Mauriac, aiment tellement l’Allemagne qu’ils préfèrent qu’il y en eût deux !!! François Mitterrand règlera un jour son compte à Mauriac en le qualifiant de : « notre grand écrivain régional » car ils étaient tous deux charentais !! Ceux qui accepteraient une réunification ne le voudraient au prix d’une neutralisation.

Des milliers d’allemands de l’Est viennent chaque jour travailler en zone Ouest où il est courant de dire qu’ils votent avec leurs pieds. Mais cette attrait exaspère l’Est car cela devient une véritable hémorragie.

carte-mur de Berlin

II : La préparation :

Walter Ulbricht prépare les esprits en proposant de prendre « des mesures de sécurité ». Dès 1957, la RDA instaure un « délit de fuite » et la crispation continue. Puis, il déclare que tout Berlin fait partie de la RDA. Khrouchtchev propose alors aux USA, la Grande-Bretagne et la France d’ouvrir des négociations en vue de faire de Berlin une « ville libre » sous peine de le voir signer un Traité d’amitié avec la RDA. C’est un ultimatum auquel les occidentaux réagissent vivement. Eisenhower qui préside encore aux USA pour peu de temps parle même d’utiliser l’arme nucléaire.

En 1959, à Camp David, Khrouchtchev déclare qu’il n’a jamais été question d’ultimatum mais maintient ses exigences. Il est cohérent, il attend son heure.

Fin 1960, John Kennedy est élu. Khrouchtchev lui rappelle que Berlin : « est une dent cariée dans une mâchoire et qu’il faut l’extraire »[2].

Côté Est, Ulbricht est pressé de « boucher les trous à rats » selon son expression. Il voit sa jeunesse « voter avec ses pieds » ! Les signes s’accélèrent :

-         La RDA impose des autorisations d’accès aux diplomates étrangers,

-         Elle renforce les contrôles aux check points et ferme certains d’entre-eux,

Ulbricht prépare méthodiquement son plan ; le nom de code est transparent : Muraille de Chine !!

Lors d’une réunion des dirigeants de l’Est à Moscou, il parle de « rangs de barbelés » ! Certains dirigeants s’indignent de l’image au regard de « l’internationalisme prolétarien ». Khrouchtchev feint de les entendre mais fournit à la RDA tout ce dont elle a besoin. N’oublions pas qu’il avait réprimé Budapest !

Kennedy_and_Khrushchev_in_Vienna_1961

En juin 1961, Kennedy et Khrouchtchev se rencontrent à Vienne. Entre temps, L’URSS a profité de l’affaire de l’avion espion U2[3][4], à Cuba. Khrouchtchev est en position de force ! Il prévient Kennedy qu’il est prêt à une guerre nucléaire mais les dés sont pipés : pour faire capoter une conférence sur Berlin. Entre temps aussi, les USA ont mené la désastreuse affaire de la Baie des Cochons

-         Kennedy sait par une taupe du KGB – Oleg Pulkowsky -  que la supériorité nucléaire de l’URSS est du bluff,

-         Khrouchtchev sait par un agent allemand infiltré dans les services de renseignement de la  RFA qu’en cas de coup de force à Berlin, les occidentaux n’interviendraient pas. Il s’agit peut-être de l’ancien officier nazi Heinz Pfeiffer, un membre de l’Organisation Gehlen .

-         Khrouchtchev dispose aussi d’une source côté français, au quartier Napoléon : un ancien légionnaire français (nom de code Bruno) qui travaille pour Markus Wolf ; il a ainsi confirmation que les alliés n’interviendront pas.

En quittant Vienne, Kennedy confie à se proches : « L’hiver sera froid » ! Il ne sait sûrement pas tout mais il prépare lui aussi le terrain. Il a déjà intégré une action soviétique unilatérale à Berlin.

Dans son discours à la Nation de juillet 1961 Kennedy annonce déjà, en quelque sorte, la couleur en déclarant que : « Les Etats-Unis n’abandonneront jamais la RFA et les citoyens libres de Berlin-Ouest ». Il dit bien : Berlin-Ouest. Ce qui signifie qu’il a déjà abandonné toute prétention sur Berlin- Est.

Cette position sera relayée par le sénateur Fulbright, Président de la commission des affaires étrangères du Sénat américain qui estime que les allemands de l’est ont tout-à-fait le droit de fermer leur frontière !

Ulbricht lâchera même maladroitement le morceau lors d’une conférence de presse à la mi-juin 1961. A un journaliste qui lui demande s’il a l’intention d’élever une frontière à Berlin ; Ulbricht répond qu’il n’est pas question de construire un MUR !!!

Des berlinois ont compris ! Les départs s’accélèrent. Le sort en est jeté, le Mur sera construit le samedi 12 Août 1961 à minuit. En pleines vacances, une veille de dimanche ! Les cadres communistes qui sont dans le confidence ont réussi à mobiliser : 8000 vopos[5], 4000 policiers, 4000 agents de la STASI[6] et 12000 hommes des « milices ouvrières ».

Dès 8 heures du matin, la coupure de Berlin est effective. Une véritable chasse à l’homme commence, tout ce qui ressemble de près ou de loin à un possible opposant est arrêté « préventivement », les habitants de immeubles proches de la frontière sont expropriés.

III – Les réactions :

Pas terribles dans la torpeur d’un été chaud où tous les dirigeants occidentaux sont en vacances…et les vacances, c’est sacré :

-         La CIA qui dispose de très nombreux agents à Berlin Est a, semble-t-il, choisi de ne pas voir !

-         Kennedy est en mer,

-         Le britannique Sir Harold Macmillan fusille la grouse en Ecosse,

-         De Gaulle est à Colombey. Il est le seul à être furax ! Il pense qu’il aurait fallu agir avant, à Vienne notamment, ou envoyer des blindés dès la pose des premiers barbelés.

-         La première réaction Etatsunienne lui donne raison. Un communiqué parle de « mesures est allemandes pour arrêter l’afflux de réfugiés » mais ne relève pas la violation des traités.

-         La seule réaction forte viendra d’un véritable homme de gauche : Willy Brandt, maire de Berlin Ouest. Il est en campagne électorale à l’Ouest. Il prend un avion, rentre précipitamment à Berlin et, le 13 août au soir, prend la parole. Il en appelle aux occidentaux. La veille, dans un discours prononcé à Nuremberg, il avait prévenu : « L’URSS prépare un grave attentat contre le peuple allemand » !

-         Kennedy reprochera à Brandt d’attiser le feu ! Il n’en est pas encore à « Ich bin ein Berliner » !!!!! Il envoie néanmoins Lyndon Johnson à Berlin.

-         La droite allemande reste molle ! Elle attaque aussi et surtout Willy Brandt…On est en campagne électorale….et Brandt est candidat à la Chancellerie !

Nous connaissons la suite !! Ulbricht mettra les bouchés doubles et le Mur, en dur, sera effectif à la fin de 1961.

Aujourd’hui, nous commémorons le vingtième anniversaire de sa chute.

IV : Alors, l’Europe aujourd’hui ???

- L’Europe et les USA :

L’excellent Rue 89 rend compte ces jours-ci d’un rapport publié par l’European Council on Foreign Relations. Nous citions un extrait :

Nous sommes entrés dans un monde post-américain et les Européens sont les seuls à ne pas s’en être aperçus. C’est la principale conclusion d’un rapport publié cette semaine par le European Council on Foreign Relations, un think tank basé à Bruxelles.

Les auteurs de ce document remarqué, Jeremy Shapiro et Nick Witney, respectivement américain et britannique, estiment que la plupart des gouvernements européens se bercent d’illusions sur la « relation spéciale » qui les unit aux Américains.

Si c’est comme pour Berlin , bonjour !!

Pour les Européens de l’Ouest, l’Otan a servi de rempart contre les ambitions supposées de l’Union soviétique après 1945. Pour les Européens de l’Est, ce sont les Américains qui ont provoqué la chute de l’URSS et qui les protègent désormais d’un éventuel réveil de l’impérialisme russe.

Idem ! Bon courage les slaves, roumains et magyars !!

Pour Obama, l’avenir du monde se joue désormais côté Pacifique

Mais pour Washington, l’Europe n’a plus le même intérêt stratégique que pendant la Guerre froide. Et ce n’est pas l’élection de Barack Obama, accueillie ici avec une incroyable ferveur, qui y changera quelque chose. Le locataire de la Maison Blanche n’a aucune attache particulière avec le Vieux Continent et n’a jamais caché que l’avenir du monde se joue désormais autour du Pacifique.

Pourtant, écrivent Shapiro et Witney, les Européens continuent d’attendre beaucoup des Etats-Unis, notamment en matière de défense, sans rien leur offrir d’autre qu’un soutien souvent irréfléchi. Dans bien des cas, cette « déférence excessive » à l’égard de Washington conduirait les Etats européens à négliger leurs intérêts stratégiques immédiats.

Un seul exemple : dans le conflit afghan, les gouvernements alliés semblent se préoccuper davantage de leur simple présence aux côtés de Washington que de l’influence qu’ils pourraient avoir sur les opérations militaires. La suite sur :

http://www.rue89.com/europe-europe-europe/2009/11/07/leurope-doit-comprendre-quelle-est-le-cadet-des-soucis-des-etats-uni

Pour lire le rapport ECFR complet (en anglais)

http://ecfr.3cdn.net/05b80f1a80154dfc64_x1m6bgxc2.pdf

Voici traduite la présentation que ce « conseil » fait de lui-même.

« L’ECFR le Conseil européen de Relations avec l’étranger (ECFR) est le premier groupe de réflexion paneuropéen. Lancé en octobre 2007, son objectif est de conduire la recherche et promouvoir le débat informé à travers l’Europe sur le développement de politique étrangère européenne cohérente, effective(efficace) et à base de valeurs.

ECFR a développé une stratégie avec trois éléments distinctifs qui définissent ses activités :

Un Conseil paneuropéen. ECFR a réconcilié dans un Conseil de plus de cent Membres – des politiciens, des décideurs, des penseurs et des hommes d’affaires des États membres de l’UE et des pays candidats – qui se rencontre(se réunit) deux fois par an comme en formation plénière. Par des groupes de travail géographiques et thématiques, les membres fournissent le personnel d’ECFR, le conseil et le retour d’information sur des idées de politique et l’aide aux activités de l’ECFR dans leurs pays propres. Le Conseil est présidé par Martti Ahtisaari, Joschka Fischer…. ».

Que des biens pensants mais qui n’ont pas tort sur tout !

-         L’Europe des 27 :

D’élargissements en élargissements, un Europe s’est formée qui ne ressemble pas à celle que nous voulons. A l’Est, dans les ex-pays de l’Est, refleurissent églises réactionnaires, mafias et sectes de tous poils, la faillite est quasi générale.

D’autres murs ont été construits, par nous ! Aux frontières de cette Europe, comme à Ceuta et Melilla, par exemple. C’est au Maroc….c’est si loin ??? En Palestine, aussi !!

La seule Europe qui fonctionne, c’est celle du fric !

Elle va se choisir bientôt un président. Il ne sera pas français, OUF !  Pourquoi ?

-         Chirac est un piètre européen,

-         VGE est trop vieux,

-         Villepin, Juppé et Raffarin sont plombés,

-         Jospin, Balladur et Rocard sont à la retraite,

-         Lamy est un crâne d’œuf mais pas politique,

-         Barnier manque de charisme

-         On voit là ce qu’il en coûte d’envoyer des seconds couteaux à Bruxelles en nous réservant nos supposés cadors pour nos délices franco-français !

Il paraît que, d’un cimetière de Colombey, monte une plainte : L’Europe, l’Europe, l’Europe !!!!!


[1] Après la mort de Staline, quatre des personnalités politiques en lice en URSS se disputent le pouvoir : Gueorgui Malenkov, Lavrenti Beria (chef du KGB), Molotov et Khrouchtchev. C’est Khrouchtchev qui l’emportera. Dès fin juin 1953, il joue un rôle fondamental dans la chute de Beria. Ce dernier sera destitué et arrêté sur ordre de ses collègues, puis fusillé. Malenkov lui ayant cédé la tête du PCUS dès le 14 mars pour se consacrer à la direction du gouvernement, Khrouchtchev sera confirmé en septembre 1953 comme premier secrétaire du parti communiste, ce qu’il restera jusqu’à son éviction en 1964. Il avait écarté Malenkov en 1955. En 1961 il sera exclu du PCUS et condamné à l’exil intérieur. Molotov s’opposera à la déstalinisation menée par Nikita Khrouchtchev et tentera avec d’autres partisans de la tendance stalinienne,un coup d’Etat dans le Parti communiste pour évincer Khrouchtchev. Quand cela rate,  Khrouchtchev le nommera à des postes subaklternes, comme ambassadeur en Mongolie de 1957 à 1960. Molotov sera aussi délégué soviétique permanent auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne de 1960 à 1961. En 1964 Molotov est exclu du parti qu’on l’autorise à réintégrer en 1984…un geste symbolique.

 

Histoire de Berlin Bernard Oudin et Michèle Georges

[2] In : « Histoire de Berlin »  par Bernard Oudin et Michèle Georges publié chez Perrin en 1995 et 2000.

[3] Le premier mai 1960, un avion de reconnaissance américain de type U2 (avion-espion)est abattu au-dessus du territoire soviétique. Le pilote Francis Gary Powers est arrêté et condamné le 17 août à 10 ans de prison pour espionnage. Le capitaine Gary Powers avait été recruté par la CIA pour piloter l’U2. Après deux ans de prison, il sera échangé au pont de Glienicke (reliant Berlin à Postdam sur la rivière Havel) contre l’espion du KGB Rudolph Abel et pourra rentrer aux USA.

Glienicker_Brücke1

pont de Glienicke


[4] Débarquement de la baie des Cochons : tentative d’invasion militaire de Cuba par des exilés cubains soutenus par les États-Unis en avril 1961. Planifiée sous Dwight Eisenhower, l’opération est menée au début du mandat de John F. Kennedy. Objectif : faire débarquer à Cuba, le 17 avril 1961, environ 1 500 exilés cubains recrutés et entraînés par la CIA. But : renverser le nouveau gouvernement cubain de Fidel Castro, qui mène une politique économique hostile aux intérêts américains et se rapproche de l’URSS[. L'opération est un fiasco total !!

[5] VOPOS : abréviation de  volkspolizei (en allemand, la police du peuple) était la police nationale de l’Allemagne de l’Est.

[6] STASI :  ministère de la Sécurité d’État (Ministerium für Staatssicherheit, MfS), dit la Stasi, était le service de police politique, de renseignements, d’espionnage et de contre-espionnage du régime communiste de la République démocratique allemande (RDA),

Quand un « attentat » chasse l’autre et que d’autre formes de guerre posent question.

novembre 7, 2009 at 3:00 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Europe, Politique, Société, sarkosy, social | 20 Comments
Tags:

Quand un « attentat » chasse l’autre et que d’autre formes de guerre posent question.

Il s’en passe de belles, on vous jure ! Mais, pas sûr, que notre belle presse vous donne les éléments pour tout comprendre !! Essayons !

La tuerie sur la base de Fort Hood aux USA :

Major Nidal MalikhasanLe Major (commandant) Nidal Malik Hassan (photo Reuters)

Elle a fait 13 morts et 30 blessés.

Fort Hood est la plus grande base de l’armée des États-Unis situé à l’extérieur de Killeen, au Texas ; ainsi nommée en l’honneur du Général Confédéré John Bell Hood. Elle  est localisée à mi-chemin entre Austin et Waco, à environ 60 milles (100 km) de chacun. Le cantonnement principal de Fort Hood est évalué, par le Recensement américain 2000 a une population totale de 33,711 personnes.

Les faits se sont déroulés au centre de préparation des soldats, où les militaires qui doivent notamment partir en Irak et en Afghanistan subissent les derniers contrôles médicaux. La base de Fort Hood, maillon essentiel du dispositif de projection militaire américain, est la plus affectée par les suicides. 75 soldats y ont mis fin à leurs jours depuis 2003.

Les origines palestiniennes du tireur ont poussé le président Obama à demander à ses concitoyens de “ne pas tirer de conclusions hâtives”.

- «Prêt à rembourser l’Etat pour pouvoir quitter l’armée» !!

http://www.20minutes.fr/article/361617/Monde-Nidal-Malik-Hasan-un-non-violent-auteur-d-un-massacre-sur-une-base-militaire.php
La situation est devenue suffisamment pesante pour que le psychiatre s’attache les services d’«un avocat militaire pour tenter de résoudre le problème» selon Nader Hasan. «Il était prêt à rembourser l’Etat pour pouvoir quitter l’armée», raconte-t-il. D’autant que Nidal Malik Hasan avait appris récemment qu’il serait envoyé courant novembre en Irak.

Et si son cousin dément que le commandant Hasan ait été effrayé à l’idée de se retrouver sur le terrain, un policier assure que l’homme s’y serait fermement opposé. Il rapporte qu’aux cours de discussions animées avec d’autres soldats, le psychiatre aurait même pris position contre la présence américaine en Afghanistan et en Irak.

Le tireur, le commandant Nidal Malik Hassan, d’abord donné pour mort car touché de quatre balles, est en fait encore en vie. Inconscient, il serait placé sous respirateur artificiel. Reste à savoir s’il le restera ( en vie et/ou sous respirateur) car cette affaire pose question et pourrait bien n’être que la première d’une série. Un malheur est si vite arrivé !

L’officier était psychiatre. Il était chargé de s’occuper des hommes qui revenaient de théâtres d’opération et de préparer ceux qui s’apprêtaient à y partir. Autant dire qu’il vivait des choses terribles.
Le commandant qui a ouvert le feu est bien musulman mais non pratiquant. Il ne s’agit pas d’un attentat. Cet évènement renforce des rapports déjà parvenus au Pentagone. Cette base n’est pas n’importe laquelle, c’est la plus grande des USA (875 km2).

Depuis, les évènements, la désinformation est en marche.


Cela ne fait donc que commencer plutôt continuer surtout au niveau des officiers et sous-officiers. Les suicides se multiplient.
Ce fait risque bien de se reproduire : cet officier était un membre secret d’une association d’officiers qui se regroupent parce qu’ils estiment qu’ ils ne sont pas écoutés. Ils demandent à être réformés et le département de la Défense US refuse des les entendre. Ils préfèrent le suicide plutôt que de retourner dans l’enfer afghan ou en Iraq. Leur association secrète se donne le nom de “Black Eagle”.

Plusieurs anciens généraux du Pentagone feraient également partie de « Black Eagle ».

Quand on sait que 87 % des Lieutenants Colonels et Colonels US indiquent ne pas souhaiter la reconduction de leur contrat. On ne compte pas non plus les militaires qui se suicident aux USA (ces suicides sont classés Top Secret) plutôt que de partir en mission au Moyen Orient, le réseau “Black Eagle” semble avoir de beaux jours devant lui !!

Une seule vérité, aveuglante, celle-là : le commandant Nidal Malik Hassan est un pur produit de l’US Army et de sa politique actuelle !

D’ici à ce qu’on nous fasse passer cet officier supérieur psychiatre pour un terroriste, il n’y a pas des kilomètres.

Et puis, « Hood », en français, ça se traduit pas « capuchon » !! D’ici à ce que le Pentagone mette un gros capuchon là-dessus, y’a pas des kilomètres non plus ! Cela nous donnerait un Fort Capuchon !!!

Enfin…  « pas de conclusions hâtives » comme dirait Obama ; à supposer qu’il soit entendu par sa propre administration !!!!

Tension accrue au Moyen-Orient – Vers une guerre Arabie Saoudite-Yémen ?

La machine continue de se gripper au Moyen Orient !

L’Arabie Saoudite a commencé des bombardements dans la région montagneuse de Jebel al-Doukhan contre le Yémen.

http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=IG&num=1437255

http://www.lorientlejour.com/category/International/article/636968/La_rebellion_accuse_l%27aviation__saoudienne_de_bombarder_ses_positions.html

Les rebelles yéménites ont accusé hier l’aviation saoudienne d’avoir mené des raids sur leurs positions dans le nord du pays, près de la frontière commune. « L’aviation saoudienne a mené mercredi une vingtaine de raids en territoire yéménite et elle a poursuivi ses bombardements ce (jeudi) matin », a déclaré à l’AFP le porte-parole de la rébellion zaïdite (chiite), Mohammad Abdessalam, joint au téléphone depuis Dubaï.
L’Arabie saoudite n’a pas répondu officiellement à ces accusations, mais à Riyad, une source saoudienne sous le couvert de l’anonymat a toutefois confirmé à l’AFP les bombardements sur les positions rebelles à l’intérieur du Yémen, en réponse à une attaque des combattants zaïdites sur le territoire saoudien qui a tué un garde-frontière.
Des avions de type F-15 et Tornado participent à des raids près de la zone frontalière, selon cette source qui a estimé que les rebelles avaient été « durement frappés ». « Ce n’est pas une opération éclair, c’est une action qui va durer et qui peut inclure une incursion terrestre » au Yémen pour « nettoyer les camps rebelles », en coordination avec les autorités yéménites, a poursuivi cette source.(selon l’Orient Le Jour)

Or, ce serait pas une opération éclair et elle devrait se poursuivre : deux divisions saoudiennes seraient en mouvement vers la frontière.

Côté des rebelles, tous seraient équipés par l’Iran et certains cadres iraniens se trouveraient dans des camps d’entrainement yéménites.

Nouvelle source de tension donc, dans cette région qui n’avait pas besoin de ça depuis l’annonce du retrait d’Abou Mazen, nom de guerre de Mahmoud Abbas, qui a annoncé jeudi soir qu’il ne souhaitait pas briguer un nouveau mandat à la présidence de l’Autorité palestinienne, en faisant part de sa déception face à l’attitude des Etats-Unis, trop sensibles à ses yeux aux arguments d’Israël sur les conditions d’une relance des négociations de paix.

D’autres informations à décrypter en provenance du Sud Soudan :

Le Sud-Soudan est confronté à une hausse “sérieuse” des cas de fièvre noire ou “kala azar”, une maladie tropicale mortelle mais négligée, a prévenu vendredi l’organisation Médecins sans frontières (MSF).

http://www.france24.com/fr/20091106-sud-soudan-hausse-s-rieuse-cas-dune-maladie-tropicale-mortelle

Une montée en flèche des cas de “kala azar” a été recensée dans les Etats sudistes de Jonglei et du Haut-Nil, avec un total de 380 patients traités depuis le mois dernier soit plus du triple par rapport à l’ensemble de l’année dernière, a indiqué l’ONG internationale dans un communiqué.

Une grande majorité de la population du Sud-Soudan, région sous-développée aussi vaste que la France, n’a pas accès à des soins de santé de base. Les villageois dans les zones reculées peinent souvent à se rendre dans les cliniques à temps pour un traitement.

“Nous craignons que le nombre de personnes atteintes par le kala azar qui se sont rendues dans une clinique ne constitue que le sommet de l’iceberg”, a souligné David Kidinda, coordonnateur médical de MSF au Sud-Soudan.

La leishmaniose viscérale -ou kala azar- se transmet par la piqûre d’une petite mouche des sables à l’origine de symptômes comme la fièvre, la diarrhée ou l’anémie.

Si elle n’est pas traitée rapidement, cette maladie entraîne la mort dans 100% des cas. “Sans traitement, les personnes infectées peuvent mourir en quelques semaines seulement si leur système immunitaire est déjà faible”, a précisé M. Kidinda. Mais si les patients sont traités à temps, le taux de survie est de 95%.

“Avec tous les problèmes auxquels sont confrontés les Sud-Soudanais – absence d’infrastructure, peu de routes praticables, manque de personnels et de structures de santé, montée en flèche de la violence et de l’insécurité- la simple survie est un obstacle à ceux qui ont besoin d’un traitement vital” contre cette maladie, regrette l’ONG.

OUI, MAIS !

Des combats entre des membres armés de différentes tribus ont fait ( officiellement) quelque 2.000 morts depuis le début de l’année au Sud-Soudan. Les États du Haut-Nil et surtout de Jonglei ont été les plus touchés par ces violences.

La situation, selon de bonnes sources, ne serait pas très « naturelle ». Il faut savoir, en effet que le Kala Azar est considéré comme un excellent vecteur de guerre biologique. Par ailleurs, les chinois sont extrêmement présents au Sud Soudan.

De là à penser que le Kala Azar serait un « anti-fièvre jaune », il y a un pas que nous ne franchirons pas en l’absence d’information plus sûre. Mais il y a de quoi s’interroger tout de même !!! Pas besoin de prendre …la mouche !

Et en Europe ?

- Le gaz Russe :
La Russie vient de nous demander de payer les notes de gaz de l’Ukraine !!! Ce n’est pas la guerre, direz-vous ? Voire ! Décryptons !
Aider un pays n’est pas, en soi, condamnable. MAIS il ne faudrait pas oublier que Vladimir Poutine s’oppose farouchement à l’entrée de l’Ukraine dans la CEE et qu’il utilise largement ce pays, notamment en matière de guerre électronique !

Mais surtout, les russes menacent : “S’il y a des problèmes (avec les paiements ukrainiens), nous demandons à nos partenaires européens d’aider l’Ukraine”, a déclaré le chef du gouvernement russe à l’issue d’une rencontre à Moscou avec son homologue danois Lars Loekke Rasmussen.
“Que l’Europe leur file un petit milliard. Qu’elle ouvre son porte-monnaie, elle a de l’argent”, a-t-il ajouté.
L’Europe n’a toujours pas réglé ce problème : 25 % de notre gaz provient de Russie et 80% transite par l’Ukraine. Pendant ce temps, nos merveilleuses centrales nucléaires dépriment sévère comme encore aujourd’hui au Tricastin.
Au lieu de “refiler un petit milliard aux ukrainiens”, nos politiques
seraient mieux inspirés de l’utiliser pour changer de fournisseur ou d’exiger de la Russie une garantie de transport de leur gaz. Lorsque l’on commande un article, on s’assure sa livraison. D’autant plus qu’elle est payante, comme pour le gaz russe.
Malheureusement, l’Europe risque de ne pas faire ce choix. Pourquoi ? Parce que ce  problème ne touche que les nouveaux adhérents, les ex-pays de l’Est, de la CEE.

Si cela tourne mal, ce n’est pas la vieille Europe qui risque d’avoir froid cet hiver !

Il n’empêche que tout ceci a bien des relents de guerre froide !

- Mais pas que le gaz !!

Juste retour des choses, si l’on ose dire. Nous risquons tout de même un peu d’avoir froid en France, cette fois !

Le risque de rupture d’approvisionnement en électricité est modéré, sauf en cas de froid intense et durable, indique par euphémisme RTE, la filiale « transport d’électricité » d’EDF, toute à la joie de toucher bientôt son « multi-PDG Henri Proglio. En effet, du fait de des nombreux arrêts de production de nos centrales nucléaires – le parc nucléaire assure plus de 76% de la production d’électricité – la France va devoir importer massivement de l’électricité à partir de mi-novembre, et ce pendant plus de deux mois, ajoute le réseau RTE.

Quinze réacteurs sont actuellement à l’arrêt sur les 58 existants, a indiqué Pierre Gadonneix, dont le mandat s’achève le 22 novembre et qui doit être remplacé par le susnommé Henri Proglio, actuel PDG de Veolia Environnement et qui va le rester !!!

RTE, qui gère le réseau de lignes à haute tension, estime que la France va devoir importer 4.000 mégawatts (MW) d’électricité «durant plusieurs semaines de novembre 2009 à janvier 2010». Cela équivaut à la production de quatre réacteurs nucléaires.

Donc, en cas de « froid intense », couic, on devra couper ! Surtout dans les régions mal desservies.

Faudrait donc, non seulement « refiler un petit milliard » à Poutine mais, par surcroît, lui demander d’arrêter l’hiver sur sa frontière occidentale !!

Ce devrait être possible quant on sait que notre président-cadeau-Bonux avait, en son temps, contribué à arrêter le nuage de Tchernobyl à nos frontières !!! Qu’il ait fait enlever cet exploit de sa biographie ne change rien à l’affaire !!

Mais, alors, ce monde, c’est le serpent qui se bouffe la queue ? A peu près, les ami-e-s.

Un conseil pour vos longues soirées d’hiver : relisez Kafka !! Cela fait presque un an qu’on vous le dit !!

Le coin des bons bouquins : Relire Kafka !

Belgicismes, anglicismes et flaminganteries pour rire ou sourire un peu

novembre 5, 2009 at 3:02 | In Belgique, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Mémoire et histoire, Politique, Société | 1 Comment
Tags: ,

Belgicismes, anglicismes et flaminganteries pour rire ou sourire un peu

Piderlots delle CastafiorePetit extrait des Bijoux de la Castafiore traduits en parler Picard du Tournaisis

L’album devient “Les Pinderlots delle Castafiore”

Nos voisins belges ont un parler savoureux ! Il varie de ville en ville et de régions en régions ; il est le fruit des innombrables invasions, guerres et autres tueries qui ont été notre lot (des deux côtes de la frontière) depuis la nuit des temps. Le Plan Marshall en a remis une sérieuse couche.

Vous fâchez pas, les belges, on vous aime ! Voici un petit lexique pour avoir l’air moins fransquillon (français)

Ainsi : Comme cela, de cette manière.

Âne : si vous voyez un paysan flamingant promener sa vache à la longe ; dire : « Tiens ! Tu promènes ton âne ! » …à la vache, bien sûr.

Ardoise : Ne dites pas : un couvreur. Dites : un ardoisier.

Averse : Ne dites pas :  « Quelle averse ! ». Dites : « Quelle drache » !

Beurre : Ne dites pas : « Il a beaucoup de chance ». Dites : « Il a le cul dans le beurre ».

BOILER : Le Belge est atteint d’une grave fracture : historique, culturelle,  linguistique. Il vit dans un petit pays atteint par la tectonique des plaques. Entre les deux plaques principales : une faille, qu’il a nommée la frontière linguistique où se frictionnent les continents germains et latins. Parfois, ça chauffe, ça pète : à Louvain (Leuven), à Fourons, Bruxelles, Hal ou Vilvoorde.

Mais les plombiers ne comprennent pas la tectonique. De Poperinge à Huy-Waremme, ils ne connaissent pas le chauffe-eau mais le « boiler »[1]. A noter toutefois que cet anglicisme barbare est devenu un “boualère” à Flémalle, un “boualééééééér” à Lîdje (Liège)  et un “boïleur”  à Ixelles avec la bouche en cul de poule. L’essentiel, c’est qu’on continue à se comprendre, non !!!

Bonbon : Si un petit creux vous prends, ne dites pas : « T’aurais pas un bonbon ? ». Dites plutôt : « T’aurais pas une chique ? » ou, mieux encore : « T’aurais pas une babelutte ».

Café : une boisson nationale ! Ne dites pas : une tasse de café.

Dites : une jatte de bon café.

Cigare : Ne dites pas : « Prendre un savon ». Dites :  « Se faire passer un cigare ».

Chimay : L’une de mes bières préférées quoique brassée par des pères Trappistes, putain de moine ! Il existe la rouge, la blanche et la bleue.

DOUF : Franchement,  les météorologues nous font bien des chichis avec leur « pression atmosphérique réduite au préalable au niveau de la mer ». Ici, tout le monde s’en fout ! On y est « au niveau de la mer »..sauf dans la belle Ardenne.

En Belgique et pour les belges, il fait tantôt “caillant”, parfois “bon” où encore ”beau”. Non ! Pas « Corbeau » ignares !

C’est on ne peut plus simple. Et si le mercure dépasse les bornes (estivales), alors chez nous il fait “DOUF” = chaud, lourd.

Un grand classique machiste : « Chérie, il fait douf ici, ouvre-moi donc un peu la fenêtre et pendant que tu es debout,  prends-moi encore une Chimay dans le frigo. »

Quand il fait douf, préférer la Chimay blanche ; la bleue, c’est pour quand il fait caillant.

Drache : voir averse

Drink ! Ne dites pas : « Je vais acheter ma bière au supermarché ».

Dites : « Je vais au Drink Market » …inutile de préciser le mot « bière », c’est évident pour tout le monde

Enervement : si vous êtes à cran, ne dites pas « Tu m’énerves » ; dites : « Tu m’énerfe, une fois » surtout si vous êtes à Bruxelles.

Essuie : Ne dites pas : « Où est la serviette de bains ? ». Dites : « Où est l’essuie ».

Cornet de frites

Frite : celle-là , vous ne pouvez pas y échapper que vous l’ayez ou non !!! Ne dites pas : « Je vais à la friterie ». Dites : « Je vais à la friture ».

Fortune : Ne dites pas « La roue de la fortune » ; dites : « les élections » !

Goinfre : Un goinfre n’existe pas en Belgique ; il n’y a que des « Goulafres ».

Graduat : Etudes supérieures ; en général trois ans

Guindaille : Grosse fête, beuverie, notamment de l’étudiant(e) qui a obtenu son graduat. S’il l’a raté, il fera guindaille tout de même.

Humanités : Etudes secondaires.

Impôts indirects : Dire « Accises »

Jobiste : Etudiant qui finance ses études en ayant…un job

Kicker[2] : Baby-Foot

Kot : chambre d’étudiant

Koter : habiter un Kot

Koteur : locataire ou co-locataire d’un Kot

Lard : C’est pas cochon ..c’est une friandise bourrée de colorants.

Latte : En prendre un coup n’est pas bien douloureux ; c’est une règle plate graduée.

Lavette : Mais non, ce n’est pas un ministre de Sarkozy !! C’est un carré de tissus éponge pour nettoyer la table, faire la vaisselle, etc.

Maire et Maires-adjoints : Bourgmestre et échevins

Manche (à balle) : Cire-pompes, lèche-cul, frotte-manche, fayot ; finit tout de même par être premier de la classe le salopard ! Y’a pas d’justice !

Maquée : Il ne s’agit aucunement d’une femme soumise à un gigolo ! C’est un excellent fromage blanc

Mitraillette : Pas de militarisme là-dedans. C’est une baguette garnie de frites et de viande

Navetteur : personne qui se déplace quotidiennement de son domicile à son lieu de travail en utilisant les moyens de transport en commun ….a tendance à s’étendre, hélas, aux automobilistes.

Nicnac : Petit biscuit sec. Exemple typique d’une marque qui devient un mot….comme frigidaire. Mais ne mettez pas les nic-nac au frigidaire, ils ramolliraient !

Nonante : Quatre-vingt dix.

Œuf : Quand on a un compte à régler avec quelqu’un, on dit qu’on a un « œuf à peler » avec ce quelqu’un.

Pecket : Eau de vie parfumée au genièvre ; le pecket coule à flots lors des fêtes de Wallonie et dans de nombreux carnavals et marches folkloriques.

Bière qui sourit

Pinte : Bière de 25cl aussi appelée un « demi » malgré ses 25 cl, alors que pinte signifie aussi ½ litre…

Pistolet : petit pain rond, on dit aussi d’un sacré débrouillard hyperactif que « c’est un sacré pistolet »

Postposer : différer, reporter à plus tard

Prépension : préretraite.

Prester : fournir un service, un travail

Quatre-six-neuf (faire un travail à la) : six-quatre-deux

Raccuser : rapporter, moucharder

Raclette : ustensile servant à nettoyer (racler) les sols à l’eau

Ramassette : petite pelle pour les balayures

Rawette Petite quantité que l’on redemande par gourmandise ; elle est, bien sûr, excédentaire. En rajouter serait donc serait superfétatoire. Je vous en remets tout de même une ?

Rhéto : Abréviation de Rhétorique ; classe terminale des lycées.

Ring : Boulevard circulaire, rocade ; ce qui n’exclut pas de s’y empoigner !

Salade de blé : mâche

Septante : soixante-dix

S’il vous plaît ? pardon ? plaît-il ?

S’il vous plaît : voici (en donnant quelque chose à quelqun)

Slache : tong

Steak tartare : dire : filet américain

Subside : subvention, aide financière

Subsidier : accorder une subvention

Syllabus : texte photocopié reprenant un cours universitaire

Tirette : fermeture à glissière

Toquer (à la porte) : frapper

Tripartite : coalition gouvernementale formée de trois partis…extrêmement fréquente

Tuyau : Pour un wallon, un tuyau, c’est un tuyau.

Pour un flamingant un peu lourd qui est paysan,membre du Boerenbond, a son compte bancaire chez KBC et un frère archevêque, qui a toujours peur de n’être pas compris, ça devient : Un tuyau creux dedans avec du vide à l’intérieur !!!!!!!!!

Manekenpis

Vidange : verre consigné

Waterzooï ou waterzoï : préparation de poisson ou de poulet en bouillon

frittes.et moules jpg

Alleï, on va boire une pinte à la friture avec un filet américain ou des moules ; le patron, il a le cul dans le beurre ! C’est ainsi …..

Albert_II rigole


[1] Boiler : de To boil = bouillir en anglais

[2] KIcker : le botteur en anglais

Les films à ne pas voir : Le syndrome du Titanic !

novembre 5, 2009 at 12:48 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Environnement OGM, Le coin des bouquins à ne pas acheter, Les films à ne pas voir, Politique, Société, sarkosy, social | 1 Comment
Tags:

Les films à ne pas voir : Le syndrome du Titanic !

Le_syndrome_du_titanic le livre

Bon, camarade ou camaradesse, je vais te rendre un service ! Si tu as du temps à perdre, envie d’une bonne toile, y’a un truc qu’y faut pas faire c’est aller voir « Le Syndrome du Titanic ».

Je viens de le faire pour toi et, comme dirait un ami belge : « ça, il faut pas faire, une fois ! »

Faut dire que notre Hulotte a fait très fort !Hibou mobile

Et en plus il s’est fait aider par un certain Lièvre ! Le lièvre, c’est bien connu depuis Jeannot de la Fontaine, ne brillant pas par son esprit !clin d'oeil

Le résultat est là …..LA- MEN-TA- BLE !!!

Remarquez qu’en partant d’un triste bouquin pour faire « mode » du même Hulot et en se faisant sponsoriser par : SNCF et EDF, L’Oréal –Fondation Bettencourt Schueller ou Studio 37 (la filiale cinéma d’Orange – la fabrique à suicides) et le tout coiffé par la Fondation Nicolas Hulot…ça sentait la pompe à fric à plein nez !!!! Pas encore le suicide mais allez savoir ! Quand on sort de la salle on a envie de se flinguer !

Sur la présence de l’Oréal au générique, rien de plus normal ! C’est Lascad, filiale du précité qui fabrique les produits Ushuaia

Même qu’une polémique a éclaté récemment sur ces possibles saloperies !

C’est Greenpeace-France qui s’y est collé ! Tout en ramenant l’affaire à de plus justes proportions, Greenpeace déclare que le problème c’est l’utilisation de quelques 100.000 molécules chimiques dans la fabrication des cosmétiques et juge que la polémique sur les produits Ushuaia est “l’arbre qui cache la forêt”.

Peut-être….n’empêche que Lascad “confirme utiliser dans la fabrication des produits Ushuaia deux muscs polycycliques et ne garantit pas l’absence de phtalates[1]“, relève Yannick Vicaire, responsable de la campagne des toxiques de l’organisation écologiste.

“Or ces substances sont soupçonnées d’interférer avec le système hormonal”, ce qui pourrait poser un problème pour les femmes enceintes, ajoute-il dans le communiqué.

Donc, si tu te laves les fesses avec Ushuaia, rien n’interdit de penser qu’il est possible qu’à tes vieux jours, tu te retrouvas avec un cul de singe …. un peu comme si tu avais posé lesdites fesses sur un canapé chinetoque de chez Conforama !!!

Mais revenons au naufrage de ce Titanic !

Manque de rien, même pas d’air !! Tous les lieux communs, tous les poncifs y sont !

Quand je pense que certains plumitifs ont osé titrer « Ecolo-choc » !! Ecolo toc, je dis ! Et je suis sympa !

A voir ce film au premier degré, Nicolas Hulot serait donc anticapitaliste et écologiste radical ? Ben voyons ! Qu’on  en juge par ses vertus sur le plan environnemental : avions de chasse, hélicos, Paris-Dakar…tout ceci aurait dû nous convaincre depuis des lustres de sa tendance anticapitaliste !
Ses sponsors, revenons-y : EDF, Vinci, Norauto, Rhône-Poulenc, l’Oréal, SNCF, France Telecom.

La Hulotte est un peu comme Jean-Pierre Coffe, le roi de l’anti- malbouffe, qui fait la pub pour le hard-discount !

Nicolas Hulot, l’ami de Sarkozy, n’aime pas la capitalisme mais ne déteste pas le pognon !! Filiation ????

La chose se confirme quand on observe son empire personnel. Certes, il ne le dirige pas mais il touche des droits sur chaque vente et peut refuser la mise sur le marché de ses : gels douches, déodorants, sacs à dos, lunettes de soleil, serviettes de bain, pull-overs, montres, émission de télé à succès, chaîne diffusée par satellite, magazine, jeu de société, best-sellers et j’en passe et des pires.

Evidemment avec de tels sponsors et de telles activités financières comment pourrait-il ne pas être opposé au capitalisme !!

Foutage de gueule, je dis ! Escrologiste !

Touché, le Titanic ? Coulé !

Bébé fait un doigt


[1] Phtalates sont un groupe de produits chimiques apparentés du point de vue structural à l’acide organique connu sous le nom d’acide phtalique.
Ils sont composés d’un noyau benzénique et de deux groupements carboxylates placés en ortho et dont la taille de la chaîne alkyle peut varier. Les phtalates sont couramment utilisés comme plastifiants des matières plastiques (en particulier du PVC, pour former par exemple des plastisols) pour les rendre souples. Les effets secondaires provoqués par phtalates en concentrations relativement élevées chez les animaux en laboratoire sont : la baisse de la fertilité, l’atrophie testiculaire, la réduction du poids du fœtus, la mortalité fœtale, et des malformations. Certains phtalates possèdent également un effet perturbateur endocrinien et peuvent provoquer des anomalies du développement sexuel chez le jeune rat mâle exposé in utero.

 

Les effets toxiques des phtalates dépendent de leur type et de leur concentration. Lorsque toutes ces expositions sont combinées, l’exposition individuelle est nettement plus élevée qu’on ne le pensait. Chez les enfants, on considère qu’ils sont plus exposés parce qu’ils absorbent une plus grande quantité d’aliments que les adultes par rapport à leur poids corporel et parce qu’ils portent des objets en plastique à la bouche.

Au revoir Hamida

octobre 30, 2009 at 12:11 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Féminisme, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, social | 1 Comment
Tags:

Au revoir Hamida

Hamida ben Saida

Nous avons appris ce soir une bien mauvaise nouvelle.

Hamida ben Saida est décédée des suites de la grave maladie contre laquelle elle luttait.

Hamida, il m’est arrivé de la croiser car elle a été des combats de la gauche mais je ne peux pas dire que je la connaissais très bien.

Plutôt que de parler d’elle, je vous parlerai donc de son livre : « Itinéraire d’une femme française : Clamart, Bab El-Oued, Epinay-sur-Seine »[1].

Itinéraire d'une femme française

Un sacré grand livre, plein d’humanisme que nous aurions déjà du vous présenter dans notre « coin des bons bouquins »

Ce récit d’Hamida Ben Sadia est un livre rare. Elevée par des parents venus d’Algérie, parfaitement intégrés en France et pas religieux pour deux sous.

Ce sont pourtant ces mêmes parents qui ne résisteront pas à la pression culturelle de la famille restée « au bled ». Le mariage forcé de leur fille en Algérie conduira à son malheur et au leur.

Ce n’est pas un livre de revendication. C’est l’histoire d’une femme qui aujourd’hui a digéré, elle est apaisée. Pour en arriver là, il lui aura fallu s’opposer avec force aux traditions, imposer un divorce à son mari, puis revenir en France en étant obligée d’abandonner ses enfants.

Elle finira par les retrouver après s’être battue très dur. Il faut dire qu’elle y a mis l’énergie d’une mère et la force de la militante politique et associative qu’elle est devenue.

Avec ce livre, c’est, à ma connaissance, la première fois qu’une représentante de cette génération de femmes issues de l’immigration raconte.

« Elles n’ont pas vécu dans la soumission comme leurs mères, elles ne se sont pas révoltées dans la violence contre leurs pères, elles ont dû, par leur seule ténacité et en combattant toutes les dominations, trouver une place entre deux cultures qui ne parvenaient pas à se rencontrer. » disait le texte de son éditeur ; c’est profondément juste. J’ai connu quelques « Hamida » du côté d’Hautmont !

Hamida est de celles qui ont ouvert la voie de l’émancipation à nos ” beurettes ” actuelles.

Le mieux est encore de vous montrer Hamida qui parle de son livre.

http://oumma.com/spip.php?page=oummatv-article&id_article=3343

Hamida ben Saida était signataire de « L’appel à Gauche » ; elle était aussi membre du comité central de la Ligue des Droits de l’Homme.

A sa famille, ses amis et amies, à la Ligue, nous présentons nos condoléances

A toi, Hamida, salut et fraternité Camarade !

Guy Dutron

29 octobre 2009


[1] Mai 2008 – 240 pages – 19.00 €  chez Bourin Editeur http://www.bourin-editeur.fr/livre/itineraire-d-une-femme-francaise-clamart-bab-el-oued-epinay-sur-seine.html

 

COMITE DE SOUTIEN « VÉRITÉ ET JUSTICE POUR GUY PEIFFER » SUITE

octobre 28, 2009 at 10:27 | In Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Politique, Société, Solidarité, social | 2 Comments
Tags:

COMITE DE SOUTIEN « VÉRITÉ ET JUSTICE POUR GUY PEIFFER » SUITE

Durant les vacances, le 20 juillet, nous lancions un comité de soutien à Guy Peiffer, emprisonné à la prison de Schrassig au Luxembourg parce que nous avons la conviction que cet homme est innocent. Voir :

http://dutron.wordpress.com/2009/07/20/comite-de-soutien-%C2%AB-verite-et-justice-pour-guy-peiffer-%C2%BB/

Depuis, nos sommes 57 a avoir exprimé notre soutien à Guy. Nous ne sommes pas seuls ! Au Luxembourg aussi des personnes se mobilisent dont la Ligue des Droits de l’Homme du Grand Duché qui devrait bientôt s’exprimer.

Guy est emprisonné depuis 19 ans …c’est beaucoup pour un innocent. Il a déposé récemment une demande de libération conditionnelle par l’intermédiaire de ses avocats.

CETTE DEMANDE VIENT D’ÊTRE REJETEE. LES MOTIFS DE CE REFUS LAISSENT RÊVEUR :

Guy Peiffer refus de libération conditionnelle

-         manque d’introspection ! Quelle introspection un innocent peut-il mener ?

-         pas de gage sérieux de réadaptation sociale ; Guy Peiffer, en prison, est devenu artiste céramiste. Une grande institution du Luxembourg lui a organisé une exposition cette année. On ne lui a même pas accordé une autorisation d’assister à sa propre exposition.

-         Son attitude vis à vis des institutions : Evidemment, Guy, massacré par lesdites institutions les rejette en bloc. Il refuse de céder, pire, il contre-attaque, il accuse au risque de se prendre, en plus, une injure à magistrat. Ce n’est pas ce que nous lui aurions conseillé mais c’est son choix et nous le respectons. Il est vrai que Guy Fait très fort mais il estime qu’il n’a rien à perdre.

Nos lecteurs trouveront sur ce blog le fac-similé du refus de libération conditionnelle et la réponse au vitriol de Guy Peiffer. Qu’ils se fassent leur opinion ; la mienne est faite. La pugnacité de Guy est aussi un signe de son innocence ; un coupable se serait écroulé depuis longtemps.

Réponse de Guy Peiffer au refus de libération conditionnelle

Plus que jamais, nous vous appelons à signer notre appel. C’est très simple : vous adressez un mail à g.dutron@yahoo.fr en portant en objet : « soutien à Guy Peiffer ». Dans le texte du mail, veillez indiquer vos nom – prénom – ville et pays de résidence.

Les signataires actuels viennent de France, de Belgique, du Luxembourg, de Roumanie, de Suisse et même du Sénégal.

Votre nom sera ajouté sur la liste de l’article initial.

Merci

Guy Dutron

28 – 10 – 2009

Un dossier noir du Gaullisme l’Affaire Boulin pourrait ressurgir !

octobre 27, 2009 at 1:50 | In Caisse des dépots, Citoyenneté, Culture - Livres, Mémoire et histoire, Politique, Société, Sur Sarkozy, sarkosy, social | 6 Comments
Tags:

Un dossier noir du Gaullisme l’Affaire Boulin pourrait ressurgir !

robert-boulin-2

Aujourd’hui, France-Inter et France-Info ne parlent que de cela : un nouveau témoignage pourrait faire rouvrir le dossier de « L’affaire Boulin ». http://www.france-info.com/chroniques-au-fil-de-l-actu-2009-10-27-revelations-dans-l-affaire-boulin-361311-81-346.html

I : LES FAITS :

En 1979, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, Robert Boulin est ministre du Travail du troisième gouvernement Raymond Barre. À l’automne 1979, des lettres anonymes parviennent aux sièges de plusieurs journaux. Elles accusent Robert Boulin d’avoir acquis de manière illégale une garrigue à Ramatuelle (Var), sur laquelle il a fait bâtir une résidence secondaire. Le journal d’extrême droite Minute en fait ses choux gras ! Il attaque violemment le ministre.

Boulin choisit de riposter, sur Europe 1 le dimanche 21 octobre, il déclare : « Que voulez-vous que je réponde ? J’ai l’âme et la conscience tranquilles et j’ai été exemplaire. Peut-être encore plus que vous ne le pensez, parce qu’il y a des choses que je ne peux pas dire ici. » Le 30 octobre 1979  à 8h40, le corps de Robert Boulin est retrouvé dans l’Étang Rompu, au plein cœur de la forêt de Rambouillet (Yvelines). Son cadavre se trouve à cinq mètres de la berge. Il gît dans un endroit où la profondeur est de 50 cm.

Robert Boulin Le visage tuméfié source Hisiaux free.frLe visage tuméfié de Robert Boulin après sa mort source Hisiaux free.fr

L’étang rompu est un petit plan d’eau situé en forêt de Rambouillet.


La rivière des Ponts Quentins s’y jette en provenance des étangs de Hollande situés à un kilomètre en amont et en ressort pour affluer dans la Vesgre.

Ces lieux, nous les connaissons bien pour y avoir pêché dans le passé. Il faut vraiment y mettre une sacrée bonne volonté pour s’y noyer !!!

II : UNE ENQUÊTE BÂCLEE SUR ORDRE ?

Tout semble falsifié dans cette affaire !

-                     Officiellement, Boulin s’est suicidé ; il l’a même annoncé à une flopée d’amis …presque trop !!

-                     Hélas, toutes les lettres envoyées et comportant des mentions manuscrites ne sont que des photocopies facilement falsifiables et l’on sait que certains collaborateurs du ministre imitaient sa signature par commodité…..

-                     Le visage de Robert Boulin est tuméfié mais l’autopsie sera bâclée….. Voir ci-dessous deux films passionnants !!

-                     http://hisaux.free.fr/dotclear/index.php/2007/06/20/695-90-minutes-sur-l-affaire-boulin-le-suicide-etait-un-meurtre

-                     Le corps de Boulin a été retrouvé immergé SUR LE VENTRE mais l’une des rares conclusions intéressante de l’autopsie prouve qu’il est mort et à séjourné longtemps sur le dos.

-                     Des contrenquêtes ont démonté depuis longtemps les incohérences des enquêtes menées.

-                     L’une d’entre-elles : Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin (Broché)

-                     de Benoît Collombat est bourrée de détails accablants ;

-                     Benoît Collombat est journaliste grand reporter à France Inter. Il publie en 2007 un livre de contre-enquête sur la mort de l’ancien ministre Robert Boulin, intitulé Un homme à abattre (Voir Pourquoi il faut rouvrir le dossier Boulin par Guillaume Bouchet sur Rue89 et Reporter en eaux troubles par Luc Chatel sur Témoignage Chrétien) En 2008, il enquête sur les rumeurs d’assassinat du premier ministre Pierre Bérégovoy, puis sur l’affaire du « cabinet noir » d’Yves Bertrand, directeur des Renseignements généraux entre 1992 et 2004. Benoît Collombat enquête également sur les paradis fiscaux, notamment auprès de Daniel Lebegue[1]

-                     On trouve pêle-mêle : le dessaisissement de la gendarmerie au profit de la police ; un enquêteur qui affirme que les tuméfactions du visage de Boulin proviennent d’un choc avec un rocher en sortant le corps ….Hélas, il n’y a aucun rocher à l’horizon ! Des décisions de justices à pleurer, des pistes soigneusement négligées …

Plan large du Corps de Robert BoulinPlan large du corps de Robert Boulin à sa sortie de l’eau …pas de rocher en vue !!

-                     En résumé, Robert Boulin se serait administré lui-même une rouste mémorable, serait mort sur le dos et serait resté des heures dans cette position, aurait, raide mort, pris sa voiture pour se rendre vers les Étangs de Hollande, se serait noyé dans 50 cm d’eau ; le maladroit aurait de surcroît laissé des traces de pas en entrant dans l’eau et EN EN RESSORTANT toujours plus mort que mort !!! On se fout de la gueule de qui, là ???

-                     Fait-il en conclure que c’est un scénario qui attend ceux qui détiennent des dossiers sur des escroqueries à la Sécurité sociale, le financement politique, la Françafrique de Foccart…..

-                     C’est si pratique, l’Afrique pour blanchir des détournements ! On se prend à se demander si cela ne continue pas de nos jours….Mais, faudrait enquêter ….et pas comme dans l’affaire Boulin !!

-                     On trouve aussi, dans l’affaire Boulin, des accointances dans les Hauts de Seine et à Neuilly autour de Pasqua (à l’époque mentor de Chirac)et son SAC composé d’hommes de …sac et de cordes comme le montrera plus tard la tuerie d’Auriol qui aboutira à sa dissolution.

-                     On trouve également, le considérable Achille Peretti, natif d’Ajaccio : il est connu pour avoir été le père politique de Nicolas Sarkozy dont la mère Andrée Mallah fut sa secrétaire. Le P’tit sera son successeur à la mairie de Neuilly-sur-Seine. Comme quoi, l’affaire du Dauphin Jean à la Défense, n’est qu’une affaire d’amateur ! Un « pro » comme Achille n’aurait jamais agi de la sorte….Fin de règne dissolue, donc !

-                     A propos de dissolution, on notera que des scellés du dossier Boulin ont disparu ….volés…envolés…Parmi les choses disparues : les poumons de Boulin qui auraient pu prouver qu’il n’était pas mort noyé….A l’époque, on n’avait pas jugé bon d’effectuer un prélèvement dans ces poumons ….On se demande ce que fout la police !!!

-                     A ce propos toujours, notons que, sous la présidence de l’émérite vulcanologue Giscard d’Estaing, sous ce troisième gouvernement Barre, les ministres principalement concernés s’appelaient :

  • A l’intérieur : Christian Bonnet ; un homme réputé avoir la tête …près du bonnet !!! Nous ne disons pas des gros bonnets, n’est-ce pas !!

  • A la justice : Alain Peyrefitte, l’homme qui réveilla la Chine et savait donner ses ordres !

  • Boulin, lui-même, était au Travail et donc bien placé pour connaître les turpitudes de notre belle et grande Sécu !!

  • Aux Affaires Etrangères : Louis de Guiringaud ! S’il n’a pas laissé un souvenir impérissable, le Louis a toutefois parlé d’or ! Il déclara un jour : « L’Afrique est très importante pour la France parce que c’est le seul continent qui peut encore donner à la France le sentiment d’être une grande puissance. Le seul où avec 500 hommes, elle peut encore changer le cours de l’histoire. »

Le « cours de l’Histoire », c’est de moins en moins sûr depuis que la Chine s’est éveillée ; mais le cours du pognon …faudrait voir ça de plus près ! Est-ce pour ces raisons que l’on ne rouvrira pas le dossier Boulin malgré la pugnacité de sa famille ? Nous espérons nous tromper !


[1] Daniel Lebègue : Ancien directeur général de la Banque Nationale de Paris puis de la Caisse des dépôts et consignations. Il est maintenant président de l’ONG Transparence International France.

 

Compte – rendu de la réunion constitutive de AdOC Belgique le dimanche 18 octobre à Bruxelles.

octobre 24, 2009 at 12:41 | In Altermondialisme, Belgique, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Environnement OGM, Europe, Politique, Société, Solidarité, social | Leave a Comment

Compte – rendu de la réunion constitutive de AdOC Belgique

le dimanche 18 octobre à Bruxelles.

C’est donc à Bruxelles, dans les locaux de l’Université que c’est tenue cette réunion.

Les Objecteurs de Croissance français étaient représentés par Christian Sunt (pour l’AdOC France) et Guy Dutron (pour le RESEDA signataire de la plate-forme AdOC).

Première constatation : ce fut un gros succès ! Environ 350 personnes le matin et plus de 500 l’après-midi !

Facile à évaluer, nous étions dans un amphi de 500 places et il n’y  avait pas de places assises pour tout le monde.

Nos amis belges étaient dans une démarche un peu différente de l’AdOC France. En France, nous avons adopté une plate-forme à Beaugency et, maintenant, nous approfondissons.

Nos amis Belges ont lancé leur débat interne en début d’année 2009. La réunion du 18 était donc un premier aboutissement.

La matinée fut consacrée à l’adoption de la plate-forme et à débattre des premières actions s’y rapportant.

L’après- midi nous avions droit à une première partie théâtrale avec le superbe Jean-Luc Piraux.

« Faut y aller » qu’il dit Jean-Luc. Il a fondé le Théâtre Pépite : http://www.theatrepepite.be/bio.html

dossier faut y aller.indd

Si jamais il passe par chez-vous : COURREZ-Y !!!

Son histoire de cette vieille dame iconoclaste, pleine de bon sens qui élève ses poules et, pour tout dire, révolutionnaire est un petit chef-d’œuvre.

En plus, Jean-Luc est un quasi voisin puisqu’il est de Maredsous. Si vous voulez faire passer un bon moment à votre groupe, organisation, etc., et surtout si vous n’êtes pas un amoureux forcené de Sainte Croissance, voici une adresse en or :

Contact : Théâtre Pépite

Brigitte Petit et Jean-Luc Piraux
17, rue de Maredret
5537 Denée (Belgique)
Téléphone : +32 (0)71 79 86 93
theatrepepite@skynet.be

Il sera :

·  Au Botanique (Bruxelles), le lundi théâtre, le 26 octobre à 20h30
(02 / 226 12 11)

·  Au CC de Hotton, 55 rue des Écoles, le vendredi 26 février 2010 à 20h (084/41 31 43)

·  Au CCR de Verviers à l’Espace Duesberg, 7 Bld de Gerardchamp – 4800 Verviers, le 05 mars 2010 à 20h 30(087/39 30 30

COURREZ-Y OU VOUS MOURREZ IDIOT !

Jean-Luc Piraux photo Théatre PépiteJean-Luc Piraux – Photo Théâtre Pépite

Après ce Buster Keaton moderne qui a enchanté son public, deux débats introduits par :

- Christian Arnsperger. Docteur en sciences, économiques, chercheur au FNRS. Christian Arnsperger enseigne à la Chaire Hoover d’éthique économique de l’Université Catholique de Louvain. Son travail porte sur les fondements existentiels de l’économie, sur l’analyse critique du capitalisme, ainsi que sur l’épistémologie de la science économique. Il est l’auteur de différents ouvrages, parmi lesquels « Ethique économique et sociale » (2000) écrit avec Philippe Van Parijs, « Critique de l’existence capitaliste » (2005) dans lequel il prône une rupture avec le système économique en vigueur et « Ethique de l’existence post-capitaliste » (2009) où il propose des pistes individuelles et collectives en vue de cette rupture.

- Romain Felli, licencié ès Lettres en géographie, détenteur d’un master de recherche en pensée politique et diplômé de Sciences-Po (master), Romain Felli, est un spécialiste de l’histoire et de la philosophie de l’écologie. Il a écrit notamment « Les deux âmes de l’écologie. Une critique du développement durable », publié chez L’Harmattan et enseigne à l’université de Lausanne.

Inutile de dire qu’avec 500 personnes dans la salle, tout le monde n’a pu avoir la parole. Notre amie Martine Dardenne, voisine de la région de Couvin et chargée d’organiser les prises de paroles, n’a pas eu la tâche facile mais a assuré l’essentiel.

Au total, une journée riche en idées et propositions, conviviale, ouverte comme savent l’être nos amis belges quand ils ne sont inféodés à rien.

Merci pour leur accueil aux « historiques » :  Michèle Gilkinet, Martine Dardenne et Paul Lannoye …toujours « vert » à près de 70 balais !

Nul doute que nous nous reverrons.

Guy Dutron

Plus de 200.000 visites sur notre blog.

octobre 24, 2009 at 11:37 | In Altermondialisme, Caisse des dépots, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Féminisme, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, Sur Sarkozy, sarkosy, social | 2 Comments
Tags:

Plus de 200.000 visites sur notre blog.

Il y a peu, le 12 août de cette année, nous titrions :  150 000 lectures sur notre blog

Depuis cette date, notre blog a continué sa progression. De 500 à 600 visites par jour d’abord, nous sommes passés à 700, puis à 800.

Les chiffres de ces derniers mois parlent d’eux-mêmes :

-         13.300 en avril,

-         15.000 en Mai et Juin,

-         15.600 en Juillet (malgré les vacances),

-         19.400 en août,

-         22.400 en septembre

-         ce mois-ci, nous dépasserons les 25.000 visites.

Depuis une dizaine de jours, notre blog dépasse régulièrement les 1.000 visites par jour.

Ce soir 24 octobre à minuit ou dans la nuit, notre blog passera les 206.000 visites. Il en est, à l’heure où nous écrivons à 205.949 ….et le compteur tourne.

L’article le plus lu : Tout est bon dans l’cochon sauf les dioxines mais s’il n’y avait que ça !! l’a été 5720 fois. Ben, mon cochon ! La grippe dite porcine doit y être pour quelque chose ou alors, vous voulez nous signifier que notre blog n’est pas ….cochon !!!

Les articles les plus populaires reflètent bien ce que nous voulions faire : un blog divers, généraliste, qui explique et donne à penser.

Avec 3800 lectures : Crise Economique USA Japon Espagne Allemagne Belgique France de la stagflation à la récession.

Mais Sarkozy n’est jamais bien loin et Dédicacé à Nicolas Sarkozy : Napoléon le Petit par Victor Hugo affiche une belle santé avec près de 2500 lectures. A la tienne, le P’tit !!

Vous aimez aussi, l’Histoire, les évènements historiques et les chansons :

Il y a 68 ans, le 10 mai 1940, Hitler envahit la Belgique

a été lu 1710 fois.

Quand on jumelle les deux cela fait 1200 lectures en peu de temps pour : L’Histoire en Chansons

Bref, vous nous faites plaisir et nous encouragez à continuer de vous parler aussi :

- de géopolitique : plusieurs articles lus plus de 1500 fois dont : Vers la constitution de six forces militaires mondiales sous égide ONU La première : Nom de Code Genesis Project

- de la crise de la social démocratie : plus de 1500 fois aussi, avec : En France, en Belgique, en Europe, la social démocratie va mal …. Je fus, tu fus, Donfut !!!

-        d’alter mondialisme : L’URGENCE ALTERMONDIALISTE a été lue plus de 1000 fois,

-        de Féminisme : en quelques jours Féminisme : Louise Michel grande figure de la Commune de Paris et du Mouvement ouvrier à été lu 700 fois !

-        Même le Vatican se prend une avoinée avec 1500 lectures pour : Benoît XVI veut béatifier Pie XII une inquiétante dérive de l’église catholique officielle se poursuit.

Bien fait pour le papy réactionnaire !

Enfin, vous aimez aussi les informations plus pointues ou plus locales ; par exemple :

-         Les turpitudes de notre « Val Joly » Val Joly stop ou encore ? Naturiste ou à poil ???? ont intéressé 750 lecteurs,

-        Celles de la Caisse des Dépôts dépassent les 1200 lectures avec notamment : Avec la vente de 34000 logement d’ICADE et le projet de scission de Dexia la Caisse des Dépôts toujours aux ordres vend les bijoux de famille.

Mais notre blog vous distrait aussi comme en témoignent les centaines de lectures sur les articles concernant Joan Baez, Bechet, Armstrong, Kid Ory, Boris Vian ou Myriam Makeba …avec les liens vers leurs œuvres, bien sûr.

Merci encore aux ami-e-s qui publient aussi sur ce blog : à Geneviève, à Hélène, à Dominique, à Michel, à Monique…..

Ils, elles nous aident à en faire ce qu’il est, finalement : un outil de communication politique et d’éducation populaire en ces temps de vaches maigres où nous ne pouvons guère compter que sur nous-mêmes.

Guy Dutron

25 – 10 – 2009

Réforme du Lycée : Sarkozy trois pas en avant dix pas en arrière

octobre 13, 2009 at 8:18 | In Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Politique, Société, sarkosy, social | 2 Comments
Tags:

Réforme du Lycée : Sarkozy trois pas en avant dix pas en arrière

La Com’ Elyséenne aura beau dire et beau faire, elle n’échappera pas à une cruelle réalité :

les lycéens ont eu la peau de la grande réforme du lycée voulue par Nicolas Sarkozy.

Dix mois après le retrait du projet, le président de la République doit nous asséner, ce mardi à 11h, une série de « grandes orientations » pour apporter « des réponses rapides et concrètes » aux demandes des élèves, de leurs professeurs et des parents.

« Globalement le lycée ne marche pas mal, donc il ne s’agit pas de faire une réforme systémique » : dixit l’Elysée. Et le Château d’argumenter :

- le taux de bacheliers est passé de 30% en 1985 à 65% d’une classe d’âge en 2009,

- chaque année, 35.000 élèves de terminale la quittent avant l’obtention du baccalauréat

80.000 bacheliers sortent tous les ans du lycée sans acquérir par la suite de diplôme de l’enseignement supérieur,

- les disparités sont importantes selon la classe sociale à laquelle appartiennent les jeunes,

- Bel aveu, Petit !  Et alors ? On fait quoi ????

Le chef de l’Etat doit nous donner ce mardi les orientations inspirées par les préconisations du rapport remis en juillet par le directeur de Sciences Po Paris.

Ensuite, ce sera à Luc Chatel de s’y coller pour élaborer un projet concret en concertation avec les principaux acteurs du monde lycéen et les partenaires sociaux….bla, bla, bla, bla, bla, bla ….

- Premier principe : le « droit à l’erreur » et à la « réorientation ». « Il faut permettre de corriger une trajectoire », insiste-t-on à la présidence de la République. Avec une Première plus généraliste et une Terminale plus spécialisée, avec la possibilité de changer de filière en cours de route.

  • Sage principe, en effet, qui devrait permettre à Monsieur Fils, Jean Sarkozy, de terminer ses études ! Bien orienté, il pourra terminer ses études de droit, comme papa ( peut-être) et faire, enfin, de l’épate à l’EPAD !!

- Deuxième piste :  le rééquilibrage entre les filières, avec la revalorisation des baccalauréats technologiques et de la filière littéraire, qui deviendrait une filière internationale avec un apprentissage accru des langues étrangères et de leur pratique.

  • Belle idée toujours ! Qui devrait permettre à Monsieur Père de s’y recoller à son tour. Il pourrait alors s’exprimer en anglais au G20 et ne plus confondre l’effet de serre du CO² et le trou dans la couche d’ozone qui n’est pas le seul à en tenir une …de couche !!

- Troisième idée : l’accompagnement personnalisé des élèves en petits groupes ou même à titre individuel, selon les établissements,

- Quatrième trouvaille : le lycée français mettra ( enfin !) l’accent sur l’apprentissage et la pratique des langues étrangères,  particulièrement l’anglais. Des étudiants étrangers pourraient donner des cours de conversation, suggère l’Elysée.

  • Mais il rassure aussitôt, il n’a pas changé !! La réforme se fera à  niveau d’encadrement constant c’est à dire avec moins de profs puisqu’on en supprime à tour de bras.

- Cinquième chantier et ça va en être un : la place de la culture et de l’art dans les lycées. On va valoriser et développer l’éducation artistique, la musique, l’art ou le théâtre, selon « l’entourage ». Ce qui la presse appelle pudiquement « l’entourage », c’est « l’effet Carlita », c’est clair ! On n’imagine en effet pas le défonceur de couche d’ozone avoir des idées sur la culture ! Mais tant mieux pour les profs d’arts plastiques bien déshérités actuellement, on verra !

– Reste encore quelques broutilles mais c’est du remplissage !

Le fameux « entourage du chef de l’Etat », se refuse à parler de “recul” par rapport à la grande réforme voulue en début de quinquennat par Nicolas Sarkozy.

Tu parles, Charles !!! Si ce n’est pas un « recul », c’est quoi ?

Euréka ! C’est comme en 40, on appelait ça « la défense élastique » !!! Même les nazis avaient repris l’expression quand ça merdait sur le front de l’Est !

La Radio de LONDRES nous brossait, en 1942, le tableau de cette belle déroute. Pierre DAC chantait : « ah! ah! ah! ah! …c’est la défense élastique…trois pas en avant, dix pas en arrière…ah! ah! c’est la défense élastique »…

Vive l’élastique ! Monsieur Fils pourra boucler la boucle en organisant des sauts à l’élastique ….à La Défense !!!

Sarkozy pere_et_fils_1

Source 20minutes Neuillybondyblog

Féminisme : Louise Michel grande figure de la Commune de Paris et du Mouvement ouvrier

octobre 12, 2009 at 2:28 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Féminisme, Mémoire et histoire, Politique, Société, social | 8 Comments
Tags:

Féminisme : Louise Michel grande figure de la Commune de Paris et du Mouvement ouvrier

Louise Michel est née le 29 mai 1830 à Vroncourt-la-Côte en Haute-Marne. Elle est morte le 9 janvier 1905 à Marseille.

Militante anarchiste et figure importante de la Commune de Paris, elle sera la première à arborer le drapeau noir et à le populariser au sein du mouvement anarchiste.

Très jeune, elle enseigne avant de se rendre à Paris en 1856.

Arrivée à Paris, à 26 ans, elle a une intense activité littéraire, pédagogique, politique et activiste et se lie avec plusieurs personnalités révolutionnaires blanquistes du Paris des années 1860. elle publie plusieurs textes, et notamment des poèmes qu’elle signe sous le pseudonyme d’Enjolras. A cette époque, elle rencontre :  Jules Vallès[1], Eugène Varlin[2], Raoul Rigault[3] et Émile Eudes[4]. Elle collabore à des journaux d’opposition comme Le Cri du peuple. En 1862, elle devient sociétaire de l’Union des poètes ; en 1869, elle est secrétaire de la Société démocratique de moralisation, ayant pour but d’aider les ouvrières. À ce moment, Louise est blanquiste[5].

En août 1870, à 40 ans, en pleine guerre franco prussienne, elle manifeste contre l’arrestation de militants blanquistes.

En septembre, après la chute de l’Empire, elle participe au Comité de vigilance des citoyennes du XVIIIe arrondissement de Paris dont elle est élue présidente ; elle y rencontre Théophile Ferré[6] dont elle tombe passionnément amoureuse. Dans un Paris affamé, elle crée une cantine pour ses élèves. Elle rencontre Georges Clemenceau, maire de Montmartre. On assiste alors à d’étonnantes manifestations : femmes, enfants, gardes fédérés entourent les soldats qui fraternisent avec cette foule joyeuse et pacifique. Louise Michel fait alors partie de l’aile révolutionnaire la plus radicale aux côtés des anarchistes, et pense qu’il faut poursuivre l’offensive sur Versailles pour dissoudre le gouvernement d’Adolphe Thiers qui n’a alors que peu de troupes. Elle est même volontaire pour se rendre seule à Versailles et tuer Thiers. Elle n’est pas suivie et le projet avorte.

Louise Michel. communarde jpgLouise Michel Communarde

En 1871, elle participe activement à la Commune de Paris, autant en première ligne qu’en soutien. Capturée en mai, elle est déportée en Nouvelle-Calédonie.

Embarquée sur le Virginie en août 1873 pour être déportée en Nouvelle-Calédonie, elle chante avec d’autres communards Le temps des cerises en regardant s’éloigner la côte. À bord, elle fait la connaissance de Henri Rochefort, célèbre polémiste, et de Nathalie Lemel, elle aussi grande animatrice de la Commune ; c’est sans doute au contact de cette dernière que Louise approfondit son anarchisme. Elle reste sept années en Nouvelle-Calédonie, refusant de bénéficier d’un autre régime que celui des hommes. Elle crée le journal Petites Affiches de la Nouvelle-Calédonie et édite Légendes et chansons de gestes canaques. Elle cherche à instruire les autochtones kanaks et, contrairement à certains Communards qui s’associent à leur répression, elle prend leur défense lors de leur révolte de 1878. Elle obtient l’année suivante l’autorisation de s’installer à Nouméa et de reprendre son métier d’enseignante, d’abord auprès des enfants de déportés, puis dans les écoles de filles.

Louise-MichelLouise Michel durant sa déportation

Clemenceau qui admirait Louise, continue de lui écrire durant sa déportation et lui adresse des mandats.

En hommage, ce « Chant des Transportés » écrit par Pierre Dupont pour les déportés de la révolution de 1848 mais qui fut aussi chanté en 1871  :

http://www.youtube.com/watch?v=9jfEUXhurPw

Louise Michel revient en France en 1880 ; elle multiplie les manifestations et réunions en faveur du prolétariat. Elle reste surveillée par la police et elle est emprisonnée à plusieurs reprises, mais poursuit inlassablement un activisme politique important dans toute la France jusqu’à sa mort à l’âge de 74 ans.

Elle représente une figure importante de la Commune de Paris et de l’enseignement révolutionnaire des années 1860. Nous avons placé cet article dans la rubrique « Féminisme », à notre avis à bon droit mais Louise Michel doit aussi être considérée comme une figure du Mouvement Ouvrier.

Rien de mieux, nous semble-t-il, que cet article pour annoncer et vous appeler à la :

Manifestation pour les droits des femmes
samedi 17 octobre Paris Bastille-République-Opéra
RENDEZ VOUS FASE
à 14h angle boulevard Richard Lenoir/place de la Bastille
métro Bastille

Les Œuvres de Louise Michel :

  • Fleurs et ronces, poésies, Paris.
  • Le claque-dents, Paris.
  • Lueurs dans l’ombre. Plus d’idiots, plus de fous. L’âme intelligente. L’idée libre. L’esprit lucide de la terre à Dieu… Paris, 1861.
  • Le livre du jour de l’an : historiettes, contes et légendes pour les enfants, Paris, 1872.
  • Légendes et chansons de gestes canaques, 1875, Nouméa
  • Le Gars Yvon, légende bretonne, Paris, 1882.
  • Les Méprises, grand roman de mœurs parisiennes, par Louise Michel et Jean Guêtré, Paris, 1882.
  • La Misère par Louise Michel, 2e partie, et Jean Guêtré 1re partie, Paris, 1882.
  • Ligue internationale des femmes révolutionnaires, Appel à une réunion. Signé : Louise Michel, Paris, 1882.
  • Manifeste et proclamation de Louise Michel aux citoyennes de Paris, Signé Louise Maboul, Paris, 1883.
  • Le Bâtard impérial, par L. Michel et J. Winter, Paris, 1883.
  • Défense de Louise Michel, Bordeaux, 1883.
  • La Fille du peuple par L. Michel et A. Grippa, Paris, 1883.
  • Contes et légendes, Paris, 1884.
  • Légendes et chants de gestes canaques, par Louise Michel, 1885.
  • Les Microbes humains, Paris, 1886.
  • Mémoires, Paris, 1886, t. 1., rééd. Sulliver
  • L’Ère nouvelle, pensée dernière, souvenirs de Calédonie (chant des captifs), Paris, 1887
  • Les Crimes de l’époque, nouvelles inédites, Paris, 1888.
  • Lectures encyclopédiques par cycles attractifs, Paris, 1888.
  • Le Monde nouveau, Paris, 1888
  • Prise de possession, Saint-Denis, 1890.
  • À travers la vie, poésies, Paris, 1894.
  • La Commune, Histoire et souvenirs, Paris, 1898.
  • Le Rêve, (dans un ouvrage de Constant Martin) Paris, 1898.

Œuvres posthumes :

  • Vol. I. Avant la Commune, préface de Laurent Tailhade, Alfortville, 1905.
  • Les Paysans, par Louise Michel et Émile Gautier, Paris, Incomplet.
  • Je vous écris de ma nuit, correspondance générale, 1850-1904, édition établie par Xavière Gauthier, Édition de Paris-Max Chaleil, 1999.
  • Histoire de ma vie, texte établi et présenté par Xavière Gauthier, 180 pages, Presses Universitaires de Lyon, 2000,
  • Lettres à Victor Hugo lues par Anouk Grinberg, cédérom, Frémeaux, 2008
  • Le livre du bagne, précédé de Lueurs dans l’ombre, plus d’idiots, plus de fous et du livre d’Hermann, texte établi et présenté par Véronique Fau-Vincenti, 200 pages, Presses Universitaires de Lyon.
  • Légendes et chansons de gestes canaques (1875), suivi de Légendes et chants de gestes canaques (1885) et de Civilisation, texte établi et présenté par François Bogliolo, 238 pages, Presses Universitaires de Lyon, 2006.
  • La Misère roman de Louise Michel et Marguerite Tinayre, texte présenté par Xavière Gauthier et Daniel Armogathe, 1203 pages, Presses Universitaires de Lyon, 2006

[1] Jules Vallès (de son vrai nom : Jules Vallez, qu’il transforme en “Vallès”. Fondateur du journal Le Cri du Peuple, il est un des élus de la Commune de Paris. Condamné à mort, il doit s’exiler à Londres de 1871 à 1880. Il est notamment l’auteur de laTrilogie autobiographique de Jacques Vingtras.

  • L’Enfant 1879
  • Le Bachelier 1881
  • L’Insurgé 1886

[2] Eugène Varlin militant socialiste, membre de la Commune de Paris et de la Première Internationale. Le 28 mai, au dernier jour de la Semaine sanglante, terrible répression menée par l’armée des Versaillais, Eugène Varlin reconnu par un prêtre rue Lafayette est arrêté et amené à Montmartre où il est lynché, éborgné et finalement fusillé par les “lignards”.

[3] Raoul Rigault est une personnalité de la Commune. Pendant la Semaine sanglante, le 24 mai, il se bat, en grand uniforme, au Quartier latin. Il est abattu à bout portant par un officier versaillais, des soldats le dépouillent et des passants outragent son cadavre.

[4] Emile Eudes est une personnalité de la Commune surnommé « le général Eudes » et un militant Blanquiste. Il réussit à se réfugier en Suisse puis à Londres. Il est condamné à mort par contumace par le 3e Conseil de Guerre en août 1872. Revenu en France après l’amnistie de 1880, il collabore au journal d’Auguste Blanqui Ni Dieu ni Maître, puis à L’Homme Libre qu’il fonde avec Édouard Vaillant.

[5] Le blanquisme est un courant politique dont le nom vient de la personne d’Auguste Blanqui, socialiste français du XIXe siècle. Blanqui pensait que la révolution devait être le résultat d’une impulsion donnée par un petit groupe organisé de révolutionnaires, qui donneraient le « coup de main » nécessaire à amener le peuple vers la révolution.

[6] Théophile Ferré : militant blanquiste de longue date, il est condamné à quatre reprises sous le Second Empire pour ses opinions politiques. Impliqué dans le procès des blanquistes de juillet-août 1870, il est acquitté faute de preuves ; il se fait aussi expulser du tribunal de Blois pour insultes à la Haute Cour. Chargé de toutes les calomnies, il rédige une lettre dans laquelle il se défend, mais que le tribunal ne lui permettra pas de lire. Il est condamné à mort le 2 septembre 1871 et exécuté, en même temps que Louis Rossel à Satory le 28 novembre.

Le coin des bons bouquins : « Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde » de Fabrice Nicolino

octobre 10, 2009 at 8:22 | In Altermondialisme, Belgique, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Environnement OGM, Europe, Le coin des bons bouquins, Politique, Société, social | 1 Comment
Tags: ,

Le coin des bons bouquins : « Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde » de Fabrice Nicolino

Bidoche

Fabrice Nicolino écrit des livres pour enfants, des polars, des enquêtes. L’une de ces dernières, signée avec son ami François Veillerette, a été un best-seller. Il s’agit de « Pesticides, révélations sur un scandale français » (Fayard) http://www.amazon.fr/Pesticides-R%C3%A9v%C3%A9lations-sur-scandale-fran%C3%A7ais/dp/221362934X

Nicolino récidive, le mécréant, avec un livre sans concession : Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde (LLL).

“Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde”, est en librairie  depuis le 30 septembre 2009 (Editions LLL – les liens qui libèrent).. Voici l’introduction du livre pour vous faire une idée :

Je suis né pour ma part dans le sous-prolétariat urbain de la banlieue parisienne. Ce n’est pas un lieu rieur. Ce ne fut pas un temps calme. Il m’arriva plus d’une fois de rêver meilleur destin. Mais qui choisit ? Il reste que, dans les meilleures années de cette époque engloutie à jamais, ma mère préparait le dimanche midi un roast-beef, un rosbif farci à l’ail qui déclenchait chez nous tous, les enfants de cette pauvre nichée, une émeute de papilles.

Un repas peut-il rendre heureux ? Oui. Un morceau de viande peut-il faire croire, le temps d’une tablée familiale, que tout va bien, que tout va mieux ? Oui. J’ai mangé beaucoup de viande. J’ai pris un grand plaisir à mastiquer, à partager avec les miens ce qui était davantage qu’un mets. Je suis mieux placé que d’autres pour comprendre que manger de la viande est un acte social majeur. Un comportement. Une manière de se situer par rapport au passé maudit de l’humanité, et de défier le sort promis par l’avenir.

Je crois savoir ce que manger veut dire. Mais je dois ajouter que, chemin faisant, j’ai changé d’avis et de goût. Modifier ses habitudes est l’une des vraies grandes libertés qui nous sont laissées. Je l’ai fait. Derrière la viande, peu à peu, les morceaux, hauts et bas, se sont reformés, comme dans les dessins animés de mon enfance, qui ignorent tout de la logique triviale de la vie ordinaire.

Derrière une côte de bœuf, j’ai fini par voir un bœuf. Derrière un gigot, un agneau. Derrière un jambon, un cochon. On peut parler d’un choc, immense et lent. L’histoire que je vais vous raconter n’est pas simple, et j’en suis le premier désolé. Elle peut d’autant plus paraître compliquée qu’elle l’est en réalité. Mais ce n’était pas une raison pour faire un livre pesant. Celui-ci ne devrait pas l’être. On y verra beaucoup d’hommes en action, prenant en notre nom des décisions plus ou moins réfléchies. Avec des conséquences majeures que la plupart ignorent.

Cela explique les tours, détours, ruses et contorsions d’une affaire profonde, qui nous concerne tous. Ce livre sur la viande commande du temps, et de la réflexion. Peut-être est-ce une mauvaise idée de le signaler d’entrée, à l’heure d’Internet et du zapping tous azimuts. Mais c’est ainsi. Au moins ne serez-vous pas trompé sur la marchandise. Il reste que cet ouvrage peut aussi se lire pour ce qu’il est : une formidable aventure aux conséquences inouïes. Où rien n’était inévitable. Où tout aurait dû être pesé. Ou tout aurait pu être contrebalancé. Une histoire pleine de bruit et de fureur, emplie jusqu’à déborder de qualités qui sont souvent de pénibles défauts. Laissez-vous porter par cette vague venue des temps les plus anciens, et posez-vous les bonnes questions, qui vous rendront fiers d’être des humains dignes du mot.

Comment des animaux aussi sacrés que le taureau Hap de la plus haute Antiquité sont-ils devenus des morceaux, des choses, des marchandises ? Pourquoi des techniciens inventent-ils chaque jour, en notre nom, de nouvelles méthodes pour « fabriquer » de la « matière » à partir d’êtres vivants et sensibles ? Pourquoi leurs laboratoires sont-il aussi anonymes que secrets ? Pourquoi l’industrie de la bidoche est-elle dotée d’une puissance qui cloue le bec de ses rares critiques ? À la suite de quelle rupture mentale a-t-on accepté la barbarie de l’élevage industriel ? Pour quelle raison folle laisse-t-on la consommation effrénée de ce produit plein d’antibiotiques et d’hormones menacer la santé humaine, détruire les forêts tropicales, aggraver dans des proportions étonnantes la si grave crise climatique en cours ?

Qui est responsable ? Et y a-t-il des coupables ? La réponse n’a rien d’évident, mais elle existe, dans les deux cas. Ce livre vous convie à une plongée dont vous ne sortirez pas indemne. À la condition de le lire pour de vrai, vous ferez ensuite partie d’une tribu en expansion, mais qui demeure on ne peut plus minoritaire. La tribu de ceux qui savent. Et peut-être même rejoindrez-vous celle qui ne veut plus. A-t-on le droit de se révolter ? On en a en tout cas le devoir.

Je mange encore de la viande. De moins en moins, et désormais si peu que j’entrevois le moment où je cesserai peut-être de le faire. Je ne suis pas un exemple. Je suis exactement comme vous. J’espère en tout cas que nous nous ressemblons assez pour que le dialogue commence. Mais avant cela, il fallait vous faire découvrir le tumulte des relations que nous entretenons avec notre sainte bidoche. Si ce livre devait servir à quelque chose, il me plairait qu’il permette à ses lecteurs de se demander ce qu’ils mangent. Et pourquoi. Et comment.

Nous, gens du Hainaut, savons bien que :

- les anabolisants sont en vente quasiment libre en voisine Belgique,

Bovin source Fermier du Hainaut

Un taureau parfaitement naturel – source Fermier du Hainaut

- un gros chevilleur de l’Avesnois fut jadis condamné pour ses pratiques coupables,

-                     Le numéro deux des services vétérinaires belges fut descendu au pistolet mitrailleur devant son domicile. La Belgique est considérée comme une plaque tournante du trafic d’hormones, organisée selon la police par une véritable « mafia », surtout localisée en Flandre, au nord du pays. Cette mafia est soupçonnée d’avoir fait exécuter en 1995, un inspecteur vétérinaire belge, tué par balles devant son domicile. On apprenait ensuite, au moment de la « vache folle » que 1.600 tonnes de viande importées de Grande-Bretagne étaient « blanchies » en Belgique, par des trafiquants déjà connus de la justice, avant d’être réexportées.

Les soupçons se précisaient autour de trois sociétés, belge, française et espagnole, spécialisées dans l’import-export de viande, au lendemain de l’annonce par la Commission européenne d’un trafic illicite de viande de bœuf britannique, frappée d’embargo depuis mars 1996. « L’enquête porte sur un opérateur belge au centre du trafic, et des importateurs espagnol et français », déclarait alors un porte-parole de la Commission européenne, en précisant que le trafic découvert portait sur 1.600 tonnes de viande. L’une des sociétés, Tragex-Gel, située à Wingene, en Flandre, dont les dirigeants étaient déjà inculpés pour trafic d’hormones, avait alors fait l’objet d’une perquisition. Tragex-Gel, fut visitée à cinq reprises par l’inspection vétérinaire belge, on sait qu’elle entretenait des liens étroits avec la société Bero NV qui, avait elle-même été perquisitionnée. Il s’agissait alors de découvrir des abats importés illégalement en provenance des Etats-Unis. Bero a depuis fait faillite. Tragex-Gel était dirigée par les mêmes dirigeants que Bero, à savoir Dirk Desoete, Kristiaan Dierickx et Rudy De Kock, soupçonnés tous les trois par la justice belge d’appartenir à « la mafia des hormones ».

blancbleubelge

Nous savons aussi que ces hormones passent facilement notre frontière qui est tout sauf étanche et viennent arrondir le cul de nos bœufs !

-   Mon prochain bouquin, « Mémoires de Connard » à paraître prochainement aux Editions du Bout de la Rue à Vanves évoque notamment ce sujet.

Autant de bonnes raisons pour vous recommander cet excellent bouquin de Nicolino.

Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde

Editions LLL – les liens qui libèrent.

386 pages, format 14 x 22 cm, port offert, 21 euros.

Guy Dutron 10 – 10 – 2009

Notre feuilleton de l’été “Les récoltes du siècle futur” Par Hélène Lacheret Cinquième partie :

octobre 8, 2009 at 11:37 | In Altermondialisme, Culture - Livres, Politique, Société, social | Leave a Comment
Tags:

Notre feuilleton de l’été

“Les récoltes du siècle futur”

Par Hélène Lacheret

Cinquième partie :

La violence ou l’espérance ?

I

Mais dès le mois de janvier, les catastrophes s’accumulèrent. Ils ne pensaient même pas à des choses terribles comme le naufrage de l’Érika, la marée noire provoquée, le cynisme du dirigeant de Total proposant, en dédommagement, le salaire d’une de ses journées : 22000 francs, quand la course au profit menée par sa compagnie avec son aval avait conduit tant de petites gens à la ruine et au désespoir. Non, tout vint de Kader, le premier janvier…

Comme la journée était fériée et la maison emplie des jeunes prêts à l’aider, Fathia avait libéré Sonia qui était partie à la recherche d’une cabine téléphonique. Elle voulait essayer d’appeler sa mère et jamais elle ne se serait permis de le faire de chez Ali. Elle avait maintenant un petit pécule et une conversation téléphonique vers la région lyonnaise, même un peu longue, était une folie qu’elle pouvait se permettre. Elle marchait, toute à ses pensées, ce qu’elle dirait à sa mère, la joie de l’entendre… Elle avait résolu de ne pas parler la première au cas où son père décrocherait. Mais c’était peu probable, il devait être au café et sa mère horriblement seule, comme d’habitude. A cette pensée, elle allongea le pas. Elle ne vit pas Kader. D’un seul coup, elle fut devant lui et recula, effrayée. Il la regardait avec ironie :

“ Wesh, Sonia, bien ou bien ?

- Euh, si, bien… bredouilla Sonia. Bonne année.

- Ah ouais, bonne année. On la fête ?”

Il s’approcha pour l’embrasser. Visiblement, il n’avait pas dessoûlé. Il vacilla. Son haleine empestait. Il s’agrippa à son épaule avec une force terrifiante et, l’obligeant à tourner la tête, mordit ses lèvres à pleine bouche. Elle crut s’évanouir sous l’effet de la douleur et du manque d’air. Quand il relâcha enfin son étreinte, après quelques secondes où elle reprit son souffle, elle se mit à hurler : “À l’aide, à l’aide…” mais fut interrompue par une énorme gifle. Elle ne vit pas arriver Ibrahim qui revenait de la loge où il était allé porter quelques gâteaux algériens aux Maheu. Il se précipita :

“Kader, c’est quoi, c’délire ? T’es ouf ! Laisse-la ou quoi !

- Wesh, je suis ouf ! J’la kiffe trop, c’te karba…”

Et il chercha à nouveau à la faire ployer, se saisit, au travers du blouson, d’un de ses seins qu’il pelota brutalement. Rouge de honte et de colère, Sonia se débattait mais elle manquait de forces. Ibrahim s’interposa pour essayer de les séparer :

“ Mais t’as bu, mon salaud ! Kader, stop ! Quand t’auras dessoûlé, tu vas regretter !

- Regretter ! C’est toi qui va regretter, sale merdeux !”

Ils étaient tellement proches, tellement mêlés qu’ils ne virent rien, ne comprirent rien. Kader s’éloigna en remettant quelque chose dans la poche de son pantalon. Mais ils ne virent pas quoi. Il jurait :

“Connard, enculé de ta race…” Le reste des injures se perdit. Sonia et Ibrahim restaient face à face, interloqués. Tout n’avait duré que quelques secondes :

“Merci, Ibrahim, dit Sonia. Sans toi, je ne sais pas comment j’aurais fait… Mais… Mais…  c’est quoi, là, sur ton blouson ?” Sur le vêtement, deux grosses déchirures apparaissaient, l’une vers le milieu du thorax, l’autre plus sous le bras.

“ J’ai tout vu les jeunes, j’ai tout vu ! Sale arabe, ce Kader ! La honte de sa race. Je peux vous aider ? Et s’il faut aller à la police témoigner, moi ça m’ fait pas peur, la police, j’ai rien à me reprocher, moi…” Celui qui parlait ainsi était M. Ulcert, le voisin craint par Catherine. Un peu chauve, rabougri, teigneux, il n’inspirait pas la sympathie.

“ J’ai mal, oh, j’ai mal, geignit soudain Ibrahim.

- Mais… il est blessé ! Alors, c’était bien un chlass qu’il tenait à la main, ce saligaud. On devrait tous leur faire la peau ! Les renvoyer dans leur pays ! Sales arabes !

- Monsieur, la question n’est pas là. Mon ami perd tout son sang. Aidez-moi à le ramener à l’hôtel, ce n’est pas loin. Mais toute seule, je ne vais pas y arriver.

- A l’hôtel ! Quel hôtel ? Chez le bougnoule, là ? Me dites pas que vous aussi, vous en êtes. Sale race, va. Ça m’étonne pas, tiens. Et ben, démerdez-vous, je vais pas salir mon beau costume du nouvel an pour des bicots, non !”

Et là-dessus, il tourna les talons. Sonia se sentit terriblement seule et responsable car elle savait que chaque minute comptait. Ibrahim geignait, à la limite de l’inconscience. Une immense tache rouge marquait son blouson bleu marine et commençait à couler sur son pantalon. Jamais elle n’arriverait à le soutenir seule pendant les quelques huit cents mètres qui les séparaient de l’hôtel. “Ibrahim, tu m’entends ? On va t’allonger, là. Et je vais courir chercher des secours.

- La loge est plus près”, murmura Ibrahim d’une voix à peine audible. C’était vrai mais elle était tellement perturbée qu’elle n’y avait pas pensé. Elle l’aida à se coucher sur le trottoir, le couvrit de son blouson, glissa son pull sous sa tête et courut chez Catherine.

La loge embaumait le café.

“Oh, Catherine, vite, vite, le téléphone ! Ibrahim ! Les garçons, courez vers lui, c’est Kader…” Personne ne comprit rien mais l’urgence de sa voix était telle et sa tenue si singulière pour un mois de janvier que tous obéirent. Elle prit le téléphone et composa le 15. Elle essayait de discipliner son souffle :

“Allô, c’est urgent ! Un jeune homme… Deux coups de couteau dans la poitrine. Il y a dix minutes environ… Rue des Coquillards. Il perd énormément de sang, s’il vous plaît, dépêchez-vous. J’y retourne. J’appelle de la loge du gardien de la cité. Maheu, c’est ça. Madame Maheu me connaît. Oh, s’il vous plaît, dépêchez-vous ! Ah, ils sont partis, merci, merci…”

Pendant l’échange, Catherine et Gaëlle avaient blêmi mais elles s’étaient bravement préparées. Elles passèrent un pull à Sonia et prirent les blousons des garçons car, dans leur précipitation, ils étaient partis sans.

Autour d’Ibrahim, en plus de Xavier et Michaël, quatre personnes se tenaient, commentant l’événement. Sonia leur fit signe de se taire et de s’écarter. Maintenant, une large flaque rouge s’étalait sur le trottoir autour du blessé. Gaëlle pâlit et dut s’appuyer au mur. Xavier était accroupi à côté de son ami inconscient, il lui massait les mains comme pour y retenir la vie qui les fuyait, il lui parlait d’une voix douce. Sonia se pencha et comprit qu’il parlait de la fête. Michaël s’était éloigné et tournait comme un lion en cage :

“Qu’est-ce qu’ils font, mais qu’est-ce qu’ils font… ça fait au moins une heure…

- Mais non, ça fait même pas un quart d’heure, lui dit sa mère. Tiens, on les entend. Je vais aller prévenir Ali et Fathia, maintenant que les secours sont là. Sonia, qu’est-ce qui s’est passé ?

- C’est Kader, il m’a agressée et Ibrahim, en revenant de chez vous, m’a vue et m’a défendue. On n’a pas compris tout de suite, pour le couteau, on n’a rien vu !”

Pendant qu’elle parlait, Catherine avait observé la jeune fille : elle avait une joue tuméfiée et des morsures autour de la bouche

“ Viens avec moi, ça sert à rien que tu restes dans le froid après le choc que tu as subi. Ibrahim est bien entouré, il va être soigné, il va s’en sortir. D’ailleurs, voilà le SAMU.”

Elle attendirent néanmoins que la fourgonnette s’arrête. Des hommes en descendirent en hâte. L’un deux demanda : “Quelqu’un a assisté à l’agression ?

- Moi, dit Sonia, mais ça s’est passé tellement vite que je n’ai presque rien vu.

- Qu’est-il arrivé à votre visage ?

- J’ai été agressée et c’est en prenant ma défense que mon ami Ibrahim a été blessé.

- Il faut désinfecter rapidement ces morsures ! Dites, il n’y est pas allé de main morte. Et croquez ça, c’est du glucose, vous allez tourner de l’œil.”

Pendant qu’ils parlaient, Catherine et Michaël s’étaient éloignés vers l’hôtel. Les urgentistes avaient couché Ibrahim sur une civière, ils avaient branché une perfusion, mis un masque à oxygène, pris le pouls, étanché le sang et maintenant, ils semblaient attendre.

- Pourquoi qu’ils font rien ? murmura Xavier à l’oreille de Sonia.

- Oh, Xavier, j’ai peur ! j’ai si peur ! Il ne va pas mourir ? dit-elle en s’agrippant à son bras. Ils étaient accrochés l’un à l’autre comme deux enfants perdus, elle avec son visage tuméfié ravagé de larmes et lui, la gorge nouée à la pensée de l’arrivée imminente de Fathia et d’Ali. Il murmurait tout bas, avec des sanglots dans sa grosse voix :

“Crève pas, Ibrahim, crève pas ! Accroche-toi, Ibrahim, nous laisse pas. Pense à tes parents ! Pense à nous, Ibrahim…” Et cette litanie infinie coulait, confuse et douce, comme une berceuse pour apaiser la douleur lancinante qui les rongeait : voir leur ami mourir sous leurs yeux et se sentir tellement impuissants. Soudain, ils comprirent : la sirène déchira l’air et le camion des secours pila devant l’attroupement. Aussitôt, la civière fut soulevée, glissée, les portes refermées. Un médecin s’approcha des deux jeunes gens :

“Maintenant, nous allons pouvoir l’examiner plus précisément. Avant, nous n’avions pu faire que des gestes de conservation. Ça risque d’être long, vous devriez aller vous mettre au chaud. De toute façon, on va le transfuser, il a perdu beaucoup de sang. Il habite loin ? Vous ne savez pas s’il a une carte de groupe sanguin ?

- Non, il habite tout près, j’y cours,” cria Xavier, soulagé de se sentir enfin utile.

Lorsqu’il fut parti, Sonia se sentit soudain abandonnée. Ses forces la lâchaient, la vie était une lutte vraiment trop inégale. Elle avait beau être vaillante, elle ne faisait pas le poids !

II

Lorsqu’elle reprit conscience, elle était allongée sur le trottoir, la tête sur les genoux de Gaëlle, agenouillée au sol. Celle-ci lui mettait des petites tapes sur les joues pour tenter de la faire revenir à elle :

“Oh ! ça va mieux ? Tu nous as fait peur !”

Sonia regardait autour d’elle sans comprendre. Puis elle aperçut Ali et Fathia, debout l’un contre l’autre, très dignes, à quelques mètres du SAMU. Ils se taisaient, ils attendaient, comme pétrifiés, le verdict des médecins ou celui d’Allah… Le savaient-ils eux-mêmes, dans cette glaciation d’horreur qui les avaient figés ? Les Maheu étaient près d’eux, sauf Gaëlle et Xavier qui entouraient Sonia.

“Alors, Sonia, ça va mieux ? demanda Xavier d’une voix presque inaudible.

- Oui, oui, ça va. C’est l’émotion. Et Ibrahim ? Comment va Ibrahim ?

- Toujours rien. À un moment, y en a un qui est sorti pour aller dans la cabine. On a entendu comme la radio, mais on comprenait rien. En ressortant, il nous a fait un signe, comme pour nous encourager, mais il a rien dit. C’est long !

- Ça fait combien de temps à peu près ? interrogea Sonia.

- Peut-être une demi-heure, murmura Gaëlle. C’est long !”

Ils parlaient à voix basse comme si la vivacité des voix eut été indécente. Sonia regarda autour d’elle. De nombreuses personnes s’étaient réunies, restant à une distance respectueuse, se parlant doucement, hochant la tête. Sonia se redressa péniblement et Xavier lui proposa son aide. Elle était encore toute cotonneuse et elle resta appuyée contre lui. Soudain, la porte du fourgon s’ouvrit. La tension était sensible chez ceux qui attendaient. Tous avancèrent de quelques pas :

“ Où sont ses parents ?” questionna le médecin.

Ali et Fathia s’approchèrent, Fathia paraissait transparente :

“ Soyez rassurés, il est sauvé. Nous allons l’hospitaliser mais il n’y a aucune lésion grave. Seulement il a perdu beaucoup de sang et il est très faible. Il a repris conscience, vous pouvez entrer à tour de rôle mais ne vous attardez pas. Vous pourrez le voir plus longtemps à l’hôpital.”

Ali et Fathia étaient comme transfigurés. Fathia monta la première. Lorsqu’elle sortit, dès qu’Ali fut monté à son tour, ses nerfs craquèrent et elle se mit à pleurer à gros sanglots. Aussitôt Catherine entoura ses épaules de ses bras, posa la tête fatiguée sur son épaule et la berça de mots tendres :

“Il est sauvé, Fathia, ton fils est sauvé et il n’aura pas de séquelles, pleure, va, laisse-toi aller, nous sommes là.”

Derrière elles, un policier se tenait immobile. Il toussota :

“Excusez-moi, mesdames, je dois vous poser quelques questions.” Il fit son métier, releva les identités, interrogea sur les circonstances… et dit qu’il passerait à l’hôpital voir Ibrahim pour le convaincre de porter plainte. Quand il fut parti, Fathia s’exclama :

“Mais que faire… S’il porte plainte, Kader va aller en prison et quelle honte pour ses parents… Mais s’il ne porte pas plainte, Kader va continuer et qui sait s’il va pas tuer la prochaine fois ? Ah, quelle folie ! Quelle misère !”

Quelques jours plus tard, dans la cuisine de l’hôtel, Ibrahim, revenu parmi les siens, se reposait. Les amis, les voisins les avaient entourés d’un tel courant de chaleur qu’ils se sentaient apaisés, comme si ces ondes bienfaisantes avaient chassé le traumatisme de l’agression. Comme toujours, Fathia et Sonia épluchaient.

“Comment ça va, mon fils ?” demanda Fathia d’une voix inquiète. Elle avait eu si peur qu’elle ne parvenait toujours pas à croire que c’était fini, qu’Ibrahim ne garderait de l’aventure que les cicatrices au thorax et le choc moral de ce qu’il avait subi, ce long moment où il s’était senti mourir en voyant son sang se répandre ainsi sur l’asphalte. “Tu sais, l’inspecteur est revenu. Il veut savoir si tu porteras plainte. Il dit que tu devrais faire comme Sonia, ça ferait un dossier en béton, et on pourrait le punir une bonne fois.

- Tu as porté plainte, toi, demanda Ibrahim avec une pointe d’agacement dans la voix.

- Oui, mais ça ne peut pas avoir de conséquences. Les faits reprochés ne sont pas assez graves. Je l’ai fait surtout pour me protéger. Kader a l’air de penser que les femmes sont sa propriété et qu’il n’a qu’à se servir. Il faut lui rappeler la loi et qu’il sache bien que le viol est un crime avant que n’arrive un malheur.

- C’est vrai, vu comme ça, tu as raison, admit Ibrahim. Mais si moi j’obéis à l’inspecteur, c’est la prison directe pour Kader et je ne crois pas que ça arrangera les choses. Et pourtant, on ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé.

- Bonjour ! je viens prendre des nouvelles du blessé… et l’on vit la bonne vieille tête de Pierre s’encadrer dans le chambranle.

- Entre, mon ami, entre, s’exclama Fathia. Regarde, il va bien, mon fils. Il est juste ennuyé parce qu’il peut pas reprendre encore son B.T.S. et qu’il a peur de prendre du retard et de manquer son examen. Mais il est encore trop fatigué et le docteur l’a interdit à cause de la fatigue des transports.

- Pour l’instant, je n’ai pas manqué beaucoup grâce à la rentrée reculée. J’ai appelé des copains, mais le problème en B.T.S., c’est qu’on vient tous d’endroits différents. Et puis, dans mon secteur, le bâtiment, il y a beaucoup de pratique, et ça, ils ne peuvent pas me le dire par téléphone.

- Écoute, Ibrahim, pour l’instant ça marche bien ? Tu es bien vu de tes enseignants ? Ils savent ce qui t’est arrivé ? Moi, je te garantis qu’ils auront à cœur de te soutenir. Et puis ton arrêt maladie sera bientôt fini. On récupère vite à ton âge. Essaie juste de ne pas décrocher au niveau théorique et, pour certaines choses, si je peux t’aider, compte sur moi.” Pierre reprit son souffle. “Au fait, je voulais aussi vous parler de Kader. J’ai appelé mon fils, Alain. Vous savez qu’il était l’entraîneur de Kader au foot. Il avait beaucoup de sympathie pour lui et il est catastrophé par ce qui arrive. Il dit qu’il faut absolument l’éloigner du quartier, qu’il s’est mis dans un rôle dont il ne peut plus sortir et que forcément, un jour ou l’autre, les flics vont le faire tomber. Alors ça sera la prison, et la prison, ça arrange rarement les choses, au contraire. Presque tous ceux qui y passent en sortent plus amochés et recommencent. Alain propose de le faire venir en Italie pour qu’il travaille dans l’entreprise. Il a besoin d’un bras droit et il pense que Kader est suffisamment débrouillard pour comprendre très vite ce qu’il y a à faire.

- Mais Kader ne parle pas italien ! l’interrompit Sonia.

- Alain non plus ne parlait pas italien. Ça s’apprend très vite. Non, ce n’est pas l’obstacle le plus important. Il m’a chargé d’aller lui parler et je pense que je vais avoir du mal à le convaincre à cause de l’image qu’il veut donner de lui. Aura-t-il le courage et l’intelligence de sortir de ce rôle, nul ne peut le dire. Et puis, surtout, j’ai besoin de savoir où vous en êtes avec la police. As-tu porté plainte, Ibrahim ?

- Non, je ne l’ai pas encore fait. Nous étions en train d’en parler. Je ne veux pas qu’il aille en prison et, en même temps, je ne veux pas faire comme si rien ne s’était passé, parce que, s’il reste impuni, il est capable de croire que je n’ai pas porté plainte parce que j’ai peur de lui. Vraiment, je ne sais pas quoi faire. Sonia a porté plainte, elle.

- Oui, mais, dit Sonia, c’est tout à fait formel. Je n’ai même pas donné de certificat médical. C’est plus pour lui dire que je ne me laisserai pas faire.

- Écoutez, ça m’arrange ce que vous me dites. Voilà ce que je vous propose : je vais essayer d’aller lui parler. Si tu es d’accord, Ibrahim, je lui dirai que tu n’as pas encore porté plainte et pourquoi.

- Mais tu peux aussi lui dire que je le ferai s’il ne quitte pas définitivement le quartier dans un délai de deux semaines. Ça le fera peut-être réfléchir dans le bon sens. S’il acceptait, mes parents seraient très soulagés car ils sont très très ennuyés pour les parents de Kader et ils ne savent plus comment les aborder. Pierre, ça serait vraiment une chance pour nous tous si Kader acceptait. Tente le coup et viens nous dire ce que ça a donné.”

III

Kader était appuyé contre la portière de sa B.M. blanche, impeccable dans ses vêtements de marque dernier cri, fumant nonchalamment une cigarette, entouré de sa cour et Pierre ne savait pas trop comment l’aborder. Il s’approcha, hésitant :

“Bonjour, Kader. Comment ça va ?” L’autre ne répondit pas, il le regardait avec un petit sourire ironique et soufflait volontairement sa fumée dans la direction du visage de Pierre qui ne s’en offusqua pas et s’approcha encore d’un pas :

“Je voulais te parler, Kader, parce que j’ai eu longuement Alain au téléphone et il m’a demandé de venir te faire une proposition de sa part.” Au nom d’Alain, l’attitude de Kader changea. Il jeta sa cigarette avant de l’écraser et dit :

“Venez, on va trouver un endroit pour causer tranquilles.” Il se redressa pour le suivre. Il fit un geste de la main pour saluer les copains puis fit demi-tour, ils s’éloignèrent mais en fait, ils ne savaient pas vraiment où aller.

“ Accepterais-tu de venir chez moi, demanda Pierre. Ma femme est à son travail et nous serions au calme pour parler.”

Kader hésita, il finit par grogner quelque chose d’incompréhensible que Pierre décida d’entendre comme un acquiescement. Ils se turent pendant le trajet :

“Entre, installe-toi, dit gentiment Pierre, je te prépare un café.” Pendant qu’il s’activait dans la cuisine, Kader regardait cet appartement où il était venu si souvent, où il s’était senti si bien et où il n’avait pas remis les pieds – depuis combien d’années déjà ? Le départ d’Alain avait été un rude coup. Pourquoi celui-ci réapparaissait-il à un moment où tout avait de nouveau basculé ? Malgré l’air d’assurance qu’il affichait devant ses potes, Kader savait qu’il était allé trop loin. Il s’attendait à chaque instant à voir une voiture de police s’arrêter à sa hauteur. Il était étonné que cela n’ait pas déjà eu lieu. Il avait choisi de vivre de trafics pour ne pas subir l’humiliation de son père, une vie broyée par l’usine et puis se faire jeter comme un malpropre parce qu’on est trop vieux, plus rentable, trop cher avec un SMIC à peine amélioré… Il n’avait aucune qualification, il avait grillé tous ses fusibles à l’école, à cause de cette pétasse de prof qui l’avait humilié en cinquième et tout le monde lui avait donné tort, à lui, en lui disant que son indiscipline était notoire. Il savait qu’il ne pourrait pas mieux faire que son père s’il voulait rester honnête. Alors, il avait choisi la fuite dans le deal, avec une prudence de renard, trop malin pour y toucher lui-même, mais astucieux dans son commerce pour constamment échapper aux filets de la BAC, la brigade anti-criminalité, pas des tendres, ceux-là. Mais au fond, il savait que, tôt ou tard, il se ferait prendre, que cette fuite en avant ne le mènerait à rien… Et puis il s’en voulait comme un fou pour ce qui s’était passé avec Sonia. Tout de suite, il avait eu le coup de foudre et il s’y était pris comme un imbécile. Il savait qu’il l’avait définitivement perdue en agressant Ibrahim. Seulement, vis à vis des autres, il ne pouvait plus sortir de cet engrenage dans lequel il était. Il était Kader, le leader, le crack, celui qui niquait la police, qui ramassait les filles, qui roulait en B.M., qui flambait.… Et même s’il était las de ce personnage, c’était un piège dont il ne pouvait sortir. En fait, il était mûr à point pour la proposition d’Alain. Mais l’avouerait-il si facilement devant le vieux Pierre débonnaire ? Comment ne pas perdre la face ? Et qu’allait-il lui dire, l’autre ? S’il se mettait à lui faire la morale, il partirait. Déjà, il était de nouveau sur la défensive, s’il lui parlait de l’agression, il répliquerait : d’accord, il n’aurait pas dû sortir le couteau. Mais Ibrahim n’avait rien eu de grave, c’était juste pour lui apprendre à rester à sa place, à ce petit con qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Et puis, qu’on ne vienne pas lui dire quelque chose sur ses trafics ! Est-ce qu’on le prenait pour un imbécile ? Est-ce qu’on croyait qu’il ne voyait pas autour de lui des trafics bien pires : ces poulets nourris aux boues d’épuration qu’on servait dans les cantines, ces trafics de farines animales, ces lots de sang contaminés qu’on avait délivrés en toute connaissance de cause pour des questions de fric ! Ces cargos bons pour la ferraille qu’on envoyait sur les mers, malgré les risques, pour s’en mettre plein les poches ! Est-ce qu’ils étaient en taule, tous ces responsables qui causaient des dommages bien plus graves qu’une malheureuse bagarre ? Et tous ces politiques qui trempaient dans des affaires toutes plus scabreuses les unes que les autres et qui se défilaient devant leurs responsabilités ? Et le plus illustre de tous, le chef de l’état, pas mieux que les autres, qui n’avait même pas le courage d’aller témoigner, protégé par son immunité… Et on venait faire la morale aux jeunes des banlieues qui se donnaient un niveau de vie décent en vendant du shit ou de l’extasy à des petits bourges qui voulaient connaître des sensations ! Mais il les forçait pas à l’acheter, sa camelote ! Alors que les gosses n’avaient pas le choix de ce qu’on leur servait dans les cantines… Enfin, il en était à s’absoudre lorsque Pierre revint avec les cafés. Il avait très bien fait les choses, comme pour honorer son hôte : plateau, tasses en porcelaine, sous-tasses, petites cuillères, sucrier et pince à sucre, petits carrés de chocolat… Il posa délicatement le plateau devant Kader :

“Sers-toi !” Ils burent quelques gorgées en silence, puis Pierre dit :

“Voilà, Alain est ennuyé. Tu sais qu’il a repris l’entreprise de son beau-père. Ça marche très fort. Il a trop de travail, il aurait besoin d’être secondé. Mais il ne veut pas embaucher n’importe qui, quelqu’un en qui il n’aurait pas entièrement confiance ou quelqu’un qui serait toujours en train de pinailler sur les horaires. Il y a des moments de bourre et des moments plus calmes. Il faut quelqu’un qui en veut, quelqu’un sur qui il puisse vraiment s’appuyer. Le salaire est confortable et on vit bien en Italie. Il y a le soleil, les baignades, les soirées à la fraîche sur la place…

- Mais pourquoi vous me parlez de ça, à moi ?

- Parce qu’Alain a pensé à toi, il a confiance en toi. Il sait que tu es très débrouillard.” Kader en resta sans voix. Il s’attendait vraiment à tout : Pierre lui faisant la morale avec l’aval de son fils, le suppliant de s’amender, lui donnant des conseils bidon, comme si on pouvait facilement changer de personnage quand on a un blaze… Et voilà que l’autre lui demandait son aide. Mais bien sûr qu’il allait l’aider, en souvenir du passé, tous ces moments partagés sur les stades, comme Alain lui faisait confiance, comme il l’encourageait… Il reprit cependant :

“Mais je parle pas italien.

- Ce n’est pas un problème, Alain s’est débrouillé en trois mois. Les deux langues sont très proches.

- Et ça consiste en quoi, ce travail ?

- Il faut suivre les commandes, ne pas se faire arnaquer par les fournisseurs, aller chez les clients et arranger les choses s’il y a un problème, avoir du doigté, de la présence d’esprit, beaucoup de rigueur. Alain est persuadé que tu sauras très rapidement faire à merveille.

- Et c’est où ?

- C’est à Milan, tiens, je vais te montrer sur la carte, si tu veux.

- Non, c’est bon, je sais, il y a le club de Milan AC, un bon club !

- Au début, si tu acceptes, il t’accueillera chez lui en attendant que tu trouves un appartement.

- Il a des gosses ? Ils font du foot ?” Kader se voyait déjà jouant pour les enfants d’Alain le rôle que celui-ci avait joué pour lui.

“ Tu sais, ils sont encore petits ! L’aîné vient de commencer…” Il y eut un blanc, puis Kader dit, en baissant les yeux :

“ Alain sait comment je suis devenu ?

- Je ne lui ai jamais rien caché.

- Et il n’a pas peur de mettre cette brebis galeuse dans sa famille, dans son travail ?

- Qui sommes-nous pour juger, Kader ? Alain a peur pour toi, il pense que tu dois quitter le quartier sinon tu vas finir en prison et ça lui ferait mal. Mais il a surtout besoin de quelqu’un en qui il peut avoir confiance.

- Il croit qu’il peut avoir confiance en moi. Le dealer ? L’agresseur ?

- Tu ne l’as jamais trahi, Kader. Tu es malin, rusé, tu ne te laisses pas faire, c’est un caractère qui lui plaît. Et puis il pense que tu peux te refaire une virginité là-bas où personne ne te connaît. Il est sûr que si tu acceptes, il pourra se reposer sur toi et il est grand temps, il est à bout, des fois il a du mal à supporter ses gosses tellement il est fatigué.”

Kader resta songeur. On ne le jugeait pas, on lui faisait confiance, et surtout Alain, qu’il considérait comme son grand frère et dont il pensait qu’il l’avait oublié maintenant qu’il était adulte, avait besoin de lui. Il finit posément son café :

“Vous pouvez lui dire qu’il peut compter sur moi. Et je vous jure qu’il aura jamais à regretter et que bientôt mes parents pourront redresser la tête. Demandez lui quand je peux lui téléphoner pour qu’on se mette d’accord, plus vite je serai là-bas, mieux ça vaudra.

- C’est une sage décision, Kader et je te remercie pour mon fils, je commençais à être inquiet pour lui. Il se surmène trop.

- Me dites pas merci, Pierre. Je sais ce que je vous dois. Je voulais encore vous poser une question.

- Quoi donc, Kader ?

- Pourquoi Ibrahim est pas allé à la police ?

- Il a beaucoup hésité. En même temps, il ne voulait pas que tu puisses croire qu’il a peur de toi et que c’est pour ça qu’il n’a pas porté plainte. Et en même temps, il pense que la prison est la pire des solutions pour aider quelqu’un à comprendre ses erreurs. La prison n’éduque pas, elle renforce dans la haine et on ne change pas dans la haine mais dans l’affection.

- Je comprends pas bien…

- Je veux dire qu’Ibrahim et sa famille ont de l’affection pour toi et pour ta famille. Et que nous tous avons été terriblement inquiets pour toi ces dernières années et qu’en même temps, nous ne savions pas comment intervenir. Si ce n’est pas indiscret, sais-tu toi même ce qui a provoqué de ta part un tel rejet de la société ?

- C’est mon père, je crois. Je le voyais broyé comme ça, exploité, pas foutu de se faire respecter par son patron, parce qu’à l’usine, c’est plus un homme précis, tu sais pas qui est responsable et contre qui protester. Même les grèves, il les faisait pas pour pas risquer de perdre sa place. Il disait qu’il faisait ça pour nous, pour que nous manquions de rien. Ben j’aurais préféré avoir faim et un père dont j’aurais pas eu honte. Et puis, comme il se faisait pas respecter à l’usine, c’est sur nous ou sur ma mère qu’il gueulait à la maison. Il cherchait pas à comprendre, il sortait la ceinture. Après, y a eu cette histoire en cinquième, avec cette prof qui m’accusait de l’avoir injuriée. Mais c’était une expression toute faite, comme tu dirais “zut !” ou quelque chose comme ça. Ça a fait une histoire et moi, je savais que j’avais pas tort, et j’ai pas voulu qu’on m’humilie comme mon père, j’ai pas voulu m’écraser. Et après, j’étais, comment on dit, le bouc émissaire. D’accord, j’étais pas un ange, mais ils m’ont fait ce que je suis devenu à cause de cette injustice.

- Mais que lui as-tu dis ?

- Elle a dit que je regardais sur le voisin, pendant un contrôle, alors que c’était pas vrai, je réfléchissais. Alors je lui ai dit “Non madame, vous m’accusez et c’est faux.” Alors elle a voulu mettre un mot sur mon carnet et moi je savais que ce serait la ceinture alors je voulais pas lui donner. Alors elle m’a forcé, alors, quand je lui ai donné, j’ai dit “Vas-y !” avec la haine et elle est allée dire au principal que je lui avais dit d’aller se faire mettre. Après j’ai été exclu et puis je voulais plus aller au collège et quand j’y allais, exprès, je faisais rien, pour les punir. Mais c’est moi que j’ai puni. J’ai compris trop tard et après, j’avais pas le choix, je pouvais pas avoir la honte. Mais ça me touche qu’Ibrahim a pas voulu m’envoyer en prison. Pourtant, c’était mérité, je me suis vraiment conduit comme un con. Vous lui direz ?

- Tu devrais aller lui dire toi-même, Kader. Tu ne seras pas mal reçu et je suis sûr que ça aidera Ibrahim et Sonia à guérir plus vite.

- Qu’est-ce qu’elle a, Sonia, c’est quand même pas ma gifle ?

- Non, c’est moral. C’est comme si elle doutait de la nécessité de se battre pour vivre.

- Vous savez, Pierre, ça me coûte parce que je sais pas ce qu’on va en dire, mais après tout, je vais partir… Je vais aller m’excuser. Je leur dois ça. Merci encore, et oubliez pas d’appeler Alain. Ciao, Pierre.”

Quand il fut parti, Pierre alla soigneusement faire la petite vaisselle et tout ranger. Décidément, le truc de l’abbé Pierre est vraiment une idée de génie, se disait-il. Dis à un homme que tu as besoin de lui et tu le sauveras. Enfin, Kader, aussi, n’attendait que ça. Et il se mit à chantonner.

IV

Kader se rendit immédiatement à l’hôtel. Dans la grande salle, Ibrahim regardait la télévision d’un air désabusé. Kader toussa discrètement.

“Ah, salut, Kader !

- Wesh, mec. Bon, euh, enfin… Je suis venu m’excuser. J’ai été con, excuse-moi. Et puis j’avais bu. Excuse-moi, mec, c’est vraiment trop con.

- Ça, pour être con, c’était con et j’ai drôlement eu les j’tons. C’est fini, Kader, on en parle plus mais essaie d’être moins impulsif, ça aurait pu mal se finir.

- Je voudrais parler à Sonia, avec elle aussi, j’ai été con. Je peux lui parler ?

- Ah, tu tombes mal, Kader. Elle est à la cuisine avec ma mère, à essayer de consoler Catherine.

- Qu’est-ce qui se passe ?

- Catherine a reçu sa lettre d’expulsion aujourd’hui. C’est comme si ça avait cassé un ressort en elle. Elle n’arrête pas de pleurer. Pourtant, elle le savait que ça allait venir. Mais de voir ce papier officiel avec tous ces tampons !

- C’est terrible, qu’est-ce qu’elle va devenir avec ses gosses ?

- On va se battre, Kader, on peut pas laisser faire ça. Catherine, le quartier, c’est toute sa famille. Les décideurs pensent pas à ça. Pour eux, un trois pièces, c’est un trois pièces. Mais ils ne pensent pas que les humains, c’est d’abord tout un tissu de relations. Si on arrache les Maheu d’ici alors qu’ils n’ont pas digéré la perte d’Étienne, ils vont en crever. En tous les cas, Catherine va en crever et ses gosses seront tout cassés.

- Et moi, est-ce que je peux faire quelque chose ?

- Tu vois, j’avais l’air de regarder la télé, mais en fait, je réfléchissais. Il faut faire une lettre à la société de H.L.M. et dire qu’on ne peut pas laisser faire ça et pourquoi. Et puis être très nombreux à signer. Et toi, Kader, tu connais beaucoup de jeunes et ils te respectent. Si tu leur demandes de signer, ils le feront.

- Promis, mais toi, tu dis à Sonia que je suis venu. Que je veux m’excuser. Tu lui dis vite cause que je vais m’tirer.

- Ah bon, comment ça ?

- Pierre m’a dit qu’Alain avait besoin de moi alors je vais aller en Italie pour l’aider, c’est une chance pour moi, frère, je te r’mercie de pas être allé tout de suite chez les flics. Si tu l’avais fait, j’aurais pas pu partir. Maintenant je sais que j’ai vraiment d’ la chance d’être dans ce quartier. Les gens s’inquiétent des autres. C’est con que je l’aie pas vu avant. Tu peux compter sur moi pour aider les Maheu. Wesh, mec !

- Good luke, Kader ! On est avec toi et sans rancune, bye !”

Quand Kader fut parti, Ibrahim se leva. Il se sentait encore très fatigué mais cette visite lui avait fait du bien. De temps en temps, les cicatrices tiraient et la plaie sur le sternum lui faisait mal. Mais il était tellement heureux de s’en tirer si bien qu’il ne se plaignait jamais. Et puis ce drame avait suscité tant de manifestations de sympathie qu’il se sentait comme porté par ces liens d’amitié. Il se dirigea vers le téléphone pour appeler Pierre.

“Allô, Pierre ? Ibrahim. Ben, euh, bravo ! Kader sort d’ici et ce n’est plus le même Kader. Mais c’est aussi pour autre chose que je vous appelle. Catherine a reçu un commandement à quitter les lieux pour le 15 mars. Elle est effondrée. J’ai pensé qu’on devrait faire une sorte de pétition et l’envoyer aux H.L.M.… Bon d’accord, dès qu’Odile rentre. D’accord ! Je vais rédiger un brouillon. Oui, à ce soir.”

“Allô ?… Cher répondeur de Marine, il y a une urgence, il faudrait passer à l’hôtel ce soir et prévenir Julien de la part d’Ibrahim. A ce soir !”

“Allô ? Gérard ? C’est Ibrahim à l’appareil. On a besoin de vous, les Maheu ont reçu leur lettre d’expulsion. On se voit ce soir à l’hôtel. Merci, Gérard, à ce soir.”

“Allô ?… ma chère sœur, dès que tu écoutes ton répondeur, rappelle l’hôtel, il y a une urgence pour les Maheu. Bye !”

Et il alla se rasseoir, exténué. Sonia parut à la porte de la cuisine et vint s’avachir à ses côtés.

“Alors ? demanda Ibrahim.

- Alors, ta mère m’a demandé d’appeler le docteur. Catherine pleure tellement qu’elle en perd le souffle. Et puis nous lui trouvons drôlement mauvaise mine. Elle a fini par accepter mais je crois qu’elle a peur pour l’argent, aussi. Après, il faut que j’appelle l’assistante sociale, elle ne s’est pas manifestée depuis sa première visite. Je sais bien qu’elles sont débordées, mais enfin, là, il y a urgence. Et puis enfin, il faut que je te demande un service.

- Ah bon, et quoi donc ?

- Si je t’apporte les pommes de terre, pourrais-tu les éplucher ? Ta mère s’occupe de Catherine, et moi, si je donne tous ces coups de fils, on ne sera jamais prêtes pour le dîner. Surtout que ta mère a prévu des galettes de pommes de terre et c’est terriblement long à cuire.

- Apporte, j’imagine qu’il vaut mieux que je n’aille pas à la cuisine pour le moment…

Joindre le médecin ne fut pas difficile, c’était celui du quartier, il était très disponible, il connaissait les familles et promit de passer le plus vite qu’il le pourrait. Entrer en contact avec l’assistante sociale fut une autre paire de manches. Au bureau central, on dit à Sonia que ce jour-là, elle tenait la permanence au centre social. Au centre social, il lui fut répondu qu’elle était en entretien et qu’elle rappellerait dès la fin de celui-ci. Comme elle ne rappelait pas, Sonia se permit un nouvel appel. On lui dit qu’elle avait dû sortir pour une urgence mais que le message lui avait bien été transmis et qu’elle rappellerait dès qu’elle le pourrait. Entre temps, Sonia avait réussi à se procurer les coordonnées du groupe du droit au logement, le DAL, le plus proche, et ce n’était pas tout près. Restait à découvrir quand avait lieu la permanence mais elle n’osait pas occuper la ligne trop longtemps au cas où, justement, l’assistante sociale se déciderait à rappeler. Et, évidemment, ce jour-là, Xavier passait enfin son bilan de compétences et il était injoignable.

Lorsque les pommes de terre furent épluchées, Sonia les emporta pour les laver et les râper. Alors Ibrahim prit une feuille et écrivit :

Les habitants

du quartier des Coquillards

77 Perthuis                                                                                      Direction des HLM

de la Cité des Coquillards

Monsieur le Directeur,

nous venons par la présente vous alerter sur la situation de la famille Maheu. Monsieur Maheu était gardien d’immeubles dans votre cité et il est décédé brutalement fin Août. Depuis, sa femme, Catherine Maheu, et ses enfants s’occupent du mieux qu’ils le peuvent de l’entretien des immeubles en échange de la conservation de l’habitation de fonction. Jamais aucun locataire ne s’est plaint du service rendu. Au contraire, tous louent le caractère très serviable de la famille, la tenue très soignée des locaux communs et la très grande honnêteté des Maheu. Certes, madame Maheu n’est pas votre employée mais elle ne demande qu’à le devenir pour pouvoir conserver son logement et surtout, les liens qu’elle a établis dans le quartier et qui sont vitaux pour sa famille en cette période de deuil. Vous arguez du fait qu’elle n’est pas habilitée à s’occuper de la chaufferie et de l’ascenseur. Mais la tâche de monsieur Maheu, dans ces domaines, consistait pour l’essentiel à donner l’alerte en cas d’incident, ce que sa femme peut tout à fait accomplir. Quelques très rares fois, Monsieur Maheu a redescendu légèrement l’ascenseur au treuil afin de permettre à des locataires bloqués par une panne de pouvoir sortir au palier inférieur. Nous pensons que le fils aîné est tout à fait capable de le faire à condition qu’on lui explique la manœuvre. Nous vous demandons donc, nous tous signataires, habitants des immeubles ou du quartier, de bien vouloir reconsidérer votre position. Nous serions heureux de conserver madame Maheu, dont nous apprécions les qualités, comme gardienne quitte à ce que vous embauchiez une autre personne à qui madame Maheu s’engage à laisser le local professionnel, pour accomplir les tâches qu’elle ne peut pas remplir. Après tout, y a-t-il un texte de loi qui interdise d’être gardien d’immeuble à temps partiel ?

Nous restons à votre disposition pour de plus amples informations, et nous vous prions…

Il relut sa lettre, plutôt content de lui et s’apprêtait à reprendre son Précis du bâtiment, lecture quelque peu aride, lorsque le médecin s’annonça.

V

Fathia avait laissé sa chambre afin que le médecin puisse examiner Catherine tranquillement. Lorsqu’il reparut, il avait l’air très soucieux :

“Madame Maheu est à bout, physiquement et moralement. Et surtout, il y a quelque chose qui m’inquiète. S’est-elle plainte de douleurs au ventre ?

- Oh, Docteur, Catherine se plaint jamais de rien.

- Je voudrais la faire hospitaliser. Être prise un peu en charge lui ferait du bien. Et puis je voudrais faire des examens complémentaires mais elle refuse. Comment la persuader ?

- Qu’est-ce qu’il y a, Docteur ? Je sais que vous êtes tenu par le secret mais vous savez bien qu’on est comme une grande famille. Moi, je pourrais rien faire si je sais pas de quoi vous avez peur, dit Fathia.

- Outre son immense fatigue et une tension très basse et puis cette espèce de crise nerveuse mais qui est sans doute due aux événements, il y a une grosseur en bas du ventre. C’est sûrement un kyste sans gravité mais je ne peux pas me permettre de passer à côté de quelque chose de plus important. Il faut l’examiner et vous savez que je vois très rarement madame Maheu pour elle-même. Ce n’est sans doute pas grave, mais il faut en être sûrs. Pour l’instant, je lui ai administré un sédatif qui va la calmer. Je repasserai dans la soirée, d’ici là, gardez la au lit et essayer de lui reparler de l’hôpital. Elle n’y resterait pas longtemps, juste le temps de se remettre un peu et de faire les examens. Je sais qu’elle a peur des hôpitaux depuis la mort de son mari mais c’est important de la raisonner, surtout qu’elle assure seule la charge de ses enfants, à présent.

- Je vais essayer, Docteur, je vous promets, reprit Fathia. Dites-moi combien je vous dois.

- Laissez cela, nous verrons ça ce soir, et surtout, pensez bien à ce que je vous ai demandé. Au revoir, Madame ; mademoiselle ; au revoir, Ibrahim. Au fait, comment ça va, toi ?

-Ça va, Docteur, je suis encore fatigué, mais vraiment, ça va.”

Le médecin parti, ils se regardèrent tous, atterrés. Ils savaient bien qu’il n’était pas du genre à multiplier les examens pour rien. C’était un médecin de quartier populaire qui savait combien ses malades vivaient chichement et comme ils hésitaient déjà à se faire soigner à cause du coût. S’il parlait d’hôpital, c’est qu’il avait une crainte grave. Sonia se rappela que, plusieurs fois, elle avait trouvé le teint gris à Catherine mais qu’elle n’avait pas voulu inquiéter ses enfants en en parlant.

“Aïe, que vont dire les jeunes ? s’inquiéta Fathia. Vraiment, cette famille a pas de chance. Sonia, peux-tu aller finir de préparer les galettes, il faudrait commencer à les faire cuire. Je vais remonter près de Catherine. Ibrahim, s’il te plaît, quand Rachid rentre du lycée, tu l’envoies à la loge prévenir que Catherine est ici. Mais surtout qu’il les affole pas ! Et dire qu’il y a tout ce monde qui vient ce soir !”

Finalement, Catherine avait cédé : elle devait bien reconnaître qu’elle n’avait plus aucune énergie et que cette lettre l’avait achevée. Elle savait bien aussi qu’elle avait remarqué quelques troubles, elle les avait mis sur le compte de la ménopause proche. Et surtout, elle devait reconnaître qu’elle n’avait pas voulu savoir comme si cela pouvait chasser le danger. Avant, quand la sécurité sociale remboursait un frottis par an, elle se faisait suivre très régulièrement par la gynécologue, sur les conseils de Leïla, qui avait bien insisté auprès d’elle et de Fathia sur l’importance de la prévention. Mais cette loi était passée qui n’autorisait plus qu’un examen remboursé tous les trois ans. Et puis, avec les événements liés à la mort d’Étienne, elle avait encore traîné. Et maintenant, elle avait peur. Elle avait décidé de se laisser soigner lorsqu’elle avait vu des larmes dans les yeux de Fathia. Celle-ci lui avait promis qu’elle veillerait sur Michaël, que les jeunes ne seraient pas livrés à eux-mêmes, qu’il était important pour tous qu’elle s’occupe d’elle.

Xavier, rentré de sa journée de bilan, et Michaël, revenu du collège, assistèrent au départ de leur mère en véhicule sanitaire léger. Ils essayaient tous d’être braves. Comme les transports en commun jusqu’à l’hôpital étaient fort peu pratiques, Ali avait promis d’emmener un des jeunes voir sa mère, tous les jours, avec sa fourgonnette. Ils essayaient d’être braves mais ils étaient tristes et inquiets : c’était trop de coups du sort, l’un après l’autre… Seule Sonia se disait que tout cela avait bien peu à voir avec le sort, que c’étaient les conséquences de la pauvreté, cette habitude de ne pas s’occuper de soi, comme si on n’avait pas de besoins, comme si on n’était pas important.

Vers dix-huit heures, l’assistante sociale rappela enfin. Les clients étaient rentrés et Sonia avait bien du mal à l’entendre dans le brouhaha de la salle. Elle finit par tirer le téléphone vers la cuisine et referma comme elle put la porte vers elle. L’assistante sociale s’était beaucoup occupée du dossier des Maheu. Elle annonça l’arrivée imminente du capital-décès. Par contre, en ce qui concernait le relogement, impossible d’avancer. On lui opposait toujours le manque de ressources. Elle avait beau arguer du fait que Catherine avait de fortes chances d’être embauchée comme assistante maternelle, les bailleurs voulaient des certitudes, et puis il n’y avait pas de logements vacants, ou alors beaucoup trop loin, ou trop petits et ne correspondant pas aux normes d’attribution. Elle était visiblement désolée et disait qu’elle ne renonçait pas. Elle annonça aussi qu’il fallait saisir la commission de conciliation et expliqua la procédure à Sonia. Celle-ci prit bien soin de tout noter mais demanda comment faire, pratiquement, maintenant que Catherine était malade. L’assistante sociale dit qu’elle se renseignerait et qu’elle pensait qu’il y avait une possibilité de faire une procuration aux enfants majeurs.

“Que de tracas ! pensait Sonia. On ne pourrait pas simplifier un peu tout ça ? Catherine a bien besoin de s’angoisser avec des procédures, en ce moment.”

Gaëlle, enfin prévenue, réagit très mal à l’hospitalisation de sa mère. Peut-être le fait de ne pas l’avoir vue, peut-être la tension de sa période de stage en maison de retraite, pendant laquelle elle accomplissait des services de douze heures d’affilée, qui, ajoutés aux temps de transport, avaient complètement désorganisé son rythme de vie, elle s’effondra complètement. L’hôtel était dans le rush de la préparation finale du repas, il fallait servir au bar, Ibrahim et Fathia accusaient très nettement la fatigue née de toutes ces péripéties… Il y eut comme un vent de panique :

“Xavier et Michaël, venez donner un coup de main, Xavier au bar et Michaël au couvert. Vous mangerez avec nous. Être occupés vous empêchera de trop penser. Ibrahim, emmène Gaëlle à côté et occupe-toi d’elle, donne lui à boire, mets-lui de l’eau sur le visage… Fathia, va t’asseoir un peu à la cuisine, tu vas finir par tomber,” décréta Ali, et tous se sentirent rassurés par son esprit de décision.

Ibrahim était bien embarrassé. Certes, Gaëlle était comme une petite sœur, mais que fallait-il dire ? Hannah vint à son secours. Elle parla gentiment à Gaëlle, elle lui passa la main doucement dans les cheveux, elle la serra si tendrement par le cou que les sanglots finirent par s’estomper :

“Ne t’inquiète pas, Gaëlle. Ta maman est très fatiguée, mais le docteur veut surtout faire des examens. Il faut attendre le résultat avant de paniquer. Fais confiance à Allah, il ne vous veut pas de mal. Espère et pense que pendant ce temps, ta maman se repose et que ça va lui faire du bien.” Elle lui en dit tant que Gaëlle reprit le dessus et qu’elle parvint même à avaler un peu des délicieuses galettes de pommes de terre, accompagnées de salade verte.

Après le repas, les amis, appelés au secours, arrivèrent petit à petit. Tous étaient affligés par l’impression que le destin s’acharnait sur les Maheu. Mais ils firent bonne figure pour protéger les jeunes. On trouva la lettre d’Ibrahim très juste, à la fois ferme et diplomate et on décida d’en faire une pétition. Odile promit de la faire taper à son travail par une secrétaire amie. Elle irait en tirer quelques photocopies chez le marchand de journaux et les apporterait le lendemain soir. Tous seraient chargés de récolter le plus possible de signatures de gens du quartier. Odile et Pierre dirent aussi aux enfants Maheu de ne pas hésiter à faire appel à eux. L’hospitalisation serait sûrement brève et on pouvait parfaitement s’organiser pour quelques jours.

Quel soulagement d’être ainsi entourés, se disaient les jeunes. Si on nous avait relogés dans un autre quartier, comment aurions-nous pu faire face à la maladie de maman ?

VI

Les choses s’organisèrent sans trop de mal. La pétition avait beaucoup de succès et Kader faisait preuve d’un zèle intense comme pour se faire pardonner son attitude passée. Il préparait aussi son départ et ne pouvait s’empêcher de frimer devant les copains, faisant des envieux chez ces gosses condamnés à l’inaction, qui n’arrivaient pas à trouver leurs marques dans l’encadrement proposé par la M.G.I., la mission générale d’insertion de l’éducation nationale. Curieusement, l’engagement concret pour empêcher l’expulsion des Maheu était beaucoup plus mobilisateur et l’on voyait très fréquemment les jeunes, le soir, dans le hall de l’immeuble, remettre les vieilles chaises en cercle et élaborer des plans de bataille pour contraindre les bailleurs à garder les Maheu. Ils étaient d’autant plus véhéments qu’il se confirmait, même si on en parlait à mots couverts, que Catherine était sérieusement malade. C’était un cancer de l’utérus, hélas, déjà bien avancé. Elle avait été transférée à Villejuif et c’était encore plus compliqué pour ses enfants d’aller la voir. Mais un élan de générosité incroyable était né, comme s’il fallait se serrer les coudes dans le danger, comme si, symboliquement, ce qui arrivait aux Maheu concernait intimement tous les membres du quartier. Xavier, Michaël et Gaëlle n’eurent pas leur mot à dire sur l’intendance : tous les repas étaient pris à l’hôtel et quand l’un ou l’autre faisait part de ses scrupules, la famille d’Ali, unanime, disait : “C’est si peu de choses…” ou “Laisse ça, t’inquiète pas de ça… ” ou “Allah voit tout, occupe-toi de tes études, occupe-toi de ta mère…”

Tous avaient décidé de ne pas abandonner la lutte pour un autre monde possible. Lorsqu’ils allaient voir Catherine à l’hôpital, ils l’associaient à l’avancée de leurs travaux. Ils lui parlaient le moins possible de sa maladie, de l’opération qu’elle avait subie, de rayons, de chimio, de ce qui la faisait constamment vomir, de son amaigrissement impressionnant et de leur peur. Non, ils avaient résolument décidé de la tourner vers la vie, vers le monde ; ils l’avaient abonnée au Canard Enchaîné, il lui faisaient la lecture et ils riaient avec elle des dessins critiques : “Quand même, faut oser !” disait-elle souvent, avec un petit sourire coquin. Elle trouvait sa nouvelle situation étrange : elle s’était toujours occupée des autres et voici qu’elle était réduite à la dépendance la plus totale, bien obligée de se laisser prendre en charge. Elle n’avait pas peur de la mort : là-bas, dans une espérance confuse, Étienne l’attendait. Non, quoiqu’elle s’en défendît, malgré la douleur, elle trouvait un certain répit dans son état de malade. La seule chose qui la rongeait, bien qu’elle n’en parlât jamais, c’était la pensée de ses gosses : elle avait eu tant de bonheur à les mettre au monde, à les bercer, les pouponner, les voir s’éveiller à la vie. Elle se sentait si forte, si pleine d’énergie, elle savait qu’elle surmonterait tous les obstacles pour eux… et la vie semblait avoir raison d’elle. Mais elle ne s’avouait pas vaincue : tant qu’elle respirerait, elle espérerait et elle ferait ce qui était dans ses capacités pour qu’ils aient une vie meilleure que la sienne. Bien sûr, elle n’était pas dupe, elle savait bien qu’ils étaient mal engagés, mais ils étaient si entourés… Avec la maladie, elle, si peu tournée vers la foi, parlait de plus en plus souvent à Dieu, le soir, dans sa solitude, et c’était toujours pour le remercier d’avoir mis Ali et Fathia, Pierre et Odile sur son chemin et pour lui confier ses enfants.

Pierre, avec l’aide de Quentin, avait pris particulièrement Michaël en main. Ils réfléchissaient aux besoins fondamentaux. Ils avaient de grands débats :

“La chose la plus importante, c’est de préserver la santé, disait Michaël.

- Oui, mais pas n’importe comment ! réagissait Pierre. N’oubliez pas que les gens en bonne santé “naturellement” ne rapportent rien aux firmes pharmaceutiques, ce qui rapporte, c’est la maladie des gens solvables. Les firmes n’ont aucun intérêt à ce qu’on développe la prévention. Or nous, notre objectif, c’est de faire en sorte que les gens tombent le moins malades possible, pas qu’ils avalent des tonnes de petites pilules roses ou blanches. Et pour cela, il faut changer complètement notre façon de vivre, c’est une vraie révolution.

- Pour ça, il faut s’occuper en priorité de la qualité de l’eau et de l’alimentation,” ajoutait Quentin. Et ils lisaient des articles ou des livres sur l’agriculture : ils avaient découvert René Dumont, ils suivaient avec attention le travail de la Confédération paysanne, ils s’informaient sur la question des O.G.M., les organismes génétiquement modifiés :

“Certains disent que ça sauvera l’humanité de la famine. Qu’est-ce que tu en penses, Pierre ? demandait Quentin.

- Je n’y crois pas. Je crois que l’argumentaire des firmes agro-alimentaire n’a pas d’autre objectif que d’étendre leur territoire de chasse et de nous fourguer des semences dont nous verrons trop tard les effets néfastes. Je me souviens parfaitement de la révolution verte, dans les années 60, c’était la panacée ! Résultat : à court terme, un accroissement des rendements. Mais à long terme, des effets désastreux à plusieurs niveaux : une dépendance des paysans contraints de s’endetter pour l’achat d’engrais, de pesticides ou de tracteurs, si bien que beaucoup ont fait faillite et sont allés grossir les bidonvilles, particulièrement dans le tiers-monde. Et puis, surtout, ce qu’on sait trop peu, c’est que ces productions présentaient des graves carences en minéraux qui ont entraîné des déficiences intellectuelles chez de très nombreuses personnes. Le risque, avec les O.G.M., c’est les résistances qui peuvent passer à d’autres plantes, d’une part, et le fait qu’on ne sait absolument pas, quoi qu’en disent les firmes, comment on va réagir à ces nouveaux produits.

- Comment ça  ? questionna Michaël.

- Et bien, par exemple, on introduit un gène de hamster dans une variété de céréales. Bon, et quel effet ça aura sur notre santé dans dix ou vingt ans ? Quand on voit que les réactions allergiques sont de plus en plus fréquentes, il y a de quoi avoir des sueurs froides. C’est trop facile de dire que c’est les passéistes rétrogrades qui s’opposent aux O.G.M… Tant que cette recherche dépendra de firmes dont l’objectif est de faire du profit à n’importe quel prix, moi je n’aurai aucune confiance. Qu’on confie cette recherche à des organismes d’état, strictement d’état, contrôlés par des citoyens mandatés en raison de leurs compétences scientifiques et obligés de rendre des comptes à la population dans un langage clair ; et qu’on avance à pas de fourmi, voilà mon opinion, et surtout en milieu confiné. Quant à la faim dans le monde, l’occident a une énorme responsabilité car il a désorganisé l’agriculture vivrière. Au siècle dernier, comparativement et malgré la colonisation, on n’avait pas faim en Afrique. D’ailleurs, on a de quoi nourrir tout le monde, actuellement, mais on ne sait pas répartir les richesses.

- Et que penses-tu de l’eau ? demanda Quentin.

- Je pense que c’est un des problèmes les plus graves que nous avons à affronter. L’eau potable est en train de devenir un bien de luxe.

- C’est vrai, dit Michaël, j’ai entendu Vladimir raconter qu’en Russie, dans les grandes villes, l’eau sort des robinets, jaune et sentant l’œuf pourri, et les Russes, qui gagnent pourtant à peine de quoi survivre, sont obligés d’acheter de l’eau en bouteille.

- La pauvreté, c’est une notion toute relative, songea Quentin.

- Que veux-tu dire par là ? interrogea Pierre.

- Je me souviens d’un film qui s’appelait “Les Dieux sont tombés sur la tête.” Ça se passait chez les Buschmen, dans le désert du Kalahari et ces gens paraissaient parfaitement heureux. Ils avaient de quoi manger, une nourriture saine qui leur convenait, ils trouvaient à boire dans les feuilles, ils partageaient tout. Et puis un jour, une bouteille vide est tombée du ciel et a semé la zizanie entre eux. Enfin c’était une fable. Bon, ils sont sûrement classés parmi les très très pauvres, puisqu’ils n’ont pas d’argent. Mais ont-ils besoin d’argent ?

- Tu as raison, dit Pierre, on se trompe en faisant de l’argent la mesure de toute chose. Il y a des tas de choses qui ne passent pas par l’argent. En Afrique, toujours, pendant longtemps, être pauvre, c’était être isolé socialement.

- Ils ont raison, les Africains, s’exclama Michaël. Nous sommes pas dans la détresse totale parce que nous sommes entourés. Et même si nous avions un appartement plus grand, et un peu plus d’argent, mais dans un quartier où personne nous connaîtrait, nous serions beaucoup plus démunis. Ça se compte pas en argent, l’amitié, pourtant c’est une richesse essentielle.”

Un silence suivit ces propos pleins de sagesse et de pudique reconnaissance. Pierre toussota :

“Je crois que l’autre besoin fondamental de l’humanité, c’est l’éducation. Il faut être informé, capable de réfléchir sur les choses importantes, pour ne pas subir sa vie. Par exemple, lorsque les filles vont à l’école, elles deviennent capables de se projeter dans l’avenir et de faire des choix raisonnés. En Inde, dans deux provinces, le Kerala et le Tamil Nadu, on a observé une baisse massive de la démographie grâce à la scolarisation volontaire de toutes les filles, même celles des villages éloignés. C’est plus facile d’assurer une vie moins misérable à la famille quand il y a moins d’enfants et c’est une charge moins lourde pour les femmes. Je crois vraiment que l’éducation, quelque soit la forme qu’elle prenne, est un des défis majeurs du siècle à venir. Mais il va y avoir beaucoup de résistances à lever car elle est contraire aux intérêts des multinationales.

- Pourquoi ? demanda Quentin.

- Les multinationales n’ont pas intérêt à avoir en face d’elles des gens qui réfléchissent dans une autre direction que celle qu’elles ont choisie et qui sont armés pour argumenter. Ils représentent un danger. Ce qu’elles veulent, c’est du personnel malléable et docile.

- Mais pourquoi sont-ils si inhumains ? ajouta Quentin

- Ce n’est pas la question, répondit Pierre, ils sont tout simplement dans une autre logique. Leur but, c’est de faire de l’argent, d’agrandir leur territoire de chasse, d’écraser leurs concurrents. Ils fonctionnent encore selon la loi de la jungle : que le plus fort gagne. Vous savez, comme l’avait déjà dénoncé La Fontaine, dans Le loup et l’agneau : “La raison du plus fort est toujours la meilleure.” C’est aux peuples de leur imposer d’autres priorités : miser sur la coopération au lieu de toujours prôner la compétition, par exemple, et obliger les états et les élus à réoccuper leur place, remettre le politique à la première place. Pour ça, on est obligé de réfléchir à nos valeurs, à pourquoi on vit. C’est un sacré débat. Mais je suis optimiste, le débat est ouvert et les peuples, de plus en plus nombreux, redressent la tête. Alors, pour l’instant, on dit qu’ils n’ont pas de légitimité, ceux qui manifestent à Seattle ou ailleurs. Mais moi, je crois qu’ils ont la seule vraie légitimité car ils sont au service de la vie alors que les multinationales, dans leur fuite en avant, sont dans une logique de mort.”

Le coin des ziques qu’on aime bien La Bolduc

octobre 6, 2009 at 1:12 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Le coin des ziques qu'on aime bien, Mémoire et histoire, Société, social | 1 Comment
Tags:

Le coin des ziques qu’on aime bien La Bolduc

Bolducwithfellowbandmembers1928La Bolduc à ses débuts avec un orchestre d’amis

La Bolduc, née Mary Rose Anna Travers en 1894 à Newport – Gaspésie – Québec. Elle est morte à Montréal en  1941.  C’est une auteure-compositeure-interprète québécoise. Musicienne autodidacte, considérée comme la première véritable « chansonnière » du Québec, elle remporte un succès extraordinaire auprès du public québécois et la consécration par le disque.

Ses contemporains, sans être dénués de talent, singeaient les chansonnettes françaises à la mode ou adaptaient des chansons américaines.

La Bolduc a donné à la chanson québécoise des années 1920-1930 un vent de frais et de renouveau : elle racontait le quotidien des petites gens au cœur de la crise économique et de la Grande Dépression des années 1930. Le tout dans la langue du peuple, avec optimisme et beaucoup d’ironie.

La Bolduc - mary_traversLa Bolduc Jeune

La « marque de fabrique » de La Bolduc : « Le Turlutage », n’y voyez pas malices bande de malfaisants ! Les refrains de la plupart de ses chansons sont turlutés ; la turlute étant un  jeu de langue qui ponctue les mélodies et leur donne un rythme particulier  un peu comme ce que suisses ou tyroliens appellent « Yodler ». Les ponts musicaux sont joués à l’harmonica. Nous retrouverons ceci, bien plus tard dans les gigues de Gille Vigneault.

Si, à mon tour, je devais singer ceux qui parlent « aux Etats », je vous dirais, Madame Bolduc : « You were a great folk singer »

labolduc_1935La Bolduc en 1935

Quelques succès de La Bolduc : c’est le moment d’giguer les enfants !!

-         sur les petites gens simples :

-         Sur la Dépression et l’optimisme, la vie quotidienne :

-         Un peu de satire et d’ironie :

Et pour finir en beauté, une horreur qui nous pend au nez à tous ! Enfin …y’en a aussi de très chouettes ….Ouf, j’me suis bien rattrapé !!!!!!!

Les Belles-Mères duo avec La Bolduc et les paroles : Un air qui ressemble à plusieurs airs du folklore français et aussi à My Darling Clementine …qui n’a rien à voir avec Miss Autain !!!

http://www.youtube.com/watch?v=68OqMdud_bo

Tu m’demande pourquoi je suis triste
Ma belle-mère est rendu à la maison
Elle est forte et rien ne lui résiste
Quand elle parle elle à toujours raison

Si t’étais pas mou comme une chique
Elle s’metrait pas le nez dans tes chaudrons
A ta place je prendrais une brique
J’y en donnerais cinq six coups sur l’citron

Turlutage

On voit qu’tu connais pas ma belle-mère
Elle m’fais peur rien qu’a la regarder
Elle à d’l'air d’une vieille sorcière
On dirait d’une vieille fille enragée

Puisqu’elle la si mauvais caractère
Si t’avais pas d’l'air aussi tata
J’aurais dit mêle toé dont de té affaires
J’aurais montré de quel point tu chaussais

Turlutage

Tous cela c’est bien facile à dire
Si y’en a qui veulent se marier
Faite pas comme moé pauvre martyre
Croyez moi chu bien mal amanché

Dans la vie chacun à ses misères
Moi je prend la vie du bon coté
Si tu veux pour oublier ta belle-mère
Tous les deux nous allons turluter

turlutage

Comme c’était hier sa fête
Elle ma demandé pour l’embrasser
Comme elle prise et qu’elle sent la vieille pipe
J’ai manqué d’mourir empoisonné

Veux tu que je te donne la manière
Si tu veux viens t’en débarrasser
Met s’y dont une bonne pilule dans sa théière
Elle viendrait plus jamais t’achaller

Le coin des bons bouquins « Changer le monde sans prendre le pouvoir » de John Holloway plus un appendice sur Daniel Bensaïd

octobre 5, 2009 at 4:42 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Europe, Le coin des bons bouquins, Politique, Société, Solidarité, social | Leave a Comment
Tags:

Le coin des bons bouquins « Changer le monde sans prendre le pouvoir » de John Holloway

plus un appendice sur Daniel Bensaïd

JohnHolloway-Portrait

“Changer le monde sans prendre le pouvoir”, de John Holloway, chez Syllepse part de l’hypothèse que nous sommes séparés de notre pouvoir-faire par la séparation introduite par le capitalisme entre le faire et le produit du faire, qui devient objet et marchandise appropriée par le possesseur des moyens de production, et étalonné par l’argent
Il cite de manière très originale et acérée Marx et le lit de manière très différente de celles d’Engels ou Lénine

« Il présente la révolution comme une urgente et quasi-impossible nécessité, et qu’il donne des arguments pour la considérer comme un processus jamais achevé, toujours à reconstruire

Cela l’amène à se démarquer totalement de la conception du Parti omniscient et guide qui doit prendre le pouvoir, d’où le profond mépris que lui témoigne (comme à tant d’autres) Bensaid dans son livre « Eloge de la politique profane », tissu d’attaques, livre que bien évidemment je ne vous conseille pas car vous n’y apprendrez rien » . Ce qui précède, c’est l’avis d’Evelyne Perrin que je partage. Mais nous y reviendrons !

John Holloway, né en 1947, est économiste et philosophe marxiste d’origine irlandaise dont le travail est associé au mouvement zapatiste de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN). Il réside et enseigne à Puebla au Mexique depuis 1991.

Holloway avait déjà publié, en février 2003 «  Douze thèses pour l’anti-pouvoir » repris par le site Europe Solidaire Sans Frontières

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4498

QUE DIT HOLLOWAY ?

- 1 : Qu’il ignore la réponse à sa propre question. Peut-être pouvons-nous changer le monde sans prendre le pouvoir. Peut-être pas. Le point de départ c’est l’incertitude, le fait de ne pas savoir, la recherche collective d’une piste pour avancer.

- 2 : Que nous recherchons cette piste car le capitalisme est une catastrophe pour l’humanité. Un changement radical dans l’organisation de la société, une révolution, est plus urgent que jamais. Elle ne pourra qu’être mondiale si elle doit servir à quelque chose.

- 3 : Qu’il est peu probable qu’elle intervienne d’un seul coup. Cela signifie que nous pouvons uniquement concevoir la révolution comme « interstitielle », comme une révolution qui occuperait les interstices du capitalisme, qui occuperait des espaces dans le monde alors que le capitalisme existe encore. Comment nous concevons ces interstices : s’agirait-il d’Etats ou d’autres types d’espaces ?

Deux approches sont envisageables :

- La prise du pouvoir étatique est moins une question d’intentions futures que d’organisation présente. Comment devrions nous aujourd’hui nous organiser ? Devrions-nous joindre un parti, une forme organisationnelle qui concentre nos mécontentements vers la conquête du pouvoir d’Etat ? Ne devons-nous pas plutôt nous organiser autrement ?

L’argument contre la première de ces conceptions : elle s’oriente dans la mauvaise direction ! L’Etat n’est pas une chose, un objet neutre : c’est une forme de relations sociales, d’organisation, une manière de faire les choses élaborée pendant des siècles : son objectif : maintenir et développer le règne du capital

- La seconde manière est la suivante : envisager l’expansion et la multiplication des insubordinations qui ne soient pas ficelées ensemble pour former un parti.  Elles devront se développer  librement et aller dans la direction où la lutte les entraîne. Cela ne signifie pas l’absence de coordination, il s’agit d’une coordination légère et souple. Le principal ce n’est pas l’Etat mais la société que nous souhaitons créer.

- 4 : Qu’il y a une question clé dans l’histoire de la gauche étatiste : la trahison. De tous temps ses leaders ont trahis le mouvement tout simplement parce que l’Etat sépare les leaders du mouvement et les aspire dans un processus de réconciliation avec le capital.

La trahison est donc une donnée de départ Si l’Etat est la forme d’organisation.

Pouvons-nous résister ? Evidemment !

  • A nous de refuser de laisser l’Etat identifier les meneurs ou les représentants permanents du mouvement,
  • A nous de refuser de laisser des délégués négocier en secret avec les représentants de l’Etat.
  • A nous de comprendre que l’Etat est une organisation où l’on agit pour le compte de, alors que ce que nous sommes pour une organisation reposant sur l’autodétermination,
  • A nous d »inventer une forme d’organisation qui nous autorise à articuler ce que nous voulons, ce que nous décidons.

- 5 : Que le troisième problème tient à l’organisation de l’autodétermination sociale. Comment organiser un système de démocratie directe à une échelle qui dépasse le niveau local dans une société qui se complexifie sans cesse ? La réponse classique c’est la constitution de conseils reliés ensemble par un conseil des conseils auquel chaque conseil mandate des délégués révocables. C’est le mandat impératif !

Si cette proposition est cohérente,  il apparaît que, même dans un petit groupe, le fonctionnement de la démocratie pose toujours problème. La seule manière de concevoir la démocratie directe est de l’incorporer à un processus permanent d’expérimentation et d’auto éducation.

Pouvons-nous changer le monde sans prendre le pouvoir ? La seule manière de le savoir serait de le faire !!!

Changer le monde sans prendre le pouvoir John Holloway

Lisez le livre d’Holloway et, si vous le voulez bien, rapprochez-le des « Trois pieds politiques de l’Objection de Croissance » de notre ami Michel Lepesant …vous y trouverez comme des similitudes !!

http://reseda.ouvaton.org/index.php?post/2009/08/14/tripode

Cela révèle, en tout cas, une pensée qui court le vaste monde et cherche les voies et moyens de changer le monde de manière révolutionnaire sans passer par cette « quasi-impossible révolution » dont parle Holloway.

Changer le monde sans prendre le pouvoir : 19 € à la FNAC :

http://livre.fnac.com/a2050580/John-Holloway-Changer-le-monde-sans-prendre-le-pouvoir

ou aux Editions Syllepse pour 20 €

69, rue des Rigoles  75020 Paris

Métro Jourdain (ligne 11)

Téléphone : 01 44 62 08 89

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_76_iprod_362-Changer-le-monde-sans-prendre-le-pouvoir.html

Revenons à Daniel Bensaid et à son  « Eloge de la politique profane ». En général, sur ce blog, il existe une rubrique pour ce genre c’est « Le coin des livres à ne pas lire » !!! Mais, comme Je pense la même chose qu’Evelyne Perrin, je ne ferai pas l’honneur à Môssieur Bensaid, ci-devant penseur de la LCR puis du NPA, d’écrire une critique de son indigeste pavé ! C’est un tissu de vacheries, de rigidités, de basses attaques duquel vous ne tirerez rien…et, en plus, ce bouquin est cher : 22 € mais il fait près de 400 pages pour une livre de papier ! Ou alors achetez-le chez Amazon ou un autre car il doit bien se trouver …en solde !!

Que ce Bensaid là attaque Holloway fait honneur à l’auteur de « Changer le monde sans prendre le pouvoir » ! Cours, camarade Daniel, le vieux monde est derrière toi !!

Guy Dutron

5 – 10 – 2009

La France bloque de nouveau l’affaire Ben Barka !

octobre 3, 2009 at 3:43 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, sarkosy | 4 Comments
Tags:

La France bloque de nouveau l’affaire Ben Barka !

benbarka au micro photo yabiladi .com

Mehdi Ben Barka au micro Photo Yabiladi.com

Relancée ce jeudi avec la diffusion par Interpol de quatre mandats d’arrêts signés en octobre 2007, l’affaire Ben Barka est, à nouveau, bloquée. Le Parquet de Paris a annoncé hier soir avoir demandé la suspension de la diffusion de ces mandats d’arrêt, en attendant les précisions demandées par Interpol au juge d’instruction “afin de les rendre exécutables”. Ouais, on verra bien !!!!!

Ces quatre mandats avaient été signés le 22 octobre 2007 par le juge d’instruction Patrick Ramaël, à l’encontre du général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale marocaine, Abdelkader Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l’un des membres présumés du commando marocain qui aurait enlevé Ben Barka, et Abdlekak Achaachi, agent du Cab 1, l’une des unités des services marocains. L’avocat de la famille Ben Barka, en charge du dossier depuis 44 ans, estime qu’on a de nouveau bloqué l’affaire.

Qu’est-ce que « l’affaire Ben Barka » ?

Pour les plus jeunes d’entre-nous, Ben Barka ne dit, hélas, plus grand chose. Raison de plus pour rappeler quelques vérités.

-         Qui était Ben Barka ?

  • Mehdi Ben Barka est né en janvier 1920 à Rabat, Maroc. Il a disparu le 29 octobre 1965 à Fontenay-le-Vicomte. Homme politique marocain, principal opposant socialiste au roi Hassan II et leader du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste de l’époque.

L’affaire Ben Barka, reste le symbole :

  • de la politique clientéliste franco-africaine ; la fameuse France-Afrique symbolisée par en son temps par Jacques Foccart fort bien remplacé depuis.

  • des années de plomb sous le roi Hassan II, politique qui a longtemps gelé les relations franco-marocaines.

  • des dysfonctionnements graves des pouvoirs exécutif, judiciaire et médiatique, tant en France qu’au Maroc.

  • Représentant de l’aile gauche d’un parti qu’il juge trop conservateur, il provoque une scission et fonde en 1959 l’Union nationale des forces populaires du Maroc (gauche), qui se place dans l’opposition au régime du roi Hassan II. Il devient professeur de mathématiques. Il fonde, en septembre 1959, l’Union nationale des forces populaires (UNFP), principal parti de gauche opposé au régime royal. Il préside l’Assemblée consultative mise en place après l’indépendance. Le 16 novembre 1962, il échappe déjà à un attentat fomenté par les services du général Oufkir et du colonel Dlimi. Le 22 novembre 1963, il est condamné à mort par contumace pour complot et tentative d’assassinat contre le roi.
  • Mehdi Ben Barka s’exile alors, devenant un « commis-voyageur de la révolution », selon l’expression de  Jean Lacouture.
    • Il part d’abord pour Alger, où il rencontre Che Guevara, Amílcar Cabral et Malcolm X. Il s’en va ensuite pour Le Caire, Rome, Genève et La Havane. Il essaie de fédérer les mouvements révolutionnaires du tiers-monde en vue de la Conférence Tricontinentale qui doit se tenir en janvier 1966 à La Havane. Il affirme dans une conférence de presse : « les deux courants de la révolution mondiale y seront représentés : le courant surgi avec la révolution d’Octobre et celui de la révolution nationale libératrice ». Présidant la commission préparatoire, il définit les objectifs, parmi lesquels l’aide aux mouvements de libération, le soutien à Cuba soumis à l’embargo américain, la liquidation des bases militaires étrangères et l’abolition de l’apartheid en Afrique du Sud… Pour l’historien René Galissot : « c’est dans cet élan révolutionnaire de la Tricontinentale que se trouve la cause profonde de l’enlèvement et de l’assassinat de Ben Barka ».[1]
    • Ben Barka est intercepté peu après son arrivée à Paris devant la Brasserie Lipp, le 151 boulevard Saint-Germain, le 29 octobre1965, par deux policiers français l’inspecteur principal Louis Souchon (chef du groupe des stupéfiants à la Brigade mondaine) et son adjoint Roger Voitot, qui le font monter dans une voiture où se trouve également un membre de la pègre parisienne, Julien Le Ny. On ne reverra jamais Mehdi Ben Barka.
    • Brasserie Lipp
    • Cette « interpellation » pour le moins illégale est commanditée par Antoine Lopez, chef d’escale d’Air France à l’aéroport d’Orly et ci-devant « Honorable correspondant » du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE). Elle implique également à des degrés divers trois autres personnages obscurs : Georges Boucheseiche (ancien membre de la Gestapo française sous l’Occupation. Un homme qui rallia le gang des Tractions Avant à la Libération, qui fut également, dans les années 1960, un barbouze anti-OAS, puis un actif militant du Service d’action civique cher à Charles Pasqua. Un homme proche de Jo Attia[2]. Participent aussi Jean Palisse et Pierrot Dubail, hommes de mains de Boucheseiche.
    • Lors du procès Ben Barka, Lopez fut fortement soupçonné d’avoir agi sur instructions du général Oufkir, et le 7 juin 1967, le verdict fut ainsi prononcé : les deux policiers furent condamnés à 8 ans et 6 ans de réclusion criminelle, Antoine Lopez à 8 ans.
    • Le général Oufkir et les quatre membres de la pègre parisienne quant à eux réfugiés au Maroc où ils avaient ouvert des bordels, furent condamnés à la perpétuité par contumace. Le roi Hassan II refusa toujours d’appliquer les condamnations ou d’extrader les condamnés. Le général Oufkir se suicidera ou sera suicidé quelques années plus tard après un coup d’État manqué contre le roi du Maroc (voir : Gilles Perrault, Notre ami le roi).
    • MOROCCO-OUFKIR
    • SIPA/00005269/000002Successivement : le général Oufkir et le colonel Dlimi source Maroc Hebdo Press
    • Le compagnon de Ben Barka : Mohamed Lahrizi, est un homme dont tout le monde évite de parler. Il  faisait pourtant partie de la garde rapprochée de Mehdi Ben Barka, a connu un sort encore plus dramatique que son ami Mehdi. L’homme a non seulement été sauvagement assassiné mais, de surcroît, sa femme, une ressortissante suisse et sa petite fille de 8 ans ont été kidnappées et portées disparues depuis les années 60. Depuis, ce dossier ne figure pas dans les instructions des juges français !!
    • Sur ces sujets, voir, en complément : « AFFAIRE BEN BARKA : Ce que l’on ne vous a jamais dit » in La Gazette du Maroc : http://www.lagazettedumaroc.com/articles.php?r=2&sr=852&n=552&id_artl=15313

Les révélations de Lucien Aimé-Blanc :

De 1956 à 1959, Mehdi Ben Barka est président de l’Assemblée consultative.

L’ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc, connu pour avoir participé à la traque de jacques Mesrine, fut numéro deux de la « Mondaine », de la brigade antigang, de l’office des stups, puis chef de l’office central de répression du banditisme de 1977 à 1980.

En avril 2006, il publie L’Indic et le Commissaire et révèle que la totalité des agents impliqués dans l’enlèvement de Mehdi Ben Barka était écouté par le SDECE. De fait, Aimé-Blanc publie dans son livre ces écoutes téléphoniques :

«  Adjoint de la brigade antigang en 1966, j’ai trouvé dans le coffre du patron une liasse de transcriptions d’une écoute téléphonique répertoriée « Orion 113 » et posée par un service de la Sûreté nationale sur la ligne d’un hôtel de rendez-vous de l’avenue Niel à Paris (XVIIe). À la lecture de ces 40 feuillets, j’ai été stupéfait de constater que c’était le point de ralliement de toute la bande identifiée comme étant les ravisseurs de Ben Barka. Ils apparaissent tous sur ces écoutes, le chef d’escale d’Air France à Orly et indic du Sdece (ancienne DGSE, les services secrets, ndlr), Antoine Lopez, comme les truands Boucheseiche, Figon, Palisse… Il transparaît en filigrane de ces conversations, enregistrées tout le mois précédant la disparition de Ben Barka, que ces individus liés à un général Marocain projettent l’enlèvement d’un homme qui doit arriver à Orly. Il est donc clair que la brigade centrale de recherche criminelle, qui surveillait cet hôtel de passes sans avoir de compétence sur Paris, était au courant de ce projet. À l’époque, ces écoutes remontaient également au ministère de l’Intérieur et au conseiller de Matignon. J’en déduis que le service de la Sûreté nationale qui a branché cet hôtel savait ce qui se tramait, et s’il n’est pas intervenu pour déjouer cet enlèvement, c’est soit par négligence coupable, soit sur ordre.»

Les écoutes en question, indique Lucien Aimé-Blanc, n’ont pas été communiquées au juge Zollinger, chargé de l’enquête sur la disparition de Ben Barka. L’Express écrit ainsi que « ces écoutes prouvent, en tout cas, que le ministre de l’Intérieur – au moins – savait qu’une mauvaise action se préparait contre Ben Barka. En outre, les doubles de ces écoutes étaient automatiquement transmis au cabinet du Premier ministre de l’époque, Georges Pompidou.

Comme on le voit, cette affaire trouve des ramifications au plus haut sommet de l’Etat ! C’est vraisemblablement là qu’il faut trouver la cause profonde des manœuvres de retardement que connaît « l’affaire ben Barka » depuis plus de 40 ans !!

Cet article se veut d’éducation populaire. Qu’il nous permette aussi d’exprimer notre solidarité à la famille de Mehdi Ben Barka et, tout particulièrement à son fils Bechir qui lutte inlassablement pour la vérité et la justice.

matriochka_présidents françaisMatriochka des présidents français qui ont bloqué l’affaire

Voir aussi : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/histoire/chronologie-de-l-affaire-ben-barka_484113.html

Fils Ben Barka: la suspension des mandats, “cynisme de la raison d’Etat” : http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-10-02/fils-ben-barka-la-suspension-des-mandats-cynisme-de-la-raison-d/924/0/382573

Les écrits politiques (1957-1965) de Mehdi Ben Barka, un recueil de textes qui permet de mieux comprendre l’action du grand opposant marocain disparu en octobre 1965, sont publiés aux Editions Syllepse.


[1] Historien, spécialiste du Maghreb colonial

Engagé à gauche, appartenant à la génération intellectuelle de la guerre d’Algérie, René Gallissot a enseigné à l’université d’Alger à l’Indépendance en 1962. Il revient pour Mai 68 à la Sorbonne, passe de l’université de Vincennes à l’Institut Maghreb-Europe de l’Université de Paris VIII.

René Gallissot est professeur émérite à l’université de Paris VIII. Il a dirigé l’ouvrage Mouvement ouvrier, communisme et nationalismes dans le monde arabe (Éditions de l’Atelier, 1978); il est aujourd’hui le directeur de la série Maghreb du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (Le Maitron).

[2] Jo Attia, ancien des Bataillons d’Afrique, les Bat’ d’Af’, de son vrai nom Joseph Brahim Attia est un truand parisien des années 1940 à 60, patron du Gavroche à Paris (rue Joseph de Maistre). Il fut membre du gang des Tractions avant. Il est impliqué dans l’enlèvement de Ben Barka mais aussi dans l’affaire du colonel Antoine Argoud (ancien patron de l’OAS enlevé en 1963 à Munich par des barbouzes, condamné à la réclusion à perpétuité et libéré en juillet 1968). Toutes ces  opérations controversées sont imputées aux Services Spéciaux français sous l’ère gaulliste.

Du pipi d’chat Ou pourquoi je n’ai pas encore trouvé le temps de lire ton article, Guy.

septembre 25, 2009 at 12:11 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, social | Leave a Comment

Du pipi d’chat

Ou pourquoi je n’ai pas encore trouvé le temps de lire ton article, Guy.

Si vous allez voir l’article : Pour soutenir l’Objection de Croissance par l’Economique. Par Guy Dutron

Vous trouverez ce même texte en commentaire. Pourtant, je ne pense pas que ces deux textes fassent double emploi (si j’ose dire) !

Et ce pour, au moins quatre bonnes raisons :

- Tout le monde ne lit pas les commentaires et ce texte me semble un témoignage important,

- Ce texte est un témoignage vécu d’une chômeuse d’aujourd’hui, pris sur le vif,

- Hélène n’est pas une chômeuse « ordinaire » ancienne professeure de lettres ayant pris sa retraite proportionnelle après 15 ans de service, ayant travaillé pour une boite pas triste qui a fait faillite, militante politique du RESEDA et Objectrice de Croissance, elle a publié un livre en 1998. Intitulé « Aide sociale à l’enfance[1] » sous-titré : « La redoutable sollicitude » …. Un témoignage d’une famille d’accueil, la sienne !! Elle a donc la pratique de l’observation et de l’analyse. Voir : Les écrivains du RESEDA

aide-sociale-maria-ivik-helene-lacheret

- Hélène publie en ce moment un excellent bouquin sur notre blog sous la forme d’un feuilleton. C’est notre feuilleton de l’été : « Les récoltes du siècle futur. »

Quand on lit ce témoignage d’Hélène, on se pose une question : Comment font les chômeurs « ordinaires » : ceux qui sont sans formation, déjà désocialisés, acculturés du fait de nos lacunes sociétales, comment peuvent-ils s’y retrouver dans ce merdier désorganisé ????

Juste un mot avant de passer la parole à Hélène, parce que je suis moins poli qu’elle et que, pour y avoir passé 40 ans, je hais « l’Administration » faible face aux forts et si dure pour les faibles : Pôle Emploi, je vous hais !

Guy Dutron 25 09 2009

Hélène devant chez elle

Hélène devant chez elle dans le vieux Nyons

J’avance pas à pas à la découverte de ma nouvelle activité : licenciée pour motif économique. Exactement, j’ai signé une “convention de reclassement personnalisé”. Je suis donc CRP et, en tant que telle, convoquée au pôle-emploi de Pierrelatte, 44 km de mon domicile. A Pierrelatte, tout est fléché : la chambre funéraire, la sécu… mais pas le pôle-emploi.

Je sens que je commence à ne plus être à l’heure pour mon rendez-vous, à force de tourner. Je demande mon chemin à une jeune femme : “C’est très simple, vous allez par là, après le deuxième rond-point, c’est là vous le verrez ».  Je vais donc par là, après le deuxième rond-point, je … ne le vois pas. Où est passé le pôle-emploi ? Je tournicote à droite à gauche, des fois qu’il m’aurait échappé et je remarque des employés au service technique de la ville, reconnaissables à leur tenue. Eux vont savoir : “C’est exactement à l’opposé, au quatrième rond point, vous le
verrez.”
Effectivement, je le vois, je vois aussi, plus loin, une place pour laisser la voiture. J’entre dans cet antre de la modernité de nos sociétés et, consciente de l’importance du moment pour le déroulement futur de ma nouvelle activité, quoique déjà pas mal en retard, je cherche désespérément du regard un point “accueil” ou quelque chose de similaire. Mais je ne vois pas.

Je vois des gens debout, des panneaux “offres d’emplois” (On donne quelque chose, ici ?) et d’autres gens qui vont dans tous les sens. Je m’accoude à une sorte de bar rempli de tas de papiers, ma convocation à la main et j’attends en essayant de ne pas trop me trémousser car j’ai très envie de faire pipi, mais je ne vois pas non plus de toilettes.
Au bout de plusieurs minutes avec mon papier brandi devant moi, une dame s’arrête pour me dire : “Vous cherchez quelque chose ?” Je lui tends la feuille. « Ce n’est pas là » ! s’exclame-t-elle.
- Pourtant je suis bien au pôle-emploi ?
- Oui, mais il y a un autre pôle-emploi, c’est tout près, à deux minutes, vous voyez, la pharmacie, là, tout droit, là, à deux minutes.”

Je m’éloigne rapidement, maintenant je suis vraiment en retard, à peine le temps de penser que cette ville qui n’est même pas sous-préfecture et qui compte 12.000 habitants, possède deux pôles-emplois (commentaires espérés sur la nécessité de mettre ou non des “s” aux mots composés, ça occupe quand on s’ennuie le dimanche), disais-je, deux pôles-emploi (là, y en a plus, des emplois), c’est un secteur en pleine croissance, ça !

Les deux minutes sont passées et je ne vois pas le deuxième pôle-emploi. je continue jusqu’au croisement suivant, toujours pas de pôle-emploi. Je fais demi-tour, des fois qu’il soit si petit qu’il m’ait échappé. Apparemment non. Re-demi-tour : je finis enfin par l’apercevoir. Maintenant, je suis très en retard. Heureusement, j’aperçois immédiatement le point “accueil” vers lequel je me précipite, ma convocation à la main.

“Attendez votre tour come tout le monde, là !” aboie la préposée.

Désobéissante, ayant aperçu le symbole évasé signifiant “toilettes des dames”, je fais enfin pipi et je reviens attendre mon tour comme tout le monde, là.

Ce faisant, je remarque une jeune femme smart, attaché-case à la main qui dit au revoir à la préposée à l’accueil glacial. Je suis sûre qu’elle est pour moi, celle-là mais comment l’aborder ? Je ne sais pas si j’ai rendez-vous avec un homme ou une femme et, pour les femmes, ça se complique : madame ou mademoiselle ? Je pourrais toujours dire “Help, c’est moi la CRP !” mais c’est un peu cavalier bien qu’en adéquation avec les mœurs guerrières de notre époque. Mais inutile d’élucubrer, la dame est déjà partie.

Curieuse, je laisse les événements se dérouler dans leur implacable logique. Mon tour vient enfin, quelques minutes après le départ de la jeune femme.

La préposée dit : “Elle vient juste de partir.”

Je dis : « Je suis venue tout de suite à l’accueil quand j’ai compris que j’avais enfin trouvé le bon emploi mais vous ne m’avez pas écoutée ».
- Je ne pouvais pas savoir… suit une longue liste de justifications dont je vous épargne les détails, pendant l’énumération desquels je me murmure à moi-même : bien sûr, à force de prendre les chômeurs pour des demeurés qui ne savent pas ce qu’ils font !

Je finis par comprendre qu’elle bouge, la dame aux CRP. Si elle bouge, pourquoi ne vient-elle pas au pôle-emploi de Nyons, sous-préfecture, la ville où j’habite ?
- Vous n’avez pas vu les locaux, si vous les aviez vus, vous sauriez que ce n’est pas un endroit pour recevoir, argumente la préposée.


Et si, je les ai vus, je sais que des demandeurs d’emplois (je pense que, vu comme on les traite, ils se contenteraient de la tune pour assurer l’essentiel sans les corvées qui vont avec, si on leur demandait leur avis) y sont reçus tous les jours.

De deux choses l’une :

- soit les CRP sont une catégorie très très au dessus du panier des demandeurs d’emplois habituels, et on les couvre d’égards pour cette raison. Mais je ne le crois pas vraiment.

- soit on pouvait me recevoir à Nyons et il était inutile de me faire dépenser les sous que je n’ai pas pour aller dans un autre pôle-emploi.


Je m’en retourne contente d’avoir fait pipi. Néanmoins, avoir parcouru 88 km pour faire pipi contribue à me persuader de l’absurdité totale de ce système.

Quand mettons-nous la Dotation Inconditionnelle d’Autonomie en pratique ?


[1] Aide sociale à l’enfance – La redoutable sollicitude – sous le pseudonyme de Maria Ivik – Chez L’Harmattan – Février 1998 – 270 pages – 20 €

Quand un ami du RESEDA arrête le petit train-train des élus de l’Avesnois !

septembre 21, 2009 at 1:20 | In Belgique, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Environnement OGM, Europe, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, sarkosy, social | 1 Comment
Tags:

Quand un ami du RESEDA arrête le petit train-train des élus de l’Avesnois !

Selon la Voix du Nord : « Lassés de voir l’aménagement complet à quatre voies de la RN2 prendre du retard, les élus des communes traversées par cette nationale l’ont bloquée hier matin à la circulation, de manière festive, pour signifier à l’État leur colère et faire avancer un dossier vieux de plus de 40 ans. ».

http://www.lavoixdunord.fr/actualite/L_info_en_continu/Hainaut/2009/09/20/article_la-rn2-devenue-l-axe-prioritaire-des-eac.shtml

Quarante ans !! Vous vous rendez-compte ? Voilà quarante ans qu’ils nous la promettent leur foutue 4 voies !! Si on compte une moyennes de 4 élections tous les 5 ans avec 10 candidats ; cela fait, selon notre arithmétique sommaire : 5X4X8×10 = 1600 promesses de faux culs !! Et nos confessionnaux qui sont désert !! Y’a plus de justice, fut-elle divine ! Pourtant que de pècheurs et pècheresses !!

tete_du_train

In cauda venenum !

Ce que ne dit pas (pas encore ?) La Voix, c’est que tout le monde ne voit pas cela de cet œil là ! Aux dernières législatives, cantonales et municipales, nous fumes les seuls à nous prononcer clairement contre cette fabrique à CO² !

Depuis, nous nous sommes exprimés sur la RN 2 sur ce blog mais, comme nous y allumions un plumitif de la Voix du Nord, nous n’y sommes peut-être pas en odeur de sainteté !! Voir :

Le désenclavement… la Sambre attendra…Lionel Maréchal repassera et Paul Raoult aussi !!

C’était le 3 juin 2008, le délit n’est donc peut-être pas encore prescrit !!

Aujourd’hui, donc, c’était dimanche ! Contrairement à la jolie mais cruelle chanson de Francis Blanche, il n’y avait pas de généraux à vendre mais des élus qui se vendaient dans une communion touchante !!

le-petit-train-du-cap-d-agde-792

Tant qu’à faire de vous refiler un p’tit train : autant celui du Cap d’Agde en clin d’œil à une copine !

Un petit train-train remontait la RN2 de la frontière Belge vers Paris ; à bord, tout le gratin politique et larvaire de l’Avesnois… des petits wagons !

Voilà –t-il pas que sur le chemin de la route, comme dirait Cabrel, deux voitures s’insinuent entre la 4X4 rutilant et polluant qui ouvre la voie et le ch’tit train-train !!! C’était notre copain au bob qui avait encore choisi de faire le Jacques accompagné de la présidente de l’association des propriétaires fonciers de Beaufort qui s’estiment spoliés par le nouveau tracé.

Arrive le gorille de service ; il interdit le déploiement de nos banderoles. Rémy Pauvros, cumulard-maire de Maubeuge arrive tous sourires dehors pour serrer la main de l’auteur de la Jacquerie !  C’est qu’il nous a déjà fait le coup le Pauvros ! Il vous serre la cuiller, un photographe municipal mitraille et vous vous retrouvez copains comme cochons dans une publication subventionnée par les empoisonneurs de l’incinérateur de la cité du Clair de Lune.

Cette fois, pas de photographe en vue ! Le Jacques en serre cinq au Pauvros à ronger qu’il reste au PS Maubeugeois ! Au moins, la Voix du Nord rendra compte de notre action : http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Avesnes_sur_Helpe/actualite/Secteur_Avesnes_sur_Helpe/2009/09/21/article_de-bettignies-a-etroeungt-la-rn2-devenue.shtml

Ensuite, à Dourlers, la Jacquerie continue ; le Jacques y va de ses slogans poético-provos qui arrachent des sourires au public clairsemé ; car, à part les zeureux  zélus et une fanfare convoquée pour la circonstance, c’est pas la grande mobilisation pro-bitume !

Y’en a qu’un qui ne sourit manifestement pas ! C’est le petit Alain Poyart, le petit secrétaire de mairie devenu le petit maire de la petite sous-préfecture d’Avesnes-sur-Helpe,  partisan déclaré d’une concertation de petit niveau !

Lui aussi, nous venons de l’allumer à propos des caméras qu’il compte installer à l’intérieur de ce qu’il reste de ses remparts passablement écroulés. Il n’a pas aimé ! Pas le sens de l’humour, le petit ….comme son petit patron ….nous prend pour des « pov’cons » !! Nous le lui rendons bien d’ailleurs !!! Voir :

Vidéosurveillance à Avesnes sur Helpe : Jacques Lainet s’adresse à l’Observateur de l’Avesnois

On ne peut s’empêcher de penser à la déchéance qui frappe notre bonne Cité des Mouches[1] ! Elle qui vit passer tant de monarques : de  Louis XI à Louis XIV, cette ville où dormit l’Empereur en personne à l’avant-veille de Waterloo ; la voici gouvernée par un chef de gare cinéaste amateur suivi par sa petite armée de petits wagons !

Comme dit un vieux copain wagon, c’est un peu boogie-woogie mais pas très rock’n’roll !!

Pendant ce temps là, se déroulait, au Quesnoy, la nième Fête du Lait ! C’est vrai que c’est sa fête, en ce moment, au Lolo !!

Une fête fort morose d’ailleurs attendu qu’un déversement blanc laiteux avait eu lieu dès le matin même !! La FNSEA jouait profil bas quoique  fort bien nantie en cruches au lieu de parader comme à l’accoutumée et les copains de la Conf’ semblaient tout requinqués !!

Figurez-vous que, sur le trajet du train-train des tout-tristes routiers, il y avait aussi des vaches ! Elles avaient entendu braire un veau, on ne sait dans quelle étable, selon lequel il devait y avoir concertation avec les petits nids veaux …un lapsus lactis, en quelque sorte ! Olé !!!

Ha, les vaches !! A propos de vaches, peu de poulets de sortie ! Une nouvelle épidémie de dioxine se préparerait-elle côté Belge ! On n’ose y croire ! Cela mettrait fin à la guerre police-justice qui mine l’ancien royaume minier, mine de rien !

En attendant, tant sur le dossier RN2 que sur le dossier cinématographique à la Poyart, nous continuerons d’aller au charbon !!!

Rigolez pas, malfaisants d’Avesnes, c’est vous qui payerez la note !! Entre caméras, charbon et pognon, c’est votre braise qui est en jeu !



[1] Pour vous, bande d’ignorants, nous précisons que si Avesnes est dénommée « Cité des Mouches », ce n’est pas parce que son maire sent mauvais ce qui ferait que les mouches changeassent d’âne !! C’est qu’à l’époque bénie où l’on s’étripait ferme entre maudits François et estrangers tous plus ou moins barbares, n’est-ce pas, Avesnes n’étant pas encore en territoire Français, ces maudits François tentèrent une incursion du plus pur style commando venant de La Capelle ! L’ennemi François fut repoussé par de vaillantes petites abeilles que nous nommons « mouches à miel » ! En fait, ces andouilles militaires durent renverser quelques ruches dans le crépuscule du petit matin !! L’évêque de Cambrai qui n’était pas à une bêtises près, certifia quasiment le miracle. Voici donc notre sous-préfecture élevée à la quasi-sainteté par la grâce du « Miracle des Mouches » ! Ceci n’empêche toutefois pas nos bonnes mouches à miel de crever comme ailleurs des pesticides et autres saloperies épandues par la confrérie organisatrice de la Fête du Lait précitée !!

Il y a 50 ans discours de De Gaulle sur l’autodétermination en Algérie

septembre 16, 2009 at 3:32 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Mémoire et histoire, Politique, Société | 1 Comment
Tags:

Il y a 50 ans discours de De Gaulle sur l’autodétermination en Algérie

De Gaulle à Valencienne source INADe Gaulle pendant son discours à Valenciennes source INA

Depuis le début de l’année 1959, la pacification militaire s’est poursuivie en Algérie sous le commandement du général Challe. La mise en oeuvre du plan de développement économique et social, précisé le 3 octobre 1958 à Constantine par le général de Gaulle, s’opère sous l’impulsion de M. Paul Delouvrier, Délégué général du gouvernement en Algérie. Mais aucun progrès n’a lieu dans l’ordre  politique, la majorité des Européens d’Algérie réclamant l’”intégration”, alors que les chefs de l’insurrection revendiquent l’indépendance. Le général de Gaulle prononce alors un discours radiotélévisé par lequel il énonce le principe fondamental de sa politique à l’égard de l’Algérie : celui de l’autodétermination.

Texte du discours :

« Notre redressement se poursuit. Certes, il ne faut pas nous vanter. Dans le domaine technique, par exemple, nous n’en sommes pas encore au point de lancer des fusées dans la lune. Cependant, depuis quinze mois, nos affaires ont avancé.

L’unité nationale est ressoudée. La République dispose d’institutions solides et stables. L’équilibre des finances, des échanges, de la monnaie, est fortement établi. Par là même, la condition des Français et, d’abord, celle des travailleurs industriels et agricoles, échappe au drame de l’inflation et à celui de la récession. Sur la base ainsi fixée et à mesure de l’expansion nouvelle, on peut bâtir le progrès social et organiser la coopération des diverses catégories dont l’économie dépend, poursuivre la tâche essentielle de formation de notre jeunesse, développer nos moyens de recherche scientifique et technique. D’autre part, la Communauté est fondée, entre la France, onze États d’Afrique et la République malgache. Enfin, au milieu d’un monde où il s’agit tout à la fois de sauvegarder la liberté et de maintenir la paix, notre voix est écoutée.

Pourtant, devant la France, un problème difficile et sanglant reste posé : celui de l’Algérie. Il nous faut le résoudre. Nous ne le ferons certainement pas en nous jetant les uns aux autres à la face les slogans stériles et simplistes de ceux-ci ou bien de ceux-là qu’obnubilent, en sens opposé, leurs intérêts, leurs passions, leurs chimères. Nous le ferons comme une grande nation et par la seule voie qui vaille, je veux dire par le libre choix que les Algériens eux-mêmes voudront faire de leur avenir.

A vrai dire, beaucoup a été fait déjà pour préparer cette issue. Par la pacification, d’abord. Car rien ne peut être réglé tant qu’on tire et qu’on égorge. A cet égard, je ne dis pas que nous en soyons au terme. Mais je dis qu’il n’y a aucune comparaison entre ce qu’était, voici deux ou trois ans, la sécurité des personnes et des biens et ce qu’elle est aujourd’hui. Notre armée accomplit sa mission courageusement et habilement, en combattant l’adversaire et en entretenant avec la population des contacts larges et profonds qui n’avaient jamais été pris. Que nos soldats, en particulier les 120 000 qui sont musulmans, aient fléchi devant leur devoir, ou bien que la masse algérienne se soit tournée contre la France, alors, c’était le désastre ! Mais, comme il n’en a rien été, le succès de l’ordre public, pour n’être pas encore imminent, se trouve désormais bien en vue.

La deuxième condition du règlement est que tous les Algériens aient le moyen de s’exprimer par le suffrage vraiment universel. Jusqu’à l’année dernière, ils ne l’avaient jamais eu. Ils l’ont, à présent, grâce à l’égalité des droits, au Collège unique, au fait que les communautés les plus nombreuses, celles des Musulmans, sont assurées d’obtenir dans tous les scrutins la grande majorité des élus. Ç’a été là un changement de la plus vaste portée ; littéralement une révolution.

Le 28 septembre dernier, les Algériens ont, par référendum, adopté la Constitution et marqué leur intention que leur avenir se fasse avec la France. Le 30 novembre, ils ont élu leurs députés ; le 19 avril, leurs Conseils municipaux ; le 31 mai, leurs sénateurs. Sans doute ne manque-t-il pas de gens pour prétendre que, dans la situation on se trouvaient les électeurs, pressés par les forces de l’ordre et menacés par les insurgés, ces consultations n’ont pu être sincères que dans une mesure limitée. Cependant, elles ont eu lieu, dans les villes et dans les campagnes, avec une grande masse de votants. Et même, lors du référendum, le concours fut général, spontané et enthousiaste. En tout cas, la voie est ouverte. Dès que viendra l’apaisement, elle pourra être utilisée encore plus librement et encore plus largement. L’an prochain, aura lieu l’élection des Conseils généraux, d’où seront tirés, par la suite, certains grands Conseils administratifs, économiques et sociaux, qui délibéreront, auprès du Délégué général, du développement de l’Algérie.

Car, résoudre la question algérienne, ce n’est pas seulement rétablir l’ordre ou donner aux gens le droit de disposer d’eux-mêmes. C’est aussi, c’est surtout traiter un problème humain. Là végètent des populations qui, doublant tous les 35 ans, sur une terre en grande partie inculte et dépourvue de mines, d’usines, de sources puissantes d’énergie, sont, pour les trois quarts, plongées dans une misère qui est comme leur nature. Il s’agit que les Algériens aient de quoi vivre en travaillant, que leurs élites se dégagent et se forment, que leur sol et leur sous-sol produisent bien plus et bien mieux. Cela implique un vaste effort de mise en valeur économique et de développement social. Or, cet effort est en cours.

En l959, la France aura dépensé en Algérie, pour ne parler que des investissements publics et des frais de gestion civile, environ 200 milliards. Elle en dépensera davantage durant chacune des prochaines années à mesure que se réalisera le plan de Constantine. Depuis dix mois, une centaine d’usines ont demandé à s’installer. 8000 hectares de bonnes terres sont en voie d’attribution à des cultivateurs musulmans. 50 000 Algériens de plus travaillent dans la métropole. Le nombre de Musulmans occupant des emplois publics s’est augmenté de 5 000. A l’actuelle rentrée, les écoles reçoivent 860 000 enfants, au lieu de 700 000 lors de la rentrée précédente et de 560 000 l’année d’avant. Dans six semaines, le pétrole d’Hassi-Messaoud arrivera sur la côte, à Bougie. Dans un an, celui d’Edjelé atteindra le golfe de Gabès. En 1960, le gaz d’Hassi R’Mel commencera d’être distribué à Alger et à Oran, en attendant de l’être à Bône. Que la France veuille et qu’elle puisse poursuivre avec les Algériens la tâche qu’elle a entreprise et dont elle seule est capable, l’Algérie sera dans quinze ans un pays prospère et productif.

Grâce au progrès de la pacification, au progrès démocratique, au progrès social, on peut maintenant envisager le jour où les hommes et les femmes qui habitent l’Algérie seront en mesure de décider de leur destin, une fois pour toutes, librement, en connaissance de cause. Compte tenu de toutes les données, algériennes, nationales et internationales, je considère comme nécessaire que ce recours à l’autodétermination soit, dès aujourd’hui, proclamé. Au nom de la France et de la République, en vertu du pouvoir que m’attribue la Constitution de consulter les citoyens, pourvu que Dieu me prête vie et que le peuple m’écoute, je m’engage à demander, d’une part aux Algériens, dans leurs douze départements, ce qu’ils veulent être en définitive et, d’autre part, à tous les Français d’entériner ce que sera ce choix.

Naturellement, la question sera posée aux Algériens en tant qu’individus. Car, depuis que le monde est le monde, il n’y a jamais eu d’unité, ni, à plus forte raison, de souveraineté algérienne. Carthaginois, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes syriens, Arabes de Cordoue, Turcs, Français, ont tour à tour pénétré le pays, sans qu’il y ait eu, à aucun moment, sous aucune forme, un État algérien. Quant à la date du vote, je la fixerai le moment venu, au plus tard quatre années après le retour effectif de la paix ; c’est-à-dire, une fois acquise une situation telle qu’embuscades et attentats n’auront pas coûté la vie à 200 personnes en un an. Le délai qui suivra étant destiné, à reprendre la vie normale, à vider les camps et les prisons, à laisser revenir les exilés, à rétablir l’exercice des libertés individuelles et publiques et à permettre à la population de prendre conscience complète de l’enjeu. J’invite d’avance les informateurs du monde entier à assister, sans entraves, à cet aboutissement décisif.

Mais le destin politique, qu’Algériennes et Algériens auront à choisir dans la paix, quel peut-il être ? Chacun sait que, théoriquement, il est possible d’en imaginer trois. Comme l’intérêt de tout le monde, et d’abord celui de la France, est que l’affaire soit tranchée sans aucune ambiguïté, les trois solutions concevables feront l’objet de la consultation.

Ou bien : la sécession, où certains croient trouver l’indépendance. La France quitterait alors les Algériens qui exprimeraient la volonté, de se séparer d’elle. Ceux-ci organiseraient, sans elle, le territoire où ils vivent, les ressources dont ils peuvent disposer, le gouvernement qu’ils souhaitent. Je suis, pour ma part, convaincu qu’un tel aboutissement serait invraisemblable et désastreux. L’Algérie étant actuellement ce qu’elle est, et le monde ce que nous savons, la sécession entraînerait une misère épouvantable, un affreux chaos politique, l’égorgement généralisé et, bientôt, la dictature belliqueuse des communistes. Mais il faut que ce démon soit exorcisé et qu’il le soit par les Algériens. Car, s’il devait apparaître, par extraordinaire malheur, que telle est bien leur volonté, la France cesserait, à coup sur, de consacrer tant de valeurs et de milliards à servir une cause sans espérance. Il va de soi que, dans cette hypothèse, ceux des Algériens de toutes origines qui voudraient rester Français le resteraient de toute façon et que la France réaliserait, si cela était nécessaire, leur regroupement et leur établissement. D’autre part, toutes dispositions seraient prises, pour que l’exploitation, l’acheminement, l’embarquement du pétrole saharien, qui sont l’oeuvre de la France et intéressent tout l’Occident, soient assurés quoi qu’il arrive.

Ou bien : la francisation complète, telle qu’elle est impliquée dans l’égalité des droits ; les Algériens pouvant accéder à toutes les fonctions politiques, administratives et judiciaires de l’État et entrer dans tous les services publics, bénéficiant, en matière de traitements, de salaires, de sécurité sociale, d’instruction, de formation professionnelle, de toutes les dispositions prévues pour la métropole ; résidant et travaillant où bon leur semble sur toute l’étendue du territoire de la République ; bref, vivant à tous les égards, quelles que soient leur religion et leur communauté, en moyenne sur le même pied et au même niveau que les autres citoyens et devenant partie intégrante du peuple français, qui s’étendrait, dès lors, effectivement, de Dunkerque à Tamanrasset.

Ou bien : le gouvernement des Algériens par les Algériens, appuyé sur l’aide de la France et en union étroite avec elle, pour l’économie, l’enseignement, la défense, les relations extérieures. Dans ce cas, le régime intérieur de l’Algérie devrait être de type fédéral, afin que les communautés diverses, française, arabes, kabyle, mozabite, etc., qui cohabitent dans le pays, y trouvent des garanties quant à leur vie propre et un cadre pour leur coopération.

Mais, puisqu’il est acquis depuis un an, par l’institution du suffrage égal, du Collège unique, de la représentation musulmane majoritaire, que l’avenir politique des Algériens dépend des Algériens ; puisqu’il est précisé formellement et solennellement qu’une fois la paix revenue, les Algériens feront connaître le destin qu’ils veulent adopter, qu’ils n’en auront point d’autre et que tous, quel que soit leur programme, quoi qu’ils aient fait, d’où qu’ils viennent, prendront part, s’ils le veulent, à cette consultation, quel peut être le sens de l’insurrection ?

Si ceux qui la dirigent revendiquent pour les Algériens le droit de disposer d’eux-mêmes, eh bien ! Toutes les voies sont ouvertes. Si les insurgés craignent qu’en cessant la lutte ils soient livrés à la justice, il ne tient qu’à eux de régler avec les autorités les conditions de leur libre retour, comme je l’ai proposé en offrant la paix des braves. Si les hommes qui constituent l’organisation politique du soulèvement entendent n’être pas exclus des débats, puis des scrutins, enfin des institutions, qui régleront le sort de l’Algérie et assureront sa vie politique, j’affirme qu’ils auront, comme tous autres et ni plus ni moins, l’audience, la part, la place, que leur accorderont les suffrages des citoyens. Pourquoi donc les combats odieux et les attentats fratricides, qui ensanglantent encore l’Algérie, continueraient-ils désormais ?

A moins que ne soit à l’oeuvre un groupe de meneurs ambitieux, résolus à établir par la force et par la terreur leur dictature totalitaire et croyant pouvoir obtenir, qu’un jour, la République leur accorde le privilège de traiter avec eux du destin de l’Algérie, les bâtissant par là même comme gouvernement algérien. Il n’y a aucune chance que la France se prête à un pareil arbitraire. Le sort des Algériens appartient aux Algériens, non point comme le leur imposeraient le couteau et la mitraillette, mais suivant la volonté qu’ils exprimeront légitimement par le suffrage universel. Avec eux et pour eux, la France assurera la liberté de leur choix. Au cours des quelques années qui s’écouleront avant l’échéance, il y aura beaucoup à faire pour que l’Algérie pacifiée mesure ce que sont, au juste, les tenants et les aboutissants de sa propre détermination. Je compte moi-même m’y employer. D’autre part, les modalités de la future consultation devront être, en temps voulu, élaborées et précisées. Mais la route est tracée. La décision est prise. La partie est digne de la France. »

LA REPONSE DE FERHAT ABBAS – 28 Septembre 1959 -

Au seuil de la sixième année de guerre, alors que l’Assemblée générale des Nations unies s’apprête à discuter de nouveau de la question algérienne, et que de grandes confrontations internationales laissent entrevoir un espoir de paix dans le monde, les regards se tournent vers l’Algérie. Tous les peuples appellent de leurs vœux le retour à la paix dans cette terre africaine om se déroule encore une guerre qui a fait déjà près d’un million de victimes.

Le peuple algérien a été contraint par le colonialisme à prendre les armes. Tout en réaffirmant sa volonté de lutte jusqu’à la libération nationale, le gouvernement provisoire de la République algérienne déclare qu’il n’entend négliger aucune occasion pour donner toutes ses chances à la paix.

Le président de la République française a solennellement reconnu, au nom de la France, dans sa déclaration du 16 Septembre 1959 le droit des Algériens à l’autodétermination.

Le droit de disposer librement de son destin est enfin reconnu au peuple algérien. Cette évolution n’a été possible que parce que depuis cinq années le peuple algérien résiste victorieusement à l’une des plus sanglantes guerres de reconquête colonialiste.

Elle n’a été possible que parce que le Front de Libération Nationale et l’Armée de libération nationale poursuivent et poursuivront s’il était nécessaire le combat libérateur. Elle n’a été possible, enfin que grâce au soutien de tous les peuples frères et amis et à l’appui de l’opinion publique internationale.

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, inscrit dans le proclamation du Front de Libération Nationale, a toujours été un objectif fondamental de la révolution algérienne. Il constitue un moyen démocratique et pacifique pour le peuple algérien d’aboutir à l’indépendance nationale.

Inscrite dans la charte des Nations unies, l’autodétermination, c’est-à-dire le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, restitue au peuple algérien l’exercice de la souveraineté nationale qu’une conquête militaire – d’où ne saurait découler aucune légitimité – lui a momentanément ravi.

L’entité nationale que constitue l’Algérie et l’unité sociologique de son peuple sont des éléments objectifs essentiels. Une application de l’autodétermination qui ne tiendrait pas compte de ces réalités et qui viserait à un éclatement de cette entité en communautés raciales ou religieuses est illusoire.

Le gouvernement provisoire de la République algérienne rappellent, en outre, le principe intangible de l’intégrité du territoire national et exprime la détermination inéluctable du peuple algérien de s’opposer à toute tentative de partition.

Il attire l’attention de l’opinion internationale sur le danger que constitue toute atteinte à cette unité et à cette intégrité. une tentative de cette nature, loin de contribuer à la solution, ne ferait que l’aggraver et constituerait une menace permanente à la paix et à la sécurité internationale.

Quant aux richesses du Sahara, leur prospection et leur exploitation ne sauraient en aucun cas se muer en droit de priorité. Source de progrès humain, d’abord pour l’Algérie et l’Afrique de Nord, ces richesses ne peuvent dans l’intérêt général que susciter une large et fructueuse coopération.

Sur un autre plan, subordonner le libre choix du peuple algérien à la consultation du peuple français serait la négation même de l’autodétermination et à la démocratie.

L’indépendance qui résultera d’une libre consultation du peuple algérien ne sera pas une source d’anarchie et de misère, bien au contraire, cette indépendance conditionne tout progrès réel. Elle garantira la liberté des individus et assurera la sécurité des personnes. Enfin, elle facilitera l’édification du Maghreb et la libre coopération avec tous les pays. Ce sont là les deux discours prononcés par le Général De Gaulle et Le Président du GPRA sur l’autodétermination de l’Algérie.

Un point d’histoire d’abord : ce discours fut prononcé ici, chez nous, en Hainaut : à Valenciennes.

http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/decolonisation/video/CAF90041769/discours-du-general-de-gaulle-a-valenciennes.fr.html

De Gaulle arrive à pied. Au premier plan, des hommes portant des casques de mineurs.  De Gaulle entre dans l’Hôtel de Ville. – De Gaulle à la tribune dit : “merci… merci.. .A Valenciennes, de tout mon cœur merci de l’accueil magnifique, preuve de l’unité française que vous offrez à tous. Je me permets également de dire merci de votre patience.. tout le long de la route j’ai rencontré beaucoup de témoignages émouvants et c’est pourquoi je suis un peu en retard… »

Les témoins de l’époque, ont tous ou presque témoigné : le Premier ministre Michel Debré, le président du Conseil constitutionnel Léon Noël, le gendre de De Gaulle Alain de Boissieu, le directeur de L’Écho d’Alger Alain de Serigny. Mais aussi les généraux  Massu et  Salan, …. du côté algérien, les leaders Ferhat Abbas, Saad Dahlab ou Ali Kafi, acteurs et témoins  de la lutte fratricide au sein du FLN. Tous répondent de manière différente.

De Gaulle à choisi l’indépendance de l’Algérie, alors qu’il a été porté au pouvoir au mois de mai 1958 par les partisans de l’Algérie française. Certains opposants racontent une histoire de plan tenu secret et appliqué par de Gaulle une fois revenu aux affaires. C’est le conspirationnisme classique de l’extrême droite !

Comment comprendre la politique du général de Gaulle face à la guerre d’Algérie :

-                     A-t-il appliqué un programme conçu de longue date par lui seul ?

-                     A-t-il évolué au fil de l’eau, naviguant à vue, dans une eau tempétueuse et farcie de bombes bien réelles ?

-                     Voulait-il :

  • Maintenir l’Algérie sous domination française ?
  • S’en débarrasser ?
  • S’en servir pour revenir au pouvoir et puis vogue la galère ? Quand on connaît ce retour de 1958, les 13 complots du 13 mai 1958, l’attitude de De Gaulle en pompier incendiaire pour être plus sûr d’être appelé à éteindre le feu !

Il est permis de se poser la question ! Ce qui est sûr, c’est que la « grand Charles » en a cocufié pas mal !!! Mais, selon lui, les français étaient « des veaux » !! Alors ….

Parmi les cocus citons : Léon Delbecque, Jacques Soustelle, Lagaillarde, Ortiz, Susini, les généraux Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller aidés par les colonels Argoud et Gardes, le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc commandant le 1er Régiment étranger de parachutistes (1er REP) , ils tenteront leur putsch le 21 avril 1961.

Le 23 avril 1961, De gaulle prononcera un autre discours célèbre :

« Un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire. […] Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers, partisans, ambitieux et fanatiques. Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire expéditif et limité. Mais ils ne voient et ne comprennent la Nation et le monde que déformés à travers leur frénésie. Leur entreprise conduit tout droit à un désastre national…. Voici l’État bafoué, la Nation défiée, notre puissance ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle en Afrique compromis. Et par qui ? Hélas ! hélas ! hélas ! par des hommes dont c’était le devoir, l’honneur, la raison d’être de servir et d’obéir.
Au nom de la France, j’ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer partout la route à ces hommes-là, en attendant de les réduire. J’interdis à tout Français et, d’abord, à tout soldat, d’exécuter aucun de leurs ordres…..
Devant le malheur qui plane sur la patrie et la menace qui pèse sur la République, ayant pris l’avis officiel du Conseil constitutionnel, du Premier ministre, du président du Sénat, du président de l’Assemblée nationale, j’ai décidé de mettre en cause l’article 16 de notre Constitution. À partir d’aujourd’hui, je prendrai, au besoin directement, les mesures qui me paraîtront exigées par les circonstances…
Françaises, Français ! Aidez-moi !
»

On peut penser, au total, que De Gaulle, qui avait toujours eu « une certaine idée de la France », qui voulait une grande politique mondiale comme le montrera le discours de Phnom-Penh le 1er septembre 1966, a délibérément sacrifié les sort de nombreux algériens et de certains des ses soutiens à sa vision politique. Après tout, il avait déjà couvert de son ombre tutélaire les massacres de Sétif en 1945 et ceux de Madagascar en 1947 !!

Voir sur ce point sur ce blog : http://dutron.wordpress.com/2008/08/10/pour-defendre-les-droits-de-l%E2%80%99homme-partout-dans-le-monde-en-chine-en-russie-et-ailleurs-balayons-devant-notre-porte-en-occident-en-belgique-et-en-france/

Ici, sur l’affaire algérienne, il couvrira ou laissera faire le massacre des Harkis par le nouveau pouvoir algérien.

Cela fait beaucoup de honte accumulée, mon Général !!

Notre feuilleton de l’été “Les récoltes du siècle futur” Quatrième Épisode Le jugement ou l’encouragement ? Par Hélène Lacheret

septembre 14, 2009 at 9:01 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Politique, Société, social | Leave a Comment
Tags:

Notre feuilleton de l’été

“Les récoltes du siècle futur”

Quatrième Épisode

Le jugement ou  l’encouragement ?

Par Hélène Lacheret

Le jugement ou l’encouragement ?

I

Le lendemain, Michaël et Quentin retournèrent voir Pierre après l’école. Ils voulaient encore le remercier, ils étaient tout gonflés de la joie de leur réussite, comme si celle-ci annonçait qu’un avenir était possible. Pierre mit rapidement fin aux remerciements et entreprit de leur parler des bibliothécaires :

“À force de me voir tout le temps et comme je leur posais beaucoup de questions pour trouver les bons documents, ils m’ont demandé dans quel but je faisais toutes ces recherches. Au début, je leur ai parlé de votre exposé. Et puis, petit à petit, j’ai commencé à évoquer notre groupe de résistants. Ils étaient très intéressés. Il y en a une, Marie, qui m’a dit qu’elle faisait partie d’Attac. C’est elle qui m’a parlé de Bougainville et de la réponse que lui avait faite Diderot. C’était au dix-septième siècle et certaines questions que nous nous posons se posaient déjà à l’époque. Elle m’a aussi prêté un livre à elle qui s’appelle Travailler deux heures par jour et qui a été écrit par un collectif dans les années 70. Pour en revenir à Bougainville, c’était un capitaine de vaisseau du roi qui fit le tour du monde de 1766 à 1769. Il prit, entre autres, possession de Tahiti au nom de Louis XV. Dès son retour, en 1771, il publia son Voyage autour du Monde. La description qu’il fit de Tahiti enthousiasma les lecteurs de l’époque car l’île semblait un paradis sur terre. Je vais vous en lire un bout, tenez, j’ai marqué la page :

“J’ai plusieurs fois été […] me promener dans l’intérieur. Je me croyais transporté dans le jardin d’Éden : nous parcourions une plaine de gazon, couverte de beaux arbres fruitiers et coupée de petites rivières qui entretiennent une fraîcheur délicieuse, sans aucun des inconvénients qu’entraîne l’humidité. Un peuple nombreux y jouit des trésors que la nature verse à pleines mains sur lui. Nous trouvions des troupes d’hommes et des femmes assises à l’ombre des vergers ; tous nous saluaient avec amitié ; ceux que nous rencontrions dans les chemins se rangeaient à côté pour nous laisser passer ; partout nous voyions régner l’hospitalité, le repos, une joie douce et toutes les apparences du bonheur.”

Bougainville est d’autant plus étonné par les mœurs des Tahitiens que ceux-ci n’ont pas l’esprit de possession. Ils vont même jusqu’à offrir leur femme ou leurs filles comme compagnes à l’hôte de passage pour l’honorer.

La réponse que lui fit Diderot, l’année suivante, dans un prétendu supplément à ce voyage qu’il appela Supplément au Voyage de Bougainville, mais qui ne fut publié qu’en 1796, fut cinglante par rapport à l’arrogance manifestée par les Français. Elle interrogeait sur le bien-fondé de nos mœurs, de nos idées et de nos lois, à travers un vénérable vieillard, mentionné par Bougainville, qui attaquait celui-ci au moment où il s’apprêtait à rentrer en France. Écoutez bien :

“Pleurez, malheureux Tahitiens ! pleurez ; mais que ce soit de l’arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants […] Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n’es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-là, dis-nous à tous, comme tu me l’as dit à moi, ce qu’ils ont écrit sur cette lame de métal : “Ce pays est à nous.” Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu’il gravât sur une de vos pierres ou sur l’écorce d’un de vos arbres : Ce pays appartient aux habitants de Tahiti, qu’en penserais-tu ? […] Tu es venu ; nous sommes-nous jetés sur ta personne ? avons-nous pillé ton vaisseau ? t’avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? t’avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respecté notre image en toi.”

Vous entendez, les jeunes, ce qu’il écrivait, Diderot ? “Nous avons respecté notre image en toi.” “Laisse-nous nos mœurs ; elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons.” Écoutez bien: “Sommes-nous dignes de mépris, parce que nous n’avons pas su nous faire des besoins superflus ? Lorsque nous avons faim, nous avons de quoi manger ; lorsque nous avons froid, nous avons de quoi nous vêtir. Tu es entré dans nos cabanes, qu’y manque-t-il, à ton avis ? Poursuis jusqu’où tu voudras ce que tu appelles les commodités de la vie ; mais permets à des êtres sensés de s’arrêter, lorsqu’ils n’auraient à obtenir, de la continuité de leurs efforts, que des biens imaginaires.” Ce type était génial ! “Si tu nous persuades de franchir l’étroite limite du besoin, quand finirons-nous de travailler ? Quand jouirons-nous ? Nous avons rendu la somme de nos fatigues annuelles et journalières la moindre qu’il était possible, parce que rien ne nous paraît préférable au repos. Va dans ta contrée t’agiter, te tourmenter tant que tu voudras ; laisse-nous reposer : ne nous entête ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques. Regarde ces hommes ; vois comme ils sont droits, sains et robustes. Regarde ces femmes ; vois comme elles sont droites, saines, fraîches et belles. […] Malheur à cette île ! Malheur aux Tahitiens présents, et à tous les Tahitiens à venir, du jour où tu nous a visités !”.

Il y eut un moment de silence, puis Pierre dit : “Cette idée de besoins factices m’a beaucoup trotté dans la cervelle. Je crois que ce qui qualifie notre époque imbécile, c’est que nous sommes en train de sacrifier un avenir possible sur cette planète à des quantités de besoins superflus créés beaucoup par la publicité et que nous perdons notre vie à nous encombrer de choses inutiles.

- Mais tous les progrès ne sont pas inutiles, répliqua Quentin. Regarde, le portable, c’est bien pratique !

- Dans quelques cas d’urgence absolue, oui. Mais quand je vois des gens pendus à leur téléphone entre les gondoles du supermarché, pour demander à leur conjoint ce qu’ils doivent acheter, je pense que la bonne vieille liste suffisait bien. Ça coûte cher, ces communications à distance. Quand on pense que beaucoup font un travail aliénant, fatigant et mal payé pour dépenser aussi stupidement leur argent juste pour être comme les autres ! Et puis les ondes ont peut-être des effets nocifs sur la santé, qu’est-ce qu’on en sait ? Mais il faut toujours aller vite, prendre le marché à l’autre, alors on n’a plus le temps de réfléchir, d’être prudent. Le livre de Marie, qu’elle m’a prêté, parle de la même chose : comment on se laisse entraîner vers de faux besoins parce que notre vie ne nous convient pas. J’ai bien envie de vous en parler mais je ne veux pas vous ennuyer avec ça.

- Mais ça nous embête pas du tout, Pierre, tu sais ! dit Michaël. Au contraire, avec toi, on apprend à penser. Par exemple, il y a des copains qui me demandent comment je peux vivre sans télé. Au début, ça m’ennuyait de pas l’avoir. On l’a pas parce que ça coûte cher et puis, chez nous, c’est si petit qu’on saurait pas où la mettre. Mais quand ils racontent ce qu’ils ont vu, finalement, j’aime autant aller bavarder avec les copains chez Ali, aider ma mère ou jouer aux cartes avec la famille. On a fait des sacrées parties de tarot, à cinq !

- Ce texte date de 1977, il a été rédigé par le collectif Adret composé de sept auteurs. Ils l’ont intitulé Travailler deux heures par jour, murmura Pierre. Ça serait le rêve, non ! Je vous rappelle que le chômage a recommencé de croître à partir de la crise de 1973, lorsque les prix du pétrole ont augmenté de 300 % et le million de chômeurs a été atteint en 1975. Ça semble bien peu, comparé au nombre actuel ! À l’époque, il y avait beaucoup d’emplois très répétitifs, comme trier les chèques, écrire cinquante fois la même lettre à quelques variantes près ou travailler à la chaîne. Les gens étaient aliénés par de tels emplois. Alors, ils se laissaient charmer par les fausses promesses de la pub : si tu achètes tel produit, avec, tu obtiens la belle lumière dans la forêt ou le sourire câlin du petit enfant. En fait, le livre dit que les gens cherchent dans la consommation à combler tout ce qui leur manque par ailleurs quand ils ont des emplois où ils sont plutôt des machines que des hommes.

- Mais c’est toujours vrai, non ? l’interrompit Quentin.

- C’est très vrai. D’ailleurs je l’ai constaté avec un ancien collègue, contrôleur à la S.N.C.F. On faisait souvent le trajet ensemble : je conduisais, il contrôlait. Aux étapes, on discutait. C’est un métier ingrat, contrôleur, il n’était vraiment pas fait pour ça. Son père était agriculteur dans la Drôme et il avait voulu que son fils fasse un boulot où on ne se salit pas les mains. Il ne me parlait que de bagnoles, leurs prouesses, les techniques, les pointes de vitesse… une conversation qui me gonflait vraiment. C’était comme si rêver de voitures ça lui donnait la liberté qui manquait dans son train-train. Et puis son père est mort d’un coup et, du jour au lendemain, il a décidé de reprendre l’exploitation. Il m’a extorqué la promesse de venir le voir. Je n’étais pas très chaud : moi, les bagnoles… C’est Odile qui m’a forcé à tenir ma parole. Vous ne pouvez pas savoir les moments inoubliables qu’on a passés là-bas depuis, avec lui et sa femme, Claudine. Il s’appelle Bernard. Ce n’est plus le même homme. Il vit de rien dans un paysage exceptionnel. Chaque matin te remplit d’énergie devant la splendeur de la nature. Il travaille des heures sans avoir l’impression de travailler, il aime la terre et ses bêtes, il aime le contact avec les gens, il est créatif, il invente toujours des choses nouvelles. Tiens, son dernier truc, c’est de créer une ferme pédagogique pour les enfants des villes. Depuis qu’il se réalise dans son métier, c’est devenu un ami…

- Mais toi, ton métier était pénible, aussi ? demanda Michaël.

- Moi, j’étais à fond dans le syndicat. J’avais toujours une bonne raison de me lever le matin, une lutte à mener, quelque chose sur quoi je ne voulais pas céder. Pour en revenir au livre, il distingue dans le travail, ce qui est une corvée et ce qui comporte une part de gratification ou de création. Travailler deux heures par jour serait possible si on partageait les tâches rebutantes. Mais, depuis cette période, beaucoup de choses ont changé notamment grâce à l’informatique et à la technologie. Maintenant, pour travailler tous, il faudrait diminuer le temps de travail de ceux qui ont un emploi. Mais ça n’arrange pas le grand capitalisme car, plus il y a de chômage, plus les gens ont peur et plus les patrons peuvent faire pression sur les salaires à la baisse. Moi, j’ai trouvé très révolutionnaire l’idée qu’on consomme pour échapper à une vie frelatée. Il va nous falloir beaucoup de travail pour revenir à une vie qui ne soit pas une éternelle fuite en avant dans la consommation…

- Moi, je trouve qu’il y a quelque chose de profondément injuste dans notre société, soupira Quentin. Le travail de la maison n’est pas reconnu. Je vois ma mère, elle est assistante maternelle, elle n’arrête pas une minute et elle est très mal payée. Et je me dis que toutes les femmes assument ce travail gratuitement pour leur famille et sans aucune reconnaissance de la part de la société. Et bien, c’est pas juste. Je me demande comment font celles qui travaillent à temps plein, qui ont des temps de transport et qui font tout ça en plus en rentrant à la maison. Elles doivent être mortes de fatigue.

- C’est une sorte de cercle vicieux, répondit Pierre. Les femmes craignent que leur mari soit au chômage, ou qu’il les abandonne. Il y a quand même un mariage sur trois qui se termine par un divorce. Quand elles ont acquis une qualification, elles ne veulent pas la perdre. Mais elles ont quand même envie d’avoir des enfants. Alors, elles essayent de tout concilier et elles se sentent obligées d’être parfaites car elles savent qu’elles doivent faire leurs preuves. Alors elles s’épuisent et cela crée des tensions dans le couple qui rejaillissent sur les enfants…

- Il y a quand même des hommes qui aident leur femme, l’interrompit Michaël.

- Hélas, beaucoup moins qu’on croit, dit Pierre. Je sais que des études ont été faites, et quand on parle de double journée pour les femmes, c’est beaucoup trop souvent vrai. Sans compter que ce sont presque toujours elles qui se retrouvent seules à élever les enfants quand le couple se sépare. Moi, je n’ai pas été un mari exemplaire de ce côté-là. D’abord, j’étais souvent absent, ensuite je rentrais claqué et puis je me sentais très maladroit. Heureusement qu’Odile a pu ne pas travailler quand Alain était petit. Mais nous nous sommes arrêtés à un enfant par prudence. Parfois je le regrette un peu.

- Comment ça, par prudence ? questionna Quentin.

- Eh bien Odile avait peur de ne pas pouvoir faire face s’il m’arrivait quelque chose. Elle n’a pas eu une enfance rose, alors elle a toujours été plutôt anxieuse. Mais je sais qu’elle regrette beaucoup de ne pas avoir eu de fille, surtout maintenant qu’Alain est si loin.

- Dis, Pierre, pour parler d’autre chose, madame Léonor nous a dit d’être attentifs à Davos. Tu sais ce que c’est ? demanda Michaël.

- Davos, c’est une station de ski pour riches, en Suisse, où se réunissent les décideurs de la planète tous les mois de janvier depuis plusieurs années. Le droit d’entrée est inaccessible, du coup le public est trié sur le volet. La prochaine fois que j’irai à la bibliothèque je demanderai à Marie  si elle a des documents sur le phénomène. Pour revenir à notre conversation du début, que diriez-vous si nous réfléchissions ensemble à ce qui est vraiment nécessaire à la vie et aux priorités que nous devrions imposer pour préserver l’avenir du monde ? Comme ça, nous pourrions lancer un débat chez Ali…

- Préserver… c’est un drôle de mot, gloussa Quentin. Il fait penser à préservatif !

- Le préservatif préserve… la santé, par exemple, ou de faire un enfant non voulu. Mais si ça vous choque, cherchez un synonyme !” les encouragea Pierre et là-dessus, ils se quittèrent.

II

Madame Léonor était debout devant le tableau. Elle n’aimait guère la disposition traditionnelle de cette classe car elle savait que certains élèves en profitaient pour se cacher derrière leurs camarades afin de s’échapper mentalement, mais elle n’avait pas le choix puisqu’elle partageait cette salle avec d’autres collègues satisfaits de la situation tant que les élèves restaient calmes. Mais elle n’eut pas à s’inquiéter de la motivation de la classe, ce jour-là. Dès qu’elle eut dit : “Reprenons le débat interrompu au dernier cours…” une nuée de mains s’éleva.

“Pourquoi les gens ne se révoltent pas ? demanda une adolescente avec aplomb.

- À votre avis ? questionna madame Léonor.

- Et bien, ils ont peur, ils ont trop à perdre si ça tourne mal, proposa une autre adolescente.

- Ou bien ils sont trop mal en point, ils n’ont plus la force, ils veulent juste survivre encore un peu et les autres, ils ne se trouvent pas si mal que ça. Chacun défend ses intérêts, ajouta un jeune noir.

- Vous êtes sûrs qu’ils ne se révoltent pas ? interrompit une élève. A Seattle, les manifestants ont empêché l’O.M.C. de se réunir. Ils avaient appris des techniques de non-violence pour résister pacifiquement à la police. Et ils ont gagné.

- Peut-être ont-ils aussi gagné parce que les représentants des pays-membres n’arrivaient pas à se mettre d’accord entre eux, suggéra madame Léonor.

- Comment ça, Madame ? s’enquit un jeune garçon.

- Et bien l’Europe avait demandé l’introduction d’une clause sociale pour interdire le travail des enfants mais les pays du sud ont refusé. Pour l’instant, ils ne sont pas prêts. Si on leur interdit de vendre leurs produits à l’étranger parce qu’ils ne respectent pas les règles occidentales du droit du travail, leurs pays vont être plongés dans une misère encore plus grande. Et puis, attirer l’attention sur les clauses sociales, c’était un moyen pour les pays du nord d’éviter qu’on parle des subventions qu’ils accordent à leur agriculture et qui sont très nocives pour l’agriculture des pays pauvres. Ceux-ci ne peuvent pas proposer des produits aussi compétitifs sur leurs marchés et quantité de petits agriculteurs de là-bas font faillite. Et c’est un cercle vicieux puisqu’ils sont contraints à leur tour d’envoyer leurs enfants travailler pour pouvoir survivre.

- Mais alors, ne devrait-on pas supprimer les subventions dans nos pays, demanda une petite brune.

- J’ai lu qu’il y a beaucoup d’agriculteurs en France qui se sont tellement endettés pour avoir une ferme aux normes qu’ils n’arrivent pas à vivre de leur métier et qu’ils sont obligés d’avoir une autre activité pour s’en sortir, précisa Quentin.

- Au fait, Quentin et Michaël, pourquoi avez-vous choisi ce sujet ? leur demanda une camarade.

- Euh, c’est que… enfin, on s’est demandé si Germinal, les conditions terribles des mineurs, c’était de l’histoire ancienne ou pas, répondit Michaël.

- Et on est accablé de voir qu’en l’an 2000, il y a plein d’endroits sur la terre où c’est bien pire ; on a même lu quelque part qu’il y a des parents qui vendent leurs enfants tellement ils sont pauvres, en Afrique, si je me souviens bien, enchérit Quentin.

- Mais c’est horrible ! s’exclama leur voisin de derrière. Moi qui croyait que l’esclavage était aboli depuis cent cinquante ans !

- Mais comment en sommes-nous arrivés là, demanda la jeune fille qui avait parlé en premier. Et qu’est-ce qu’on peut faire ?

- Comment on en est arrivé là, c’est drôlement calé pour comprendre les mécanismes, dit Michaël. Il faudrait faire un autre exposé, n’est-ce pas, Madame ? Ce que je sais, parce que Julien, un copain de mon frère, il fait des études d’économie et me l’a dit, c’est à cause de la déréglementation. Ça veut dire qu’on a éliminé progressivement toutes les lois contraignantes qui limitaient le profit. Et les gens qui placent de l’argent, enfin ceux qui peuvent, ils ne participent pas équitablement à la vie du monde parce qu’ils ne paient pas des impôts à la hauteur de ce qu’ils gagnent.

- Mais les impôts, c’est pas bien, l’état te pique ton fric… l’interrompit un élève.

- Les impôts, ça te permet de pouvoir aller à l’hôpital quand tu en as besoin, lui expliqua Quentin. C’est les impôts qui permettent de financer l’école, les routes, tous les services publics, en fait tout ce qui nous appartient à nous tous en commun et qu’on partage quand on en a besoin. Tu n’as pas besoin d’un hôpital tous les jours pour toi tout seul, mais le jour où tu te casses la jambe bien comme il faut, tu es content que les impôts aient permis d’installer un bel hôpital performant pas trop loin de chez toi.

- C’est vrai, il y a des choses qui nous appartiennent à nous tous et qu’il faut protéger : les services publics, mais aussi la nature, l’eau, l’air, sans lesquels la vie n’est pas possible, murmura une élève au premier rang. Madame Léonor l’entendit et dit :

- Ce que vient de dire votre camarade est très juste. Dommage qu’elle n’ait pas parlé plus fort. Nadia a parlé de biens communs, de ce qui est notre bien à tous. Les services publics, mais aussi la nature que nous devons tous protéger.

- Mais maintenant, on est en train de les saccager, dit Quentin. Dans de nombreux endroits, les gens meurent parce que l’eau n’est pas potable, surtout les enfants. Et dans nos villes, il y a des pics de pollution qui accroissent la mortalité chez les gens fragiles.

- Et les services publics s’ouvrent à la concurrence, France Télécom n’a plus le monopole du téléphone, par exemple, compléta Michaël. En Angleterre, le train est devenu un service privé et il y a de plus en plus d’accidents graves car les entreprises préfèrent donner de l’argent aux actionnaires plutôt que d’entretenir les voies correctement. Je crois que pour faire quelque chose, il faut déjà comprendre ce qui se passe, ne plus se laisser raconter d’histoires. Par exemple avec les marques : nous nous croyons tous obligés d’en porter pour faire comme tout le monde et les fabricants en profitent pour vendre très cher ce qu’ils font fabriquer à bas prix dans les pays pauvres. Un ouvrier qui confectionne une paire de chaussures de sport est payé six francs. N’est-ce pas scandaleux ? Maintenant, moi, je cherche à comprendre, j’écoute plus attentivement les informations, je lis les journaux au C.D.I.…

- Je vous propose de faire pareil, continua madame Léonor. Toutes les semaines, nous réserverons un peu de temps à nous communiquer les informations importantes. Et commencez à vous renseigner sur Davos, c’est emblématique de notre époque.”

Elle écrivit ce nom propre au tableau. Puis elle se tourna vers son bureau et y reprit ses notes : “J’ai pensé utile de vous communiquer quelques informations à propos de Germinal : il s’agit de travaux d’élèves faits dans le cadre d’un projet d’action éducative, en 93 et 94, au lycée Gambier de Lisieux. Je ne vais pas tout vous lire, je laisserai les documents à votre disposition et vous les ferez tourner. On peut les trouver sur internet, j’en ai parlé à la documentaliste. Pour revenir à ce travail, quelques passages m’ont paru faire écho au travail de vos camarades. À propos de l’actualité du roman, cette réflexion à méditer de deux jeunes filles à peine plus âgées que vous. Elle est un peu longue mais je vais vous la lire malgré tout, vous verrez, même si elle date de quelques années déjà, elle n’a malheureusement rien perdu de son actualité :

“Avec la crise actuelle (licenciements, chômage, fermetures d’usine), le roman a pris aujourd’hui une forte signification. Même si les conditions de travail et les conditions de vie des mineurs ont évolué, le roman reste d’actualité. Le fond du problème est identique. […] Tandis que le Capital, incarné par la Bourse, prospère, le flot des chômeurs, des familles en situation précaire ne cesse de croître. Germinal devient alors le grand roman populaire d’un monde en prise avec la mémoire ouvrière de la fin du XIXème siècle.

Ce roman du XIXème siècle montre bien la crise économique actuelle mais aussi une crise sociale. On retrouve encore aujourd’hui le rapport fondamental de l’exploitation et de la lutte des classes. […]

Cependant, il faut noter que dans certains pays, plus particulièrement dans les pays sous-développés, les conditions de travail et de vie n’ont même pas évolué. Par exemple en Turquie, aujourd’hui quatre cents mineurs turcs viennent encore de mourir dans un accident de la mine et récemment un reportage télévisé montrait des enfants travaillant dans des mines de charbon en Colombie dans des conditions proches de celles décrites par Zola. En conclusion, si après plus d’un siècle le roman Germinal de Zola a encore une telle résonance, c’est que cette œuvre raconte une histoire qui s’inscrit dans L’HISTOIRE. La protestation séculaire est toujours actuelle, celle de l’esclave contre le maître.”

Je crois qu’on ne pouvait pas mieux conclure. Il est incroyable qu’entre nous, humains, nous soyons toujours incapables de sortir de rapports fondamentalement violents, basés sur l’exploitation. D’ailleurs, pour le prochain cours, je vous propose d’étudier la démonstration de Souvarine dans la troisième partie, chapitre un de : “Augmenter le salaire…” jusqu’à “ bagne de la faim.” D’abord, quel est l’objet de cette démonstration ? Ensuite, sur quel type de relation logique simple Souvarine s’appuie-t-il pour convaincre et enfin cette démonstration est-elle convaincante ? Quels mots, extraits du paragraphe suivant, vous permettent de répondre ? A bientôt. Michaël, viens me voir avant de quitter la salle.”

Et tandis que les camarades rangeaient leurs affaires, Michaël, un peu ému, s’approcha du bureau.

- Michaël, j’ai fait un peu le tour de ta situation avec chacun de mes collègues. Je souhaiterais rencontrer ta mère avant le conseil de classe. C’est important de réfléchir dès maintenant à ton orientation. Y as-tu pensé ?

- Euh, non…

- Ta sœur peut venir si elle le veut, je crois que ta maman est un peu intimidée par le collège…

- C’est vrai, ça ! sourit Michaël.

- Donne-moi ton carnet, je vais proposer un rendez-vous, tu me diras la prochaine fois si c’est possible pour ta mère. Quels sont les horaires qui l’arrangent ?”

III

Catherine et Gaëlle se dirigeaient d’un pas vif vers le collège où Michaël les attendait. Finalement, Catherine avait vaincu ses réticences, fortement pressée par ses enfants, et avait accepté de rencontrer le professeur principal de son fils. Mais elle n’en menait pas large. Pour elle, l’école était le lieu de son humiliation, elle était toujours trop bête, trop inculte, trop démunie et on lui avait trop fait sentir qu’on ne croyait pas en elle et qu’elle ne ferait jamais rien de bien de sa vie, rien qui compte, rien qui vous amène le respect. Elle craignait à nouveau de se sentir gauche et d’être encore méprisée. Mais madame Léonor l’accueillit avec un gentil sourire et une poignée de main chaleureuse :

“Bonjour, madame, je suis ravie de vous rencontrer et je voulais vous dire que je suis très satisfaite du travail de Michaël. Il ira loin même s’il est un peu fragilisé en ce moment par les événements douloureux que vous traversez. Je voulais aussi vous faire part de mes sincères condoléances…

- Oh ma… m’dame, Catherine bafouillait d’émotion, vraiment, elle ne s’attendait pas à un tel accueil, ce que vous me dites est bien gentil. Si j’avais su…

- Mais venez, madame Maheu, ne restons pas dans ce hall plein de courants d’air. Nous avons une petite salle pour recevoir.” Et elle les guida dans l’escalier. Lorsqu’ils furent tous installés, elle reprit :

“Je trouve que Michaël a beaucoup de qualités. Son dernier travail noté, l’exposé, était remarquable et même si votre fils a été aidé, la manière dont il s’est approprié sa partie et dont il a su mener son public montre qu’il est très capable. Malheureusement, Michaël, tu n’as pas fait tes preuves partout et plusieurs collègues te reprochent de manquer d’attention et d’apprendre tes leçons superficiellement. Je suis sûre que tu es troublé par les événements que vous traversez et que tu reprendras le dessus. Tes résultats des années précédentes, sans être brillants, étaient honorables, ce qui prouve que tu ne te désintéresses pas de tes études. Mais je ne te cache pas que certains de tes professeurs doutent de tes capacités à suivre en seconde l’année prochaine. Pas à cause de toi : dans d’autres circonstances, tu aurais tout à fait le niveau. Mais tu es bouleversé, peu apte à te concentrer actuellement et la seconde est une classe terriblement exigeante. Si encore nous étions sûrs que tu puisses rester dans la même classe que Quentin ! Mais rien n’est moins certain et nous n’avons aucun pouvoir là-dessus. Nous voudrions t’éviter les déconvenues que Gaëlle a connues…

Michaël, comme abasourdi devant cette réalité qu’il croyait lointaine et qui, soudain, le rejoignait brutalement, restait sans voix.

- Tu comprends, reprit madame Léonor de sa voix chaleureuse, c’est important de commencer à y réfléchir. Certains collègues pensent qu’un doublement pourrait être une chance pour toi. D’autres proposent que tu ailles plutôt en seconde professionnelle, en B.E.P., où tu pourrais briller, quitte à aller ensuite en bac professionnel, voire en première d’adaptation si tu t’en sens capable. Et vous, qu’en pensez-vous ?” continua-t-elle en se tournant vers les femmes. Ni l’une ni l’autre n’osait se prononcer. Finalement Catherine se lança :

- Moi, madame, je suis bien peu au courant de ce qui est le mieux. C’est sûr que nous traversons une période difficile et que Michaël a des soucis. Mais je voudrais pas qu’il se retrouve comme son frère, coincé dans un métier qui lui convient pas et, en plus, il trouve même pas de travail. C’est trop important. Maintenant, j’ai rien contre le B.E.P., Gaëlle prépare un B.E.P. sanitaire et social par le GRETA et elle est très contente. Mais je crois que Michaël a pas du tout réfléchi à ce qu’il aimerait faire, n’est-ce pas, Michaël ?

- Non, c’est vrai, ça me paraissait si loin. Je suis pas si vieux, quoi !

- Et alors, Michaël, qu’est-ce qui t’intéresse ? lui demanda le professeur.

- En ce moment, c’est comprendre le monde, comment il fonctionne. Pourquoi il y a des riches et des pauvres. Pourquoi certains, tout leur réussit et d’autres qui échouent partout. Mais on fait pas un métier avec ça !

- Qui sait ? dit madame Léonor. Ce dont je suis sûre, c’est qu’on réussit quand on est motivé et qu’on échoue quand ce qu’on fait semble ne pas avoir de sens. D’après ce que tu me dis, c’est la filière économique et sociale qui te conviendrait le mieux. Je pense que c’est ce qu’a dû faire ton copain dont tu m’as parlé l’autre jour. Demande lui ce qu’il en pense. S’il y a trouvé son compte, peut-être y trouveras-tu le tien. Mais je ne te cache pas qu’il va falloir faire des progrès à l’écrit : la structure de tes phrases est parfois désastreuse. Mais rassure-toi, ça se travaille.”

Michaël, soulagé de voir que toutes les portes ne se refermaient pas déjà complètement, lui sourit :

- Ah ça, madame, je suis prêt à faire dix exercices de grammaire tous les jours si ça peut me permettre de faire quelque chose qui m’intéresse.

- Et bien, si tu veux, je peux t’indiquer un petit livre très bien fait pour progresser seul, lui répondit madame Léonor. Il contient les corrigés des exercices alors tu peux avancer à ton rythme. Et il n’est pas trop cher : une quarantaine de francs, je crois.” Devant l’air catastrophé de Catherine, elle eut conscience d’avoir gaffé et reprit très rapidement : “Il doit y en avoir quelques exemplaires au C.D.I., je demanderai à la documentaliste de t’en prêter un. Bien, alors, qu’est-ce que je dis au conseil de classe ?

- Que je veux essayer de continuer et que je vais faire tout mon possible pour m’accrocher. Et dites à mes professeurs qu’ils n’hésitent pas à me secouer si je me mets à rêvasser : il faut que je réussisse et je réussirai.”

Lorsqu’ils furent sortis du collège, un long silence suivit, chacun poursuivant seul sa réflexion : Catherine avait peur. Elle se sentait horriblement démunie, incapable de savoir ce qui était le mieux pour son fils, obligée de faire confiance à l’institution sans être sûre du résultat. Certes, cette madame Léonor lui avait fait très bonne impression… mais elle avait eu de telles déconvenues pour les deux aînés ! Et encore, heureusement, ils n’étaient pas aigris, ils ne s’étaient pas réfugiés dans l’arrogance comme Kader. Elle pensait souvent à Kader, il était en classe avec Xavier. C’était un beau petit garçon souriant, très turbulent. Sur les conseils de l’enseignante, ses parents l’avaient inscrit au club de football pour qu’il apprenne à canaliser son énergie. Il y avait eu un petit mieux mais en cinquième, tout avait de nouveau basculé. Il se mettait tous les professeurs à dos, il voulait toujours avoir raison, il s’était mis en retrait, ne participant à la vie de la classe que pour mettre la zizanie, usant les meilleures volontés. Après la troisième, il s’est retrouvé sans rien, à traîner, au lit jusqu’à deux, trois heures de l’après-midi puis dehors, insultant ses parents que c’en était une pitié de le voir. Comment en était-on arrivé là ? Et comment être sûre que ça n’arriverait pas à Michaël si, tout à coup, les choses se mettaient à mal tourner au lycée ?

Gaëlle, elle, pensait à son espoir lorsqu’elle avait su qu’elle était admise en seconde et à sa terrible descente en vrille par la suite. Maintenant, seulement, elle commençait à reprendre un peu confiance en elle, mais, pendant plusieurs mois, elle avait été comme dans un trou noir, incapable de se projeter dans l’avenir, persuadée qu’elle ne pourrait rien réussir. Pourvu qu’une telle mésaventure n’arrive pas à son petit frère… Michaël, lui, ne savait pas s’il avait raison de vouloir essayer quand même. Il connaissait bien ses limites et ses fragilités. Mais en même temps, il se sentait tenu dans un réseau d’amitié, il voulait espérer quand même. Il se promit d’en parler avec Pierre, en qui il avait une grande confiance.

IV

Lorsque la famille fut partie, madame Léonor alla se réfugier dans la salle des professeurs. La partie n’allait pas être simple, quelques collègues étant certains que Michaël ne pouvait réussir. À leur décharge, c’est ce qu’elle avait cru jusqu’à ce fameux exposé. Ah, bon sang, que ce système, avec toutes ses lourdeurs, était mal fait ! Pourquoi ne pouvait-on pas laisser un moment de répit à ce gosse, au moins jusqu’à ce qu’il ait un peu digéré la mort de son père ! Et sans recourir à la solution du doublement qui est trop souvent mal vécue par l’élève et par sa famille ! Il faudrait des classes paliers, dans chaque collège, pour ne pas ajouter une rupture supplémentaire, à tous petits effectifs, pour les gosses qui ont besoin de souffler quelques temps, qui ne donnent plus de sens à ce qu’ils apprennent. Des classes où l’apprentissage se ferait à partir de projets dans lesquels les élèves seraient acteurs. Des classes où les enseignants, deux au moins en même temps pour éviter les effets d’affrontement personnel, feraient feu de toutes les brindilles porteuses d’espérance pour regonfler ces jeunes, les revaloriser afin qu’ils se remettent à croire en leur avenir. Ah, ça serait trop beau si cela existait et elle ne verrait sûrement jamais un tel dispositif fonctionner au cours de sa carrière.

Au contraire, on allait exactement dans le sens inverse : celui de la rentabilité immédiate. Les taux de doublement de chaque collège étaient étroitement surveillés, comparés à ceux des collèges de même profil. Et cette promesse d’AGCS, le fameux accord général sur le commerce des services, qui visait à ouvrir les services publics au marché, ne lui disait rien qui vaille. Quel cynisme chez les décideurs ! Elle avait même recopié une phrase extraite d’un rapport de l’OCDE, l’Organisation de Coopération et de Développement Économique, comme quoi, les beaux noms sont souvent des pièges, qu’elle avait affichée sur le panneau de liège de la salle des professeurs afin de prévenir ses collègues. Elle se leva pour la relire :

“Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement.“

(C. Morrisson ; La faisabilité politique de l’ajustement ;

Cahier de Politique Économique n°13, p. 30, OCDE, 1996)

Pourquoi n’était-ce pas crié partout ? Pourquoi cela ne faisait-il pas les gros titres des quotidiens ? Si les gens savaient, laisseraient-ils faire ? Mais au lieu de les mettre en garde, on les distrayait en consacrant l’essentiel des infos aux résultats du sport ! Ça leur ferait une belle jambe, aux gens, de savoir qui avait gagné contre qui en telle année, quand leurs gosses n’auraient plus d’école digne de ce nom. Mais voilà, on en était toujours aux vieilles recettes : “Du pain et des jeux”, comme si le “peuple” était trop sot pour savoir où se trouve son intérêt !

Pour revenir à Michaël, elle avait encore quelques jours avant le conseil de classe pour affûter ses arguments. Mais hélas, il n’était pas le seul à se trouver en difficulté…

Le lundi suivant, à dix-huit heures trente, toute l’équipe des professeurs de la classe était réunie sous la houlette du principal. Après un tour d’horizon général, on aborda les cas particuliers. Vint celui de Michaël : effectivement la discussion fut rude. Seule madame Léonor défendait mordicus le gamin. Quelques collègues, dont le professeur de maths et celui de sport, manifestaient de la sympathie tout en doutant de la possibilité, pour Michaël, de suivre en seconde. Madame Millevich  s’acharna :

“Cet élève ne travaille pas ; il n’est pas à ce qu’il fait. Certaines fois, il est tellement en décalage que je me demande s’il a tous ses esprits. Vraiment, ce serait cruel de l’envoyer en seconde !”

Un jugement aussi définitif mit madame Léonor en colère et, du ton le plus calme qu’elle le put, elle attaqua :

“Sans indiscrétion, as-tu encore tes parents ?

- Oui, mais je ne vois pas bien…

- Michaël vient de perdre son père. Sans que rien ne l’ait laissé prévoir, celui-ci est mort subitement fin août. Peux-tu essayer deux secondes de te mettre dans la peau de cet adolescent ? Et ce n’est pas tout : sa mère est sans travail, son frère aîné aussi. Ils risquent d’être expulsés. Aurais-tu la tête à apprendre une langue étrangère, toi, avec de tels soucis qui te rongent ? Ne peut-on pas essayer de le soutenir au lieu de lui enfoncer encore davantage la tête dans l’eau ? Que je sache, il n’est pas perturbateur, il ne vous empêche pas de faire cours… Moi je vous dis que cet élève est remarquable, il a une sensibilité et une pugnacité rares chez un enfant de son âge. Je pense que, si nous savons comprendre ce qui se joue pour lui en ce moment et si nous adoptons la bonne attitude, cet élève sera une de nos fiertés d’enseignants.”

Un silence suivit cette déclaration que madame Millevich, fâchée d’avoir été mouchée publiquement, rompit d’un ton aigre :

“Et selon toi, quelle serait la bonne attitude ?”

Madame Léonor, consciente d’avoir marqué un point, sourit :

“Je crois qu’il faut l’apprivoiser. S’il sent que nous le soutenons au lieu de le juger, il sera plus confiant. Il retrouvera cette mémoire qui lui fait défaut et surtout, il redeviendra peu à peu capable de donner du sens à votre enseignement. Pour le moment, il souffre trop, alors il se protège comme il peut en s’évadant mentalement. Mais je sais qu’il veut bien faire et qu’il rage de ne pas y parvenir. Il faut l’encourager, c’est essentiel pour lui et pour sa famille.

- Alors, dit le principal, que dois-je écrire en bas du bulletin ? “Élève sérieux qui mérite nos encouragements malgré ses difficultés passagères” vous conviendrait-il ?

Madame Millevich, vaincue, se taisait ostensiblement tandis que ses collègues approuvaient. Madame Léonor souriait intérieurement : peut-être un qu’on arriverait à sauver…

V

Pendant ce temps, dans la loge, Michaël, vautré sur la banquette de la cuisine, dévorait Germinal. Il s’était pris de passion pour ce texte. Plusieurs fois, il avait repensé à la démonstration de Souvarine et à sa terrible logique : “Augmenter le salaire, est-ce qu’on peut ? Il est fixé par la loi d’airain à la plus petite somme indispensable, juste le nécessaire pour que les ouvriers mangent du pain sec et fabriquent des enfants… S’il tombe trop bas, les ouvriers crèvent, et la demande de nouveaux hommes le fait remonter. S’il monte trop haut, l’offre trop grande le fait baisser…. C’est l’équilibre des ventres vides, la condamnation perpétuelle au bagne de la faim.”

Il lui semblait que, à présent, les choses avaient un peu changé : le salaire minimum permettait de s’offrir un peu plus que le strict nécessaire. On pouvait s’acheter une télé ou une voiture à crédit. Mais cela mettait encore plus dans la dépendance du patron puisque, après, il fallait honorer les traites. Il prenait conscience que ces vies à crédit, nées des tentations de la publicité, entraînaient une réelle servitude. Et, ce qui le troublait encore plus, par rapport à l’époque de Germinal, c’était ce bataillon de fins-de-droits ou de érémistes à qui, effectivement, on donnait juste assez pour ne pas mourir de faim. Mais dans quel but puisqu’on n’avait plus besoin d’eux ? Car il avait bien compris que, dans ce nouveau monde, le droit à l’existence était lié à l’utilité. Dans cette logique, pourquoi conserver la vie de gens qui ne servaient à rien ? Pourquoi ? Juste pour se donner bonne conscience ? Pour ne pas afficher trop ouvertement la barbarie de ce système ?

Mais alors, comment les gens pourraient-ils vouloir se battre pour changer les choses, comme au temps de Germinal et même si cette lutte n’était pas équitable, si la main qui les broyait était aussi celle qui leur donnait les miettes pour ne pas mourir ? Ou plutôt, si l’état qui devait les protéger, qui était l’expression de leur volonté, se faisait le complice ou le servile valet des entreprises qui les dépeçaient ? Ah, il faudrait qu’il parle de ça avec le groupe. Ces minima sociaux, que fallait-il en penser ?

Pour l’instant, il était arrivé à un point crucial du roman : Le Voreux, cette fosse tant haïe, que son nom même transformait en ogre, en monstre dévorateur, était en train de s’enfoncer sous terre après l’explosion provoquée par Souvarine et il en ressentait l’agonie dans toute sa chair. On aurait dit un animal blessé, dont les membres cédaient l’un après l’autre tandis que le peuple des mineurs, sidéré, assistait à son trépas : “Et l’on vit alors une effrayante chose, on vit la machine, disloquée sur son massif, les membres écartelés, lutter contre la mort : elle marcha, elle détendit sa bielle, son genou de géante, comme pour se lever ; mais elle expirait, broyée, engloutie.” C’était terrifiant, comme si le Capital s’était incarné dans cette machine à l’agonie, comme s’il allait enfin céder, vaincu, et laisser la place à une société plus fraternelle.

Michaël n’entendait plus rien, il était là-bas, dans le cercle des mineurs, assistant à cette fin d’un monde d’oppression et de misère, espérant avec eux l’avènement d’un monde de justice. Mais celui-ci ne venait toujours pas ! Il pensait aux discours enflammés d’Étienne Lantier, qui portait le même prénom que son père. Ah, il aurait tant voulu y croire ! “Une armée poussait des profondeurs des fosses, une moisson de citoyens dont la semence germait et ferait éclater la terre, un jour de grand soleil. […] Oui ! le travail demanderait des comptes au capital, à ce dieu impersonnel, inconnu de l’ouvrier, accroupi quelque part, dans le mystère de son tabernacle, d’où il suçait la vie des meurt-la-faim qui le nourrissaient ! On irait là-bas, on finirait bien par lui voir sa face aux clartés des incendies, on le noierait sous le sang, ce pourceau immonde, cette idole monstrueuse, gorgée de chair humaine !” Mais le temps avait passé et rien n’avait changé. Il y avait eu l’immense espérance de l’expérience communiste, comme l’avait expliqué le professeur d’histoire, et cela avait été un tel fiasco ! Qu’est-ce que les hommes cherchaient par l’exercice du pouvoir ? Qu’est-ce qu’ils voulaient se prouver en écrasant les autres ? Quelle blessure secrète voulaient-ils apaiser en se noyant ainsi dans l’image de leur puissance, comme s’ils étaient sans limites, des presque dieux ? Les hommes ordinaires avaient fort à faire à se défendre d’une part contre ces assoiffés de pouvoir et d’autre part contre ce dieu impersonnel qu’est l’argent. Pourquoi tant d’hommes ne pouvaient-ils admettre leurs failles, leur finitude et jouir tranquillement de ces précieux instants que la vie leur donnait ? Pourquoi cette fuite en avant dans cette volonté de toute puissance comme si le fait d’écraser tout sur son passage allait rendre invulnérable ? Bien sûr, Michaël ne se disait pas les choses aussi clairement, simplement, il avait une conscience aiguë, depuis la mort de son père, de l’importance des moments partagés et de son besoin des autres. Il aurait fallu une grande voix pour clamer cela très fort, pour dire aux hommes qu’ils se trompaient en refusant de reconnaître leur fragilité, que la seule chose qui valait, c’était la vie, la vie de chaque être humain, car les hommes sont comme une grande chaîne solidaire, une harmonie qu’une seule fausse note peut briser et qu’il importait de rendre chaque maillon plus solide pour étendre cette harmonie, écho du bonheur de vivre, si revivifiante quand, rarement, elle surgissait. Ah, pourquoi Zola n’était-il plus là, avec lui, pour réveiller la conscience des hommes ? Il se voyait, digne fils moral de Zola, avançant masqué, comme Zorro, pour défendre la justice. Il serait sur une tribune et, de sa voix claire, encore enfantine, il dirait aux gens de se lever contre ces nouveaux voleurs des grands chemins. Robin des Bois n’était pas loin : les multinationales leur volaient leur vie ? Ils devaient s’unir pour imposer d’autres règles. Il n’y a pas de fatalité ! Il martèlerait : il n’y a pas de fatalité ! Un autre monde est possible ! Il nous suffit de le vouloir très fort et de nous mettre tous ensemble au travail, patiemment mais d’extrême urgence…

Il fut dérangé dans sa rêverie par le bruit des assiettes posées sur la table : encore des assiettes à soupe ! Encore de la soupe ! Une lassitude de soupe !

“ N’as-tu pas honte de protester quand tant d’autres n’ont rien à manger ? lui dit sa petite voix intérieure.

- M’en fiche ! J’en ai marre de la soupe, tous les soirs de la soupe ! Ce soir, je me serais bien enfilé une grosse platée de frites avec un énorme steak. J’ai faim moi, à force d’avaler autant d’eau.”

Mais, se tournant vers sa mère, il s’exclama : “Hum, elle sent bon, ta soupe. C’est que j’ai faim, moi !” Et il alla l’embrasser.

VI

Le 27 décembre, vers vingt heures, Ali ouvrit sa porte, comme prévu, à ses amis. De nombreux clients, des habitués, trop loin de leur famille, ou sans famille, ou sans congés pour rentrer chez eux, s’étaient joints à eux. Tous étaient encore abasourdis par la violence de la tempête de la veille. Avec la menace d’une nouvelle marée noire en plus, une atmosphère de fin du monde régnait sur ces derniers jours avant l’an 2000.

“Ne vous laissez pas impressionner par les événements, claironna Julien, Edgar Morin a dit que l’an 2000 avait commencé à Seattle. Et remerciez le ciel que la tempête ait eu lieu un dimanche à l’aube, un lendemain de fête, alors que presque tous étaient encore à l’abri dans leur lit. C’est un coup de semonce, un avertissement de ce qui nous attend si nous ne changeons pas et si nous continuons à mépriser la nature. Imaginez quel carnage cela aurait été, un jour de semaine, un peu plus tard dans la matinée, quand tant de gens se rendent au travail !

- Julien a raison, reprit Ali, nous sommes ici pour nous réjouir d’être tous vivants, tous ensemble, tous réunis. Remercions Allah de nous avoir épargnés. Ou votre Dieu, si vous préférez, car quel que soit le nom qu’on lui donne, il s’agit du même esprit, celui de l’amitié entre les hommes, de la compréhension, du respect et de l’attention à ce qui nous entoure. D’où qu’ils viennent et quelles ques soient leurs croyances, les humains sont tous frères. Alors, bienvenue, mes frères, mes sœurs, réjouissons-nous et régalons-nous.”

Sur la table, Fathia, ses filles et Sonia avaient déposé la chorba, les bricks parfumés à la coriandre, le couscous garni d’agneau et de raisins. Les clients, qui ne pouvaient pas cuisiner, s’étaient chargés de la boisson : ils avaient choisi les grands vins avec soin, avaient mis le champagne à rafraîchir et n’avaient oublié ni les jus de fruits, ni le thé à la menthe pour ceux qui ne buvaient pas d’alcool et qui étaient nombreux. Vladimir avait confectionné des pirojki au chou qui embaumaient l’aneth ; Pierre et Odile, Marine et Julien, Quentin et ses parents, Catherine et sa famille s’étaient mis en quatre pour fabriquer une ronde de desserts tous plus appétissants les uns que les autres et dont le clou était la bûche préparée par les Maheu et qui avait demandé des prodiges d’ingéniosité pour être réalisée dans la minuscule cuisine.

Catherine avait cuit les biscuits roulés dans son petit four tandis que Gaëlle tournait le glaçage sur le feu doux de la cuisinière. Les garçons étaient chargés d’étaler la crème au beurre, parfumée à la noisette et à l’amande, sur le biscuit sortant du four et de le rouler sans le casser et sans se brûler. Sur la table microscopique, cela relevait de l’exploit et provoquait des fous rires. Lorsque deux biscuits avaient été posés bout à bout sur le grand plateau recouvert d’aluminium, prêté par Fathia et installé sur le lit des parents, Gaëlle devait les souder grâce au glaçage, sans en mettre trop pour ne pas dénaturer le goût. Ils accolèrent ainsi six biscuits qu’ils recouvrirent de glaçage au chocolat. La casserole étant trop petite, Gaëlle dut faire fondre plusieurs fois du chocolat. Pendant qu’elle touillait sa préparation, ses frères s’amusaient comme des enfants à tracer des sillons à la fourchette dans le chocolat tiède. Catherine, elle, découpait artistement des roses colorées dans la pâte d’amande. Et ils étaient tous emplis de joie et de fierté à l’idée de la surprise et du plaisir qu’ils allaient faire à leurs amis.

Que l’atmosphère était douce et amicale chez Ali ! Des petits groupes s’étaient formés au gré des places libres à table ; chacun allait se servir, ainsi Fathia et les filles pouvaient aussi participer au repas. Parfois l’un des convives déplaçait sa chaise pour se rapprocher d’une autre table. A la fin du repas, au moment de manger la bûche, ils ouvrirent le champagne et portèrent des toasts :

“A vous tous, dit Fathia, vous êtes comme ma famille en France quand je suis triste d’être loin de ma famille algérienne. Qu’Allah vous donne une longue et heureuse vie à tous.

- A tous mes amis qui m’honorent de leur présence, ce soir particulièrement, et tant d’autres fois. Que le nouveau siècle qui arrive pour les Chrétiens apporte la sagesse à l’humanité.

- A tous bien sûr, mais surtout à Catherine et à ses enfants éprouvés par un deuil que nous ressentons tous. Ce soir, Étienne est parmi nous malgré son absence et si vous me le permettez, j’aimerais vous offrir ce poème de Benoît Marchon que j’ai appris en pensant à nous tous et à cette absence qui est si cruelle, dit Marine. Et elle récita dans le silence respectueux de chacun :

“Quelqu’un meurt et c’est comme des pas qui s’arrêtent.

Mais si c’était un départ pour un nouveau voyage ?

Quelqu’un meurt et c’est comme une porte qui claque

Mais si c’était un passage s’ouvrant sur d’autres paysages ?

Quelqu’un meurt et c’est comme un arbre qui tombe

Mais si c’était une graine germant dans une terre nouvelle ?

Quelqu’un meurt et c’est comme un silence qui hurle…

Mais s’il nous aidait à entendre la musique de la vie ?”

Un long silence suivit et les larmes glissaient lentement sur les joues de Gaëlle. Elle essayait maladroitement de les contenir en frottant ses joues dans le creux de son bras.

“Laisse tomber, Gaëlle, lui fit remarquer Yamina. Il n’y a pas de honte à éprouver des émotions, c’est dans notre nature. Si les hommes acceptaient d’être plus sensibles à leurs émotions, nous vivrions peut-être dans un monde moins inhumain. En attendant, félicitations ! votre bûche est délicieuse.

- C’est vrai, on est là, et on a le sentiment qu’on a le temps devant soi, dit Fathia. Et puis on regarde par dessus son épaule, on était là, avec un petit accroché au cou et qui gênait les mouvements. Et, fou qu’on était, on avait hâte qu’il galope, pour être un peu plus libre. Mais maintenant, ils courent tous tout seuls. Et nous, on s’assoit plus souvent, on s’essouffle, on pense à ceux qui sont partis et qu’on partira bientôt aussi. Ce jour se rapproche et on se sent si bête de voir la vie se gâcher pour des choses usantes, des choses qui devraient aller de soi. Je parle pas du travail. J’aime le travail sauf quand il est trop pénible. Je suis fière de ce que je sais faire. Non, je parle de toutes ces tracasseries, ce temps perdu à faire valoir nos droits, ces kilomètres de textes de loi auxquels personne de normal peut comprendre quelque chose. Ça serait bien plus simple : dès qu’un enfant naît, voilà : tu as droit à trois mille francs par mois, toute ta vie. C’est la base, et t’as pas besoin de les quémander. C’est comme les fruits qu’on ramassait au bord des chemins dans les premiers temps de la vie. Est-ce qu’on te demandait de remplir tant de papiers avant de t’autoriser à tendre la main ?

- Mon père, il disait que nous verrions ça, au moins en France, songea Catherine. Et c‘est presque vrai. C’est un début, le R.M.I. Un jour, les politiques vont comprendre que ça coûterait moins cher de le donner à tout le monde. Regardez : combien coûte une place en crèche ? Si les parents ont chacun trois mille francs et le bébé aussi, avec ça, on peut vivre. Il y en a un qui peut s’occuper du bébé. Ça fait des gens plus détendus et moins de problèmes de société.

- Mais où on le trouve, cet argent ? questionna Ibrahim.

- On l’a, répondit Julien. Regarde combien coûtent les services sociaux ! D’ailleurs, le revenu minimum d’existence, d’autres en ont parlé avant nous. On ne pourra sans doute pas supprimer tous les services sociaux. Mais on pourra drôlement les réduire…

- Moi, je parle toujours de mon père et jamais de ma mère, confessa Catherine. Elle est morte quand j’avais onze ans peu après la naissance de son sixième enfant. A part mon frère qui avait treize ans et moi, les autres ont tous été placés. Je me souviens que c’était très loin, et qu’ils étaient pas tous au même endroit. Mon père y allait en train le dimanche, parce qu’il travaillait aussi le samedi. Il a pas tenu le coup longtemps : trop cher, trop fatigant, trop frustrant aussi : tant d’attente sur des quais de gare et des petits qui vous reconnaissent à peine, qui sont dérangés dans leurs jeux. Un jour, y en a un qui s’est mis à hurler quand il a voulu l’embrasser. Alors il a arrêté d’y aller. Mais il s’en voulait terriblement. Il s’est mis à boire : il parlait à ma mère, il imaginait les reproches qu’elle lui faisait. Il avait le vin triste, c’était pas gai à la maison. Mon frère s’est engagé dans l’armée à seize ans. Au début, on l’a un peu vu, et puis il a trouvé une fille, là-bas, vers Metz et il est resté. On est pas des gens à écrire. Alors on s’est perdus de vue. On était six et c’est comme si j’avais jamais eu de frères ou de sœurs. Je sais pas ce qu’ils sont devenus et mon père est mort sans avoir revu ses enfants, à part moi. Et moi, j’ai souvent pensé que si on lui avait donné à lui l’argent qu’on a donné aux nourrices pour élever ses enfants, il aurait pu s’arrêter de travailler pour s’occuper de nous. Il nous adorait et je suis sûre qu’il se serait débrouillé. Et maintenant j’aurais encore une famille.”

Un long silence suivit cet aveu. Catherine n’avait jamais parlé de son enfance et ses enfants étaient abasourdis de se découvrir tant d’oncles et de tantes perdus, quelque part, inconnus, ignorant peut-être même l’existence de leur sœur ou n’en ayant que de trop vagues souvenirs…

VII

“Puisque tout le monde a fini de manger, on pourrait repousser les tables et mettre les chaises en cercle, proposa Ibrahim. Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai tenu mes engagements et je vous ai préparé quelque chose. Vladimir, tu me prêtes ta guitare ? Bon, soyez pas trop sévères, je débute…”

Et pendant que tous se levaient pour débarrasser, repousser les tables et mettre les chaises en cercle, il se fourra dans un coin pour répéter. Il avait fait quelques photocopies des paroles, espérant n’être pas le seul à chanter. Quand tous furent assis, il dit :

“En l’honneur de notre lutte, j’ai choisi de vous interpréter Clandestino

- Oui, oui, parfait, crièrent quelques voix.

-… de Manu Chao. Si parmi vous, il y en a qui veulent chanter, faites passer les paroles.” Il attendit quelques instants et commença :

“Solo voy com mi pena, Sola via mi condena…” Et les plus jeunes chantaient avec lui, même ceux qui ne parlaient pas espagnol, même mal, mais de tout leur cœur.

“Et que dit-elle, cette chanson si entraînante ? demanda Ali.

- Elle parle d’un clandestin, des clandestins, de ceux qui n’ont pas de papiers. Je l’ai choisi à cause du vers “Mi vida va prohibida Dice la autoridad” qui, si j’ai bien compris, signifie : “Ma vie est interdite, ont dit les autorités.” Mais comment peut-on arriver à un tel degré d’absurdité ? Quand un animal a faim, quand il se sent en danger, se soucie-t-il des frontières ? C’est bien une invention des hommes, ça. Ici on détruit les surplus agricoles, on jette, on gaspille et on interdit à ceux qui ont faim et qui ont encore la chance d’arriver à partir de venir prendre leur part ! Ce soir, nous sommes réunis parce que deux fêtes, dans deux religions importantes, tombent presque en même temps. Quand je vois la folie des hommes, je ne sais vraiment plus ce que je dois penser du message des religions. Mais j’affirme qu’aucun homme ne peut être illégal où que ce soit sur terre, pas plus qu’une goutte d’eau ne peut l’être dans l’océan. Et je fais la promesse de me battre toute ma vie pour qu’aucun homme ne se sente de trop sur cette terre.

- C’est curieux, dit Odile, j’avais choisi de vous lire un texte anonyme qui date de 1692. La fin surtout retiendra votre attention : “Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence […] Vous êtes un enfant de l’univers, pas moins que les arbres et les étoiles. Vous avez le droit d’être ici […]”

Un silence suivit cette lecture comme si tous réfléchissaient à cette idée fondamentale : nous avons le droit d’être ici et personne ne peut s’arroger la liberté de s’accaparer ce qui est nécessaire à notre vie. Nous avons le devoir de lutter pour faire reconnaître ce droit de tous à la vie. Le silence fut interrompu par Leïla :

“Prends ta guitare, Vladimir, s’il te plaît et soyons gais. Il y a tant de chansons que nous aimons.”

Et l’on vit des carnets de chants apparaître. On discutait un peu pour se mettre d’accord sur un titre, puis ceux qui pouvaient, chantaient et les autres étaient sous le charme. On chanta les grands classiques : Brassens, Brel, Ferrat, Ferré, Gainsbourg, quelques chants plus anciens encore : La foule, Mon amant de la Saint-Jean, la butte rouge… Et quelques chants plus récents, notamment du raï qu’Ali, sa famille et quelques habitués entonnèrent à pleine voix. Puis Vladimir les berça de chants russes, beaucoup de mélodies connues dont ils fredonnaient la musique et quelques trésors plus récents. Une chanson particulièrement nostalgique amena des commentaires :

“De qui est cette chanson ? demanda Sonia.

- D’un chanteur très populaire : Boulat Okoudjava. Elle s’appelle “La chanson de ma vie”. On pourrait la traduire ainsi :

“Le premier amour vous brûle le cœur. Le second amour se blottit contre le premier. Et au troisième amour la clé tremble dans la serrure. On a la valise à la main.

La première guerre – c’est la faute à personne. La seconde guerre – c’est la faute à quelqu’un.. Et la troisième guerre n’est guère que ma faute, et ma faute à moi, tout le monde la voit.

À la première tromperie – la brume cache l’aurore. À la seconde tromperie – on titube, pris de vin. La troisième tromperie, elle est plus noire que la nuit, plus terrible que la guerre.”

Oh, ce n’est pas très gai. L’âme slave… Si nous chantions Kalinka ? Tout le monde connaît ?” Et il les entraîna dans un chant endiablé dont ils reprirent tous le refrain en chœur.

Ils avaient prévu de danser, mais, finalement, ils étaient trop bien dans l’intimité de ce cercle d’amitié. Personne n’avait le courage de bouger et ils étaient envoûtés par la beauté des chants russes et tziganes. Vladimir avait une voix chaude et Leïla fredonnait les musiques doucement, en sourdine. Ils se laissaient bercer par ces mélodies tour à tour nostalgiques et gaies, comme leur vie… Vers deux heures du matin, certains commencèrent à montrer des signes de somnolence. Ali proposa d’aller dormir.

“Avant que nous nous séparions, dit Sonia, j’avais préparé un poème et j’aimerais bien vous le dire…” Et elle récita :

“Je veux saluer ici

Ceux qui n’ont jamais trahi

Ceux que révolte l’injustice

Ceux qui rament dans les coulisses

Militants bleus des matins gris

Ceux qu’on méprise et qu’on oublie

Ceux qui n’ont pas baissé les bras

Là devant l’ampleur des dégâts

Les sans-grade les anonymes

Qui n’ont pas vécu pour la frime.

Je veux saluer ici

Ceux qui n’ont jamais trahi.

Ceux qui sont dans l’axe du chant

Toujours du poème vivant

Les fidèles qui restent debout

Qui résistent encore malgré tout

A colmater toutes les fissures

D’un rêve qui a la vie dure

Compagnons d’une rive à l’autre

Que cette chanson soit la vôtre.

Je veux saluer ici

Ceux qui n’ont jamais trahi.

C’est un texte de Jean Vasca, en hommage aux militants. Je vous l’ai recopié à plusieurs exemplaires. J’espère qu’il y en aura au moins un par famille et un pour chaque célibataire. C’est mon cadeau pour vous remercier de cette fête et de m’avoir si gentiment accueillie.

On sentait l’émotion poindre dans la voix.

- Tu sais, lui répondit Catherine, toi aussi, tu nous as accueillis, réconfortés par le choix que tu as fait pour ta vie. Tu nous as rappelé qu’on doit pas tout permettre, tu t’es jointe à nous… euh, je sais pas comment dire. Enfin, tu nous aides à voir plus clair dans nos vies.

- Mes amis, merci. C’est une fête inoubliable. Elle va nous donner des forces quand nous douterons. Nous étions tous en harmonie et pourtant nous venons de partout, nous n’avons pas la même culture mais nous nous sommes si bien compris, conclut Ali.

- C’est aussi la musique, rajouta Michaël. Je savais pas que chanter ensemble, ça rapproche tellement les gens. Merci à vous tous. Je suis fier d’être votre ami. Notre cadeau, c’était d’être ensemble en vrais amis. C’était un super Noël de partage et d’espoir et je crois que si Jésus nous voit, ça doit lui faire chaud.

- C’est drôle que tu parles du Christ, lui dit sa mère. On en parle jamais.

- Oui, mais ce soir, parmi vous tous, j’ai compris ce qu’il était. Enfin des choses que j’avais entendues et qu’avaient pas de sens, ce soir je les ai vécues. Merci !”

De la Turquie d’Atatürk à la pieuvre Ergenekon le Gladio Turc

septembre 12, 2009 at 5:18 | In Altermondialisme, Belgique, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Europe, Féminisme, Mémoire et histoire, Politique, Société, social | 4 Comments
Tags:

De la Turquie d’Atatürk à la pieuvre Ergenekon le Gladio Turc

Avec ce titre, nous avons bien conscience que le sujet dépasse largement le format imposé par un article de blog. Mais l’affaire est si importante que nous allons tout de même tenter de la traiter : c’est que la Turquie frappe à la porte de l’Europe et que nous sommes européens même si nous ne voulons pas de l’Europe actuelle qui est bien assez grande pour se saborder elle-même comme le montre l’actualité autour du dossier Opel.

D’autre part, malgré la difficulté de synthèse compréhensible, comme nous nous intitulons « réseau euro-méditerranéen », il est de notre devoir de connaître les pays de cette euo-méditerranée.

*

*     *

La Turquie moderne doit beaucoup à Ataturk (Mustafa Kemal  dit Atatürk). Après la Première Guerre mondiale et l’occupation alliée de l’Empire ottoman, ce militaire de carrière refuse de voir l’Empire ottoman être démembré par le traité de Sèvres[1]. Accompagné de partisans, il se révolte contre le gouvernement impérial et crée un deuxième pouvoir politique à Ankara. C’est de cette ville qu’il mène la guerre contre les occupants à la tête de la résistance turque.

Kemal_Ataturk

Atatürk

Sous son commandement, les forces turques ont vaincu les armées arméniennes, françaises et italiennes. Puis il défait les armées grecques qui occupent la ville et la région d’Izmir, la Thrace orientale et des îles de la mer Égée (Imbros, aujourd’hui Gökçeada, Ténédos, aujourd’hui Bozcaada et Moschonisi, aujourd’hui Alibey). Après la bataille du Sangarios (aujourd’hui Sakarya), la Grande assemblée nationale de Turquie lui donne le titre de Gazi (le victorieux) ; il parvient à repousser définitivement les armées grecques hors de Turquie. Suite à ces victoires, les forces britanniques choisissent de signer un premier armistice avec lui et s’engagent aussi à quitter le pays.

Mustafa Kemal affirme également une volonté farouche de rupture avec le passé impérial ottoman et de réformes radicales pour son pays.

Inspiré par la Révolution française, il profite de ce qu’il considère comme une trahison du sultan lors de l’armistice de Moudros[2], pour mettre un terme au règne du Sultan le 1er novembre 1922. Il instaure ainsi la laïcité : séparation entre le pouvoir politique (sultanat) et spirituel (califat).

Après la proclamation de la République, il déplace la capitale d’Istanbul à Ankara et il occidentalise le pays à travers plusieurs réformes. Notamment, il inscrit la laïcité dans la Constitution, donne le droit de vote aux femmes et remplace l’alphabet arabe par l’alphabet latin avec les lettres spéciales “ğ Ğ ı ş Ş”. Sous sa présidence autoritaire, la Turquie a mené une révolution sociale sans précédent, qu’on appelle généralement révolution kémaliste. Le 24 novembre 1934, l’Assemblée lui donne le nom d’Atatürk « père des Turcs. »

Il meurt d’une cirrhose du foie le 10 novembre 1938. Au cours des funérailles nationales il est enterré au musée ethnographique d’Ankara. Sa dépouille repose aujourd’hui dans le mausolée dit de l’Anıtkabir.

Cherchant à limiter l’influence de l’islam sur les établissements politiques et culturels turcs, il avait décidé de supprimer le Califat le 3 mars 1924, responsable à ses yeux du ralentissement du développement de la Turquie. Il avait adopté le système de la laïcité française ; la religion n’est pas contestée, mais elle se limite à la sphère strictement privée.

Deux citations particulièrement révélatrice d’Atatürk :

-         “L’homme politique qui a besoin du secours de la religion pour gouverner n’est qu’un lâche. Or, jamais un lâche ne devrait être investi des fonctions de chef de l’Etat.”

-         “Notre religion n’a jamais demandé que les femmes restent derrière les hommes “

Anitkabir Le mausolée d'AtatürkAnitbakir : Le mausolée d’Atatürk

Après la mort d’Atatürk, la Turquie connaîtra une histoire tourmentée :

  • 1939 : La Turquie déclare sa neutralité dès le début de la Seconde Guerre mondiale. En fait, elle est très proche du fascisme allemand et, c’est de cette époque que date les développement de la pieuvre Ergenekon et de son bras armé : les Loups Gris. En fait, ce nom vient d’une légende qui veut que l’origine du peuple turc, en Asie centrale, ait tenu à une louve grise un peu comme pour Romulus et Remus à Rome.
  • 1945 : La Turquie finalement, change de camp dans la Seconde Guerre mondiale contre l’Allemagne, deux mois avant la capitulation de celle-ci. Elle devient l’un des 51 membres fondateurs de l’ONU
  • 1945 : Fin du système de parti unique.
  • 1946 : Création du Demokrat Parti par Celal Bayar
  • 1948 : Participation au plan Marshall. Ici la CIA entre en scène plus largement d’ou la ressemblance entre Ergenekon et le Gladio[3]
  • 1949 : Cooptée (en même temps que la Grèce) par les membres fondateurs du Conseil de l’Europe trois mois après la signature du traité de Londres.
  • 1950 : Le Demokrat Parti gagne les élections législatives du 14 mai. Adnan Menderes devient premier ministre et Celal Bayar président de la République. Nombre d’interdictions religieuses datant d’Atatürk sont abandonnées. L’appel à la prière est de nouveau récité en arabe, qui est désormais la langue liturgique officielle de l’État Turc. Le parti remporte les élections de 1954 et 1957 et reste au pouvoir jusqu’au coup d’État de 1960.
  • 18 février 1952 : La Turquie devient membre de l’OTAN. Dominée par les USA, elle est le poste avancé du glacis européen face au monde arabe et l’URSS..
  • 6 septembre 1955 – 7 septembre 1955: La communauté grecque orthodoxe d’Istanbul est attaquée et ses biens sont pillés.
  • 1959 : La Turquie pose sa candidature pour devenir membre associé de la CEE.
  • 27 mai 1960 : Coup d’État militaire. Adnan Menderes et deux autres figures importantes du Demokrat Parti sont jugés par un tribunal spécial et pendus pour haute trahison en septembre 1961.
  • 1961 : Nouvelle constitution adoptée par référendum (61% pour). Arrivée au pouvoir du Cumhuriyet Halk Partisi. İsmet İnönü redevient premier ministre, tandis que le chef des putschistes, Cemal Gürsel, est élu quatrième président de la République. Antalya devient siège du gouvernement Turc.
  • 22 février 1962 : Tentative de coup d’État du colonel Talat Aydemir. Le putsch a été avorté sans faire de victimes par la résistance énergique du premier ministre İnönü. Aydemir s’est rendu à condition de ne pas être jugé.
  • 21 mai 1963 : Seconde tentative de coup d’État du colonel Talat Aydemir. Des accrochages ont eu lieu dans les rues d’Ankara entre les forces d’Aydemir et celles restées fidèles au gouvernement, faisant 8 morts. Talat Aydemir s’est finalement rendu. Il est jugé et condamné à mort en 1964.
  • Décembre 1963 : Première crise chypriote.
  • 1963 : Un accord d’association entre la Turquie et la CEE est signé.
  • 1965 : Arrivée au pouvoir de Adalet Partisi. Süleyman Demirel est nommé premier ministre.
  • 1966 : Cevdet Sunay devient le cinquième président de la République.
  • 1967 : Visite du Pape Paul VI.
  • 1970 : Crise économique ; climat de violence ; attentats d’extrême gauche.
  • 12 mars 1971 : Démission de Süleyman Demirel suite à une déclaration musclée de l’État-major ; répression violente des mouvements de gauche ; limitation de la liberté de la presse et des droits syndicaux. La Parlement reste en fonction et des gouvernements technocrates sont formés par des hommes politiques « indépendants », proches de l’État-major.
  • 1973 : Fahri Korutürk est élu le sixième président de la République. Élections législatives remportées par le Cumhuriyet Halk Partisi de Bülent Ecevit qui devient premier ministre.

  • 20 juillet 1974 : Début de l’opération Attila. À la suite d’un coup d’État des nationalistes grecs contre le gouvernement chypriote en place visant à rattacher l’île à la Grèce, et en s’appuyant sur le traité de garantie de la Constitution de 1960, la Turquie intervient militairement à Chypre, et occupe le nord de l’île en deux jours. Cette rapide victoire de l’armée turque aboutira à la division de l’île et à la chute de la dictature des colonels en Grèce ; embargo militaire américain.
  • 1975 : Premiers attentats terroristes de l’Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie ; jusqu’en 1997, 120 attentats et 22 assassinats contre des diplomates turcs seront menés par l’ASALA qui cherche par là à forcer le gouvernement turc à reconnaître le génocide arménien – et, à défaut, attirer l’attention internationale sur la question arménienne. Au total, le bilan des attentats imputés à l’ASALA se monte à 46 morts et 299 blessés.
  • 1977 : Le défilé traditionnel du 1er mai attaqué par des militants de l’extrême-droite, faisant 27 morts. Ce carnage marque le début d’une quasi-guerre civile entre les fractions de gauche et de droite qui feront plus de 5 000 morts jusqu’en 1980.
  • Novembre 1979 : Visite du Pape Jean-Paul II.
  • Mai 1980 : Grève générale contre les violences de l’extrême droite.
  • 12 septembre 1980 : Coup d’état militaire ; 30 000 arrestations ; dissolution du parlement et interdiction des partis politiques. Le chef d’état-major Kenan Evren devient président de la République.
  • Le 13 mai 1981, Mehmet Ali Ağca, membre des Loups gris, tente d’assassiner le pape Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre à Rome.
  • Novembre 1982 : Nouvelle constitution ; les anciens partis restent interdits. Le gouvernement reprend sa place à Ankara au Palais des Ottomans.
  • Décembre 1982 : Crise des banques, des dizaines de milliers d’épargnants perdent leurs économies.
  • 15 novembre 1983 : La République turque de Chypre du Nord est créée, mais elle est uniquement reconnue par la Turquie.
  • Décembre 1983 : Retour au régime civil. L’Anavatan Partisi, nouvellement créé, gagne les élections législatives et Turgut Özal est nommé premier ministre. Virage néolibéral (vague de privatisations) et islamique (les cours de religion deviennent obligatoires dans l’éducation primaire et secondaire).
  • 10 janvier 1984: L’avortement légalisé.
  • 15 août 1984: Début de la guérilla menée par le PKK d’Abdullah Öcalan. Les affrontements avec les forces gouvernementales qui s’ensuivent feront plus de 37 000 morts jusqu’en 2008 et de très nombreux déplacés (les chiffres varient de 40 000 à un million de personnes). Durant plusieurs années ; les Loups gris vont donner toute la mesure de leur sauvagerie face aux Kurdes : Le total des morts Kurdes est actuellement estimé à 100.000.

  • Avril 1987 : La Turquie demande son adhésion à l’Union européenne.
  • 18 juin 1988: Tentative d’assassinat contre le premier ministre Turgut Özal lors du congrès de son parti. Il est légèrement blessé. Le tireur, Kartal Demirağ, un ultranationaliste, affirme avoir agi seul.
  • Décembre 1989 : La Commission européenne déclare la Turquie éligible à la candidature, mais elle diffère l’examen du dossier.
  • 1989 : Turgut Özal est élu président. Yildirim Akbulut est nommé premier ministre.
  • 1990 : Vague d’assassinats politiques attribués aux islamistes mais nous verrons plus loin qu’il y a beaucoup à dire dans le cadre du complot Ergenekon : l’universitaire Muammer Aksoy le 31 janvier, le rédacteur en chef du journal Hürriyet Çetin Emeç le 7 mars, l’essayiste Turan Dursun le 4 septembre et l’universitaire et députée Bahriye Üçok le 6 octobre.
  • 1990 : Début des premières diffusions radiotélévisées privées. Le monopole de l’État sur l’audiovisuel ne sera levé officiellement qu’en 1993.
  • 1991 : Mesut Yılmaz devient premier ministre.
  • 1991 : Süleyman Demirel, est nommé premier ministre suite aux élections législatives.
  • 24 janvier 1993 : Assassinat d’Uğur Mumcu, chroniqueur du journal Cumhuriyet. Ses funérailles se transforment en une grande manifestation en faveur de la laïcité.
  • 17 avril 1993 : Mort du président Turgut Özal, remplacé par Süleyman Demirel, qui devient ainsi le neuvième président de la République.
  • Juin 1993 : Tansu Çiller (Doğru Yol Partisi) 1re femme à occuper le poste de premier ministre.
  • Juillet 1993 : 37 intellectuels alévis[4] meurent dans un incendie criminel à Sivas, attribué encore et toujours aux islamistes.
  • Mars 1994 : Élections municipales massivement remportées par les islamistes du Parti de la Prospérité (Refah Partisi, créé en 1983).
  • 12 mars 1995 : Emeutes dans le quartier défavorisé de Gazi à Istanbul, majoritairement alévi, faisant 17 morts.
  • Décembre 1995 : Élections législatives, dont le parti islamiste Refah sort vainqueur.: L’union douanière entre l’Union européenne et la Turquie entre en vigueur. La Turquie abolit les taxes d’importation sur les produits venant de l’Union européenne.
  • Juillet 1996 : Gouvernement islamiste du chef de Refah Partisi Necmettin Erbakan. Il est poussé à démissionner 11 mois plus tard, en Juin 1997, sous la pression de l’armée et de la société civile (médias, milieux d’affaires et universités) ; Mesut Yılmaz  redevient premier ministre.
  • Octobre 1998 : Pression politico-militaire sur la Syrie pour forcer cette dernière à extrader Abdullah Öcalan, le chef du PKK. Damas résiste, mais sous la pression de la communauté internationale, elle accepte finalement de l’expulser. Öcalan se rend d’abord en Russie, puis en Italie via la Grèce.
  • Janvier 1999 : Bülent Ecevit est nommé premier ministre d’un gouvernement minoritaire.
  • Février 1999 : le chef du PKK, Abdullah Öcalan, est arrêté au Kenya. Il est jugé et condamné à mort en Juin 1999, mais sa peine est commuée en prison à vie lors de l’abolition de la peine capitale quelques années plus tard.
  • Mai 1999 : Élections législatives anticipées, le DSP (parti d’Ecevit) en sort vainqueur. Bülent Ecevit devient premier ministre d’une coalition rassemblant la gauche (DSP), le centre-droit (ANAP) et l’extrême-droite nationaliste (MHP).
  • 17 août 1999 : Tremblement de terre dévastateur au nord-ouest du pays faisant 17 000 morts.
  • 21 octobre 1999 : Assassinat d’Ahmet Taner Kışlalı, professeur des sciences politiques à l’Université d’Ankara. Une organisation terroriste islamiste revendique le crime.
  • Décembre 1999 : L’Union européenne accepte officiellement la candidature de la Turquie lors du sommet d’Helsinki et souligne la « vocation européenne » du pays, mais elle fixe à son entrée dans l’UE des conditions que la Turquie accepte.
  • 16 mai 2000 : Ahmet Necdet Sezer devient le dixième président de la République.
  • Février 2001 : Grave crise financière ; dévaluation de 50 % de la livre turque, des centaines de milliers de gens perdent leur emploi.
  • Octobre 2001 : La Turquie modifie radicalement sa constitution pour remplir les critères politiques fixés par l’Union européenne.
  • Août 2002 : Abolition officielle de la peine de mort, sauf en temps de guerre (abolition totale en 2004) ; la dernière exécution date en fait de 1984.
  • 3 novembre 2002 : Arrivée au pouvoir du parti AKP ; Recep Tayyip Erdoğan devient premier ministre en mars 2003.
  • 1er mars 2003 : le Parlement turc refuse de permettre le stationnement des troupes américaines sur le sol turc lors du déclenchement de la guerre en Irak.
  • 2003 : Attentats à la voiture piégée d’Al-Qaida à Istanbul, les 15 et 20 novembre, contre des intérêts juifs et britanniques, 60 morts.
  • 2004 : Autorisation de la diffusion audiovisuelle des langues minoritaires. Premières émissions en langue kurde à la télévision publique, la TRT.
  • 2005 : Introduction de la nouvelle livre turque (YTL) ; 1 YTL = 1 000 000 TL
  • 1er juin 2005 : Adoption d’un nouveau code pénal accordant plus de libertés individuelles et plus conforme aux exigences européennes.
  • 3 octobre 2005 : Début des négociations d’adhésion avec l’Union européenne.
  • Novembre 2006 : Visite du pape Benoît XVI.
  • 19 janvier 2007 : Assassinat de Hrant Dink, rédacteur en chef du journal Agos (publié à Istanbul en turc et en arménien). 200 000 personnes assistent à ses funérailles le 23 janvier.
  • Avril-Mai 2007 : Crise politique au tour de l’élection du nouveau président par l’Assemblée nationale, ce qui déclenche les élections anticipées. Malgré la fin de son mandat le 16 mai, le Président Sezer garde son poste en attendant son successeur.
  • 22 juillet 2007 : Elections législatives anticipées, où l’AKP obtient 46,7 % des voix. Recep Tayyip Erdoğan conserve le poste de premier ministre.
  • 28 août 2007 : Abdullah Gül est élu onzième président de la République grâce à la majorité parlementaire de l’AKP.
  • 21 octobre 2007 : Amendement constitutionnel par référendum (70 % pour). Le président de la République sera désormais élu au suffrage universel.
  • 9 février 2008 : Amendement constitutionnel pour la levée de l’interdiction du foulard islamique à l’université. Cet amendement est annulé par la Cour constitutionnelle le 5 juin 2008 sur la base de l’article 2 de la Constitution, qui garantit la laïcité.
  • 30 juillet 2008: La Cour constitutionnelle rejette une demande d’interdiction du Parti de la Justice et du Développement (AKP), au pouvoir, accusé d’activités antilaïques. La Cour avait été saisie le 14 mars 2008 par le procureur en chef de la Cour de cassation.
  • 1er janvier 2009: La Turquie devient membre non-permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour deux ans.
  • 29 mars 2009: Elections municipales. L’AKP, au pouvoir, perd des voix mais reste la première formation politique du pays.

Les Loups Gris (Bozkurtlar en turc) :

c’est le nom des militants des Ülkü Ocakları (« Foyers idéalistes »), mouvement d’extrême droite turc nationaliste.

L’Idéalisme (Ülkücülük en turc), idéologie développée par Alpaslan Türkeş, fondateur du parti du MHP (Parti de l’Action nationaliste), est un nationalisme panturc.

Asparlan Turkes

Le Başbuğ

Un sacré personnage ce Türkes !! Alparslan Türkeş, également surnommé le Başbuğ (le chef, le Fuhrer) est le nom de guerre du fondateur du parti nationaliste Milliyetçi Hareket Partisi (MHP) en Turquie (Parti de l’action nationaliste) et des partis qui ont précédé celui-ci, dont les idéologies sont un nationalisme panturc. Son vrai nom est Ali Arslan]: il naît à Nicosie à Chypre en 1917. Intégrant le Parti Nationaliste Républicain des Campagnes (CKMP) dans les années 1960 dans le but de le capter, il en devient en 1965 le président. En 1969, le CKMP devient le Milliyetçi Hareket Partisi (Parti du Mouvement Nationaliste) et adopte comme symbole un drapeau rouge avec trois croissants de lune, un ancien drapeau turc utilisé sous l’Empire ottoman.

Il devient adjoint du Premier ministre en 1975, en faisant partie du gouvernement de coalition. Türkeş brule de devenir le principal dirigeant turc mais les généraux le devancent en septembre 1980 et le général Kenan Evren devient président. Il est condamné à la peine de mort et son parti est interdit. Il est finalement acquitté après être resté en prison quatre ans et demi. En 1987, son interdiction de participer à la vie politique est levée, il entre au MÇP (Parti Travailliste Nationaliste) et en est élu président. Il revient au parlement en 1991 grâce à une coalition avec le Refah Partisi (Parti religieux islamique).

En 1992, grâce à un changement de la loi, le MÇP reprend le nom de Milliyetçi Hareket Partisi. Il aide cette même année les Loups Gris à s’infiltrer dans la politique azerbaïdjanaise en soutenant Aboulfaz Eltchibeï, qui sera élu président. Ce sera le début de l’implantation des Loups Gris dans la politique des ex-républiques soviétiques d’Asie Centrale. En 1995, il perd sa place au parlement.

Lui et les groupes nationalistes qu’il a dirigés ont pu acquérir beaucoup de pouvoir grâce à l’aide qu’ils pouvaient fournir dans la lutte contre les communistes et les rebelles Kurdes en Turquie. Türkeş a bien évidemment bénéficié, notamment, de l’aide efficace du chef du bureau de la CIA en Turquie sous la présidence de Jimmy Carter.

Parmi les modèles de Türkeş on peut noter l’écrivain d’extrême droite Nihal Atsiz, de la première moitié du XXe siècle, écrivant sur la vie des Turcs des steppes d’Asie Centrale il y a plusieurs siècles. Autre grand inspirateur du personnage : Adolf Hitler. Türkeş ne cache pas que, pour lui, juifs, arméniens et Kurdes doivent disparaître de la surface de la terre.

Son idéologie vise donc à glorifier le peuple turc, existant et resté pur depuis des siècles, niant les mélanges incontestables qu’a provoqué l’Empire ottoman. Comme son mentor Nihal Atsiz, Alpaslan Türkeş voit les Turcs comme un peuple directement issu des Huns.

La nuit tous les loups sont grisLa nuit tous les loups sont gris

Les Loups Gris, inspirés par Türkeş sont accusés d’actions violentes, notamment contre la Gauche, l’extrême Gauche et les minorités ethniques et religieuses dans les années 1970, avant le coup d’État de 1980. En effet la Turquie a joué le rôle d’avant-garde du camp occidental durant la guerre froide ; des luttes d’influences se sont ainsi essentiellement manifestés à l’intérieur du pays durant les trois dernières décennies de la guerre froide. Ils ont eu beaucoup de liens avec la mafia turque connue pour son engagement politique en leur faveur. C’est que, pour se financer, les Loups Gris ont pratiquent le trafic de drogue ce qui crée bien des relations !!

Il y a eu dans les années 1990 une scission majeure dans le mouvement, les ultranationalistes religieux créant leur propre mouvement Alperen Ocakları sous la houlette de leur nouveau parti de tendance plutôt islamo-nationaliste Büyük Birlik Partisi ou BBP (« Parti de la grande unité »), affirmant que le mouvement d’Alpaslan Türkeş était bien trop laïc, loin des préoccupations des gens de la mosquée et qu’il s’était écarté de son idéologie originelle. Cette scission corrobore ainsi le glissement vers le centre droit du MHP qui essaie de s’adapter d’une manière pragmatique au nouvel environnement socio-politique turc.

Les Loups Gris auraient également des liens dans des pays et des régions turcophones, surtout en Azerbaïdjan, dans les pays d’Asie Centrale, et aussi avec les Turcs des Balkans et du Caucase  afin de faire la propagande de l’idéologie panturque, mais aussi afin de montrer leur solidarité avec les mouvements nationalistes d’autres peuples qu’ils considèrent comme frères (Tchétchènes, Bosniaques, Albanais).

La politique des Loups gris a certainement connu, au fil du temps, des accointances avec des organisations italiennes des années de plomb ; Ils sont aussi présents en Belgique ou un élu socialiste bruxellois est considéré comme leur membre. Toujours en Belgique où l’on trouve une forte immigration turque, certains pensent qu’ils ont joué un rôle dans la tentative de déstabilisation de la Belgique que fut l’affaire dite « des tueurs du Brabant »[5], peut-être pour le compte de la CIA.

La Belgique terrain de chasse des Loups Gris :

Le célèbre maffieux Yalçin Özbey membre du mouvement fasciste turc des Loups Gris résidant en Belgique de longue date, vient de bénéficier de l’impunité dans le meurtre d’Ipekçi conformément à l’article 104/2 du Code pénal turc qui fixe la prescription maximale à 30 ans

Murat Denizli, élu sur la liste socialiste lors des élections du 8 octobre 2006 à Schaerbeek, a annoncé jeudi qu’il ne siégera pas dans le conseil communal. L’intéressé avait été mis en cause en raison de son passé d’administrateur d’une association culturelle qui aurait des liens avec les Loups gris, organisation turque d’extrême droite.

Mme Neslihan Beklevic, élue Ecolo à Châtelet en 2000, passée en mai 2005 au PS et réélue le 8 octobre, qui est, selon une source locale, une des responsables du groupe des femmes dans l’association locale des “Loups Gris”. Son époux Bayram Beklevic est quant à lui un des responsables des groupes sportifs au sein de la même association, l’”Association culturelle belgo-turque de Châtelet”, ex-”Maison turque de Châtelet” fondée en 1986

Fehriye Erdal, menacée d’être enlevée ou abattue par des escadrons de la mort. Une meute de Loups Gris maffieux sur les trousses de Dursun Karatas. Les services secrets turcs actifs sur le sol belge. Une fiction ? Un délire paranoïaque ? Une intox semée par des provocateurs en quête de sensations fortes sinon par des ultragauchistes ? Pas du tout ! Si l’on en croit les très nombreux rapports de commissions d’enquêtes parlementaires turcs, les enquêtes judiciaires belges et les révélations des truands concernés. Autre témoin de cette effroyable réalité : le cadavre d’un barbouze abattu à Liège dans la nuit de Noël 1997 par l’un de ses pairs.

Dans la nuit du 24 au 25 décembre 1997, Osman Nuri Van est retrouvé mort d’une balle dans la tête en plein centre de Liège.

Ce membre actif des Loups Gris avait été recruté comme agent de la MIT (service d’intelligence turque) au département des opérations. Sa dernière mission fut de se rendre en Europe pour éliminer le secrétaire général du DHKP-C, Dursun Karatas.

En Belgique, le faste dans lequel vivait Osman Nuri Van pourtant sans emploi apparent, en particulier sa Mercedes flambant neuve payée cash, mais aussi sa discrétion et ses allers-retours répétés entre la Belgique et la Turquie , avaient pourtant attiré l’attention de la Sûreté belge qui le soupçonnait de se livrer à du trafic de drogue.

En 2004, Le nouveau Secrétaire d’Etat socialiste bruxellois Emir Kir perd sa licence en sciences politiques et relations internationales pourtant bel et bien inscrit sur le site du PS depuis des années !

Emir Kir à droite avec Elio di RupoEmir Kir (à droite !) avec Elio di Rupo (à gauche)

” Ah, c’est ma faute, il m’avait bien transmis les documents mais j’ai visiblement moi-même fait une erreur d’encodage… ” dit le webmaster socialiste !!! M’ouais ! Une ” erreur d’encodage ” qui traînerait depuis les campagnes électorales de 2000, 2003 et 2004. Et puis, si même la webmaster se fait duper…

Suite à cette nouvelle relance, abracadabra, le profil en ligne subit une deuxième modification qui cette fois sera, enfin!, la bonne. En effet, on voit alors apparaître dans la rubrique formation de Kir : Candidat en sciences politiques !!! Mais le pire n’est pas là ! Le  pire c’est sa participation, aux côtés d’autres candidats d’origine turque (PS, PRL, FDF, CDH, Ecolo), à une marche négationniste à propos du génocide arménien, sa participation (avec Pascal Smet, Brigitte Grouwels,…) à un dîner avec des membres du parti d’extrême-droite turc MHP (“Loups Gris”), le financement de sa campagne… Début difficile en politique pour Emir Kir !!!!!

Le dimanche 21 octobre 2007, lors d’une manifestation illégale de l’extrême droite turque dans les rues de Bruxelles, le journaliste belge Mehmet Koksal (collaborateur du ”Courrier international”, de ”La Libre Belgique”, du ”Journal du Mardi”, de ”Points Critiques”… et de RésistanceS) a été lâchement attaqué par des membres des loups gris.

TURKEY-KURDS-UNREST-PROTESTSigne de ralliement des Loups Gris

N’en jetons plus, la cour belge est pleine de Loups !!!

Le Réseau Ergenekon : le Gladio turc ?

ergenekonio7

Aux racines d’Ergenekon

Ce pourrait être le titre d’un roman gothique du 19° siècle : Ergenekon ! Ce nom mystérieux recouvre une histoire aussi fantastique qu’inquiétante : un complot à l’échelle de tout un pays et dont on ne cesse depuis deux ans de démêler difficilement les fils tant les conspirateurs bénéficient de nombreuses complicités… Ce pays, c’est la Turquie où l’on découvre avec effarement que la pieuvre Ergenekon avait lancé ses tentacules au plus profond de l’Etat et des institutions.

Ergenekon, c’est le nom d’une vallée mythique des montagnes de l’Altaï, au fin fond de l’Asie centrale. Là d’où seraient originaires les tribus turques originelles… Selon la légende, une louve au pelage gris-bleu aurait incité ces féroces guerriers à quitter leurs montagnes pour se lancer à la conquête du vaste monde. Et c’est ainsi que, conduits par ce fauve, les Turcs auraient abandonné l’Asie centrale pour avancer vers la Méditerranée et se rendre d’abord maîtres de l’Anatolie… Avant de conquérir une grande partie du bassin méditerranéen et des Balkans.

Et ce n’est pas par hasard si, plus tard, au XX° siècle, une redoutable organisation turque nationaliste et terroriste a choisi de s’appeler “Les Loups gris”. Les Loups gris qui sont le bras armé et clandestin du complot Ergenekon ! Il faut rappeler que c’est à l’occasion de l’attentat contre Jean-Paul II, en 1981, que les Loups gris accèderont, si l’on ose dire, à une notoriété internationale car l’homme qui a tiré sur le chef de la catholicité, Ali Agça, était membre de cette organisation criminelle…

Mais au-delà de cette appellation folklorique ou légendaire, c’est donc la réalité d’une vaste opération conspirationniste qui est en train d’être mise au jour en Turquie. Une entreprise née au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, qui n’a cessé de peser sur les orientations politiques du pays et qui est responsable des épisodes les plus sanglants de l’histoire récente de la Turquie.

En janvier 2009, l’enquête sur le réseau Ergenekon  révéle son ampleur. Alors que plusieurs dizaines de personnes comparaissent déjà devant la justice, de nouvelles personnalités ont été interpellées. L’opposition accuse le pouvoir d’utiliser cette enquête pour « intimider l’opinion ».

Avec le placement en détention d’un universitaire et d’un colonel à la retraite cela portait à dix-sept le nombre de personnes incarcérées en quelques jours pour « appartenance à une organisation terroriste ». Parmi elles, quatre officiers de l’armée. La semaine précedente, trente-trois personnes avaient été interpellées. L’enquête prenait un nouveau tour avec l’inculpation d’Ibrahim Sahin, ex-chef de la police proche des milieux ultranationalistes qui, dans les années 1990, avait fait les gros titres d’un scandale politico-mafieux. L’affaire Susurluk, révélée à l’occasion d’un accident de la route, avait mis au jour des projets d’attentats et d’assassinats.

Un Etat dans l’Etat

Selon l’accusation, le réseau s’est donné pour but de combattre les « ennemis de l’intérieur », principalement les islamistes modérés de l’AKP, au pouvoir depuis 2002. Les membres de ce réseau, des laïcs, entendraient ainsi défendre l’héritage de Mustapha Kemal, fondateur de la Turquie moderne et laïque. Le rapport du procureur affirme que les membres d’Ergenekon sont responsables de deux attentats à la bombe, l’un contre le Conseil d’Etat, l’autre au journal Cumhuriyet.

Déstabiliser l’AKP

Toujours selon la justice, cet « Etat profond » (derin devlet), terme qui désigne la politique en réseau, s’est donné pour objectif de semer le trouble, de déstabiliser l’AKP avec pour postulat que la fin justifie les moyens. Ainsi Ergenekon n’aurait pas craint d’assassiner des personnalités de son propre camp afin de faire croire à des attentats islamistes (vous voyez, on y vient) et préparer ainsi l’opinion à souhaiter l’intervention des militaires. En Turquie, l’armée est responsable de plusieurs coups d’Etat (1960, 1971, 1980), elle se présente comme la garante de l’ordre constitutionnel laïc et du kémalisme.

Un procès fleuve

Depuis le mois d’octobre 2008, quatre-vingt-six personnes comparaissent devant la justice. Militaires à la retraite, journalistes, hommes politiques sont accusés d’appartenir à ce réseau secret qui n’est pas sans rappeler le Gladio italien (armée secrète d’après guerre, destinée à parer une invasion soviétique). Et l’affaire divise la société turque. L’opposition accuse le Premier ministre de mener une « dictature péroniste », et soupçonne le gouvernement de s’en servir comme d’un instrument pour bâillonner la société civile et discréditer l’armée. Pour leur part les militaires démentent tout lien avec ce réseau. Il n’empêche, les interpellations de janvier 2009 ont provoqué des rencontres imprévues entre le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le chef d’état-major, un signe de regain de tension qui a entraîné, à l’époque, une brusque chute de la bourse.

Un nouveau  procès a commencé le 20 juillet 2009

Le procès  de 56 personnes, dont deux généraux en retraite, accusées de complot contre le gouvernement turc, issu de la mouvance islamiste, dans l’affaire Ergenekon, a commencé au tribunal de la prison de Silivri, près d’Istanbul.

Environ 200 manifestants pro-laïques et favorables aux inculpés se sont rassemblés lundi matin non loin du tribunal, une salle multisports aménagée à cet effet, qui fait partie de la prison de Silivri, à environ 50 km du centre d’Istanbul.

La plupart des manifestants étaient venus soutenir le journaliste pro-laïque Tuncay Özkan, opposant virulent au gouvernement, qui fait partie des inculpés.

“Ne te tais pas, n’abandonne pas ! Le soleil se lèvera sur l’obscurité !” scandaient les manifestants devant des gendarmes en tenue anti-émeute.

Des manifestants brandissaient des drapeaux turcs, d’autres portaient des badges à l’effigie d’Atatürk.

La comparution de ces suspects devrait relancer le procès controversé de ce réseau putschiste présumé. Le même tribunal juge déjà depuis octobre 86 accusés dans l’affaire Ergenekon. Les 56 nouveaux prévenus font l’objet d’un deuxième acte d’accusation publié en mars.

Parmi ces nouveaux venus, dont 21 sont en détention, figurent plusieurs ex-généraux, dont l’ancien chef de la gendarmerie Sener Eruygur, l’ex-général d’armée Hürsit Tolon et l’ex-général de brigade Levent Ersöz, désignés par l’acte d’accusation comme les dirigeants de la conspiration.

On y retrouve aussi des journalistes célèbres –Mustafa Balbay, une des grandes signatures du quotidien pro-laïcité Cumhuriyet, le polémiste Tuncay Özkan, des hommes d’affaires, des politiciens et même l’épouse d’un juge de la Cour constitutionnelle.

Sener Eruygur, qui avait été libéré pour raisons de santé, n’était pas présent à l’ouverture du procès, de même que l’ex-général Ersöz, malade et en détention.

L’ex-général Tolon était présent, de même que MM. Balbay et Özkan.

Ce nouveau procès est très attendu en Turquie pour éclaircir cette affaire de complot présumé, qui visait selon l’accusation à semer le chaos dans le pays par des attentats.

Le réseau Ergenekon, d’inspiration nationaliste et laïque, aurait projeté de provoquer des troubles et de commettre des assassinats afin d’amener l’armée à intervenir par un coup d’Etat contre le gouvernement, soupçonné d’avoir le projet inavoué d’islamiser la société turque.

Cette affaire a créé des tensions entre le gouvernement et l’armée qui se considère comme la garante du régime laïque.

L’enquête Ergenekon avait débuté en juin 2007 avec la découverte à Istanbul d’une cache d’armes.

Parmi les 56 prévenus, neuf sont accusés d’être les “dirigeants d’une organisation terroriste armée”, crime passible de la prison à vie.

La cour a lu l’acte d’accusation, un document de près de 2.000 pages. Elle devrait ensuite décider de joindre le dossier Ergenekon II au procès principal.

L’enquête Ergenekon est toujours en cours et plusieurs dizaines de suspects sont détenus. Ces derniers mois, elle s’est orientée vers des militaires d’active, dont plusieurs ont été arrêtés.

Même si cette affaire fait peu de bruit en France, il est important d’en suivre les développements et nous le ferons.



[1] Le traité de Sèvres est conclu le 10 août 1920, peu après la Première Guerre mondiale. C’est un traité de paix entre les Alliés et l’Empire ottoman, qui ne fut jamais ratifié par l’ensemble de ses signataires

[2] Par l’armistice de Moudros, l’Empire ottoman (représenté par son ministre de la Marine, Rauf Orbay ) et son sous-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Reşat Hikmet Bey) capitule devant les alliés (représentés par l’amiral britannique Arthur Calthorpe) dans le port de Moudros  sur l’île de Lemnos le 30 octobre  1918.

[3] Gladio (Glaive en italien) désigne le réseau italien des stay-behind, cette structure clandestine de l’OTAN créée après la Seconde Guerre mondiale pour parer à la menace d’invasion soviétique. On désigne couramment par ce nom l’ensemble des armées secrètes européennes, dont l’existence a été révélée publiquement le 24 octobre 1990 par le Premier ministre italien Giulio Andreotti.

[4] L’alévisme regroupe des membres de l’Islam hétérodoxes et revendique en son sein la tradition universelle et originelle de l’Islam et de toutes les religions monothéistes. Il se classe dans les traditions soufiques ; ses croyances sont assimilables au panenthéisme… Il se distingue par sa non soumission aux dogmes religieux dits « orthodoxes » tels le sunnisme, le chiisme. Certains voient en l’alévisme une tradition musulmane moderne. L’alévisme considère que « la femme est égale à l’homme, et en tant que telle. Elle est une composante essentielle de la société ». L’alévisme constitue la seconde religion en Turquie.

[5] Les tueries du Brabant sont une série de faits qui ont eu lieu en Belgique et en France, en deux vagues, dans la première moitié des années 1980 et dont les auteurs n’ont jamais été identifiés. La dénomination tueries du Brabant est due à ce que, parmi ces faits, plusieurs attaques à main armée se sont déroulées dans la province belge du Brabant.

Plusieurs pistes ont été suivies sans grands succès publics jusqu’à présent, entre autres celles du groupe néo-nazi Westland New Post (alias W.N.P.), infiltré par un inspecteur de la Sûreté de l’État (ou manipulant des services de sécurité officiels belges ou étant manipulé par ces derniers selon les versions) et d’autre part, les Cellules Communistes Combattantes ont été soupçonnées, donnant lieu à la création d’un Comité parlementaire de surveillance des services secret. La thèse de l’existence d’un complot visant à déstabiliser l’État belge, (qui aurait impliqué l’organisation Gladio), ou à créer un climat de peur dans la population a souvent été émise par certaines personnes dans les médias et la politique mais n’a jamais été démontrée. La CIA n’a pas l’habitude de passer au confessionnal !!

Féminisme : Olympe de Gouges féministe et universaliste jusqu’à l’échafaud

septembre 8, 2009 at 12:51 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Féminisme, Mémoire et histoire, Politique, Société, social | 1 Comment

Féminisme : Olympe de Gouges féministe et universaliste jusqu’à l’échafaud

Marie-Olympe-de-Gouges

Marie Gouze, dite Marie-Olympe de Gouges, est née à Montauban le 7 mai 1748 elle est morte guillotinée à Paris le 3 novembre 1793. Femme de lettres française, devenue femme politique et polémiste, elle a longtemps figuré parmi les oubliées de l’Histoire. Elle est maintenant connue et reconnue grâce au mouvement des femmes.

Auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs[1].

En 1765, à l’âge de dix-sept ans, Marie Gouze est mariée à un traiteur parisien, Louis-Yves Aubry, officier de bouche de l’Intendant, et probablement un important client de la boucherie familiale des Gouze. Quelques mois plus tard, la jeune femme donne naissance à un fils, Pierre. Son mari décède peu de temps après. Déçue par une expérience conjugale qui ne lui a pas apporté de bonheur, elle ne se remarie pas, qualifiant le mariage religieux de « tombeau de la confiance et de l’amour ». Elle porte couramment les prénoms de « Marie-Olympe » (signant plusieurs textes ainsi) ou plus simplement d’« Olympe », ajoutant une particule à son patronyme officiel « Gouze » que l’on trouve parfois écrit « Gouges », graphie adoptée par certains membres de sa famille dont sa sœur aînée Mme Reynard, née « Jeanne Gouges », épouse d’un médecin.

Elle rencontre un haut fonctionnaire de la marine, Jacques Biétrix de Rozières, alors directeur d’une puissante compagnie de transports militaires en contrat avec l’État. Lorsqu’il lui propose de l’épouser, elle refuse et leur liaison dure jusqu’à la Révolution. Grâce au soutien financier de son compagnon, elle peut mener un train de vie bourgeois, figurant dès 1774 dans l’Almanach de Paris ou annuaire des personnes de condition.

Le théâtre est, à cette époque, sous le contrôle serré du pouvoir royal. Olympe de Gouges monte sa propre troupe, avec décors et costumes. Un théâtre itinérant qui se produit à Paris et sa région. Le marquis de La Maisonfort raconte dans ses Mémoires comment, en 1787, il rachète le « petit théâtre » de Mme de Gouges, conservant une partie de la troupe dont le jeune Pierre Aubry.

L’anti esclavagiste :

Indépendamment de son théâtre politique qui est joué à Paris et en province pendant la Révolution, la pièce qui rend célèbre Olympe de Gouges est l’Esclavage des Noirs, publié sous ce titre en 1792 mais inscrite au répertoire de la Comédie-Française le 30 juin 1785 sous le titre de Zamore et Mirza, ou l’heureux naufrage. Cette pièce courageuse dans le contexte de l’Ancien régime, avait été acceptée avec réticence par les comédiens du Théâtre français qui dépendaient financièrement des protections des gentilshommes de la chambre du roi.

La pièce de Mme de Gouges, dont le but avoué était d’attirer l’attention publique sur le sort des Noirs esclaves des colonies, mêlait modération et subversion dans le contexte de la monarchie absolue. Le Code Noir édicté sous Louis XIV était alors en vigueur et de nombreuses familles présentes à la cour tiraient une grande partie de leurs revenus des denrées coloniales et représentait la moitié du commerce extérieur français à la veille de la Révolution.

En septembre 1785, Olympe de Gouges qui s’était plainte de passe-droits et craignait de voir sa pièce reléguée aux oubliettes, se plaignit des comédiens. L’un d’eux, Florence, se sentit insulté et s’en plaignit à son entourage. Le baron de Breteuil et le maréchal de Duras, gentilshommes de la Chambre et ministres se saisirent de cette opportunité et s’accordèrent pour envoyer Mme de Gouges à la Bastille, et de retirer la pièce anti-esclavagiste du répertoire de la Comédie. Grâce à diverses protections, notamment le chevalier Michel de Cubières dont le marquis son frère était un favori de Louis XVI, la lettre de cachet fut révoquée.

Avec la Révolution française, la Comédie devient plus autonome grâce notamment à Talma et Mme Vestris, et la pièce sur l’esclavage, inscrite quatre ans plus tôt au répertoire, est enfin représentée. Malgré les changements politiques, le lobby colonial reste très actif, et Olympe de Gouges, soutenue par ses amis du Club des Amis des Noirs, continua à faire face aux harcèlements, aux pressions et même aux menaces. En 1790, elle compose une autre pièce sur le même thème, intitulée le Marché des Noirs.

Elle avait par ailleurs publié en 1788 des Réflexions sur les hommes nègres , qui lui avaient ouvert la porte de la Société des amis des Noirs dont elle fut membre. Au titre d’abolitionniste, elle est également citée par l’abbé Grégoire, dans la « Liste des Hommes courageux qui ont plaidé la cause des malheureux Noirs ».. Dès avant la Révolution, elle écrit : « L’espèce d’hommes nègres, m’a toujours intéressée à son déplorable sort. Ceux que je pus interroger ne satisfirent jamais ma curiosité et mon raisonnement. Ils traitaient ces gens-là de brutes, d’êtres que le Ciel avait maudits; mais en avançant en âge, je vis clairement que c’était la force et le préjugé qui les avaient condamnés à cet horrible esclavage, que la Nature n’y avait aucune part et que l’injuste et puissant intérêt des Blancs avait tout fait »

La FEMINISTE :

Elle considère que les femmes sont capables d’assumer des tâches traditionnellement confiées aux hommes et, dans pratiquement tous ses écrits, elle demande qu’elles soient associées aux débats politiques et aux débats de société. S’étant adressée à Marie-Antoinette pour protéger « son sexe » qu’elle dit malheureux, elle rédigea  Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne dans laquelle elle affirme l’égalité des droits civils et politiques des deux sexes. Elle insiste pour qu’on rende à la femme des droits naturels que la force du préjugé lui ont retiré. Elle écrit : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. » La première, elle obtient que les femmes soient admises dans une cérémonie à caractère national, « la fête de la loi » du 3 juin 1792 puis à la commémoration de la prise de la Bastille le 14 juillet 1792.

Parmi les premiers, elle demande l’instauration du divorce – le premier et seul droit conféré aux femmes par la Révolution – qui est adopté à l’instigation des Girondins quelques mois plus tard. Elle demande également la suppression du mariage religieux, et son remplacement par une sorte de contrat civil signé entre concubins et qui prenait en compte les enfants nés de liaisons nées d’une « inclination particulière ». C’était véritablement révolutionnaire pour l’époque, de même lorsqu’elle milite pour la libre recherche de la paternité et la reconnaissance d’enfants nés hors mariage. Elle est aussi une des premières à théoriser, dans ses grandes lignes, le système de protection maternelle et infantile que nous connaissons aujourd’hui. Elle s’indigne de voir les femmes accoucher dans des hôpitaux ordinaires, elle demande la création de maternités. Face à la pauvreté endémique, elle recommande enfin la création d’ateliers nationaux pour les chômeurs et de foyers pour mendiants. Toutes ces mesures préconisées à l’entrée du grand hiver  1788-1789 sont considérées par Olympe de Gouges comme essentielles, ainsi qu’elle l’explique dans Une patriote persécutée, son dernier écrit avant sa mort.

LA FIN :

Dans ses écrits du printemps 1793, elle dénonce la montée en puissance de la dictature montagnarde, partageant l’analyse de Vergniaud sur les dangers de dictature qui se profilait, avec la mise en place d’un Comité de salut public, le 6 avril 1793, qui s’arroge le pouvoir d’envoyer les députés en prison.

Après la mise en accusation du parti girondin tout entier à la convention, le 2 juin 1793, elle adressa au président de la Convention une lettre où elle s’indigne de cette mesure attentatoire aux principes démocratiques (9 juin 1793), mais ce courrier est censuré en cours de lecture. Elle se met en contravention avec la loi de mars 1793 sur la répression des écrits remettant en cause le principe républicain en composant une affiche à caractère fédéraliste et girondin intitulée Les Trois urnes ou le Salut de la patrie, par un voyageur aérien. Elle est arrêtée et déférée le 6 août 1793 devant le tribunal révolutionnaire qui l’inculpa.

Malade des suites d’une blessure infectée à la prison de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, réclamant des soins, elle est envoyée à l’infirmerie de la petite Force, rue Pavée dans le Marais, et partage la cellule d’une condamnée à mort en sursis, Mme de Kolly, qui se prétendait enceinte. En octobre suivant, elle met ses bijoux en gage au Mont-de-piété et obtient son transfert dans la maison de santé de Marie-Catherine Mahay, sorte de prison pour riches où, le régime est plus libéral et où elle a, semble-t-il, une liaison avec un des prisonniers.

Désirant se justifier des accusations pesant contre elle, elle réclame sa mise en jugement dans deux affiches qu’elle avait réussi à faire sortir clandestinement de prison et à faire imprimer. Ces affiches – « Olympe de Gouges au Tribunal révolutionnaire » et « Une patriote persécutée », (son dernier texte) furent largement diffusées et remarquées par les inspecteurs de police en civil qui les signalent dans leurs rapports.

Traduite au Tribunal au matin du 2 novembre  soit quarante-huit heures après l’exécution de ses amis Girondins, elle est interrogée sommairement. Privée d’avocat elle se défend avec adresse et intelligence. Condamnée à la peine de mort pour avoir tenté de rétablir un gouvernement autre que « un et indivisible », elle se déclara enceinte. Les médecins consultés se montrent dans l’incapacité de se prononcer et Fouquier-Tinville décide qu’il n’y avait pas grossesse[2]. Le jugement est exécutoire et la condamnée profite des quelques instants qui lui restaient pour écrire une ultime lettre à son fils. La lettre est interceptée. D’après un inspecteur de police en civil, le citoyen Prévost, présent à l’exécution, et d’après le Journal de Perlet ainsi que d’autres témoignages[3], elle monte sur l’échafaud avec courage et dignité, contrairement à ce qu’en dit au XIXe siècle l’auteur des mémoires apocryphes de Sanson et quelques historiens dont Jules Michelet lequel a pris bien d’autres libertés avec la      vérité historique !!!

OLYMPE AUJOURD’HUI :

Depuis octobre 1989, à l’initiative de l’historienne Catherine Marand-Fouquet, plusieurs pétitions ont été adressées à la présidence de la République demandant la panthéonisation d’Olympe de Gouges. Jacques Chirac, conseillé par Alain Decaux, n’a pas donné suite. En novembre 1993. Une manifestation a été organisée devant le Panthéon pour commémorer le bicentenaire de l’exécution d’Olympe. Cette manifestation s’inscrit dans la revendication de la parité. Plusieurs municipalités françaises ont voulu rendre hommage à Olympe de Gouges en baptisant de son nom des établissement scolaires ou des voies publiques.

La promotion 2010 de Sciences Po Rennes porte le nom de celle qui inventa rien moins que le PACS, les maternités, la protection maternelle et infantile et participa à la lutte contre l’esclavage sur des bases non pas de charité mais bien d’anti racisme et d’universalisme

LA DECLARATION DES DROITS DES FEMMES ET DE LA CITOYENNE :

Préambule Ddroits De Femme et de la Citoyenne

Fac-similé du Préambule

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est un texte juridique français, exigeant la pleine assimilation légale, politique et sociale des femmes, rédigé en septembre 1791, par Olympe de Gouges sur le modèle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen proclamée le 26 août 1789, et publié dans la brochure les Droits de la femme, adressée à la reine. Premier document à évoquer l’égalité juridique et légale des femmes par rapport aux hommes, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne a été rédigée afin d’être présentée à l’Assemblée nationale le 28 octobre 1791 pour y être adoptée.

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne constitue une copie critique de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui énumère des droits ne s’appliquant qu’aux hommes, alors les femmes ne disposaient pas du droit de vote, de l’accès aux institutions publiques, aux libertés professionnelles, aux droits de propriété, etc. L’auteure y défend, non sans ironie à l’égard des préjugés masculins, la cause des femmes, écrivant ainsi que « la femme naît libre et demeure égale en droits à l’homme ». Ainsi se voyait dénoncé le fait que la Révolution oubliait les femmes dans son projet de liberté et d’égalité.

Voici le texte intégral de la Déclaration :

par Marie Gouze, dite Olympe de Gouges Olympe de gouges gravure

A décréter par l’assemblée nationale dans ses dernières séances ou dans celle de la prochaine législature.

Préambule

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.

En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.

Article I

La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article II

Le but de toute association politique est le droit imprescriptible de la Femme et de l’Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l’oppression.

Article III

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation, qui n’est que la réunion de la Femme et de l’Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Article IV

La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

Article V

Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n’est pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elles n’ordonnent pas.

Article VI

La Loi doit être l’expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Article VII

Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.

Article VIII

La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

Article IX

Toute femme étant déclarée coupable ; toute rigueur est exercée par la Loi.

Article X

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l ’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la Loi.

Article XI

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Article XII

La garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est confiée.

Article XIII

Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, les contributions de la femme et de l’homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l’industrie.

Article XIV

Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l’administration publique, et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée de l’impôts.

Article XV

La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.

Article XVI

Toute société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation, n’a pas coopéré à sa rédaction.

Article XVII

Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés ; elles ont pour chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

Post ambule

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges.

Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne.

O femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste t-il donc ?

La conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu’auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous ?

Tout, auriez vous à répondre. S’ils s’obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l’Etre Suprême.

Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir. Passons maintenant à l’effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu’il est question, en ce moment, d’une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l’éducation des femmes.

Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l’administration nocturne des femmes ; le cabinet n’avait point de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l’ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.


[1] Olympe de Gouges, L’Esclavage des Nègres : version inédite du 28 décembre 1789 suivi de Réflexions sur les hommes nègres, étude et présentation de Sylvie Chalaye et Jacqueline Razgonnikoff, éd. l’Harmattan, coll. Autrement Même, 2006.

[2] Fouquier-Tinville a été condamné à mort pour avoir, entre autres choses, envoyé des femmes enceintes à l’échafaud (voir acte d’accusation de Fouquier-Tinville en l’an III).

[3] Olivier Blanc, La Dernière Lettre, prisons et condamnés de la révolution, Paris, R. Laffont, 1985.

FÉMINISME Emilie du Châtelet

août 24, 2009 at 3:47 | In Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Féminisme, Politique, Société | 3 Comments
Tags:

FÉMINISME Émilie du Châtelet

Avec cet article, nous inaugurons une nouvelle rubrique de notre blog consacrée au Féminisme.

Ensuite, suivront des personnalités beaucoup plus connues telles Olympe de Gouges, Flora Tristan ou Louise Michel et celles que vous nous suggérerez y compris hors de nos frontières, bien sûr.

Nous vous remercions par avance de votre coopération.

Emilie_du_Châtelet

Gabrielle Émilie Le Tonnelier de Breteuil, marquise du Châtelet, communément appelée Émilie du Châtelet est née à Paris le 17 décembre 1706 et morte à Lunéville le 10 septembre 1749. Elle fut mathématicienne et physicienne. Elle n’est certes pas une féministe au sens où nous l’entendons aujourd’hui mais elle fait partie d’une longue lignée qui, au cours de l’Histoire, y aboutira.

Fille de Louis Nicolas Le Tonnelier, baron de Breteuil, introducteur des Ambassadeurs de Louis XIV, Émilie a la chance de vivre dans un milieu ouvert ; ses parents reçoivent le poètes : Jean-Baptiste Rousseau, Fontenelle, par exemple, dans leur salon parisien.

Elle doit à son père une éducation qui d’ordinaire n’était que rarement dispensée aux filles. Lui-même lui enseigne le latin et est douée pour les études. Elle apprend également le grec et l’allemand, la musique et joue du clavecin, aime chanter l’opéra.

UNE LIBERTINE :

Présentée à seize ans à la Cour du régent par son père, elle est séduite par les plaisirs de la vie

Mariée au marquis Florent Claude du Châtelet qui a trente ans et elle dix-neuf, elle vit quelques temps à Semur-en-Auxois ; son mari en étant gouverneur. C’est là qu’elle rencontre le mathématicien Mézières. Son mari la laisse vivre librement ; se rendant compte de ses propres limites autant que des capacités intellectuelles de sa femme. De ses divers amants, c’est Voltaire qui aura sur elle le plus d’influence, l’encourageant à approfondir ses connaissances en physique et en mathématiques, la considérant supérieure à lui-même en ce domaine par ses connaissances.

UNE SCIENTIFIQUE :

Émilie du Châtelet devient alors une scientifique alors que ce terme n’existe pas encore. Il y avait eu d’esprits scientifiques féminins bien avant telle Hypatie d’Alexandrie[1] dans l’Antiquité.

Émilie étudie Leibniz, travaille avec Clairaut, Maupertuis, König, Bernoulli, Euler, Réaumur, autant de personnages auxquels on doit l’apparition des sciences exactes, concept inexistant à l’époque.

Elle entreprend la traduction des Principia Mathematica de Newton et travaille en liaison avec Buffon.

Elle fait la connaissance de Voltaire en 1734 alors qu’il est en disgrâce et l’accueille chez elle : il a trente-neuf ans et elle vingt-sept, leur liaison va durer quinze ans. C’est lui qui la pousse à traduire Newton et qui lui fait prendre conscience de sa liberté de penser par elle-même. Après avoir eu la chance, rare pour l’époque, d’avoir eu un père ne la considérant pas exclusivement comme une « fille à doter et à marier » pour nouer des relations intéressées, elle a celle d’avoir un compagnon la considérant son égale. Voltaire se montra du reste toujours admiratif envers elle, louant son intelligence et ses qualités.

Place stanislas-nord-nancyPlace Stanislas à Nancy

À son arrivée à Lunéville, à la cour de Stanislas Leszczynski[2], en 1746, elle s’éprend du poète Saint-Lambert et délaisse Voltaire avec lequel elle restera liée d’amitié. Elle meurt trois ans plus tard à la suite d’un accouchement, à l’âge tardif de quarante-trois ans, mettant au monde une petite fille qui ne lui survivra pas.

Saint-Lambert et Voltaire l’assistent jusqu’au bout. C’est Voltaire qui se charge de faire publier la fameuse traduction que son amie avait faite du traité de Newton et qu’elle avait envoyée à la bibliothèque du roi, comme si elle avait pressenti sa fin prochaine.

Le journal des savants[3] consacre deux grands articles à l’analyse de ses Institutions de Physique et écrit d’elle :

« Quel encouragement pour ceux qui les cultivent (les sciences), de voir une Dame qui, pouvant plaire dans le monde, a mieux aimé s’instruire dans sa retraite, qui dans un âge où les plaisirs s’offrent en foule, préfère à leur erreur malheureusement si douce, la recherche de la vérité toujours si pénible, qui alliant enfin la force aux grâces de l’esprit et de la figure, n’est point arrêtée par ce que les sciences ont de plus abstrait »

Élisabeth Badinter a publié une étude approfondie sur Émilie Du Châtelet, où elle met en lumière l’« ambition féminine » qui se fait jour au cours du XVIIIe siècle. Selon elle, Émilie avait quelque chose de viril, d’androgyne et c’est pourquoi elle en rajoutait sur l’apparence, fanfreluches et maquillage.

Œuvres d’Émilie du Châtelet

  • Institutions de Physique, Paris, 1740, in-8°
  • Analyse de la philosophie de Leibniz, 1740
  • Réponse à la lettre de Mairan sur la question des forces vives, Bruxelles, 1741, in-8°
  • Dissertation sur la nature et la propagation du feu, Paris, 1744, in-8°
  • Trad. des Principes de Newton, publiée par Clairaut, 1756, avec son éloge par Voltaire.
  • Principes mathématiques de la philosophie naturelle traduction de Newton, Paris, 1766
  • Discours sur le bonheur 1779
  • Doutes sur les religions révélées, adressés à Voltaire (Paris, 1792, in-8°)
  • Opuscules philosophiques et littéraires, 1796
  • De l’Existence de Dieu.

  • Sur Émilie du Châtelet
  • Élisabeth Badinter : Émilie, Émilie ou l’ambition féminine au XVIIIe siècle, Flammarion, Paris, 1983, réédition 2006.



[1] Hypatie d’Alexandrie née vers 370  – 415) mathématicienne et philosophe grecque. Son père Théon d’Alexandrie, dernier directeur du Musée d’Alexandrie, est éditeur éduque sa fille en l’initiant à la mathématique et à la philosophie. Elle a peut-être dirigé l’école néoplatonicienne d’Alexandrie. En mars 415, à 45 ans, elle meurt lapidée par des chrétiens fanatiques. Selon la thèse de Socrate le Scolastique (vers 440), les chrétiens lui reprochaient d’empêcher la réconciliation entre le patriarche Cyrille d’Alexandrie et le préfet romain Oreste à la suite de conflits sanglants entre diverses communautés religieuses d’Alexandrie.

[2] Stanislas Leszczyński  est né à Lwów en Pologne et mort à Lunéville en 1766. Il fut roi de Pologne de 1704 à 1709 et de 1733 à 1736 sous le nom de Stanislas Ier.  En 1737 il devient duc de Lorraine et de Bar jusqu’à sa mort.

[3] Le Journal des sçavans, devenu plus tard Journal des savants, est le plus ancien périodique littéraire et scientifique d’Europe. Le premier numéro parut à Paris le 5 janvier 1665 sous forme d’un bulletin de douze pages annonçant son objectif de faire connaître « ce qui se passe de nouveau dans la République des lettres »

Notre conte de l’été Tintin Hortefeux et Castafiore Lagarde au pays des cadets et des oignons

août 21, 2009 at 7:38 | In Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Environnement OGM, Politique, sarkosy, social | 5 Comments
Tags:

Notre conte de l’été Tintin Hortefeux et Castafiore Lagarde au pays des cadets et des oignons

Hortefeux tintin. expulse au Congo gifsans papiers tintin_congo-V3

On sait que vous rentrez de vacances ! Vous avez le moral dans les chaussettes et les chaussettes dans la valise ; la valise dans la bagnole et la bagnole va vous lâcher !! Merde, la prime à la casse est finie ! La crise de l’automobile va pouvoir reprendre et enlaidir…

Bref, vous êtes d’une humeur massacrante !! Qu’à cela ne tienne, nous allons massacrer pour vous ; pas de risques inutiles, nous, on a l’habitude…. c’est sympa, non ???

Il était une fois Castafiore Lagarde qui rentrait de courses. Elle avait tout raflé chez Fauchon et le chauffeur avait tout chargé dans la limousine ; tout sauf les oignons ! C’est que la Castafiore, à force de s’occuper des oignons des banques, en arrivait à oublier les siens…. Comment allait elle bien pouvoir chialer dans le micro…sans oignons ???

De son côté, Tintin Hortefeux rêvait lui aussi de tout rafler…mais lui, c’était en banlieue… Ces lieux regroupement et de perdition n’ayant été que très partiellement karchérisés par Simplet, il avait reçu consigne de laver plus blanc, fut-ce à l’eau …de Vichy.  Mais voilà qu’en plein été, des pléonasmes, pardon, des fonctionnaires zélés, avaient foutu par terre son recrutement de cadets ! Y’a plus d’sous qu’y disaient, les pléonasmes !! On va voir ce qu’on va voir ! hurla le tintinophile !

Il décrocha son combiné interministériel et un regard mauvais à son directeur de cabinet !

-         Casta, du pèze ! cria-t-il dans l’appareil.

-         Pas beaucoup en ce moment ! répondit Lagarde

-         Je te demande pas si tu baises, je te demande du pèze ….avec un « P » comme dans Pétain !!

-         Ha, bon ! j’avais mal compris !! Y’avait foule chez Fauchon ! S’il ne te faut que ça, c’est O.K, Simplet est en train de faire marcher la planche au Cap Nègre

-         Quoi, le patron bosse au noir ?????

-         Mais non Tintin !! Chouchou est en vacances ; il fait la planche dans les vagues …Y’a pas de malaise !

-         T’es sûre au moins, avec les vagues, on ne sait jamais …un vagal peut en cacher un autre….Mais bon, j’ai mes sous alors ?

-         Mais oui, grand fou ! reprit Castafiore. Tu peux les rafler tes petits jeunes ! Envoie-moi donc la photo de ta première promo et si la photo est bonne …..tu me présenteras quelque jeune homme …..

Castafiore rentra en son ministère et vérifia ses courses en reluquant les cours de la bourses sorties par un conseiller ou l’inverse comme dirait la comtesse du canard….

C’est là qu’elle réalisa qu’elle avait omis les oignons ! Fort heureusement, le conseiller zélé – nouveau pléonasme – lui fit passer la dernière blague de Gadonneix-EDF qui réclamait 10% de hausse de ses tarifs

Castafiore se leva d’un bond, bousculant au passage les pieds endoloris d’un secrétaire qui venait d’ôter ses chaussures.

-         Aie ! cria la secrétaire ….Mes oignons !!Oignons rouges

-         Ha non ! s’emporta Lagarde ! C’est pas le jour ; passez-moi Gadonneix toutes irradiations cessantes !

-         Allo, Pierre ?

-         Oui madame la ministre….

-         Je tenais à vous remercier, Pierre !  J’avais justement dans l’antichambre de fidèles porteurs de micros obligeamment envoyés par Philippe Val et je viens de surcroît d’oublier mes oignons ….Bon ! J’ai bien compris votre message subliminal, Pierre, en fait vous voulez combien ?

-         Disons…2% madame la ministre…Oui, c’est ça …2 %

-         Je vous en accorde 1,9 Pierre …c’est plus médiatique !! Pour les gueux, n’est-ce pas Pierre, les 1,9 % …Pour nos amis, vous essaierez de faire moins

-         Merci madame la ministre !

Castafiore s’en fut recevoir la presse qui piaffait dans l’antichambre, déclara la larme à l’œil et sans oignons, que ce Gadonneix était un moins que rien, que ce serait 1,9 % non négociables ! Ha mais !!

-         Madame la Ministre, osa un plumitif, Monsieur Hortefeux vient de confirmer qu’il embaucherait ses cadets comme prévu, vous confirmez ?

-         Je confirme ! affirma Castafiore, une autre larme dans l’autre œil. Nous avons trouvé une solution tout à l’heure.

-         Sur intervention du Président ? tenta un vacataire de Radio France que ses collègues fusillaient du regard à défaut de mieux.

-         Le Président est en vacances mais tient ferme ..le cap …et vous : occupez-vous de vos oignons !

Lagarde foire ail oignon boudin

L’Histoire en Chansons

août 16, 2009 at 9:14 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Le coin des ziques qu'on aime bien, Mai 68, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, sarkosy | 14 Comments

L’ Histoire en Chansons

De tout temps, l’Histoire a été marquée par des chansons qui contribuent ainsi à notre connaissance. Impossible d’être exhaustif, évidemment mais voici un florilège. Certaines chansons sont à vomir, d’autres émouvantes …que nous le voulions ou non, elles sont l’Histoire ! Peu de textes beaucoup de liens pour vous en offrir un maximum.

L’épopée biblique :

Josué à la bataille de Jéricho par la grande Mahalia Jackson

http://www.youtube.com/watch?v=fY0G_S6ZrtE&feature=related

Un vieux spiritual par Louis Armstrong : Sometimes I feel like a motherless Child

http://www.youtube.com/watch?v=894v6kNSYu8&feature=PlayList&p=9813F4FC363157CB&playnext=1&playnext_from=PL&index=1

On avance un peu …beaucoup même …l’an Mil et un peu après …l’épopée Cathare ….On n’est pas obligé d’aimer les phallus qui bordent l’autoroute…

chevaliers cathares2

Francis Cabrel, lui, n’aime pas trop !!

Les chevaliers cathares :

http://www.youtube.com/watch?v=fktY0ptO5mw

Encore un peu …Jeanne d’Arc ; une excellente interprétation de la Jeanne de Léonard Cohen :

http://www.youtube.com/watch?v=vmAIp4vsitc

Avançons encore …Madame de Pompadour ne plait pas à tout le monde ….

Pompadour

Gabriel Yacoub chante : Comprenez-vous ?

http://ticou.vox.com/library/audio/6a00f48cea66d4000200fa96881bbe0002.html

Et ça continue ….Contre La Poisson !! La Pompadour, favorite de Louis XV, était née Jeanne Antoinette Poisson

http://www.youtube.com/watch?v=-MoY5BhKy-8&feature=related

Sautons un roi….., la révolution, les révoltes, la chouannerie, la question sociale, la Commune de Paris

Qu’est-il ? Rien …Que veut-il ? Devenir quelque chose !! Le Tiers-Etat

http://www.youtube.com/watch?v=7dTC2rONNtM&feature=related

La Fête de la Fédération …14 juillet 1790 ….La bonne aventure oh gué

http://www.youtube.com/watch?v=7wki8_GhGck&feature=related

La Chouannerie : Le chant de l’armée de Charrette 1793

Médaille de Chouan

http://www.youtube.com/watch?v=yIg0xFy2TWQ&feature=related

L’épopée Napoléonienne…..Le rêve passe ….Une chanson créée par Bérard en 1907 à la gloire des armées napoléoniennes

http://www.youtube.com/watch?v=2yr5R4qAB2g&feature=related

Mais, les soldats, eux, pensent à autre chose : Ils demandent à boire à « l’aimable Fanchon »

http://www.youtube.com/watch?v=7W13psu5s00&feature=related

Ou bien préfèreraient être  ….Après de leur blonde..

http://www.youtube.com/watch?v=C9xCSI26DVc&feature=related

Tout ceci se termine…..La Marche de la Garde Impériale à Waterloo

http://www.youtube.com/watch?v=FZ_SFLzt-n4&feature=related

Les journées de 1848 : Le chant des Girondins ; Chanson écrite à l’occasion de la représentation d’un drame  “Le Chevalier de Maison-Rouge”, d’Alexandre Dumas et Auguste Maquet. La chanson fut un immense succès ….en 1847 …on pense déjà à 48 !

http://www.youtube.com/watch?v=O7ZE7kzcOj8&feature=related

Napoléon le Petit …tiens ? Déjà !! Le sire de fiche ton camp ….écrite sous La Commune …

http://www.youtube.com/watch?v=H2vDuCezDvo&feature=related

La Guerre de 70 …Sedan …La Commune ….Le massacre …La Semaine sanglante ..C’est François Béranger qui la chante …Nous le retrouverons.

http://www.youtube.com/watch?v=djuLvrGSFiI

Déroulède caricature

Caricature de Déroulède

Mais les va-t-en-guerre sont à l’œuvre dont ce crétin de Déroulède en 1875 !!

http://www.youtube.com/watch?v=yUvMSrcreQY&feature=related

On la rechantera avant 14…Pour mobiliser les gogos !!

Mais, dès 1885 – 86… les luttes reprennent…l’espoir renaît ….Finalement, malgré « La tourbe des bourreaux gras » ….Elle n’est pas morte !!

Chantée ici par la grande Germaine Montero sur des paroles d’Eugène Pottier, l’auteur de l’Internationale.

http://www.youtube.com/watch?v=WUUC7Z3aaqo

Début du siècle les impérialismes s’affrontent ….encore un p’tit coup de Clairon, façon Botrel cette fois !!! On glorifie Rosalie, notre si bonne baïonnette cruciforme interdite par la convention de Genève …on s’en fout…ça rentre !!!! Allons ! Verse à boire, bourré, on monte mieux en ligne !!

http://www.youtube.com/watch?v=LkjEtFMmWdY&feature=related

Mais tout le monde n’est pas d’accord …1917 …Les mutineries…Craonne …Là, vous avez un article entier sur notre blog : LA CHANSON DE CRAONNE

Avec des photos et des images terribles.

Et les joyeusetés continuent…..L’intelligence militaire avance à grands pas, même quand on en a jusqu’à la ceinture …Graeme Alwright l’a écrite …l’anonyme de tout à l’heure nous le chante ; il s’appelle Michel !

http://www.youtube.com/watch?v=V5-rr4Aeuqc

La montée des périls …La Guerre d’Espagne : Chante Paco ! A galopar ! Avec la surprise d’un grand poète espagnol qui nous a quittés en 1999….

http://www.youtube.com/watch?v=15JfnrqBqSI

munich caricature

Munich

Encore une « bonne guerre » ….39-45 : The Kinks – Mr Churchill Says

http://www.youtube.com/watch?v=Fk24stOBie4

L'affiche rouge

Mais ça résiste …pas autant qu’on nous l’a dit mais ça résiste ! Le Chant des Partisans…

http://www.youtube.com/watch?v=15JfnrqBqSI

Double lynchage à Marion Indiana 1930

Double lynchage à Marion Indiana 1930

En 1939, on applique toujours la loi de Lynch aux USA …d’étranges fruits pendent aux arbres. Billie Holliday chante l’une des premières chansons antiracistes : Strange Fruit !!!!!

http://www.youtube.com/watch?v=h4ZyuULy9zs

Toute la désespérance de l’occupation dans cette chanson de Léo Marjane : Seule ce soir ….

http://www.youtube.com/watch?v=via0kHcEV1A

Marlène Dietrich aussi résiste à sa manière : Lily Marlène dans un camp US en Alaska …

http://www.youtube.com/watch?v=oRxR7e2c2L0

La libération de Paris ..St Germain des Près …Les Zazous !! Une reprise de l’inoxydable Brigitte Fontaine ….

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Zazous/video/x1539u_brigitte-fontaine-m-ya-des-zazous_music

Ensuite …les trente glorieuses …Le progrès …. Soit pas cruelle … passe-moi un coup de fil !!!!

http://www.dailymotion.com/relevance/search/don%27t+be+cruel/video/x345o4_elvis-presley-dont-be-cruel

Mai 68 …Français-Immigrés Tous unis !!! Ouais …Pas tant que ça …n’est-ce pas François Béranger ?

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Fran%C3%A7ois+B%C3%A9ranger+Mamadou+m%27a+dit/video/x6tke8_mamadoumadit-francois-beranger_music

Et ça continue ….Le chili …Pinochet …Rafles ..Stade de Santiago du Chili ….La junte assassine Victor Jara ..Julos Beaucarne écrit une Lettre à Kissinger : ici par Chanson Rebelle …

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Lettre+%C3%A0+Kissinger/video/x83ekr_lettre-a-kissinger_music

François Béranger avait raison …ça continue …Heureusement la jeune génération prend la relève ! Thomas Pitiot – Mamadou l’Etranger

http://www.youtube.com/watch?v=q0nMpiGZ1xc

Mais la génération d’avant est encore là ! Francesca Solleville nous résume tout ça façon Ferrat à la fête de l’Huma 2008 : Ma France…

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Francesca+solleville/video/x6rqdu_fete-de-lhuma-2008-f-solleville-ma_music

Guy Dutron 16 08 2009

Le coin des poèmes qu’on y tient Henry Longfellow

août 16, 2009 at 2:31 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Environnement OGM, Le coin des poèmes qu'on y tient, Politique, Société | Leave a Comment
Tags:

Le coin des poèmes qu’on y tient Henry Longfellow

Henry_wasdworth_longfellow

Henry Wadsworth Longfellow est né le 27 février 1807 à  Portland, Maine Etats-Unis – il est décédé le 24 mars 1882 à Cambridge, Massachusetts, États-Unis. Poète américain, il est l’auteur de nombreux poèmes encore célèbres de nos jours aux États-Unis, tels que The Song of Hiawatha (Le Chant de Hiawatha). Il passa l’essentiel de son existence à Cambridge, près de l’université d’Harvard.

Il ne serait peut-être pas connu en France s’il n’avait été traduit voire imité (mais en le disant) par Charles Baudelaire.

Nous vous offrons deux poèmes de Longfellow : l’un ouvertement imité, l’autre traduit par Baudelaire….du grand art encore plein de signification de nos jours

En 1885, Longfellow  écrit The Song of Hiawatha en vers trochaïques[1], ( de trochée[2] ), les mieux adaptés au rythme saccadé et répétitif des danses amérindiennes. Dans ce récit d’une cinquantaine de pages empreintes d’un grand lyrisme, l’auteur tente de mêler dans la trame du récit des thèmes américains et des légendes indiennes, en particulier celles de la tribu Onondaga, établie dans le nord-est du contient américain

Le Chant de Hiawatha (Titre original : The Song of Hiawatha) est un poème épique en vers libres. Il est symbolique de la littérature américaine d’inspiration indienne du XIXe siècle. Le poème, qui évoque la vie d’un Indien du nom de Hiawatha, puise ses références dans les légendes et les histoires des tribus indiennes nord-américaines, particulièrement celles des Ojibwés du Michigan du Nord, du Wisconsin, et du Minnesota

Nous vous offrons deux poèmes de Longfellow : l’un ouvertement imité, l’autre traduit par Baudelaire….du grand art encore plein de signification de nos jours

« Le calumet de la Paix » – imité par Baudelaire et il y a de la geste Rabelaisienne dans ce chant – tiré du Chant Hiawatha et un autre morceau de ce chant auquel je tiens tout particulièrement : « L’enfance d’Hiawatha » traduit par Baudelaire

Le Calumet de Paix

(Imité de Longfellow)

I

Or Gitche Manito, le Maître de la Vie,
Le Puissant, descendit dans la verte prairie,
Dans l’immense prairie aux coteaux montueux;
Et là, sur les rochers de la Rouge Carrière,
Dominant tout l’espace et baigné de lumière,
Il se tenait debout, vaste et majestueux.

Alors il convoqua les peuples innombrables,
Plus nombreux que ne sont les herbes et les sables.
Avec sa main terrible il rompit un morceau
Du rocher, dont il fit une pipe superbe,
Puis, au bord du ruisseau, dans une énorme gerbe,
Pour s’en faire un tuyau, choisit un long roseau.

Pour la bourrer il prit au saule son écorce;
Et lui, le Tout-Puissant, Créateur de la Force,
Debout, il alluma, comme un divin fanal,
La Pipe de la Paix. Debout sur la Carrière
Il fumait, droit, superbe et baigné de lumière.
Or pour les nations c’était le grand signal.

Et lentement montait la divine fumée
Dans l’air doux du matin, onduleuse, embaumée.
Et d’abord ce ne fut qu’un sillon ténébreux;
Puis la vapeur se fit plus bleue et plus épaisse,
Puis blanchit; et montant, et grossissant sans cesse,
Elle alla se briser au dur plafond des cieux.

Des plus lointains sommets des Montagnes Rocheuses,
Depuis les lacs du Nord aux ondes tapageuses,
Depuis Tawasentha, le vallon sans pareil,
Jusqu’à Tuscaloosa, la forêt parfumée,
Tous virent le signal et l’immense fumée
Montant paisiblement dans le matin vermeil.

Les Prophètes disaient: «Voyez-vous cette bande
De vapeur, qui, semblable à la main qui commande,
Oscille et se détache en noir sur le soleil?
C’est Gitche Manito, le Maître de la Vie,
Qui dit aux quatre coins de l’immense prairie:
‘Je vous convoque tous, guerriers, à mon conseil!’.»

Par le chemin des eaux, par la route des plaines,
Par les quatre côtés d’où soufflent les haleines
Du vent, tous les guerriers de chaque tribu, tous,
Comprenant le signal du nuage qui bouge,
Vinrent docilement à la Carrière Rouge
Où Gitche Manito leur donnait rendez-vous.

Les guerriers se tenaient sur la verte prairie,
Tous équipés en guerre, et la mine aguerrie,
Bariolés ainsi qu’un feuillage automnal ;
Et la haine qui fait combattre tous les êtres,
La haine qui brûlait les yeux de leurs ancêtres
Incendiait encor leurs yeux d’un feu fatal.

Et leurs yeux étaient pleins de haine héréditaire.
Or Gitche Manito, le Maître de la Terre,
Les considérait tous avec compassion,
Comme un père très-bon, ennemi du désordre,
Qui voit ses chers petits batailler et se mordre.
Tel Gitche Manito pour toute nation.

Il étendit sur eux sa puissante main droite
Pour subjuguer leur cœur et leur nature étroite,
Pour rafraîchir leur fièvre à l’ombre de sa main;
Puis il leur dit avec sa voix majestueuse,
Comparable à la voix d’une eau tumultueuse
Qui tombe et rend un son monstrueux, surhumain:

II

«O ma postérité, déplorable et chérie!
O mes fils! écoutez la divine raison.
C’est Gitche Manito, le Maître de la Vie,
Qui vous parle ! Celui qui dans votre patrie
A mis l’ours, le castor, le renne et le bison.

Je vous ai fait la chasse et la pêche faciles ;
Pourquoi donc le chasseur devient-il assassin ?
Le marais fut par moi peuplé de volatiles;
Pourquoi n’êtes-vous pas contents, fils indociles ?
Pourquoi l’homme fait-il la chasse à son voisin ?

Je suis vraiment bien las de vos horribles guerres.
Vos prières, vos vœux mêmes sont des forfaits!
Le péril est pour vous dans vos humeurs contraires,
Et c’est dans l’union qu’est votre force. En frères
Vivez donc, et sachez vous maintenir en paix.

Bientôt vous recevrez de ma main un Prophète
Qui viendra vous instruire et souffrir avec vous.
Sa parole fera de la vie une fête;
Mais si vous méprisez sa sagesse parfaite,
Pauvres enfants maudits, vous disparaîtrez tous!

Effacez dans les flots vos couleurs meurtrières.
Les roseaux sont nombreux et le roc est épais;
Chacun en peut tirer sa pipe. Plus de guerres,
Plus de sang ! Désormais vivez comme des frères,
Et tous, unis, fumez, le Calumet de Paix !»

L’enfance d’Hiawatha

La belle Wénonah, la douce et tendre mère

D’Hiawatha mourut dans une angoisse amère ;

Car Vent- d’Ouest, guerrier parjure, abandonna

Ta fille, Ô Nokomia ! La tendre Wénonah.

Sur les bords de Guitche Gumee, nappe vermeille :

S’élevait le Wigwam de Nokomia la vieille ;

La forêt de pins noirs, par derrière, ondulait,

Et la Grosse-Eau-de-Mer par-devant déferlait.

La vieille Nokomia, malgré tant de détresses,

A trouvé dans son cœur de nouvelles tendresses ;

C’est elle qui berçant le pauvre Hiawatha,

Dans son sein amaigri longtemps le dorlota.

La patiente aïeule, aux tempes racornies,

De l’enfant gémissant calmait les agonies

Disant, s’il criait trop : « Chut ! l’Ours-Nu t’entendra !

Sois bien sage ! Sinon l’Ours-Nu te mangera ! »

Dans un petit berceau fait de joncs et de mousses

Elle amusait son âme avec des chansons douces

La vieille, deux fois mère, ainsi parfois chantait.

Guy Dutron 16 – 08 – 2009

Pour ceux qui voudraient retrouver ces poèmes et les oeuvres complètes de Baudelaire, il se trouvent notamment dans :

Charles Baudelaire Œuvres complètes – Tome I – collection de la Pléiade – Papier bible – 1606 pages – 52 €


[1] Trochaïque adjectif (latin trochaicus, du grec trokhaikos)

  • Se dit d’un rythme, d’un vers où le pied fondamental est le trochée.

  • Se dit d’une coupe de l’hexamètre placée au troisième dactyle, après les deux premières syllabes de ce pied, qui forment un trochée.

[2] Trochée nom masculin (latin trochaeus, du grec trokhaîos, de trekhein, courir, parce qu’il communique au vers une allure rapide)

  • Pied composé de deux syllabes, une longue et une brève, le temps marqué portant sur la longue.

Les trois pieds politiques de l’Objection de croissance par Michel Lepesant

août 16, 2009 at 12:10 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Environnement OGM, Europe, Politique, Société, Solidarité, social | 4 Comments
Tags:

Les trois pieds politiques de l’Objection de croissance

par Michel Lepesant

Escargot décroissance

Notre ami Michel Lepesant est un petit cachotier ! Professeur de philosophie, nous le pensions en vacances ; en fait il était à Nantes pour s’opposer avec d’autres à un projet d’aéroport.

http://www.leparisien.fr/economie/nantes-les-opposants-a-l-aeroport-manifestent-08-08-2009-601973.php

http://www.lalsace.fr/fr/article/1863493,1202/Nantes-des-opposants-a-l-aeroport-Grand-Ouest-manifestent-dans-l-aerogare.html

Mais Michel réfléchissait aussi et travaillait. Il vient de livrer un document de 54 pages intitulé « Les trois pieds de l’Objection de croissance » car Michel est objecteur de croissance et membre du RESEDA. Il préfère d’ailleurs dire : « Objecteur de conscience à la croissance ». Une trouvaille que je trouve intéressante et intelligente.

Il y en a d’autres dans son document que je viens de lire d’une traite tant il est clair notamment quand il qualifie de “trajet” notre objectif de transformation écologique et sociale…c’est bien plus parlant.

Ce texte est aussi un peu théorique…comment faire autrement …mais bien écrit. Notre petit RESEDA comptait déjà 4 écrivains ; si Michel le voulait, il serait bientôt le cinquième.

http://dutron.wordpress.com/2009/07/14/les-ecrivains-du-reseda/

Quand je pense que nous en attendons un autre incessamment sous peu…nous en reparlerons…,

d’ici à ce que des malfaisants ou des jaloux nous cataloguent ramassis d’intellos infréquentable,

y’a pas des kilomètres !! Copulation de mouches

Le texte de Michel est bien trop long pour le format d’un blog mais Michel a eu la bonne idée de la mettre en ligne sur notre site national du RESEDA que vous devriez apprendre à visiter bande de flemmards !!

Vous pourrez donc le lire sur :

http://reseda.ouvaton.org/index.php?post/2009/08/14/tripode

Sur notre blog, je me contente de vous donner l’eau à la bouche avec le plan du travail de Michel

Logo europe décroissance

Introduction

a) Trois ambitions.

b) Deux écueils.

  1. 1. Sortir de la Gauche.

    1. A. Ne pas être insensible à l’historique.

    2. B. Hypothèses historiques.

    3. C. Hériter du marxisme.

a) Qui pour appeler à d’autres mondes possibles ?

b) Quand d’autres mondes seront-ils possibles ?

Un principe de non-violence.

Un principe d’horizon.

c) Comment d’autres mondes seront-ils possibles ?

  1. 2. Sortir du Capitalisme.

    1. A. Le pied des expérimentations.

a)   Changer le monde sans prendre le pouvoir.

b)   Quelles sont les conditions d’efficience de la masse critique ?

c)   Les alternatives concrètes.

  1. B. Le pied spectaculaire.

a)   Les pétitions.

b)   Les manifestations.

c)   Les votes.

  1. C. Le pied du projet.

En guise de conclusion : articuler les alternatives.

Quelques réponses à quelques questions.

Eléments de bibliographie.

Il y a peu, je publiais un texte en forme d’appel : « Pour construire la nouvelle utopie réaliste »

http://reseda.ouvaton.org/index.php?post/2009/06/17/Nouvelle-Utopie-R%C3%A9aliste

De son côté, Geneviève Sabathé travaille sur l’Usologie : « De l’usager à l’usologue, vers une politique de l’expérience ! »

http://reseda.ouvaton.org/index.php?post/2009/06/19/De-l%E2%80%99usager-%C3%A0-l%E2%80%99usologue%2C-vers-une-politique-de-l%E2%80%99exp%C3%A9rience-!2

Il me semble que tout ceci ne s’emboite pas si mal !!!

Une manière aussi de donner un début de réponse à l’un de nos amis qui très récemment sur notre blog nous disait tout le bien qu’il pensait du blog mais que ce qu’il manquait, c’était :

3°) des analyses globales au niveau politique, économique et écologique. Démonter, entre autres, tout ce qui se cache derrière le discours actuel des dirigeants ou opposants.


4°) des analyses sur ce qui se fait de bien dans le domaine de la réflexion. On a l’impression qu’il n’y a personne qui réfléchit ; je pense que ce n’est pas vrai mais que l’on n’est pas au courant.

L’auteur de ces lignes, c’est Ch’tiot Pierre de Quiéry La Motte (62) qui est aussi l’animateur du DAL Nord Pas-de-Calais.

Ben voilà, l’homme à la moto !! Tu as un commencement de réponse.

Guy Dutron 15 08 2009

Après la guerre des polices la guerre police – justice Belgique ton Etat de droit se meurt

août 15, 2009 at 1:12 | In Altermondialisme, Belgique, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Europe, Politique, Société, social | 1 Comment
Tags:

Après la guerre des polices la guerre police – justice Belgique ton Etat de droit se meurt

Encore une histoire belge, direz-vous ? Oui mais qui pourrait se passer chez nous, il n’est que de s’intéresser à nos tribunaux de commerce par exemple !!

Mais celle-là ça se passe de l’autre côté de notre frontière. Nous avions déjà connu la guerre des polices durant l’affaire Dutroux qui avait permis à ce petit malfrat de passer trop longtemps entre les mailles du filet ..des enfants en sont mortes, la police court toujours !

Ici, c’est la police qui accuse la justice et vice-versa !!

Un dossier financier de 2004 pète au nez de Francine De Tandt et de Jacques De Lentdecker.

Francine De Tandt est l’actuelle présidente du tribunal de commerce de Bruxelles ; l’avocat général bruxellois Jacques De Lentdecker est également cité

Le ras-le-bol ! C’est ce qui aurait conduit la police judiciaire de Bruxelles à écrire une lettre atypique au ministre de la Justice, Stefaan De Clerck (CD&V), à défaut de tout autre recours. Le journal “De Tijd” a sorti l’information : des poursuites judiciaires contre des magistrats (pour corruption et faux en écriture) seraient étouffées par la haute magistrature bruxelloise elle-même, à tous les niveaux : parquets,  cours d’appel et cours de cassation. D’où la lettre au  ministre pour dénoncer ces turpitudes.

Depuis, c’est la foire d’empoigne !! C’est pas moi, c’est lui, c’est çui qui dit qui y est …Rien ne nous a été épargné…le tout sur fond d’évasions à répétition des palais de justice qui fuient comme des tuyaux percés !!

Mais ce n’est pas tout !! L’ancien membre Ecolo de la commission d’enquête parlementaire Fortis, Jean-Marc Nollet, actuel vice-président du gouvernement wallon, a reconnu vendredi avoir été au courant de la tentative d’intimidation dont aurait été victime le député socialiste Renaat Landuyt, l’un des rapporteurs de cette commission, de la part du bâtonnier néerlandophone de Bruxelles Alex Tallon. “C’est une démarché étonnante”, a reconnu Jean-Marc Nollet sur les antennes de la RTBF, avant de juger le principe “assez interpellant”.

Heureusement le flahute qui a déconné, c’est Alex, pas Achille Tallon …au pays de la BD, allez savoir !!

Mais la BD se poursuit ! Côté baveux, cette fois car, de fuite en fuite, il se murmure que, lors d’une enquête sur une affaire de blanchiment, il aurait été trouvé des jugement déjà rédigés alors qu’ils n’avaient pas été rendus chez Maître Robert Peeters. En 2004, il est soupçonné d’abus de biens sociaux, de blanchiment d’argent et d’escroquerie notamment. Lors de saisies, des documents auraient été trouvés faisant penser que l’avocat aurait pu corrompre des magistrats à Bruxelles et ailleurs. Parmi ceux-ci figurerait le nom de la présidente du tribunal de commerce de Bruxelles, Francine De Tandt.

Glenn Audenaert, directeur de la police judiciaire fédérale de Bruxelles, a confirmé ce vendredi la sincérité des informations concernant un appareil de corruption à l’œuvre dans la magistrature, d’après journal Le Soir. Il a également balayé les reproches adressés par l’avocat Robert Peeters ; ce dernier évoquant un règlement de compte. Pour le flic en chef, c’est un “nonsense” !
M. Audenaert a confirmé vendredi au Soir les soupçons de corruption à l’égard de la présidente du tribunal de Commerce de Bruxelles, Francine De Tandt. “Tout ce qui est écrit dans le Tijd est vrai. Je n’en dirai pas davantage parce que toute indiscrétion pourrait constituer un vice de procédure et compromettre l’aboutissement du dossier“, a indiqué M. Audenaert. L’avocat Robert Peeters  rejette les accusations en bloc ; il  nie tout contact préférenciel avec la présidente De Tandt et s’en prend au chef de la police judiciaire Glenn Audenaert. M. Audenaert réglerait des comptes pour venger des amis proches aujourd’hui inquiétés pour fraude. Glenn Audenaert a, de son côté, balayé ces reproches, affirmant que “toutes ces accusations sont du nonsense“. Encore !!!!

Robert Peeters, l’avocat cité dans l’affaire de magistrats suspectés de fraude, a déposé plaide auprès du juge d’instruction de Gand pour calomnie et diffamation, ainsi que viol du secret professionnel. Nonsense dirait le flic !!!

Bref, tout ceci devrait nous dilater la rate estivale si ce n’était aussi tristement révélateur des écuries d’Augias belges que nul Alphée ni Pénée ni Hercule ne vinrent jamais nettoyer !!

Toute la fin d’année 2008 et le premier semestre 2009 ont été marqués par le Fortisgate, les joyeusetés chez Dexia, les scandales politiques à répétition chez beaucoup de socialistes belges venant après ceux des années précédentes!! Vous pouvez suivre ce cirque rien que sur ce blog !! Il compte 47 articles sur la Belgique et ses malheurs !

Le lampiste, dans cette affaire, c’est le frais émoulu ministre de la justice qui manque franchement de bol, même s’il est libéral et que nous n’allons pas en chialer !!

Rendons toutefois à César ce qui est à Laurette !!! La grande prêtresse de la justice, ces dernières années, c’était la socialiste Laurette Onkelinx sur laquelle il n’y aurait pas que des roses à déposer…. Côté libéral pur jus, le ministre des finances, vice-premier ministre s’il vous plait, est de plus en plus dans le collimateur ; il s’appelle Didier Reynders ….ce serait lui que visait Renaat Landuyt  avant qu’il lui soit conseillé de la boucler !!

La frangine de Reynders, Danielle, est procureur du roi à Liège grâce à ses seuls mérites, bien sûr, à quoi pensez-vous mécréants !!!

Encore que si vous aviez des saloperies à dire, n’hésitez pas …balancez !! Au point où on en est !!!!

Dernier gag en date, une fuite d’eau a détruit des dossiers du tribunal de commerce de Bruxelles, là où sévit de Tandt …..Une fuite accidentelle, bien sûr, qu’allez-vous penser !!!!

Si vous saviez, mes chérubins, ce que pensait Baudelaire, j’ose à peine vous le dévoiler !!

Le grand Charles qui n’avait que très moyennement apprécié son long séjour à Bruxelles[1] (Lisez « La Belgique déshabillée » collection folio ) écrivit un jour un quatrain sur l’inviolabilité de la Belgique dans sa courte série « Amoenitates Belgicae » (Les charmes de la Belgique) :

Qu’on ne me touche pas je suis inviolable !

Dit la Belgique -  C’est, hélas ! incontestable.

Y toucher ? Ce serait en effet hasardeux.

Puisqu’elle est un bâton merdeux.

Enfin…nous, on y touche tout de même…de loin… avec une pince sur le nez !! Paraît que ça porte bonheur !!

mouffettes


[1] Lisez : Fusées – Mon cœur mis à nu – La Belgique déshabillée  par Charles Baudelaire – Edition d’André Guyaux – Collection Folio Classique

L’occase à Bébert II

août 13, 2009 at 6:16 | In Altermondialisme, Belgique, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Politique, Société, social | 1 Comment
Tags:

L’occase à Bébert II

Je vous préviens ! Le premier qui ironise en disant que c’est une histoire belge, je le prive de bière !!

Albert_II rigole

Selon l’agence Belga, « La Défense a choisi une compagnie aérienne “peu fiable”, Hi Fly, pour la location, sans équipage, d’un avion de ligne gros-porteur Airbus A330 pour remplacer ses A310 vieillissants, affirme le groupement industriel flamand FLAG. Ces avions transportent notamment la famille royale. »

http://www.rtbf.be/info/economie/la-defense-choisit-une-compagnie-peu-fiable-pour-louer-un-airbus-a330-flag-132680

Une petite et, selon nos renseignements, peu fiable compagnie aérienne portugaise va exploiter un Airbus A330 beaucoup trop gros avec lequel la Défense veut transporter les responsables politiques et la famille royale comme avion gouvernemental, tout en servant de ‘capacité de transport stratégique’ pour les militaires“, a indiqué le FLAG (Flemish Aerospace Group) dans un communiqué. »

« Selon lui, le ministre de la Défense, Pieter De Crem, a choisi le 28 juillet de confier – à condition qu’il n’y ait pas d’appel de deux soumissionnaires belges – le contrat de location d’un avion gouvernemental à Avico, un intermédiaire français qui proposait un A330, en collaboration avec la compagnie portugaise Hi Fly. Cette offre, moins chère, a été préférée à celle de deux candidats belges “valables“, qui proposaient chacun un Boeing 767, a ajouté le FLAG. »

C’est un choix incompréhensible“, a souligné le groupement industriel, qui ajoute que Hi Fly est, selon ses informations, une “petite compagnie peu fiable et souffrant d’une très mauvaise réputation“, avec le même capital et les mêmes propriétaires que la compagnie Air Luxor, tombée en faillite en 2006. »

Franchement, c’est l’hôpital qui se fout de la charité !! Ainsi, les portugais sont « peu fiables » ?? Et les palais de justice belges alors ?? On s’en tire à pied et sans être inquiété !!

Je sais bien moi, ce qui fait problème ! Les portugais sont gais !! C’est bien connu !! Si vous n’avez jamais participé à une fête portugaise, vous ne pouvez pas savoir !! Moi, ça m’est arrivé, et pas qu’une fois !! Y’a de la zique, des anguilles frites, des cailles farcies et, summum, du Leitao !! Si vous ne savez pas ce qu’est le Leitao, vous êtes des ignares, ignotanta, ignorantus, ignorantum !! Le Leitao, c’est du cochon de lait longuement cuit au four pas trop chaud !! Il vous fond dans la bouche et, si vous mettez par là-dessus un petit Cantanhede de derrière les fagots qui tape ces 13° sans sucre ajouté, vous m’en direz des nouvelles !!!

Et le fado de Coimbra, c’est à qui le fado de Coimbra ?

Par des jeunes d’aujourd’hui :

http://www.youtube.com/watch?v=f3WGttZdksg

http://www.youtube.com/watch?v=6wLsRijX0hs

Amalia Rodrigues – Coimbra

http://www.youtube.com/watch?v=BWPWZiihfHY

Enfoncées, les carbonnades flamandes à Bébert !! Avec de la vieille carne bourrée d’hormones en vente quasi libre à Charleroi et dans les fermes accréditées !! Si vous n’avez jamais vu le cul d’une « blanc bleue belge », vous ne pouvez pas savoir non plus !!

blancbleubelge6939hg1

Vive le Leitao et le fado !!

L’autre chose qui constipe les flamands, c’est que les portugais sont généreux alors qu’ils sont radins en plus d’être « nazis pendant les guerres et catholiques entre-elles » comme l’attestait l’abbé Brel !!

Quoiqu’il en soit, voici Bébert II nanti d’un fer à repasser volant !! Il a pourtant les moyens le tremblant ! Son aïeul Popaul II avait fait fortune dans le caoutchouc en génocidant un peu les congolais !! On vous l’a dit et répété !!

http://dutron.wordpress.com/2008/08/10/pour-defendre-les-droits-de-l%E2%80%99homme-partout-dans-le-monde-en-chine-en-russie-et-ailleurs-balayons-devant-notre-porte-en-occident-en-belgique-et-en-france/

On se demande encore comment, avec un ancêtre en caoutchouc, Baudouin a pu épouser une espagnole proche de l’Opus Dei et  violemment hostile à la capote …

La réponse est simple : les voies du seigneur sont impénétrables !!!

capote effervescente

Festival d’Avignon De l’encens, il « soufre » ! par Geneviève Confort-Sabathé

août 12, 2009 at 5:37 | In Belgique, Culture - Livres, Europe, Politique, Société | Leave a Comment
Tags: ,

Festival d’Avignon

De l’encens, il « soufre » !

par Geneviève Confort-Sabathé

Est-ce un signe avant-coureur de tristes topiques ? André Benedetto, le père du festival OFF d’Avignon vient de casser sa pipe en pleine édition 2009. Un malaise vagal sans rémission.

Personne ne peut dire ce qu’il adviendra de cette machine infernale sans celui qui lui a toujours servi de gouvernail. Même si parfois, André le Magnifique naviguait à vue, il ne trahissait jamais sa trajectoire d’artiste engagé.

Depuis trente ans que j’arpente ce festival, j’y ai connu le meilleur et le pire du IN et du OFF.

Le IN, je ne fréquente plus. Trop cher, trop branché, trop policé sous ses allures amphigouriques, prétentiardes et académiques en diable, ma chère !

Le OFF, j’aime encore y traîner mes tongs et mon éventail, vieux de dix ans.

Cette année, nous avons eu bien du mal, mon mari et moi, à trouver des spectacles à notre convenance. Engagés, intelligents, bien interprétés et savamment mis en scène. Heureusement, il y le théâtre des Doms où s’exprime l’avant-garde belge. Cette année, leur logo était un chou de Bruxelles en forme de grenade à dégoupiller. Tout un programme ! Hamelin, Sans racines et sans ailes, deux beaux spectacles qui sentent bon la Flandre.

Choux grenade afficheL’affiche de “Nom des Doms”(1)

Comme d’habitude, certaines troupes et théâtres du OFF veulent jouer dans la cour des grands. Le théâtre Notre-Dame aimerait bien avoir l’air… En programmant Marie Stuart, sans décor mais avec costumes, il jouait sur le velours sans risquer de se prendre une planche. A peine distrayant malgré le striptease de la Reine Rouge juste avant sa décapitation.

A la Caserne des Pompiers, le haut-lieu du théâtre de Champagne-Ardenne, la programmation sent le soufre. Chaque année, un peu plus.

Cette fois, un auteur inconnu et qui gagne à le rester s’est illustré en offrant à l’acteur Fabien Joubert un texte d’incitation à la haine raciale (contre les musulmans) et à la violence sexiste (contre les femmes jeunes et vieilles). On se demande comment il se fait que ce spectacle n’ait pas subi les foudres de nos intellectuels, habituellement si prompts à fustiger le racisme ? Un spectacle sale et dérangeant !

A l’opposé, la superbe performance de l’acteur Marc-Henri Lamande mérite d’être encensée. D’autant plus que le théâtre de la Manutention n’en est pas à son coup d’essai. Louis-Ferdinand Céline est un génie, c’est entendu mais encore fallait-il faire briller ce diamant brut si facilement réfractaire. Ici, on parie sur l’intelligence des spectateurs. On peut rire de tout mais…

L’étonnant travail de mimétisme de l’acteur avec l’auteur est si remarquable qu’on a bien l’impression d’avoir vu le vrai. Mais le plus important est ailleurs, le texte est fort, violent, sans concession sur la création artistique, la politique, la guerre, la mort et surtout ce style qui bouleversa la littérature, la renversa cul par-dessus tête pour la rendre si vivante.

« Dieu, qu’ils étaient lourds… » C’est le titre ! Allez-y s’il passe par chez vous.

J’ai quitté Avignon un peu triste, Benedetto est mort et le OFF… A protéger d’urgence !

(1) “Nom des Doms” est un belgicisme qui pourrait se traduire par “Nom de d’là” !!!

Grenade domsUn choux de Bruxelles à dégoupiller Nom des Doms !!!

Le coin des bons bouquins Les pères fondateurs de la nation corse par Evelyne Luciani et Dominique Taddei.

août 12, 2009 at 5:24 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Le coin des bons bouquins | Leave a Comment
Tags:

Le coin des bons bouquins Les pères fondateurs de la nation corse par Evelyne Luciani et Dominique Taddei.

lEvelyne Luciani remercie le jury ivre-corse 2007-430-1

Evelyne Luciani remercie le jury pour avoir reçu le prix 2007 du livre Corse en langue française 2007 – à sa gauche sur la photo – Dominique Taddei

Je vous dois un aveu, je n’ai pas encore lu ce livre !! Il vient de sortir. Mais, Dominique est un ami. Ce qu’en dit l’interview ci-dessous de son éditeur est passionnant. Et puis, nous en avons tellement parlé !!

Un vrai travail historique et d’érudition, aussi !

untitled

Nous reproduisons ci-dessous les explications tirées du site d’Albiana :

http://www.albiana.fr/rub-aout-2009-evelyne-luciani,-dominique-taddei-les-peres-fondateurs-de-la-nation-corse-_377.html

Albiana : Vous publiez Les pères fondateurs de la nation corse (1729 – 1733), une véritable chronique exhaustive au jour le jour. Tout n’avait pas encore été dit sur cette période riche en événements pour la Corse ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Autant les périodes paoline et pré-paoline ont été explorées par les historiens corses, autant la période que nous étudions ici a été laissée en friches. Ainsi, la découverte des textes laissés pour compte dans les bibliothèques et les archives nous a permis d’élaborer la chronique dont vous parlez et d’en tirer une thèse sur le déroulement de la révolution corse qui s’écarte de celle de l’historiographie classique. Quant à dire que la recherche que nous avons faite concernant les textes est exhaustive, loin s’en faut. A travers eux, nous présentons essentiellement le point de vue génois qui nous permet, comme d’un négatif photographique, de faire surgir le positif, à savoir l’aspect corse des choses. En effet, les documents corses sont rares, d’une part, parce que les insurgés corses agissaient dans l’ombre, dans la crainte de se faire prendre par les génois qui ne tergiversaient pas quant à leur destin, lorsqu’ils se saisissaient de l’un d’entre eux. Ils laissaient donc peu de traces derrière eux. D’autre part, les bibliothèques des particuliers, si elles recèlent encore quelques-uns de ces passionnants grimoires, n’ont pas encore livrés tous leurs secrets. Néanmoins, nous produisons des textes d’origine corse absolument essentiels : leur contenu en lui-même est de premier ordre pour la compréhension des faits et des mentalités des acteurs de cette première insurrection. Leur style atteste du haut niveau culturel de ces hommes qui se sont jetés dans la première bataille révolutionnaire contre la tyrannie d’un Prince, au XVIIIème siècle.

Albiana : Le livre débute par un état des lieux de la Corse au début du 18ème siècle. Quelles en sont les grandes lignes ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : La Corse, à cette époque, est liée à la Sérénissime République de Gênes, depuis le XIVème siècle, par des contrats ou conventions enregistrés sous forme de statuts. Ce lien contractuel avec Gênes est à la fois d’ordre commercial et politique : le politique, c’est-à-dire la stabilité de l’île et donc l’organisation politique du pays, garantit la sécurité des échanges commerciaux. A l’origine de ce lien, l’histoire retient que des notables bonifaciens étaient allés demander l’aide de la Sérénissime pour se protéger des féodaux locaux qui semaient la terreur et la misère parmi les populations, en raison de leurs guerres intestines. Ainsi Gênes prit pied sur l’île dans ce qu’on nommera son premier préside, Bonifacio. D’autres postes avancés du pouvoir génois, des présides, suivront : Calvi, Saint Florent, Bastia, Ajaccio. Gênes a très tôt envoyé des gouverneurs génois installer son pouvoir dans l’île. Nommés pour deux ans, ils résidaient à Bastia et à Ajaccio. Ils avaient la délégation du pouvoir absolu de la Sérénissime sur la Corse.

Albiana : Ce qui frappe tout au long de Les pères fondateurs de la nation corse (1729 – 1733), c’est l’importance majeure du contexte international sur les événements en Corse. On pense être en face d’un conflit d’un peuple contre son oppresseur, mais pas seulement, pas aussi simplement. Vous dites d’ailleurs que Pour les sceptiques, on rappellera que chacune des quatre insurrections corses se termine par une intervention militaire extérieure, une autrichienne et trois françaises. Quels sont les éléments déclencheurs des premières insoumissions ? La question des armes et celle des taxes ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Il est clair que la question des armes et la question des taxes sont intimement liées et constituent l’élément déclencheur majeur des premières insoumissions.

En raison des nombreuses vendettas, les Nobles XII, en 1715, avaient accepté une loi que souhaitait leur imposer la Sérénissime. Elle consistait à retirer les armes des foyers corses qui en étaient largement pourvus, définitivement et légalement. Mais comme il résultait pour le Prince, de ce retrait, un manque à gagner consécutif à la non-perception du permis de port d’armes, la République imposa un impôt compensatoire, appelé des deux seini ou treize sous quatre deniers. C’était un impôt particulièrement injuste qui consistait à faire payer les populations pour quelque chose qu’elles n’avaient plus, sans pour autant que la mesure ait eu une grande influence sur la diminution des meurtres.

Très vite, les corses redemandèrent le port d’armes, ne fut-ce que pour se protéger de certaines communautés particulièrement belliqueuses, mais rien n’y fit jusqu’à ce qu’en 1728, les Nobles XII, après en avoir d’abord parlé au gouverneur Pinelli et avoir essuyé son refus, en  réfèrent directement à Gênes.

On note  qu’à partir de ce moment, les percepteurs génois se heurtent au refus de certaines communautés, particulièrement celles du Bozio, à payer la taxe des deux seini. Or, si le percepteur ne percevait pas la totalité des tailles, il était obligé de mettre la différence de sa poche. Il est clair que le percepteur ne pouvait accepter cette situation qui engendra la violence, puisque les percepteurs durent se faire accompagner d’un bras de justice c’est-à-dire une petite troupe, pour exiger les impôts dans chaque village. Il s’ensuivit des séquestrations, des pillages d’armes, etc… bref, le signal de la révolte armée était donné.

Albiana : Apparaît tôt dans votre étude Luigi Giafferi. Est-ce la figure tutélaire ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Incontestablement, Luigi Giafferi a joué un rôle fondamental dans cette première révolution.  C’était un notable respecté dans sa piève et par ses pairs car élu plusieurs fois Noble XII. Il avait, par sa famille : un frère colonel dans l’armée vénitienne, des liens en Terraferma qui lui assurèrent des soutiens logistiques et des relais diplomatiques. Il était intelligent, courageux, rusé et fort. Il n’a pas craint de mettre son prestige et ses biens au service d’une lutte ô combien hasardeuse, en ce début de XVIIIème siècle : renverser le pouvoir absolu d’un Prince n’était pas une mince affaire, à ce moment là ! C’était un péché mortel.

Il est de toute evidence la figure laïque la plus marquante de ce premier épisode.

Albiana : Il y a aussi le rôle du clergé et cette fameuse assemblée des théologiens d’Orezza de mars 1731.

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Dans un monde chrétien où les rois exerçaient un pouvoir de droit divin, changer la nature de ce pouvoir pour le transférer dans le peuple  demandait réflexion, ce que firent des théologiens corses comme Salvini et Natali à Rome. Ils utilisèrent saint Thomas et ses exégètes les jésuites espagnols pour démontrer que le droit était du côté des peuples tyrannisés et que, par conséquent, ces peuples avaient le droit de disposer d’eux-mêmes.

C’est cette réflexion qui sous-tend les réponses des théologiens rassemblés à Orezza.

Cette assemblée a été voulue par les généraux de la nation, Giafferi et Ceccaldi, qui ont demandé au chanoine Orticoni de l’organiser afin de  montrer au monde la justesse de l’insurrection corse.

Le clergé affirme et fonde la légitimité de la révolution lors de cette assemblée.

Albiana : Qu’est-ce que la réunion des Nobles XII ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Les Nobles XII et VI étaient les représentants des corses auprès de Gênes. Ils étaient au nombre de douze pour le Deçà des monts et de six pour le Delà. Etant donné les difficultés de communication entre le nord et le sud de l’île, lorsque le gouverneur décidait de réunir à Bastia les deux « chambres », il était plus facile aux Nobles de la Terra di u cumune de venir à lui qu’aux Nobles de la Terre des seigneurs. Aussi, les Nobles XII étaient-ils plus actifs que ceux du sud.

Ces Nobles avaient un pouvoir consultatif et servaient de relais au gouverneur dans les pièves. Ils étaient élus pour deux ans et, chaque mois, un Noble venait à Bastia auprès du gouverneur pour représenter les corses. Néanmoins, le gouverneur les réunissait rarement tous ensemble.

Au moment où débute l’insurrection, c’est au tour de Luigi Giafferi à être Noble XII, c’est lui qui va être l’interlocuteur de Felice Pinelli, le gouverneur génois qui va rapidement soupçonner son implication dans le mouvement.

Albiana : Et le Ristretto ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Le Ristretto est le texte incontournable de cette première insurrection.

A l’occasion de la consulte de Vescovato du 8 avril 1731, les chefs font adopter un Ristretto, littéralement « un résumé », composé d’un long préambule  et d’une reprise, en 29 articles ou capitoli, des revendications des patriotes. De fait, ce texte fournit l’explicitation fondamentale de la politique avancée par la nation corse et ses chefs, durant cette première insurrection. En raison de son importance, quantitative et qualitative, il est exclu qu’il ait été rédigé, discuté et débattu durant la consulte et encore moins improvisé. En réalité, la correspondance du chanoine Orticoni tend à démontrer qu’il en est, dès son retour d’Orezza à Campoloro, le 12 mars précédent, le rédacteur en chef qui intègre au texte des amendements demandés par les généraux, lors d’échanges de correspondances dont nous n’avons que des preuves indirectes.

Albiana : Vous citez de nombreux documents parmi lesquels des revendications de communautés. Comment et par qui étaient-elles rédigées ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei: Nous savons que le gouverneur a envoyé, dès le début de 1730, le chanoine Orticoni et des Nobles XII dans leurs pièves pour recevoir les doléances, autrement dit les revendications des populations. La rédaction en fut vraisemblablement faite par eux ou par des gens des villages qui savaient écrire. Comme toujours, les personnes impliquées directement dans les troubles devaient se cacher. A  plus forte raison, ne devaient-elles pas apposer leur signature à des documents que le gouverneur génois pouvait juger suspect.

Albiana : Et les célèbres Raisons alléguées par les peuples de Corse pour leur soulèvement qui est un manifeste dont on ignore toujours le ou les rédacteurs ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : Ce texte soulève la polémique dès sa diffusion avant le 12 juin 1730. Cest un manifeste, resté anonyme, dénonçant la politique génoise dans l’île comme systématiquement et délibérément mauvaise. Les Génois se procurent rapidement ce texte dont le but est de faire connaître aux cours européennes les raisons du soulèvement corse selon les Corses eux-mêmes, après que Gênes ait demandé à ces mêmes cours de ne pas aider les « rebelles ». L’objectif des rédacteurs est rapidement atteint car la gazette de Berne le publiera, dès le mois suivant. Ce texte est capital pour  l’interprétation des premiers mois de l’insurrection. En effet, par sa qualité d’argumentation et son degré d’information, on ne peut douter que ce texte, parfois attribué à Luigi Giafferi, émane effectivement de ce personnage et d’autres, impliqués dans les tractations bastiaises avec Veneroso à propos des Requêtes et particulièrement attentives à l’évolution de l’opinion dans les grandes capitales européennes.

Albiana : Quels sont les hauts faits d’armes de cette période d’insurrection ?

Evelyne Luciani, Dominique Taddei : On ne peut pas dire que cette période soit marquée par des hauts faits d’armes car la guerre qui se déroule en Corse est une guérilla. Il y a eu cependant des épisodes intéressants.

Pour trouver ce livre :

Les pères fondateurs de la nation corse (1729-1733)
Lorsque la Corse s’est éveillée…
Evelyne Luciani – Dominique Taddei
25.00 € TTC

Albiana 2009
584 pages
Format : 16 x 24 cm,
ISBN : 978-2-84698-295-5

Les auteurs :

Dominique Taddéi : s’est spécialisé dans le passé dans les questions portant sur le temps de travail, tant sur les questions de réduction des horaires hebdomadaires que sur le problème des retraites.

-         Comme économiste, il a enseigné à l’université d’Amiens où il a été doyen et dans les universités d’Aix-Marseille et de Paris-13.

-         Il a été également président de la Caisse des dépôts et consignations, de 1981 à 1984,

-         expert auprès la Commission européenne,

-         membre du Conseil d’analyse économique sous Lionel Jospin, ainsi que membre du Conseil économique et social.

En tant qu’homme politique, il a été :

-         président de la séance de clôture du congrès socialiste d’Epinay,

-         secrétaire national du Parti socialiste,

-         adjoint à la mairie d’Avignon, député socialiste du Vaucluse (1978-1981 et 1981-1985).

Erudit et historien engagé :

-         Passionné par l’histoire de la Corse et de la Provence dont il est originaire, et sur laquelle il écrit régulièrement, il est aussi visionnaire avec son livre coécrit avec Jean-Pierre Séréni « Votez-y ».

Dominique Taddei a aussi précédemment , en association avec Toni Casalonga :  « Erasmo Orticoni le chanoine révolutionnaire »

http://www.albiana.fr/livre-erasmo-orticoni_778.html

Une histoire de ce chanoine qui inspira le concept de nation Corse ….en bande dessinée.

-         Il a soutenu José Bové à l’élection présidentielle de 2007.

Evelyne Luciani : est Docteur ès lettres.

Sa thèse de doctorat portait sur les « Influences augustiniennes dans l’œuvre de Pétrarque ».

Italianiste et latiniste, elle est également agrégée d’Italien.

Elle a coécrit une biographie de Don Gregorio Salvini – Protégé d’Erasmo Orticoni et inspirateur de Pascal Paoli. Salvini publia en 1758 et 1764 : « Giustificazione della rivoluzione di Corsica e della ferma risoluzione presa da’ Corsi di non sottomettersi mai piú al dominio di Genova »

http://www.amazon.fr/exec/obidos/search-handle-url?_encoding=UTF8&search-type=ss&index=books-fr&field-author=Gregorio%20Salvini

http://fr.wikipedia.org/wiki/Don-Gregorio_Salvini

Guy Dutron 12 08 2009

Notre feuilleton de l’été “Les récoltes du siècle futur” Troisième Épisode Par Hélène Lacheret

août 12, 2009 at 3:39 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Environnement OGM, Politique, Société, Solidarité, social | Leave a Comment
Tags:

Notre feuilleton de l’été

“Les récoltes du siècle futur”

Troisième Épisode

Par Hélène Lacheret

L’inexistence ou la dignité ?

I

Le soir, à neuf heures, il y avait déjà bien du monde chez Ali. Sonia et Taous achevaient la vaisselle, Ibrahim tenait le bar et Ali accueillait les amis. Il avait disposé les chaises en rond. Les uns après les autres entrèrent les Maheu, Pierre et Odile, Fathia, Leïla et Vladimir, Yamina et Rachid, Julien et sa mère, Quentin et son père et quelques habitués de l’hôtel. Ils furent bientôt rejoints par Ibrahim et Taous, Sonia s’étant proposée pour tenir le bar et Hannah et Dalila, les deux dernières filles d’Ali, veillant sur leurs neveux endormis. Une fois tout le monde installé dans un cercle aussi large que possible afin que tous puissent se voir, Ali prit solennellement la parole :

“Mes amis, depuis le temps qu’on se connaît, on est tous comme une grande famille. Je sais que je ne fais jamais appel à vous en vain. Et, ce soir, si j’ai pensé à vous réunir, c’est qu’il se passe des choses très graves. C’est comme une guerre qui ne dirait pas son nom. Alors on ne sait pas contre qui se battre. Mais si on ne se bat pas, bientôt, il n’y aura plus de vie possible, ni pour nous, ni surtout pour les enfants. Je suis sûr que parmi vous, il y en a qui savent déjà bien plus de choses que moi mais comme c’est Julien qui nous a fait nous rendre compte du danger, je propose de lui laisser la parole.

- Merci, Ali, dit ce dernier, mais je ne suis qu’un modeste étudiant de troisième année… et j’ai toujours trouvé les cours magistraux terriblement ennuyeux. Je crois que ce serait beaucoup plus intéressant de partir de nos questions à tous et d’apporter chacun notre pierre. Et puis on déciderait peut-être de faire quelque chose avant de se revoir. Parce que la bataille sera longue et difficile. Pour finir, j’ai apporté un grand bloc. Ce serait bien qu’on écrive les choses les plus importantes qu’on va dire. Est-ce que quelqu’un veut bien prendre des notes ?

- Moi, je veux bien !” s’écria Yamina. Pendant qu’elle se levait pour prendre le stylo et le bloc, un silence se fit. On entendait le brouhaha joyeux des consommateurs et des jeunes qui s’énervaient sur le baby-foot.

“Moi, j’ai des questions, murmura Fathia

- Plus fort, plus fort, crièrent quelques voix.

Alors, Fathia, avec un peu plus d’assurance : Tant pis si mes questions sont bêtes et si je parle un peu mal le français. Après tout, c’est trop grave. Alors moi je veux savoir pourquoi c’est la guerre et pourquoi on s’en est pas aperçu plus tôt ?

C’est Julien qui répondit : On ne s’en est pas aperçu plus tôt parce que ça ne s’est pas fait brutalement mais petit à petit. Et comme on entendait les médias d’un chœur presque unanime dire que la mondialisation allait nous sauver de la crise, au début on ne s’est pas méfié. Maintenant, c’est assez complexe à expliquer, ce système qui se transforme en arme contre les êtres humains, alors je vais partir d’un exemple concret que je vais prendre dans l’actualité. Au départ, l’économie avait pour rôle de répondre aux besoins des hommes et chacun s’était spécialisé et échangeait le fruit de son travail pour que tout le monde soit plus efficace. Avec l’industrialisation, au siècle dernier, ces spécialisations ont pris une ampleur énorme parce que les grandes entreprises avaient besoin de beaucoup de capitaux pour pouvoir fonctionner, le travail n’était qu’une petite part de l’entreprise.

- As-tu un exemple ? demanda Odile.

- Les mines en sont un bon. Il faut payer les ingénieurs qui font les études de terrain puis creuser les fosses, amener une voie de chemin de fer pour emporter le charbon extrait ; il faut du bois pour étayer les galeries, des berlines, une cage – c’est comme ça qu’on appelait l’ascenseur qui descendait à trois cents mètres de fond. Bref, une mine coûtait énormément d’argent avant de commencer à rapporter quelque chose. Pour trouver cet argent, les entrepreneurs proposaient des actions à la bourse. Une action, c’est comme si on achetait un petit morceau de l’entreprise. Si l’entreprise rapporte beaucoup de bénéfices, l’action rapporte beaucoup d’intérêts, sinon, l’action perd de sa valeur. On peut revendre une action. Dans un système où les entreprises sont privées, c’est juste que celui qui risque son argent en le prêtant à des entrepreneurs soit récompensé lorsque ceux-ci réussissent. Ce qui ne va plus du tout maintenant, c’est que les actionnaires, ceux qui prêtent leur argent, on dit aussi qu’ils placent leur argent, exigent 15% d’intérêt. Alors on voit des entreprises qui marchent, qui font des bénéfices comme Le Pneu, annoncer sept mille cinq cents suppressions de postes. Évidemment ça choque terriblement tous les salariés qui craignent tous d’être dans la prochaine charrette. Car ce n’est sûrement pas la dernière fois.

Et Vladimir, qui parlait parfaitement français mais avec un accent très identifiable, reprit :

- C’est vrai pour ces entreprises mais c’est tout le système qui marche sur la tête. L’économie n’est plus au service de l’homme, son seul but est le profit. On parle de la mondialisation comme d’une libéralisation du commerce pour le plus grand bien de tous les pays. En réalité, elle permet surtout une spéculation effrénée à laquelle nous participons tous à notre corps défendant. Je m’explique : les échanges financiers mondiaux représentent mille huit cents milliards de dollars par jour. Sur ce total, seuls 5% sont de réels échanges commerciaux. Et les zinzins, c’est comme ça qu’on appelle les investisseurs institutionnels, c’est-à-dire les assurances, les caisses de retraites… ne sont pas les derniers à spéculer.

- Ça veut dire quoi, spéculer ? demanda Rachid.

- C’est une sorte de pari, répondit Pierre. Tu imagines que tu as un peu d’argent à placer, par exemple une prime de fin d’année, exceptionnelle, dont tu n’as pas besoin pour le moment, de dix mille francs. Tu peux la mettre sur ton livret de caisse d’épargne, qui te rapportera 2,5%, donc, au bout d’un an, tu auras dix mille deux cent cinquante francs. Ça ne fait pas beaucoup. C’est pour cela que beaucoup préfèrent acheter des actions. C’est plus risqué mais ça rapporte plus. Par exemple, s’ils touchent 15 %, au bout d’un an, ça leur fait… qui a une calculette ?

- Attends, je vais chercher la mienne dans mon cartable, s’exclama Rachid.”

Pendant qu’il s’éloignait, ils se firent plus attentifs aux bruits du café. Une dispute avait éclaté et on entendait Sonia crier, ce qui ne lui ressemblait guère. Ali se précipita. Au bar, le beau Kader était accoudé et tenait à Sonia des propos qui, visiblement, la mettaient hors d’elle. Kader était la grande tristesse d’Ali. Ce gamin qu’il avait vu grandir, si beau, si solide avec un sourire comme un soleil dans son visage mat, était devenu hâbleur, grossier, désabusé. Il affichait son fric, sa B.M. blanche, ses costumes impeccables alors que nul ne lui connaissait d’emploi et tout le quartier le soupçonnait de vivre de trafics louches, voire de dealer. Ali ne pouvait pas lui interdire l’entrée du café, mais il le craignait. Pour l’heure, il essayait de faire du charme à Sonia, mais d’une manière si vulgaire qu’elle ne pouvait qu’en être profondément choquée. Ali s’interposa :

“Kader, cette jeune fille est sous ma protection, elle est comme ma fille et je veille à son honneur.

- Quoi, son honneur ? Une meuf qu’a traîné les routes on sait pas avec qui ? Karba, wesh !

Ali l’attrapa par le col :

- Kader, je t’interdis de parler ainsi. Qui tu es pour juger l’honneur des autres ? Tu es chez moi et chez moi, tu te comportes correctement ou tu ne rentres plus. Excuse-toi !”

L’emprise morale d’Ali sur le quartier était telle que le fier Kader s’excusa, paya et sortit en rouspétant.

“Sonia, si tu préfères qu’Ibrahim te remplace, dis-le moi.

- Non, ça va aller, Ali, maintenant qu’il est parti. Et s’il revient, je vous ferai signe.”

Rassuré, Ali retourna parmi ses invités non sans avoir demandé à Sonia d’apporter des verres pour tous et des jus de fruits.

“Que s’est-il passé ? demanda Leïla.

- C’est encore Kader qui fait des siennes. Il a manqué de respect à Sonia, mais je l’ai obligé à s’excuser. Quelle pitié, ce gamin ! Un jour on va le retrouver en prison, quel gâchis ! Quand je pense à son père, le pauvre, qui s’est toujours tué à la tâche à l’usine pour élever ses gosses ; il n’a pas mérité ça.

- Bon reprenons, l’interrompit Pierre, j’ai eu le temps de calculer : s’ils touchent 15 %, au bout d’un an, ça leur fait onze mille cinq cents francs. Enfin, 15%, ça permet de doubler sa fortune en cinq ans. La différence est astronomique mais elle demande de surveiller très sérieusement les résultats des entreprises. Dès que ceux-ci baissent un peu, l’actionnaire revend ses actions. Le grand jeu, c’est d’acheter les actions quand elle sont basses et de les revendre quand elles sont hautes pour faire du bénéfice. Les spéculateurs font des sortes de paris sur les entreprises, mais aussi sur le cours des matières premières, sur les monnaies. Leur but c’est de faire le maximum de profit mais ils n’aiment pas prendre trop de risques. Alors ils se comportent comme des moutons, si un gros décide qu’un placement ne vaut plus la peine, ils suivent tous le mouvement, ça occasionne des évolutions difficiles à gérer pour les entreprises. En fait, beaucoup d’entre elles n’ont pas tellement de liberté. Et le marché n’est pas rationnel… En fait, je t’avais demandé la calculette pour simuler ce que permet de gagner au bout d’un an 0,1 ou 0,2% quatre ou cinq fois par jour, sur, mettons, un million de dollars. C’est ce que font les spéculateurs et ça finit par faire un total insensé. C’est plutôt un ordinateur qu’il faudrait, pour pouvoir calculer de telles sommes…

- Oui, ça on peut dire que les spéculateurs sont fous, ajouta Marine, la mère de Julien. En 97, les investisseurs ont brutalement pris peur en Asie alors qu’ils ne cessaient de vanter les prouesses économiques de ces “dragons” comme ils appelaient les pays asiatiques. Ils ont brutalement retiré tous leurs avoirs, plongeant l’Asie dans la crise, mais aussi par ricochet la Russie et le Brésil. On a échappé de peu à une catastrophe mondiale…

- Ça, vous pouvez le dire, compléta Odile. D’ailleurs, moi je suis effarée lorsque j’entends parler du marché : “Le marché est inquiet… le marché est optimiste…” comme si c’était une personne dotée d’une conscience.

- On dirait un dieu, souffla Fathia. Seule sa fille aînée l’avait entendue.

- Parle plus fort, Ima, ce que tu dis est très juste.

- J’ai dit que c’est comme un dieu.

- Il y a une histoire dans la mythologie grecque qui me rappelle la situation actuelle.” Et Leïla se mit à raconter l’histoire du roi Midas que sa folie de l’or avait failli tuer. Ayant droit à un vœu pour récompense d’un service rendu au dieu Dionysos, il avait demandé que tout ce qu’il touche soit changé en or. La nourriture, l’eau, les êtres vivants, tout ce qu’il touchait devenait métal et il s’était lui-même condamné à mourir de faim et de soif. Heureusement pour lui, Dionysos accepta d’annuler le vœu et l’envoya se purifier à la source du fleuve Pactole qui depuis, charrie des paillettes d’or.

“Tu as très bien choisi ton histoire, Leïla, dit Julien. Nous sommes exactement dans cette situation. Une poignée de gens, par rapport à la population mondiale, s’est mis dans la tête que tout devait devenir du profit financier et a entrepris d’en persuader tous les décideurs. Comme ces gens possèdent beaucoup d’influence grâce à leur argent, leur culture, leurs relations et comme les gouvernements étaient un peu dépassés par les transformations du monde depuis la crise pétrolière de 1973, ça n’a pas été trop difficile. Mais maintenant, les résultats sont là et ils sont terrifiants. Je ne veux pas vous assommer avec des chiffres, mais j’en ai quand même apportés quelques uns, extraits essentiellement du Rapport mondial sur le développement humain, rédigé en 1999 par le Programme des Nations Unies pour le Développement, car ils sont très parlants : en 1960, l’écart entre les plus pauvres et les plus riches était de un pour trente. Aujourd’hui, il est de un pour soixante-quatorze, ce qui montre à quelle allure les inégalités s’accroissent. Un milliard trois cents millions de personnes disposent de moins de un dollar par jour alors que les deux cents personnes les plus riches ont doublé leur revenu entre 1994 et 1998.

- Ça fait combien, un dollar ? demanda Michaël.

- Environ sept francs, répondit Vladimir.

- Pierre, calcule combien ça ferait par mois pour une famille de quatre personnes,  s’il te plaît, le pria Michaël.

- Voyons, sept fois quatre, vingt-huit ; fois trente, ça nous fait : huit cent quarante francs.

- Dire que nous pensions être pauvres ! s’exclama Gaëlle.

- Relativise ces chiffres, conseilla Vladimir, il y a des pays où la vie est moins chère. Cependant, c’est vrai : beaucoup trop de gens ne mangent pas à leur faim.

- Presque autant n’ont pas accès à l’eau potable, reprit Julien. Le double est privé d’une structure de soins correcte. Cent millions d’enfants vivent ou travaillent dans la rue. Plus d’un million de jeunes femmes, dont certaines sont mineures, sont envoyées de force à l’étranger pour y être prostituées. Deux cent cinquante millions d’enfants sont contraints de travailler pour survivre. Environ quatre-vingt-dix millions d’enfants n’ont pas accès à l’école primaire. Six milliards de dollars seraient nécessaires à l’éducation de ces enfants. On peut comparer ce chiffre à la dépense des Américains de huit milliards de dollars consacrée… aux produits de beauté. D’ailleurs, un adulte américain sur cinq est illettré. Environ huit cents millions de personnes ont faim dont huit millions dans les pays industrialisés. Les deux cents vingt cinq individus les plus riches du monde possèdent environ mille milliards de dollars. Ça fait autant que presque la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 47% des hommes. D’un côté, deux cent vingt-cinq bonshommes, de l’autre, deux milliards sept cents millions ! Pardonnez-moi de vous avoir assommés avec tous ces chiffres, mais ils sont malheureusement extrêmement parlants.

- C’est terrible ! s’exclama Ali. Et dire qu’on a laissé faire par ignorance… ou par indifférence. Ça nous semblait trop loin. On entendait bien parler des drames, des famines, mais on ne savait pas comment agir, d’ailleurs on ne sait toujours pas comment agir.

- Moi, j’ai une petite idée, se risqua Xavier, mais avant de vous en parler, je voulais juste dire qu’ils ne sont pas bien malins, les maîtres du monde. Il y a des choses qui ne s’achètent pas, on pourrait dire que c’est à nous tous, à tous les vivants. A quoi leur servira leur fric, quand il n’y aura plus d’eau potable ? plus d’air respirable ?

- Et même, quand tous les autres hommes seront devenus si pauvres et si désespérés qu’il n’y aura plus un boulanger digne de ce nom, plus de maraîchers, plus d’éleveurs… compléta Yamina.

- Moi, je crois qu’ils doivent être très malheureux. Tout leur argent ne les empêchera pas de mourir et, en attendant, ils doivent se méfier de tout le monde, ils doivent tout le temps craindre de tout perdre, dit Fathia.

- Je propose qu’on achète deux cents vingt cinq pelles et qu’on les leur offre pour qu’ils commencent à creuser une tombe assez grande pour enterrer tout leur fric avec eux quand ils mourront. Ça leur tiendra compagnie en enfer, plaisanta Taous.

Tout le monde sourit et Fathia profita de cette diversion pour offrir à boire.

- Xavier, tu avais une proposition, reprit Julien après la courte récréation.

- Oui, j’ai été très choqué par ce que tu m’as expliqué à propos des chaussures de sport.” Et il fit un court résumé des informations que lui avait données Julien. “Alors j’ai décidé de me renseigner sur les marques et de ne plus porter celles qui maltraitent leurs ouvriers. Par contre, je ne sais pas où me renseigner.

- Moi, je pense que nous nous mettons dans une véritable dépendance avec ces marques – Ibrahim prenait la parole pour la première fois, mais avec quelle vigueur – Tous plus bêtes les uns que les autres et nous marchons à fond et nous obligeons les parents à se priver pour ces bêtises. Pourquoi payer si cher quand on peut avoir l’équivalent pour le tiers du prix ? Simplement parce que nous avons peur de ce que les autres vont penser de nous ? Nous avons peur de passer pour des pauvres ? Nous sommes pauvres, alors assumons-le avec intelligence. Nous avons bien mieux à faire de notre argent que d’engraisser des entreprises qui font leur profit à partir du travail des enfants. Et vous verrez qu’après, c’est nous qui allons lancer la mode des vêtements solides, sympas et pas chers et surtout…

- Éthiques ? lui glissa Julien.

- Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Catherine.

- Ça signifie “qui respecte certaines valeurs morales ou humaines” comme par exemple, des entreprises qui s’engagent à ne pas faire travailler d’enfants, à autoriser un syndicat, à respecter les horaires de travail, les conditions sanitaires…

- Moi aussi j’ai une idée, si Quentin est d’accord, proposa Michaël. Mme Léonor, la prof de français qui nous fait étudier Germinal, elle nous a demandé de trouver des sujets d’exposés. Moi, j’aimerais bien enquêter pour savoir s’il existe encore à notre époque des conditions de travail aussi épouvantables que celles des mineurs au siècle dernier. Après, on pourrait lancer le débat avec les autres élèves de la classe, si on a le droit de laisser faire ça.

- C’est une excellente idée, Michaël, se réjouit Pierre. Si vous voulez bien tous les deux, je vous aiderai à trouver des informations. Moi, je suis à la retraite, j’ai des loisirs. Alors que vous, vous risquez d’être pris par le temps avec toutes vos heures de cours et vos devoirs.

- Génial, je marche à fond ! s’écria Quentin.

- Et moi, qu’est-ce que je pourrais faire ? s’inquiéta Catherine.

- Nous, les femmes, qui faisons généralement les courses, dit Leïla, mais toi aussi, Papa, quand tu vas à Rungis, nous pouvons décider de boycotter, c’est-à-dire arrêter d’acheter, tous les produits des entreprises qui se comportent de manière indigne. Par exemple cette multinationale agro-alimentaire suisse qui fait mourir des milliers de bébés en Afrique pour écouler son lait en poudre.

- Comment est-ce possible ? s’étonna Gérard, le père de Quentin, un homme que le chômage avait fini par rendre taciturne et méfiant.

- Ses profits avec le chocolat et plein d’autres aliments ne lui suffisent pas alors elle inonde les maternités des pays pauvres d’échantillons de lait en poudre. L’entreprise connaît parfaitement les risques liés à l’emploi de ses laits dans ces pays, d’une part parce que les mères, souvent analphabètes, ne savent pas les doser, ni stériliser les biberons, d’autres part parce que l’eau est rarement potable et les nouveau-nés ne résistent pas aux maladies. L’Unicef estime à un million cinq cent mille le nombre d’enfants qui meurent chaque année car ils ne sont pas allaités au sein, compléta Leïla.

- Mais c’est criminel ! dégueulasse ! à vomir ! s’insurgea Gérard. Dès que j’ai la liste de leurs produits, moi aussi, j’arrête de les acheter. Et si Quentin et ses copains cessent de vouloir des vêtements de marque, eh bien je peux vous dire maintenant que ce serait un sacré cadeau pour nous, les parents.

- Je pense qu’il va bientôt falloir qu’on se sépare car il commence à être tard et demain, on travaille quand même à l’hôtel. Moi, je vous propose de vous apporter, la prochaine fois, une liste d’associations qui font déjà quelque chose. Vous verrez, ça redonne du courage. Ça serait bien aussi que chacun écrive toutes les questions qui lui viennent à l’esprit ou ce qu’il entend et qui le choque, pour ne pas oublier. C’est pas grave, les fautes d’orthographe, on est ensemble pour se battre, conclut Julien.

- Alors, est-ce que vous regrettez d’être venus ? questionna Ali.

Des “non” fusèrent de partout.

- Est-ce que vous voulez qu’on recommence ?

Cette fois-ci, ce furent des “oui”.

- Quand ?” Et après quelques discussions, on se mit d’accord pour se retrouver trois semaines plus tard, le vendredi soir, et pour faire passer entre temps les diverses informations par l’hôtel. Tout le monde remercia Ali et Fathia, tous semblaient plus heureux, moins soucieux et ce fut Catherine qui eut le mot de la fin : “Nous, on a la plus grande des richesses, on a notre amitié et ça vaut tout l’or du monde.”

II

Les choses roulèrent tout doucement sans amélioration pour Catherine, mais avec un léger mieux pour les jeunes. Quelque soit le temps, Xavier allait toutes les après-midi nettoyer la remise avec Fathia. Ils avaient déjà sorti d’innombrables objets entreposés là en attendant une improbable réparation : chaises auxquelles il manquait un barreau, où un pied était décollé, un cannage fendu, vaisselle ébréchée, lits enfoncés… Leïla avait suggéré d’appeler les Compagnons d’Émmaüs à l’aide. Ils vinrent avec un gros camion, ravis de l’aubaine et emportèrent cette masse d’objets inutilisés qu’ils s’empresseraient de remettre en état. Soudain, la remise parut spacieuse. C’était une pièce d’environ huit mètres sur quatre, au sol en terre battue et au toit de tôle. Les parois étaient en bois disposé en clins qui conféraient un air rustique à la bâtisse. Le mur donnant sur la cour de l’hôtel était coupé sur presque la moitié de la hauteur par un vitrage qui ne s’ouvrait pas mais donnait de la lumière. Une porte en bois fermant grâce à un cadenas, permettait de condamner l’accès au lieu. Dans un coin, près de la porte, on trouvait un lave-mains surmonté d’un robinet d’eau froide qui s’avéra très utile pour la suite des opérations. Car, si les Compagnons d’Émmaüs avaient bien contribué à déblayer, il restait encore un ”tas de saloperies” comme disait Xavier. Fathia et lui consacraient tous les jours deux petites heures à trier tout ce bazar et sortaient de là gris de poussière mais satisfaits de l’avancement de l’ouvrage. Fathia avait remis la main sur un carton à chaussures plein de vieilles photos. Ils étaient allés les regarder, après avoir fait un brin de toilette, en buvant un thé à la menthe avec Sonia. Ses questions étaient l’occasion de rappeler une foule de souvenirs heureux. On voyait les Maheu, peu après leur arrivée, lors d’une visite à l’hôtel : Étienne avait passé son bras autour des épaules de sa femme et les trois enfants étaient assis à leurs pieds. Il avait le même regard clair que celui de ses fils et le même air de franchise. Catherine était resplendissante, souriante, avec une apparence de santé et de fierté émanant de toute sa personne. Les gosses étaient mignons comme tout, surtout Michaël qui devait avoir six ans. Xavier se sentit ému aux larmes.

“Je me souviens de cette photo, c’est Leïla qui l’avait prise. Elle s’était acheté son premier appareil et pendant deux mois, elle a pas arrêté de bombarder tous ceux qu’elle connaissait. Garde-la, tu la donneras à ta mère, je  crois pas qu’elle l’a déjà vue et ça lui fera plaisir, glissa Fathia.

- Comme vous étiez beaux, tous les cinq,” s’exclama Sonia. Et Xavier rosit sous le compliment. Décidément, plus il apprenait à la connaître et plus il appréciait la jeune fille. Il n’osait pas encore s’avouer qu’il était amoureux tant il faisait de complexes à cause de leur différence de niveau d’études. Mais sa présence le rendait délicieusement joyeux.

“Merci beaucoup, Fathia. On a très peu de photos de nous, c’est un cadeau super, M’man sera très touchée.”

Sonia, sollicitée, alla tirer de son portefeuille des photos des siens. Son père avait l’air sévère avec sa petite moustache et ses cheveux poivre et sel. Il était grand et sec. Sa femme, plus petite, était tout en rondeurs sans pourtant être forte. Les sœurs de Sonia lui ressemblaient étonnamment, aussi jolies qu’elle.

“La plus âgée, c’est Soraya et la deuxième, Saliha. Mon père voulait que nos prénoms commencent comme le sien : Saïd. Ils me manquent, tous.”

Visiblement, Fathia ne voulait pas la laisser s’attendrir :

“ Bon, il faut aller préparer la chorba. Ils vont bientôt arriver. On a presque fini le tri, demain, on pourra commencer à nettoyer. Les araignées vont pas être contentes. Embrasse les tiens, Xavier.” Et elle l’embrassa. Il aurait bien voulu en faire autant avec Sonia, mais il n’osa pas et se contenta de la saluer en baissant la tête.

Gaëlle et Xavier avaient aussi obtenu un rendez-vous avec un conseiller de la mission locale. L’homme était jeune et très chaleureux, il examina attentivement avec eux, qui avaient tenus à être reçus ensemble, leur parcours respectifs, leurs goûts et leurs aptitudes. Il était évident que Xavier n’éprouvait aucune attirance particulière pour la chaudronnerie ni pour le milieu de travail qu’elle impliquait : l’usine, et qu’il s’agissait d’une erreur d’orientation manifeste. Il aurait été bien plus heureux dans un métier du bâtiment, la charpente ou la couverture, qui permettent de travailler sur les chantiers, car il aimait l’impression de liberté que donne le fait d’exercer en hauteur. Malheureusement, toutes les formations étaient commencées et surtout complètes. Le conseiller proposa donc à Xavier de l’inscrire pour une session d’orientation approfondie, appelée “bilan de compétences” qui donnerait l’occasion de vérifier ses aptitudes et ses préférences. Il recevrait bientôt une convocation. Ensuite, il serait possible de lui proposer, s’il le souhaitait, une remise à niveau en Atelier Pédagogique Personnalisé, rémunérée, qui lui offrirait l’opportunité d’intégrer une formation qualifiante dans le domaine de son choix. Il lui suggéra de s’informer à propos des enseignements offerts par les Compagnons. S’il lui était possible d’y accéder, ils étaient une garantie de qualité qui le mettrait en mesure de se placer définitivement à l’abri du chômage.

Quant à Gaëlle, elle eut droit à une offre d’intégration immédiate en B.E.P. sanitaire et social, qui avait déjà commencé et dans lequel il restait deux places. Étant donné son niveau, ce retard ne devrait pas être un problème insurmontable. Le conseiller énuméra tous les secteurs d’emploi auxquels ce B.E.P. donnait accès, lui garantit qu’elle ne connaîtrait le chômage que de manière très épisodique et ne lui cacha pas que les offres les plus nombreuses étaient le fait des maisons de retraite. Il la prévint qu’elle devrait fournir un effort intense pour obtenir en un an un diplôme habituellement préparé en deux mais lui affirma que ce n’était pas impossible puisque le centre de formation où il l’envoyait affichait un score moyen de réussite à l’examen de 77%. Et puis, elle serait payée environ 2000 F, ce qui n’était pas négligeable. Et, vu son âge, si elle réussissait facilement, ce dont il ne doutait pas, rien ne l’empêcherait de poursuivre par la suite vers d’autres qualifications. Gaëlle exultait. Pour elle, c’était la première bonne nouvelle depuis le décès de son père. Certes, le centre de formation était peu facile d’accès et elle devrait se lever tôt pour être à l’heure. Mais elle se sentait de taille à affronter tous les désagréments tant elle se réjouissait de la joie prochaine de sa mère. Une liste de documents à fournir au centre le plus vite possible lui fut remise, accompagnée de quelques conseils et consignes. Xavier et Gaëlle quittèrent le conseiller avec la promesse de le tenir au courant de leur devenir.

En chemin, ils riaient comme des gosses à l’idée de la réaction de leur mère. Et en effet, ce soir-là, ce fut une vraie fête à la loge. On esquissa même quelques pas de danse sur un air de rock qui passait à la radio, puis la famille retrouva son sérieux. Il s’agissait d’examiner de très près le parcours en bus, de préparer les documents demandés, de trouver un cahier présentable, de se coucher tôt et d’essayer de dormir malgré l’excitation.

A cinq heures, Catherine était debout. Elle alla faire couler la repassette puis réveilla sa fille. Elles étaient terriblement nerveuses. Gaëlle se prépara avec soin. Elle avait relevé ses longs cheveux clairs en chignon et souligné d’un trait de khôl le contour de ses yeux, les faisant paraître plus clairs et plus grands. Ainsi, elle avait un visage menu de chat. Elle portait un pantalon et un pull noirs qui la rendaient plus mince et des ballerines sans talon. Sa mise était presque trop discrète mais Catherine se dit qu’elle était bien jolie et qu’il y avait longtemps qu’elle ne s’en était pas fait la remarque. Elle le lui dit et Gaëlle rougit. Elles parlèrent peu pendant le petit déjeuner, autant à cause de l’émotion que pour ne pas réveiller les garçons. Sur le pas de la porte, Catherine embrassa sa fille en lui souhaitant bonne chance.

Toute la journée, elle eut l’esprit ailleurs. Pourvu que tout se passe bien ! Pourvu que Gaëlle n’essuie pas une nouvelle rebuffade ! Et combien étaient-ils, dans ce centre ? Comment étaient les professeurs ? les camarades ? Se ferait-elle des amis ? Catherine avait toujours trouvé sa fille trop timide. À la différence de ses frères, elle n’était encore jamais parvenue à se faire une véritable amie. Si seulement elle arrivait enfin à aller un peu plus vers les autres…

Le soir, ils étaient tous réunis lorsque Gaëlle rentra, épuisée, vers dix-neuf heures. Mais elle souriait. Après avoir bu de l’eau à longs traits, elle s’assit et leur raconta. Ils étaient dix-neuf élèves dont seulement deux garçons : Claude, un grand Martiniquais très costaud et Thierry, un petit blond tout fluet. Le contraste était assez amusant. Les filles, elle n’avait pas encore eu le temps de s’en faire une idée. Tous avaient l’air très motivés. Ils avaient tous connu l’échec scolaire et ils étaient bien décidés à obtenir leur diplôme. Les professeurs étaient chaleureux et exigeants. Ils avaient vu aussi la coordinatrice du stage, une dame très pète-sec qui n’avait cessé de leur dire que, s’ils voulaient être payés, il ne fallait pas badiner en remplissant les dossiers. Comme quelqu’un demandait le sens de “badiner”, elle avait répondu qu’un dossier mal rempli ou incomplet recule le versement de la première paie d’un mois, ce qui était déjà le cas pour certains d’entre eux, et qu’elle comptait sur leur sens pratique pour apporter à leur dossier tout le soin nécessaire. Bien sûr, en cas de doute, on devait lui demander conseil, elle était là pour ça et il ne fallait pas se laisser effrayer par son côté un peu brusque. Cette remarque avait détendu l’atmosphère. Au programme, il y avait des matières traditionnelles, dont beaucoup de biologie et des enseignements pratiques de soins ou de puériculture. Ils devraient obtenir leur brevet de secourisme et effectuer plusieurs stages à l’hôpital, en crèche et en maison de retraite. Mais comme la formation paraissait très intéressante, Gaëlle était ravie et pleine d’entrain.

III

Michaël, lui, était complètement passionné par son projet d’exposé. Il avait changé d’attitude au collège comme si cette soirée avait provoqué une nouvelle motivation pour les études. Non qu’il n’eût plus de difficultés mais il ne les abordait plus de la même façon. Il avait cessé d’être passif et n’hésitait pas à questionner les professeurs même si ces camarades risquaient des moqueries. On aurait dit qu’il était devenu imperméable au regard des autres.

Pierre aidait Quentin et Michaël en consacrant beaucoup de temps à la recherche d’informations. Il s’était mis à fréquenter la bibliothèque assidûment. Ils se voyaient très souvent, tous les trois et apprenaient à mieux se connaître. Pierre en était ravi, il avait l’impression d’être le grand-père des deux jeunes et cela atténuait le regret qu’il avait de voir si rarement ses deux petits-fils. Son fils, Alain, avait épousé une Italienne et vivait à Milan, où il avait repris la petite entreprise de son beau-père. Il avait donc beaucoup de mal à se libérer pour venir voir ses parents et ceux-ci étaient coincés en France par l’emploi d’Odile qui ne bénéficiait que de cinq semaines de congés. Ils se voyaient deux ou trois fois par an, ce qui ne permet pas de se sentir réellement proches. Alors Pierre retrouvait une sorte de jeunesse à épauler les deux jeunes, il se sentait à nouveau utile et profitait de l’occasion pour donner un coup de pouce dans d’autres disciplines. Michaël avait le sentiment de retrouver un écho des discussions qu’il avait avec son père et qui lui avaient tant manquées. Quant à Quentin, il souffrait beaucoup de l’humeur aigrie du sien et s’épanouissait au contact de cet homme qui le traitait comme un égal. Les recherches étaient passionnantes, elles ouvraient toujours un champ plus large et les deux copains finissaient par avoir trop de matière. Pierre les aida à effectuer des choix pour ne garder que les exemples les plus éloquents. Il leur expliqua comment construire une introduction qui amène une véritable problématique qui fasse dresser l’oreille des autres élèves. La discussion pour déterminer le choix des exemples les plus choquants devant accrocher l’intérêt des camarades se révéla particulièrement ardue :

“On pourrait parler des enfants qui travaillent dans des mines, en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine, sans équipements pour les protéger. Comme dans Germinal, ils sont exposés à une forte humidité et à des températures extrêmes. Ils souffrent de toutes les maladies respiratoires liées à la mine, de traumatismes dus aux chutes et aux éboulements, de surmenage… disait Quentin.

- Dans les mines d’or, c’est encore pire, ils risquent aussi d’être intoxiqués par le mercure, ajoutait Michaël.

- Il faudrait peut-être commencer par dire combien d’enfants sont concernés par le travail salarié, les freinait Pierre.

- Attendez, j’ai vu ça quelque part… Voilà, deux cent cinquante millions d’enfants âgés de cinq à quatorze ans travaillaient pour survivre en 1996 d’après le rapport du Bureau International du Travail, précisait Quentin.

- Vous vous souvenez, on a vu quelque chose sur les verreries ? C’était terrible ! questionna Michaël.

- Je crois savoir ce que tu cherches, regarde : “En Asie, il est aussi courant d’employer des enfants dans les verreries, ils défournent du verre en fusion à des températures comprises entre mille cinq cents et mille huit cents degrés. Ils restent de longues heures dans ces ateliers mal aérés où la température atteint quarante-cinq degrés. Les journées de travail sont souvent interminables : dix ou douze heures d’affilée,” lui souffla Pierre.

- Quand je pense qu’on se plaint d’aller au collège, murmura Michaël. On trouve que les journées sont trop longues, alors qu’on connaît pas notre bonheur…

- Je pense que ces enfants de votre âge aimeraient sans doute aller à l’école, ça leur éviterait peut-être le sort qui risque d’être le leur, c’est-à-dire devenir des esclaves de fait, dit Pierre.

- Bon, alors, qu’est-ce qu’on choisit ? s’enquit Michaël.

- Tout, s’exclama Quentin. Après tout, si on parle, ça ne sera pas si long et il ne faudrait pas que les autres croient que nous avons justement choisi l’exception.”

Et la discussion continua ainsi, jusqu’à ce qu’ils arrivent à se mettre d’accord sur l’ordre de présentation des exemples.

“Moi, j’ai trouvé des tonnes de choses sur la Chine en allant sur internet au C.D.I., dit Quentin. J’ai trié pour ne garder que l’essentiel. Ça pourrait donner quelque chose comme ça : en Chine, la grande priorité du moment est la privatisation des entreprises d’état exigée par l’intégration du pays dans l’Organisation Mondiale du Commerce, l’OMC. Dans le passé, plus de 90% des entreprises appartenaient à l’état. Mais depuis les années 80, le gouvernement essaye d’attirer de plus en plus d’investisseurs privés. L’objectif annoncé est de n’avoir qu’environ cinq cents grandes entreprises publiques au moment où la Chine sera intégrée dans l’OMC. Ces entreprises doivent être rentables et compétitives par rapport à l’étranger. Du fait de cette évolution, les entreprises publiques licencient en masse. Aucun chiffre officiel n’est disponible mais on estime de vingt à trente millions le nombre de travailleurs qui perdraient leur emploi à cause de cet objectif. 85 à 90% de ces travailleurs sont des femmes entre seize et vingt-cinq ans issues des campagnes. Passé vingt-cinq ans, les femmes sont considérées comme trop âgées et ne trouvent plus de travail. Quant aux autres, il s’agit pour la plupart d’ouvriers peu qualifiés. Ces travailleurs sont donc contraints d’accepter des conditions de travail proches de l’esclavage.”

- On voit pas que les conditions de travail sont terribles et c’est un peu long, l’interrompit Michaël. Ils s’en foutent des causes, les copains ; l’OMC, tout ça, pour eux, c’est du blabla.

- Attends, attends, j’ai pas fini, reprit Quentin. Dans le sud de la Chine où l’on peut trouver un grand nombre de ces entreprises privées, le salaire mensuel tourne autour de quarante à soixante dollars par mois. Ça fait environ entre 320 et 480 francs. Le salaire est fréquemment payé à la pièce, en fonction des quotas de production. En conséquence, les travailleurs n’ont ni horaire ni revenu fixe. Il n’y a pas non plus de provision pour la retraite ou la santé, ni d’assurance contre les accidents de travail. Les usines mettent souvent des dortoirs à la disposition des travailleurs pour un prix assez modique, mais la proximité de l’usine fait que les travailleurs peuvent être contrôlés par l’entreprise et sont à sa disposition suivant ses besoins. Ils sont appelés au travail à n’importe quel moment puis retournent dormir pour quelques heures.

- Ah ça, c’est très bien, très parlant, remarqua Pierre.

- Alors je continue : comme beaucoup de multinationales emploient des sous-traitants, c’est très difficile de les dénoncer. Par exemple, la marque de jouets fabriquant les poupées les plus vendues au monde, ne produit pas elle-même mais sous-traite sa production à une première série de fournisseurs qui sous-traitent à leur tour à une deuxième série de sous-traitants, qui ont encore recours à la sous-traitance sous la forme de travail à domicile. Et même si cette entreprise envoie régulièrement des inspecteurs, elle ne peut pas vérifier grand chose : face à ces longues chaînes de sous-traitance qui peuvent s’étaler sur plusieurs pays, il est très difficile de retracer l’ensemble des sites de production d’une même société transnationale et cela d’autant plus que les sous-traitants savent rarement pour quelle entreprise ils produisent.

- Tu pourrais peut-être nommer la marque, suggéra Michaël.

- Bof, les poupées les plus vendues… tout le monde reconnaîtra. Pas la peine de faire de la publicité à l’œil.

- Bon, moi, dit Michaël, je voudrais parler du travail du secteur informel, c’est-à-dire qui n’est pas encadré par la loi, donc très peu reconnu. Par exemple, au Sénégal, les femmes rurales produisent 70% de la production vivrière. Elles vivent comme des esclaves, elles sont surchargées de travail, elles doivent s’occuper aussi de la corvée d’eau et de bois et de toutes les autres tâches domestiques. Eh ben, ce n’est pas reconnu comme du travail. Et le pire c’est qu’elles ne possèdent pas la terre et peuvent la perdre à la suite d’un veuvage ou d’un divorce. Alors il ne leur reste plus qu’à s’exiler en ville avec leurs enfants pour tenter de survivre et elles finissent souvent dans la mendicité. Je trouve ça profondément injuste.

- Oui, mais tu ne dois pas le dire, spécifia Pierre. Ton exposé aura beaucoup plus de force si tu dis des faits, rien que des faits. Tes camarades sont assez grands pour penser tous seuls.

- C’est vrai, tu as raison. Alors, la suite : même dans les pays riches, on trouve des travailleurs exploités, d’abord les clandestins qui ont quitté leur pays et se sont fait confisquer leurs papiers en attendant d’avoir remboursé leur voyage. Ils sont réellement tenus en esclavage, travaillant souvent dix-huit heures par jour pour des salaires de misère dans des locaux insalubres, des ateliers clandestins où ils ne voient jamais le jour. Ils remboursent parfois durant vingt-cinq ans. S’ils ne le font pas, leurs familles restées au pays subissent des représailles. Et puis, les gens peu qualifiés, qui craignent de perdre leur emploi et qui n’osent rien refuser à leur employeur, y compris d’interminables heures supplémentaires. En France, il y a de plus en plus d’accidents mortels au travail parce que, quand on est trop fatigué, on ne fait plus assez attention. Et il n’y a pas assez d’inspecteurs du travail pour les protéger.

- Moi, je veux qu’on parle aussi du phénomène des “working poors”, s’interposa Quentin. Aux États-Unis d’abord, mais aussi chez nous, sont apparus les travailleurs pauvres. C’est des gens qui sont pris toute la journée à cause de leur travail mais qui n’arrivent pas à en vivre. L’exemple typique est la caissière à temps partiel qui travaille loin de chez elle. Les horaires qui intéressent l’employeur sont ceux où les clients sont nombreux : la fin de matinée, le soir de dix-sept à vingt heures, le samedi. Elle a un contrat de vingt-cinq heures par semaine qui permet à son patron de bénéficier d’une prime pour emploi à temps partiel, une amplitude de douze heures hors de chez elle avec tous les frais de garderie que ça entraîne pour ses enfants et un salaire au SMIC pour vingt-cinq heures qui ne lui permet pas de vivre.

- Ça, t’as raison, c’est franchement inquiétant, dit Quentin. On dirait que le travail devient de plus en plus précaire et mal payé.

- Et les gens acceptent parce qu’ils ont peur, s’enflamma Pierre. Au lieu de se battre ensemble pour obtenir des conditions de travail correctes pour notre époque, qui assurent une vie décente et qui laissent du temps pour vivre, c’est devenu le règne du chacun pour soi. Comme si on pouvait se sauver tout seul d’un tel cataclysme.

- Pourquoi tu appelles ça un cataclysme ? s’enquit Michaël.

- Parce que, si on ne résiste pas tous ensemble, nous, les travailleurs qui n’avons pas d’autre choix que de vendre notre force de travail pour vivre, c’est-à-dire la majorité des humains, la situation va empirer quoiqu’on nous dise sur la fin de la crise et la croissance qui va créer des emplois. Il n’y a rien de plus fragile que la croissance et la mauvaise habitude d’exploiter les travailleurs, acquise pendant la crise sous prétexte qu’il fallait se serrer la ceinture, sera difficile à perdre. Autant vous dire qu’on se l’est pas tous serrée d’autant de crans, ces années-là ! Y en a même qu’ont drôlement desserré ! Jamais les rentiers n’ont fait autant de profit à la Bourse.

- Si on pouvait expliquer aux copains comment les gens en sont arrivés à être trouillards à ce point… émit Quentin.

- Tu es un peu sévère, lui reprocha Pierre. Tu sais, quand tu dois te loger, te nourrir, avec ta famille, c’est pas si simple. La solution serait qu’on ait tous droit à un minimum, un revenu d’existence, dès qu’on est sur terre. Alors le rapport de forces avec les patrons changerait parce qu’on ne dépendrait plus d’eux pour survivre. On serait plus libres, plus créatifs, plus heureux sans doute. Et on pourrait enfin sortir du capitalisme, la fameuse exploitation de l’homme par l’homme.

- Ben, Pierre, si on revenait sur terre ? proposa Michaël. Voilà, moi, ce que j’ai trouvé sur comment on en est arrivé là : c’est à cause du dumping social. Les entreprises ont pris l’habitude de comparer les avantages offerts par chaque pays en terme de coût des salaires, de faibles charges, peu d’exigences écologiques avant d’investir. Ça a débouché sur des délocalisations et a entraîné des fermetures d’usines dans les pays riches. Dans une économie globalisée, on en a tous subi les conséquences, que ce soit au niveau de l’environnement ou par la pression exercée sur les salaires à cause du nombre de chômeurs dans les pays riches.

- Il y en a quand même qui essayent de proposer des solutions, ajouta Quentin. Voilà ce que j’ai trouvé : l’Organisation Internationale du Travail, existant depuis 1919, qui tente de promouvoir des règles de conduite dans le cadre du travail et de trouver des remèdes au chômage ; des associations comme Aide et Action qui envoient les enfants à l’école grâce à un système de parrainage ou comme ATTAC, l’association pour la taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens, qui s’emploie à freiner la spéculation et à remettre l’homme au cœur de l’économie afin que chaque être humain ait une vie digne.

- Il aurait fallu creuser plus cette partie, dit Pierre. C’est trop vague… on ne voit pas comment… Mais si on n’a plus le temps, vous n’avez qu’à proposer à vos camarades de chercher de leur côté, ce qui pourrait nourrir un riche débat et les rendrait plus actifs s’ils acceptent de jouer le jeu.

- En conclusion, on pourrait rappeler quelques uns des chiffres concernant les inégalités, ceux que Julien nous a communiqués, avança Quentin. Après, on demanderait pourquoi chacun est concerné pour lancer le débat. Et comme illustration, regarde Pierre, on a reporté sur un planisphère les zones où les conditions de travail sont les plus dégradées. Et on a fait un tableau avec en parallèle, les chiffres de la pauvreté et ceux de l’espérance de vie.”

C’était criant de désespoir.

Pierre les obligea à répéter leur exposé plusieurs fois, comme s’il était le public. Il leur interdisait de lire, leur disant qu’ils ne pouvaient pas captiver leur auditoire s’ils avaient le nez dans leurs papiers. Puis il les jugea prêts. Leur premier auditoire serait les amis de chez Ali. Les deux garçons éprouvaient un trac épouvantable.

IV

Ali leur réserva un accueil aussi chaleureux que la fois précédente. Les deux amis ouvraient les festivités avec leur recherche et, au début, ils avaient bien du mal à trouver leurs mots. A la fin de leur exposé, ils furent vivement applaudis et se sentirent très fiers d’être parvenus à une telle prouesse.

Alors Julien, Vladimir et Pierre parlèrent de l’immense victoire de Seattle avec des éclats de joie dans la voix. On avait fait reculer l’OMC ! On avait empêché l’Organisation Mondiale du Commerce d’entamer un nouveau cycle de négociations à Seattle, sous la pression de la rue ! Cette victoire marquait un tournant considérable, une sorte de révolution dans les mentalités, d’autant plus qu’elle faisait suite au recul sur le vote de l’AMI. On était enfin sorti de la fatalité promise par le discours libéral. “Un autre monde est possible” ou “Le monde n’est pas une marchandise !”, comme le clamaient les manifestants, devenaient des slogans que tous pouvaient entendre. Ils triomphaient : deux victoires ! si proches ! Vraiment, il ne fallait plus désespérer mais continuer à se battre avec conviction pour que ces idées triomphent et passent dans les faits.

Un débat s’engagea ensuite qui partit un peu dans tous les sens sous l’effet de l’enthousiasme. On parla des paysans sans terre du Brésil qui subissaient une terrible répression alors qu’ils défendaient seulement leur droit d’avoir accès à la terre pour survivre ; de l’histoire des semences Terminator mises au point par une industrie agro-alimentaire avec l’objectif de devoir être rachetées chaque année, mettant les paysans dans la dépendance totale de la firme et de la résistance des syndicats paysans, de leur victoire sur la firme ; on évoqua la méthode de José Bové consistant à mettre un problème en spectacle et son impact sur la prise de conscience mais aussi la désaffection envers les syndicats traditionnels et envers les partis politiques… C’était très riche mais un peu brouillon. Ali ramena le calme en offrant à boire. Cette fois-ci, Sonia participait et Ibrahim tenait le bar.

Après la pause, le débat s’ordonna, orchestré par Julien. Celui-ci présenta quelques unes des grandes associations, souvent internationales qui s’attaquaient aux causes du mal. Par exemple le CADTM, comité d’annulation pour la dette du tiers monde : en 1960, les banques, poussées par la Banque Mondiale, avaient prêté massivement et à des taux très bas aux pays du Sud pour les aider à s’industrialiser. Mais comme l’inflation monta, les États-Unis décidèrent sans concertation avec leurs partenaires d’augmenter leurs taux d’intérêts. Presque au même moment les prix des matières premières baissèrent et voilà les pays du Sud incapables de rembourser et obligés d’essayer d’emprunter ailleurs pour tenter de rester solvables. Ce fut la spirale du surendettement. La Banque Mondiale et le Fond Monétaire International vinrent à leur rescousse en leur prêtant de l’argent à condition qu’ils coupent dans leurs budgets sociaux. Ils eurent beau rembourser, ils n’en sortaient pas et cela les empêchait toujours de se développer. Il faut savoir qu’ils ont déjà remboursé trois fois et demi ce qu’ils devaient en 1982 et qu’ils sont quatre fois plus endettés qu’à cette époque. Le CADTM mène des luttes continuelles pour annuler la dette, considérant que maintenant c’est le Nord qui doit au Sud et que le reste est un artifice comptable. Ce comité prône la mise en réseau des bonnes volontés. D’ailleurs depuis quelques années, celles-ci prennent l’habitude de travailler ensemble.

Un débat s’engagea à propos du travail fait en France par ATD-Quart-Monde, les Restos du Cœur, le Secours Populaire , Émmaüs et d’autres, certains d’obédience chrétienne. Presque tous les participants disaient que, sans eux, la situation aurait été bien plus explosive. Julien admettait qu’ils avaient fait un énorme travail pour redonner leur dignité aux plus pauvres, mais il leur reprochait de ne pas s’attaquer vraiment aux causes de la misère et donc, d’une certaine manière, de l’entretenir à leur corps défendant. Sa mère, Marine, prit cependant leur défense, c’était des lieux de rencontre, outre l’assistance immédiate et souvent vitale, ils permettaient à des mondes différents de se rencontrer. Certes, ça allait souvent des plus aisés vers les plus pauvres mais pas toujours. ATD, en particulier, avait permis une véritable prise de conscience chez les “exclus”, grâce à l’expérience de l’Université Populaire, où ceux-ci prenaient la parole.

Ensuite Julien présenta Droits Devant !! qui se battait pour les droits des sans-droits en organisant des coups médiatiques. Il rappela ses liens avec le Droit au Logement et les collectifs de sans papiers.

De nouveau, le débat s’engagea : le père de Quentin disant que la France ne pouvait pas accueillir tous ces étrangers alors qu’elle était déjà incapable de proposer un travail à tous les Français et Odile répondant que c’était souvent en toute dernière extrémité que les gens choisissaient l’exil, que c’était un choix déchirant mais qu’entre ça et la mort…

“Ah oui, il est bien fini, le temps où les patrons venaient nous chercher au bled pour qu’on travaille dans leurs usines ! s’exclama Ali. Moi, c’est comme ça que je suis venu en France. Dans les années soixante, nous, les jeunes, ils nous couraient après pour qu’on accepte de venir. Et c’est comme ça que j’ai commencé ici : à la chaîne chez Renault.

- Au boulot, j’en vois des gens avec des histoires épouvantables, reprit Odile. Forcément, ils sont tellement démunis, ils viennent souvent, on finit par bien les connaître. Et bien, tous, quand ils n’ont pas de famille ici, ils disent qu’ils ont choisi la France parce qu’ils croient en notre pays. Pour eux, la France ne les laissera pas tomber parce que c’est la patrie des Droits de l’Homme. Et bien, plus je les connais, plus je mesure leur détresse et plus je pense qu’on n’a pas le droit de les décevoir. Évidemment, une telle réputation, ça se mérite, elle a un prix. Mais je crois qu’on est capable de générosité et que tout le monde s’en porterait mieux.

- D’ailleurs, dit Julien, ce n’est pas le travail qui manque : combien de besoins non satisfaits, de gens surchargés d’obligations auxquelles ils n’arrivent pas à faire face correctement faute de temps ? Non, c’est l’argent pour le rétribuer. Or de l’argent, il y en a, mais il est trop mal partagé. C’est pour ça que l’association ATTAC a décidé de mettre un grain de sable dans les rouages de la finance internationale en s’attaquant aux paradis fiscaux, c’est-à-dire des pays laxistes sur l’origine des fonds que leurs banques abritent et qui couvrent de ce fait les activités de la mafia. Ils veulent aussi appliquer la taxe Tobin : c’est une taxe minime sur les transactions financières, proposée dans les années 70 par un économiste réputé, James Tobin. Il s’agirait de taxer de 0,1% ou de 0,5% chaque transaction, ce qui ne pénaliserait pas le commerce mais aurait un véritable effet boule de neige dissuasif pour la spéculation. Avec les sommes rapportées par cette taxe, sans doute cent milliards de dollars par an, on pourrait s’occuper du problème de l’eau avant qu’il devienne une trop importante cause de conflits armés, par exemple, ou de la faim dans le monde, ou de la santé… Il existe beaucoup d’autres mouvements à travers le monde, mais je ne peux pas vous les présenter tous, ça vous prendrait la tête à la fin et je pense que je ne les connais pas tous. Mais je suis très optimiste : certes, il y a énormément de travail mais une armée de résistants à la mort programmée de l’humanité s’est levée et elle va grossir encore.” Il parlait d’espérance et l’on aurait cru voir un apôtre. Sa foi était communicative.

Odile demanda qui se chargerait de collecter et répartir cette taxe, et ils entrèrent dans une longue discussion qui permit de préciser le rôle des différentes institutions internationales : Banque Mondiale, Fonds Monétaire International, Unicef… Quelque chose qui semblait au premier abord si rébarbatif n’ennuya personne car chacun avait compris l’enjeu et cherchait à saisir tous les rouages. Finalement, tous commençaient à trouver ces sigles familiers, à comprendre ce qu’ils signifiaient, à percevoir les buts de la lutte et tous étaient  déterminés à poursuivre l’action.

Ils se séparèrent tard. Ils avaient prévu de se voir le 27 décembre pour fêter Noël et la fin du Ramadan, l’Aïd-el-Frit de l’an 1421 de l’Hégire qui tombaient presque en même temps. Chacun devait apporter son plat fétiche et une chanson ou un poème. On avait prévu de danser.

V

Trois jours plus tard, Quentin et Michaël, gonflés d’émotion, firent leur exposé devant la classe. Comme toujours dans ces cas-là, Mme Léonor s’était mise au fond de la salle et voyait tous les élèves de dos, les orateurs lui faisant face. Certains élèves étaient un peu agités, ne prenant pas l’exposé au sérieux. Quentin et Michaël croisèrent les bras et attendirent qu’ils se taisent. Impressionnés par leur détermination, tous les élèves finirent par fixer leur attention sur eux. Alors ils commencèrent, Michaël d’abord, la voix bien posée, ni trop lentement, ni trop vite, prenant bien garde de regarder tous ses camarades à tour de rôle. Il insistait sur l’horreur des situations, sur la chaleur, sur les blessures, sur l’âge des travailleurs et il voyait que les élèves étaient sidérés. Il laissa un auditoire à point à Quentin qui n’eut aucun mal à faire percevoir toute l’épouvante des situations de quasi-esclavage qu’il décrivait. Pendant tout l’exposé, les élèves firent preuve d’une incroyable concentration. Ils regardèrent attentivement les illustrations projetées au rétroprojecteur et on entendit quelques murmures quand ils constatèrent que l’espérance de vie avait baissé en Russie de sept ans pour les hommes et de trois pour les femmes. Quand Michaël et Quentin demandèrent pourquoi chacun était concerné, une dizaine de mains se leva. Le débat fut très nourri, beaucoup d’élèves étant indignés. Certains avaient déjà entendu parler du travail des enfants, mais ils n’avaient pas vraiment conscience de son ampleur, ni de son aspect dévastateur. D’autres ignoraient cette réalité ou n’avaient entendu parler que des livreurs de journaux et de lait en Angleterre, ce qu’ils considéraient comme du folklore. La situation des petits mineurs colombiens les révoltait plus que tout. Certains parlèrent des enfants des rues au Brésil et des escouades de la mort, d’autres des petites prostituées de Bangkok. Ils étaient tellement passionnés qu’ils n’entendirent pas la cloche sonner et qu’il fallut que Mme Léonor, qui n’avait rien dit de toute l’heure, les déloge vigoureusement en leur promettant qu’on reprendrait le débat.

Heureusement, c’était la récréation. Lorsqu’elle fut seule avec Michaël et Quentin, elle leur demanda : “Quelle note croyez-vous mériter ?” Et soudain Michaël eut peur de la catastrophe.

“ Je ne sais pas, eut la présence d’esprit de dire Quentin, nous avons beaucoup travaillé et nous nous sommes entraînés à ne pas lire.

- Et toi, Michaël, qu’est-ce qui t’a paru le plus difficile ?

- Euh… de choisir, hésita-t-il. C’est terrible le nombre d’exemples qu’il y avait. Il fallait choisir ceux qui seraient les plus parlants pour les copains et c’est une drôle de responsabilité. On aurait pu parler du Mexique et des maquiladoras, des Philippines, avec les enfants qui trient les ordures. C’était vraiment difficile.

- Quelqu’un vous a aidé ?

- Oui, Pierre, un voisin, il est à la retraite, il a le temps d’aller souventà la bibliothèque et de chercher les livres les plus intéressants pour nous, dit Quentin.

- Et puis il est très exigeant, il nous a fait recommencer jusqu’à ce qu’on arrive à parler sans lire nos papiers, ajouta Michaël.

- Pourquoi avez-vous choisi ce sujet ?

- On voulait savoir si Germinal c’est de l’histoire ancienne ou pas, répondit Michaël, et surtout, Julien, un copain de mon grand frère qui est à la fac d’économie, il a commencé à nous expliquer des trucs incroyables sur les inégalités dans le monde, sur les deux cent vingt-cinq mecs… euh, pardon, qui étaient presque aussi riches à eux seuls que la moitié des hommes. Il nous a dit que c’est comme une guerre et qu’il faut faire vite, sinon on va la perdre et il n’y aura plus de vie possible pour nous, les pauvres. Alors, on est une vingtaine dans le quartier à se voir pour essayer de comprendre tous ensemble et pour pouvoir agir. On a répété notre exposé devant eux tous et ils nous ont applaudi et on a bien vu que nos parents et Pierre étaient fiers de nous.

- La récréation va bientôt finir, dit Mme Léonor. Ce que vous m’avez dit est très intéressant et nous en reparlerons. En attendant, renseignez-vous sur Davos, les journaux vont prochainement commencer à beaucoup en parler et lisez la presse des derniers jours sur Seattle, c’était un moment historique. Vous vous souviendrez ? Davos ; Seattle. Je tiens à vous féliciter, votre travail était remarquable, très riche et très pédagogique. Vous avez passionné votre auditoire. C’est la première fois de ma carrière que je vois ça et avec toute mon expérience, il m’arrive de faire moins bien que votre exploit d’aujourd’hui. Vous avez vingt sur vingt chacun et maintenant, dépêchez-vous d’aller vous ranger, il ne faudrait pas qu’une réprimande ternisse un si magnifique trophée. A demain.”

En s’éloignant dans le couloir, les deux copains exultaient : vingt sur vingt ! Qu’est-ce que les leurs allaient être contents ! Ils se hâtèrent pour aller se mettre en rang et quelques élèves leur firent comprendre qu’ils avaient fait passer un moment extraordinaire à la classe et qu’ils leur en étaient reconnaissants.

Mme Léonor n’avait pas de cours à l’heure suivante. Pendant sa pause, elle vit Mme Spérieux, la conseillère principale d’éducation, qui prenait un café dans la salle des professeurs. Mme Spérieux connaissait presque personnellement chaque élève du collège. Elle lui parla de la prouesse de ses deux élèves, disant que cela ne l’avait pas étonnée de la part de Quentin qui se montrait toujours très studieux mais énormément surprise venant de Michaël qu’elle percevait comme un élève rêveur et un peu perdu. Il avait fait preuve d’un sérieux, d’une maîtrise et d’une maturité incroyables par rapport à la manière dont il s’investissait d’habitude en classe. Mme Léonor avait bien vu qu’il s’agissait d’un enfant sensible et intelligent mais elle avait souvent le sentiment de ne pas parvenir à entrer en communication avec lui. Alors Mme Spérieux lui parla de la famille, de la mort du père, du fait que Mme Maheu n’avait pas de métier. L’assistante sociale du quartier avait pris contact avec celle du collège pour lui signaler la menace d’expulsion.

“ Comment peut-il avoir la tête à ce qu’il fait avec un tel paquet d’angoisse à gérer. Mais c’est inutile de parler d’aide psychologique pour le moment, il faut d’abord parvenir à apprivoiser sa mère. Elle s’intéresse aux études de ses enfants puisqu’elle vient à toutes les réunions collectives. Mais jamais aucun professeur n’a réussi à la rencontrer en tête à tête, à croire qu’elle a peur des enseignants. Même le médecin scolaire n’a pas pu ; pourtant il y avait une forte suspicion de dyslexie pour l’aîné, mais il n’y a jamais eu moyen de lui faire passer un bilan orthophonique. C’est un gosse qui a été en difficulté dès le cours préparatoire à cause de la lecture et qui a été orienté par défaut en lycée professionnel. La grande sœur a tenu à aller en seconde générale mais elle s’est effondrée comme les professeurs l’avait prévu, car elle a du mal avec l’abstraction. Pourtant, c’est une bosseuse. Avec un tel parcours d’échec chez les aînés et si l’on ajoute la déstabilisation actuelle de la famille, c’est presque étonnant que Michaël ne soit pas davantage en perdition. Il faut le soutenir, il ne demande que ça. Tu devrais rencontrer la mère avant le conseil de classe. Invite-la à venir avec la grande sœur, celle-ci nous aimait bien, elle poussera sa mère. C’est important, Michaël a des qualités, ce serait justice pour la famille qu’il choisisse une bonne orientation.”

Mme Léonor promit de le faire et se demanda comment elle allait tirer parti du formidable intérêt que les élèves avaient déclenché chez leurs camarades.

Le soir, avant même de rentrer chez eux, Quentin et Michaël se ruèrent chez Pierre : “On a gagné ! On a gagné ! Merci, Pierre, merci !

Celui-ci réagit très calmement face à ce juvénile enthousiasme : Qu’avez-vous gagné qui vous mette dans un tel état ?

- Grâce à toi, Pierre, on a eu vingt sur vingt ! s’écria Michaël.

- Pas grâce à moi, Michaël. Certes, je vous ai aidés mais si vous n’y aviez pas mis autant d’énergie et de curiosité, vous n’auriez jamais eu une telle note. Allez vite le dire à vos parents, ça va faire des heureux. Et revenez me voir demain soir pour la suite.

- Quelle suite ? demanda Quentin.

- Je vous le dirai demain. Pour l’instant, ça serait trop long à expliquer. Merci d’être venus m’annoncer la bonne nouvelle.”

Ce soir-là, il y eut du bonheur dans deux familles souvent en peine et Pierre avait chaud au cœur en pensant qu’il en avait été un petit peu l’artisan.

150 000 lectures sur notre blog

août 12, 2009 at 3:17 | In Altermondialisme, Belgique, Caisse des dépots, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Environnement OGM, Europe, Politique, Résultats du Blog, Société, Solidarité, sarkosy, social | 6 Comments

150 000 lectures sur notre blog

Dans cette  nuit du 11 au 12 août 2009, notre blog a dépassé les 150.000 visiteurs. Ce blog est celui d’un collectif ; il est donc naturel de vous rendre collectivement des comptes.

Notre blog a été créé le 1er octobre 2007 mais, durant les 5 premiers mois, il n’avait que de 100 à 300 visiteurs par mois. Il fallait le temps de nous faire connaître. Il ne compte donc que 18 mois de régime de croisière réel.

Depuis les six derniers mois, notre nombre de lecteurs se situe chaque mois entre 13 000 et 16 000.

La moyenne des six derniers mois est de 15 258 visites.

Merci à nos lecteurs et tout particulièrement à ceux qui contribuent à faire connaître notre blog.

Treize articles ont été lus plus de 1000 fois depuis la naissance de ce blog ; les voici dans l’ordre croissant de lecteurs :

Avec 1030 lectures dès mars 2008, nous annoncions la crise :

Crise financière internationale : un système sans contrôle

Avec 1038 lectures :

L’URGENCE ALTERMONDIALISTE

Avec 1102 lectures :

La mort de Michael Jackson symbolique et révélatrice

Avec 1187 lectures :

EDVIGE JUDEX STIC FNAEG FAED DST RG SDRF SALVAC FPR COMBIEN DE PERSONNES FICHEES EN FRANCE ?

Avec 1242 lectures, ce très récent article qui nous montra que les censeurs étaient bien présents :

Vers la constitution de six forces militaires mondiales sous égide ONU La première : Nom de Code Genesis Project

Avec 1339 lectures :

Benoît XVI veut béatifier Pie XII une inquiétante dérive de l’église catholique officielle se poursuit.

Avec 1425 lectures :

Il y a 68 ans, le 10 mai 1940, Hitler envahit la Belgique

Avec 1442 lectures :

Crise de l’industrie automobile américaine des raisons multiples

Avec 1516 lectures :

Crise économique faillite Islandaise et indécence politique

Avec 1967 lectures :

Manifestations du jeudi 29 Janvier 2009 Tous les Rendez vous départements et villes.

Avec 2147 lectures :

Dédicacé à Nicolas Sarkozy : Napoléon le Petit par Victor Hugo

Avec 3610 lectures :

Crise Economique USA Japon Espagne Allemagne Belgique France de la stagflation à la récession.

Enfin, avec 4446 lectures et best seller bien aidé par le cirque sur la « grippe porcine » :

Tout est bon dans l’cochon sauf les dioxines mais s’il n’y avait que ça !!

Il faudrait aussi parler de ces très nombreux articles lus entre 400 et 1000 fois….une cinquantaine au moins !!

Notre blog compte, à cette heure : 590 articles et 734 commentaires ! Un gros travail pour lequel nous devons aussi remercier tous nos ami-e-s qui nous envoient leurs articles et nos lecteurs.

Finalement, le lectorat de notre blog est un peu à l’image de ce que nous souhaitions au départ :

Vous vous intéressez :

-         A la politique et la géopolitique,

-         A l’économie et à la crise,

-          A l’environnement,

-         Aux  libertés,

-         A l’Histoire,

-         A la culture, la poésie, les bons bouquins, ….

-         A l’altermondialisme,

Vous aimez :

-         Les luttes,

-         Le parler net,

Vous n’aimez pas :

-         Sarkozy,

-         Le pape actuel.

-         Les cons !!

Bref, tout baigne ! Bonnes vacances !

Depuis la naissance de ce blog, il a connu les attaques virales, dernièrement la censure, les insultes…

Notre réponse c’est : Pas de vacances ! Nous n’arrêtons pas !

Mai 68 La lutte continue

Le Maréchal Ney est-il bien mort fusillé à Paris ?

août 11, 2009 at 11:58 | In Culture - Livres, Mémoire et histoire, Politique | 7 Comments
Tags:

Le Maréchal Ney est-il bien mort fusillé à Paris ?

Un drôle de parcours que celui de Michel Ney[1] !

Michel_ney. par Charles Meynier Musée national du château de VersaillesjpgMichel Ney par Charles Meynier – Musée national du Château de Versailles

Il est le fils d’un modeste ouvrier tonnelier qui avait fait la guerre de sept ans.

Il sera : duc d’Elchingen, prince de la Moskova, maréchal d’Empire. Il était  né le 10 janvier 1769 à Sarrelouis en Lorraine, département de la Moselle en 1790 aujourd’hui en Allemagne, Land de la Sarre. Il est supposé être mort le 7 décembre 1815 à Paris, place de l’Observatoire.

Aujourd’hui, un de ses descendants nous a alertés ; Jean-Paul Ney est journaliste d’investigation : Michel Ney n’est peut-être pas mort fusillé comme le prétend l’Histoire de notre pays.

L’arrestation :

À la seconde Restauration, le maréchal Ney est détesté par tous les partis, sauf par les Républicains très minoritaires.

Il est décidé que ceux qui s’étaient mis au service de l’Empereur avant le 20 mars 1815, date à laquelle Louis XVIII avait quitté la capitale, étaient des traîtres. Fouché établit la liste, avec un seul maréchal sur cette liste (ordonnance du 24 juillet 1815) et tout en haut : le maréchal Ney.

Selon d’autres sources, Fouché, alors ministre de la Police, lui donne deux passeports pour fuir en Suisse ou aux États-Unis. Cependant, le maréchal Ney, reste en France, chez une cousine de sa femme. Il est arrêté au château de la Bessonie, près d’Aurillac.

Le maréchal arrive à Paris sous escorte le 19 août  Il est aussitôt incarcéré à la Conciergerie et transféré à la prison du Luxembourg en traversant des villes où l’on souhaite soit le lyncher, soit le délivrer. En chemin, le général Exelmans, lui propose de le délivrer et de l’escorter où il le souhaite, mais il refuse. On dit que des officiers vinrent le libérer à la prison du Luxembourg, mais qu’il refusa aussi.

Le conseil de la Guerre devait juger le maréchal Ney. Mais il devait comprendre des maréchaux de France et la présidence en revenait de droit à leur doyen, le maréchal Moncey, duc de Conegliano. Celui-ci se récusa dans une lettre adressée au roi.

Mécontent, le roi destitue Moncey et lui inflige trois mois de prison. Le maréchal Jourdan est alors désigné pour présider le Conseil de guerre.

Le maréchal Ney ne souhaite pas être jugé par ses anciens camarades dont il craint la rancune à la suite d’incidents passés. Ney a été élevé à la pairie par Louis XVIII ; il peut donc exiger d’être jugé par la Chambre des pairs, pourtant majoritairement composée de royalistes convaincus. Ainsi, devant le parterre de maréchaux et de généraux qui composent le conseil de guerre, l’accusé dédaigne-t-il de répondre à l’interrogatoire d’identité et déclare, à la stupéfaction générale, décliner la compétence du tribunal. Pair de France au moment où se sont déroulés les faits dont il est accusé, il demande, en se fondant sur les articles 33 et 34 de la Charte, son renvoi devant la Chambre des pairs.

Le conseil se retire et par 5 voix contre 2 se prononce pour l’incompétence, le 10 novembre. Ney sera jugé par la Chambre des pairs.

Michel Ney tombe actuelle au PereLachaise_Michel_NeyMichel Ney Tombe actuelle au Père Lachaise

Le Jugement

Plusieurs éminents personnages se font dispenser, dont Talleyrand, qui dit ne vouloir participer à un tel crime. Le débat est à sens unique, la Chambre des pairs étant à forte majorité monarchiste.

La défense aborde peu la discussion des faits, et fait porter son effort sur un moyen de droit. Le maréchal Davout avait signé avec les Alliés le 3 juillet une convention dont l’article 12 spécifiait qu’aucune poursuite ne pourrait être exercée contre les officiers et soldats pour leur conduite pendant les Cent-Jours. Condamner le maréchal Ney revenait à violer cette convention. La Chambre des pairs décide d’interdire à la défense de développer ce moyen, car «il aurait dû être plaidé avant tout débat sur le fond».

Un ultime rebondissement survient le 6 décembre. La ville de naissance de Ney, Sarrelouis, vient de devenir prussienne depuis le traité de Paris du 20 novembre. Dupin déclare donc que Ney ne peut être jugé, car il est maintenant prussien. Évidemment, le maréchal Ney, se lève, interrompt son avocat, et dit : « Je suis français et je resterai français ! ».

Trois questions de fait sont donc d’abord posées :

  1. 1. « le maréchal Ney a-t-il reçu des émissaires dans la nuit du 13 au 14 mars ? » : l’appel nominal donne les résultats suivants : 111 voix pour, 47 contre. Le comte Lanjuinais, le marquis d’Aligre et le comte de Nicolaï s’abstinrent, protestant qu’ils ne pouvaient juger en conscience, attendu qu’on avait refusé à l’accusé le droit de se faire entendre sur la convention de Paris ;
  2. 2. « le maréchal Ney a-t-il lu, le 14 mars, une proclamation invitant les troupes à la défection ? » : trois pairs, ceux qui venaient de protester, votent contre, et 158 votent pour ;

  1. 3. « le maréchal Ney a-t-il commis un attentat contre la sûreté de l’État ? » : le vote donne 157 voix pour, 3 voix pour avec atténuation et 1 voix contre. Lanjuinais a répondu « oui » mais en ajoutant « couvert par la capitulation de Paris » ; d’Aligre et de Richebourg « oui » mais en faisant appel à la générosité de la Chambre. Le vote négatif est celui du duc de Broglie, le plus jeune des pairs de France qui déclare : « Je ne vois dans les faits justement reprochés au maréchal Ney ni préméditation ni dessein de trahir. Il est parti très sincèrement résolu de rester fidèle. Il a persisté jusqu’au dernier moment. »

La dernière question porte sur la peine à appliquer. Lanjuinais, soutenu par Malville, Lemercier, Lenoir-Laroche et Cholet, tente de faire adopter la peine de déportation que 17 pairs votent. Parmi eux, le duc de Broglie. Cinq pairs, le comte de Nicolaï, le marquis d’Aligre, le comte de Brigode, le comte de Sainte-Suzanne et le duc de Choiseul-Stainville, tout en s’abstenant, proposent de recommander le maréchal à la clémence du roi.

Finalement, 139 voix, réduites à 128, à cause d’avis semblables entre parents, réclament la peine de mort. Parmi ceux qui ont voté la mort : 5 maréchaux d’Empire : Sérurier, Kellermann, Pérignon, Victor et Marmont. Le maréchal Davout est venu le défendre, et le maréchal Laurent de Gouvion Saint-Cyr a voté la déportation. D’autres se signalent pas leur veulerie :  le vicomte de Chateaubriand, le comte Ferrand surnommé « le Marat blanc » et le comte Lynch nommé par Napoléon maire de Bordeaux, comte de l’Empire et chevalier de la Légion d’honneur, qui va jusqu’à réclamer la guillotine.

En outre, non content d’avoir obtenu la condamnation du maréchal, Bellart requiert qu’il soit rayé des cadres de la Légion d’honneur. Une petite phrase circule sur l’avocat Bellart à l’époque : « Si l’éloquence est un bel art, Bellart n’est point l’éloquence. »

La sentence est rendue à onze heures et demie du soir. Les pairs appliquent la règle du conseil de guerre et la lisent en l’absence de l’accusé.

Les défenseurs ayant compris que tout espoir est perdu n’assistent pas à la lecture de l’arrêt et se rendent dans la cellule qu’occupe depuis deux jours le maréchal, au Palais du Luxembourg. C’est une petite pièce située au troisième étage sous les combles, à l’extrémité ouest de la galerie où le Sénat conservateur avait installé ses archives, au-dessus de l’actuelle salle des conférences. Une plaque de marbre y a été apposée en 1935.

L’exécution

Pendant la lecture de la sentence, les défenseurs du maréchal vont le voir dans sa cellule. Après leur départ, il se met à rédiger ses dernières dispositions et dort tout habillé.

À 3 heures du matin, le secrétaire-archiviste de la Chambre des pairs, Cauchy, le réveille pour lui communiquer la sentence. Le général de Rochechouart, qui commande la place de Paris, l’informe qu’il peut recevoir trois visites : sa femme, son notaire et son confesseur. La maréchale vient rendre visite à son mari dans la cellule avec leurs quatre enfants. Elle s’évanouit en apprenant la sentence. C’est en vain qu’elle implore sa grâce auprès de Louis XVIII. Celui-ci aurait dit qu’il était favorable à cette requête, mais que seuls Wellington ou la duchesse d’Angoulême (fille de Louis XVI), pouvaient en prendre la décision.

La maréchale alla alors, demander grâce à Wellington qui accepta tout d’abord, puis renonça devant les difficultés et les obstacles. Puis, elle alla voir la duchesse d’Angoulême qui refusa sèchement. Cette dernière dit plus tard, après avoir lu les témoignages du comte de Ségur, regretter son geste et que s’il elle avait su qui était réellement le maréchal Ney, elle aurait demandé sa grâce.

On proposa un confesseur à Ney qui répliqua, « Vous m’ennuyez avec votre prêtraille ! ». Puis il accepta finalement, convaincu par un ancien soldat de la campagne de Russie, devenu croyant à cette occasion.

Ney écrit une dernière fois à son beau-frère. Puis il s’entretient avec le curé de Saint-Sulpice.

À 8 h 30 une voiture vient chercher Ney. Il porte un simple costume bourgeois. Le cortège s’arrête avenue de l’Observatoire. Le maréchal refuse qu’on lui bande les yeux et, s’adressant aux soldats : « Camarades, tirez sur moi et visez juste ! ». Rochechouart rapporte qu’il prononça également les paroles suivantes : « Français, je proteste devant Dieu et la patrie contre le jugement qui me condamne. J’en appelle aux hommes, à la postérité, à Dieu. Vive la France ! ». Puis il s’écroule sous les balles. La phrase qu’on lui prête « Soldats, visez droit au cœur ! » semble plus romanesque que véridique.

Il tombe face contre terre. Conformément à la coutume, la dépouille reste quinze minutes seule. Un cavalier britannique fit bondir son cheval par-dessus le cadavre. Un officier russe, qui avait exprimé ostensiblement sa joie, fut rayé des listes de l’armée russe par Alexandre Ier qui appréciait beaucoup le maréchal Ney.

L’affaire Peter Stuart Ney

Tombeau Peter Stuart Ney Third Creek ChurchTombeau de Peter Stuart Ney à Third Creek Church Caroline du Nord

Un homme se réclamant de son identité est mort à Brownsville en Caroline du Nord en 1846. Il s’appelait Peter Stuart Ney. Curieusement, Pierre était le prénom du père du maréchal Ney, et l’on dit que sa mère descendait de la dynastie des Stuart écossais. Ce Peter Stuart Ney enseignait le français, l’allemand, l’hébreu et les mathématiques.

Il affirma être le maréchal Ney à deux reprises : tout d’abord, lorsqu’un élève lui apporte un journal français annonçant la mort de Napoléon. Il s’évanouit et est transporté chez lui. Quelques heures plus tard, l’élève vient lui rendre visite, pour prendre de ses nouvelles. Il découvre un Peter Stuart Ney ensanglanté dans son lit, avec les veines tranchées. Peter Stuart Ney survit. La seconde révélation eut lieu sur son lit de mort. Il dit en anglais : “By all that is holy, I am Marshal Ney of France!”.

Plusieurs soldats vinrent identifier ce mystérieux personnage, et furent catégoriques, il s’agissait bien pour eux du maréchal qui les avait menés au combat. Deux expertises graphologiques eurent lieu. Elles donnèrent des résultats contradictoires.

La tombe de Peter Stuart Ney arbore un petit drapeau français et l’inscription : “In memory of Peter Stuart Ney, a native of France and soldier of the French Revolution under Napoleon Bonaparte, who departed this life November 15, 1846, aged 77 years.” (En mémoire de Peter Stuart Ney, originaire de France et soldat de la Révolution française, servit Napoléon Bonaparte, il quitta ce monde le 15 novembre 1846, à 77 ans}.

Cette histoire est accréditée par le fait qu’en 1903, lorsque la Troisième République française décide de donner au maréchal Ney une sépulture digne, le fossoyeur qui ouvre le cercueil constate et témoigne à qui veut bien l’écouter, que le cercueil est vide. Ney était depuis 1815 enterré sous une simple dalle. On construit donc l’actuelle tombe, massive et digne. Des auteurs ont accrédité cette thèse, par exemple Michel Dansel. Selon lui, son exfiltration a été organisée par la franc-maçonnerie dont il était membre

Nos lecteurs pourront visiter avec intérêt les sites suivants :

http://www.napoleonicsociety.com/french/neycazottes.htm

http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/index.php/2009/08/04/134713-vive-le-marechal-ney

http://www.countrymusicattitude.com/articles/ney.html

http://equentric.numeriblog.fr/ney/2006/02/les_deux_tombea.html

Tombeau de Ney aux USAInscription sur le tombeau de Peter Stuart Ney


[1] Source wikipédia et divers sites qui seront indiqués dans le corps de l’article

Il y a 95 ans Jean Jaurès assassiné

juillet 30, 2009 at 7:49 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Mémoire et histoire, Politique, Société, social | 8 Comments
Tags:

Il y a 95 ans Jean Jaurès assassiné

Jean_Jaurès_03

Auguste Marie Joseph Jean Léon Jaurès, est né à Castres en 1859 dans une famille de la petite bourgeoisie du Tarn.

Brillant élève, Jean Jaurès fait ses études au lycée Louis-le-Grand. En 1878, il est reçu premier à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en philosophie, devant Henri Bergson. En 1881, il termine troisième à l’agrégation de philosophie.

Jaurès enseigne tout d’abord au lycée Lapérouse d’Albi, puis à Toulouse en 1882 comme maître de conférences à la faculté des Lettres. Il donne également un cours de psychologie au lycée de jeunes filles de cette même ville.

Il se marie en 1886 avec Louise Bois

Formé intellectuellement durant la difficile naissance de la Troisième République, il entre en politique à 25 ans comme candidat républicain aux élections législatives de 1885. Élu, il siège à l’assemblée nationale parmi les républicains « opportunistes » où il soutient souvent Jules Ferry. En 1889, Jean Jaurès n’est pas réélu.

La découverte du socialisme :

Privé de son mandat de député en 1889, Jean Jaurès reprend son enseignement à Toulouse. Il est reçu docteur en philosophie en 1892 avec sa thèse principale De la réalité du monde sensible et sa thèse secondaire en latin, « Des origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, et Hegel ». Jean Jaurès continue son activité politique. À partir de 1887, il collabore au journal Dépêche du Midi de tendance radicale. Il devient conseiller municipal sur les listes radicales-socialistes, puis maire adjoint à l’instruction publique de Toulouse (1890-1893). Ses travaux d’élu local, sa découverte des milieux ouvriers et des militants socialistes, l’orientent vers le socialisme. Cette évolution s’achève avec la grève des mineurs de Carmaux.

Jaures statue de Carmaux par Gabriel Pech jpg

Monument à Jaurès à Carmaux par Gabriel Pech

La grève des mineurs de Carmaux : l’adhésion définitive au socialisme (1892)

En 1892, quand éclate la grande grève des mineurs de Carmaux, Jean Jaurès est à l’écart de la vie politique nationale. L’origine du conflit est le licenciement par “La compagnie des mines”, dirigée par le baron Reille, (l’homme fort de la droite tarnaise), et par son gendre le marquis de Solages (député de la circonscription) d’un de ses ouvriers, le leader syndical et socialiste, ouvrier mineur, Jean-Baptiste Calvignac qui venait d’être élu maire de Carmaux le 15 mai 1892. Le prétexte du licenciement sont les absences de Jean-Baptiste Calvignac provoquées par ses obligations d’élu municipal. Ce licenciement est considéré par les mineurs comme une remise en cause du suffrage universel et des droits réels de la classe ouvrière à s’exprimer en politique.

Les ouvriers se mettent en grève pour défendre « leur » maire. Les autorités républicaines envoient l’armée (1500 soldats) au nom de la « liberté du travail ». En plein scandale de Panamá, la République semble ainsi prendre le parti du patronat monarchiste contre les grévistes.

Dans ses articles à la Dépêche, Jean Jaurès soutient cette grève. Il accuse la République d’être aux mains de députés et ministres capitalistes favorisant la finance et l’industrie aux dépens du respect des personnes. Durant cette grève, il fait l’apprentissage de la lutte des classes et du socialisme. Arrivé intellectuel bourgeois, républicain social, Jean Jaurès sort de la grève de Carmaux acquis au socialisme.

Sous la pression de la grève et de Jaurès, le gouvernement arbitre le différend marquis de Solages-Calvignac au profit de l’ouvrier Calvignac. Solages démissionne de son siège de député. Jaurès est alors désigné par les ouvriers du bassin pour les représenter à la Chambre. Il est élu le 8 janvier 1893 comme socialiste indépendant malgré les votes ruraux de la circonscription.

Le premier mandat comme député socialiste de Jaurès (1893-1898)

Désormais, Jean Jaurès représente à la chambre des députés les mineurs de Carmaux. Il milite avec ardeur contre les lois scélérates[1]. Jaurès se lance dans une incessante et résolue défense des ouvriers en lutte. Il défend les verriers de Carmaux, renvoyés par leur patron Rességuier. Il participe à la fondation de la Verrerie ouvrière d’Albi, premier grand exemple d’entreprise coopérative. Dans le Languedoc viticole, il visite les « vignerons libres de Maraussan » qui créent la première cave coopérative. En 1898, il est battu par le marquis de Solages et perd son mandat de député

1898-1914 : Jaurès, le leader socialiste français

L’affaire Dreyfus

Au début de l’affaire Dreyfus, Jaurès est convaincu de la culpabilité du capitaine Dreyfus. Jaurès utilise même la sentence de déportation, qu’il juge clémente, pour dénoncer l’incohérence de la justice militaire dans un discours à l’assemblée. Face à la campagne de révision, Jaurès reste en retrait. Mais, en 1898, Jean Jaurès est convaincu de l’innocence de Dreyfus par le J’accuse de Zola et par ses conversations avec la jeune promotion normalienne (en particulier Lucien Herr) et avec des militants allemanistes (socialistes révolutionnaires) qu’il estime.

Jean Jaurès s’engage avec passion dans la défense de Dreyfus. Pour lui, l’affaire est non seulement un problème de justice individuelle, mais surtout de respect de l’humanité elle-même. En effet, elle pose le problème du mensonge et de l’arbitraire des grandes institutions, notamment de l’armée qui entend avoir une “justice” séparée. En outre, elle est utilisée par les droites catholique et nationaliste pour renverser la République. Il s’oppose alors à certains autres socialistes, dont Jules Guesde pour qui Dreyfus est un officier bourgeois dont la défense ne serait pas prioritaire. Guesde est marqué par le souvenir de la répression sanglante de la Commune de Paris, et d’autres révoltes ouvrières, est pour beaucoup dans la défiance de militants ouvriers envers la cause d’un officier, notamment le 1er Mai de Fourmies initié par des militants guesdistes.

Mais pour Jaurès, l’accablement de malheurs et d’injustices dont Dreyfus est victime font de lui un homme qui souffre des persécutions de la caste militaire, qui est le « gardien armé du Capital », et donc l’ennemi du prolétariat.

Avec l’affaire Dreyfus, Jaurès devient un homme politique à l’influence nationale.

Le socialiste, soutien de la République (1898-1904)

Battu aux élections de 1898 (l’installation de la Verrerie ouvrière à Albi et son ardente défense de Dreyfus ont provoqué sa défaite), Jaurès se consacre au journalisme et devient co-directeur de La petite république un journal socialiste républicain. C’est dans les colonnes de ce journal qu’il publie Les preuves relatives à l’affaire Dreyfus. Par ses articles, il soutient le gouvernement Waldeck Rousseau de Défense républicaine, qui associe à son action, pour la première fois dans l’histoire de la République, un socialiste, Alexandre Millerand, nommé au commerce et à l’industrie.

Ce soutien ouvre un nouvel affrontement avec Jules Guesde qui se termine par le débat public de l’Hippodrome de Lille et les écrits de Guesde sur « Les deux méthodes » voir sur ce point : http://dutron.wordpress.com/2009/07/28/il-y-a-87-ans-mourait-jules-guesde/

En 1902, Jean Jaurès participe à la fondation du Parti socialiste français. La même année, il parvient à reconquérir le siège de député de Carmaux (siège qu’il conserve jusqu’à sa mort ; réélection en 1906, 1910 et 1914). Le talent d’orateur de Jaurès lui permet de devenir le porte-parole du petit groupe socialiste de l’Assemblée nationale.

Jaurès et son Parti socialiste français s’engagent nettement en faveur du Bloc des gauches et du gouvernement Combes (1902-1905). Jaurès participe à la rédaction de la loi de séparation des Églises et de l’État (décembre 1905).

Cependant, Jaurès et les socialistes sont déçus par la lenteur des réformes sociales. La dynamique du Bloc des gauches s’épuise. Jaurès, vice-président de la chambre en 1902, n’est pas réélu à cette fonction en 1904. Le rapprochement politique avec un gouvernement “bourgeois” allant jusqu’à la participation gouvernementale est, de plus, condamné par l’Internationale Socialiste.

La création de l’Humanité et l’unification du mouvement socialiste

En 1904, Jaurès fonde le quotidien L’Humanité qu’il dirige jusqu’à sa mort. Jaurès sous-titre son journal “quotidien socialiste” et l’utilise pour accélérer l’unité socialiste. Celle-ci est réalisée sous pression de la Deuxième Internationale au Congrès du Globe (avril 1905) avec la création de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), unifiant les différentes sensibilités socialistes de France.

Jaurès partage la direction de la SFIO avec le marxiste Jules Guesde. La SFIO fait sienne le constat de la lutte des classes et s’affirme clairement internationaliste. Pour l’unité, Jaurès a accepté l’abandon du soutien au gouvernement. Mais, il a obtenu des guesdistes l’insertion de la SFIO dans la démocratie représentative. Dirigeant politique important, il engage le dialogue avec les syndicalistes révolutionnaires de la CGT. En 1914, la SFIO rassemble 17% des voix et obtient 101 sièges de députés.

Le pacifisme

Jaurès lutte contre la venue de la guerre les dix dernières années de sa vie. Il est très préoccupé et inquiet face à la montée des nationalismes et par les rivalités entre les grandes puissances (surtout pendant les guerres balkaniques en 1912-1913). En 1910, il rédige une proposition de loi consacrée à l’armée nouvelle dans laquelle il préconise une organisation de la Défense nationale fondée sur la préparation militaire de l’ensemble de la Nation. Il mène une vigoureuse campagne contre la Loi des trois ans de service militaire. La loi est votée en 1913 malgré le rassemblement du Pré-Saint-Gervais le 25 mai 1913 où Jaurès prononce un discours devant 150 000 personnes.

Manifestation Lois scélérates Pré St Gervais et Discours Jaurès

Manifestation contre les Lois scélérates au Pré St Gervais et discours de jaurès

L’année 1914 semble relancer les espoirs de paix : la guerre dans les Balkans est finie, les élections en France sont un succès pour les socialistes. Mais l’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914 et l’ultimatum autrichien à la Serbie du 23 juillet 1914 relance les tensions entre les grandes puissances. L’inexorable affrontement des impérialismes est en marche.

Jaurès tente d’infléchir dans un sens favorable à la paix la politique gouvernementale. Il rappelle le mot d’ordre de grève générale décidé par l’Internationale ouvrière en cas de déclenchement de la guerre.

Assassinat du 31 juillet 1914

Lorsqu’il rentre à Paris, le 30 juillet dans l’après-midi, Jaurès apprend que la Russie mobilise. À la tête d’une délégation socialiste, il obtient vers 20 heures une audience avec Viviani qui lui révèle l’état d’avancement de la préparation des troupes aux frontières. Jaurès l’implore d’éviter tout incident avec l’Allemagne.

Viviani lui répond qu’il a ordonné aux troupes françaises de reculer de dix kilomètres par rapport à la frontière afin d’éviter tout risque d’incident avec l’Allemagne.

Le 31 juillet au matin, la presse parisienne unanime voit l’Europe « au bord du gouffre ». Après avoir consulté ses proches comme Charles Rappoport ou Lucien Lévy-Bruhl, Jaurès se rend à la Chambre où il prend connaissance de la mobilisation autrichienne et de la déclaration de l’état de menace de guerre en Allemagne.

Il décide de rencontrer à nouveau le président du Conseil, par ailleurs ministre des Affaires étrangères, mais ne voit que le sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Abel Ferry, neveu de Jules Ferry.

Au même moment Viviani n’est pas disponible, car il reçoit l’ambassadeur allemand, le comte von Schoen, venu communiquer l’ultimatum de son gouvernement à la France : dire avant le 1er août à 13 heures si elle se solidarisait avec la Russie. Il comprend que le conflit ne peut plus être évité. Au même moment, tous les maires de France sont avertis par les préfets de tenir prêts les chevaux et les voitures pour les ordres de réquisition. Jaurès aurait, selon Pierre Renaudel, témoin de son entrevue avec Abel Ferry, déclaré que si le gouvernement persistait à aller vers la guerre , il « dénoncerait les ministres à tête folle ». Abel Ferry, sur un ton navré – et nullement menaçant – se serait contenté de répondre « Mais mon pauvre Jaurès, on vous tuera au premier coin de rue ! … ».

Abel Ferry sera tué au front, blessé mortellement par un éclat d’obus en 1918.

En fin de journée, il se rend au siège de son journal pour préparer un article de mobilisation anti-guerre pour l’édition du 1er août. Auparavant, il sort dîner au café du Croissant, rue Montmartre, avec ses collaborateurs du journal dont Renaudel, Jean Longuet (gendre de Karl Marx) , Landrieu, Ernest Poisson. Il est assis dos à la fenêtre ouverte, séparé de la rue par un simple rideau. Observant depuis la rue la salle du café où il avait repéré que Jaurès dînait habituellement, caché par le rideau, l’assassin tire. Jaurès est tué sur le coup.

Assassinat de Jaurès DessinJean Jaures Plaque commémorative au Café_Croissant

Assassinats de Jaurès – Dessin

L’assassin et ceux qui ont armé son bras :

L’assassin est Raoul Villain, un Rémois de 29 ans, étudiant en archéologie à l’École du Louvre, et surtout adhérent de la Ligue des jeunes amis de l’Alsace-Lorraine, groupement d’étudiants nationalistes, partisans de la guerre et proche de l’Action française.

Il est arrêté et déclare avoir agi en solitaire pour « supprimer un ennemi de son pays ». Cette thèse de l’acte isolé est honteusement reprise telle quelle dans l’acte d’accusation dressé le 22 octobre 1915.

Villain y est décrit comme un personnage falot, calme et pieux, blond, les yeux bleus, d’apparence juvénile. Sans avoir jamais vu Jaurès, il s’est peu à peu mis en tête de tuer le traître,  « l’Allemand » !!!

Sans doute convaincu de la nécessité de son geste depuis le mois de décembre précédent, il mûrit son acte tout au long du mois de juillet, achète un revolver Smith & Wesson, s’exerce au tir, écrit quelques lettres incohérentes, repérant le domicile du leader socialiste, son journal, le café où il avait ses habitudes

Mais, depuis de longs mois, voire des années, la presse nationaliste que Villain ne pouvait ignorer et les représentants des Ligues « patriotes » (comme Léon Daudet ou Charles Maurras) s’étaient déchaînés contre les déclarations pacifistes de Jaurès, son internationalisme, et le désignaient comme l’homme à abattre. Les déclarations de ce genre sont légion dans les semaines qui précédent l’assassinat.

« Dites-moi, à la veille d’une guerre, le général qui commanderait […] de coller au mur le citoyen Jaurès et de lui mettre à bout portant le plomb qui lui manque dans la cervelle, pensez-vous que ce général n’aurait pas fait son plus élémentaire devoir ? »
— Maurice de Waleffre dans L’Echo de Paris du 17 juillet 1914.

Jaurès Allemand caricature par orens pgJaurès “Allemand” caricature par Orens

Mais les outrances écrites ne font que dissimuler une montée progressive du nationalisme dans l’opinion, ce que Jaurès et les socialistes semblent n’avoir pas voulu reconnaître. Depuis les crises au Maroc ou dans les Balkans des années récentes, l’affrontement avec l’Allemagne devenait inéluctable, comme le sentait Clemenceau.

Cet assassinat a lieu trois jours avant le début de la Première Guerre mondiale, et en précipite le déclenchement des hostilités, notamment en facilitant le ralliement de la gauche, y compris beaucoup de socialistes qui hésitaient, à l’« Union sacrée ».

Villain est incarcéré en attente de son procès durant toute la Première Guerre mondiale et, après cinquante-six mois de détention préventive, il est acquitté lors de son procès devant la cour d’assises de la Seine, le 29 mars 1919. La veuve de Jaurès doit même payer les frais du procès. En réaction, Anatole France écrit : « Travailleurs, Jaurès a vécu pour vous, il est mort pour vous. Un verdict monstrueux proclame que son assassinat n’est pas un crime. Ce verdict vous met hors la loi, vous et tous ceux qui défendent votre cause. Travailleurs, veillez ! », et une manifestation est organisée le 6 avril suivant.

Raoul Villain s’exile alors à Santa Eulalia sur l’île d’Ibiza dans les Baléares. Peu après le début de la guerre d’Espagne, les républicains l’exécutent pour espionnage au profit de l’armée franquiste le 17 septembre 1936.

Autre revanche de l’Histoire : c’est un jeune journaliste de l’Humanité de Jaurès ; Paul Vaillant-Couturier qui recueillera sur le front de l’Aisne et popularisera, en 1917, le chant collectif des mutineries de 1917 : La Chanson de Craonne.

Voir sur ce sujet sur ce blog deux articles publiés le 20 mai 2008 pour le 91 ème anniversaire du début des mutineries de 1917 : http://dutron.wordpress.com/2008/05/20/tous-mutins/

Et : http://dutron.wordpress.com/2008/05/20/la-chanson-de-craonne/

Guy Dutron

30 juillet 2009

Tombe_Jean_Jaurès.au Panthéon jpgTombeau de Jean Jaurès au Panthéon


[1] Le terme « lois scélérates » désigne une série de lois votées en France sous la Troisième République. Elles visaient à réprimer le mouvement anarchiste, responsable de nombreux attentats dans les années précédentes. L’expression fut notamment popularisée par Francis de Pressensé et Emile Pouget dans un pamphlet publié en 1899, Les lois scélérates de 1893-1894. Aujourd’hui l’expression « loi scélérate » désigne l’ensemble des lois qui présentent l’une des caractéristiques suivantes : recours à des procédures expéditives, répression disproportionnée par rapport aux actes commis, sanctions lourdes uniquement conçues pour dissuader un individu de commettre un acte proscrit

Notre ami Patrice nous a transmis ce texte qui a du être lu aujourd’hui à Castres – ville natale de Jaurès – nous le publions bien volontiers à la suite de notre article

À l’aube de la 1ère Guerre Mondiale, le 31 juillet 1914, le militant nationaliste Raoul Villain assassine Jean Jaurès. La Guerre peut donc débuter.

Les Alternatifs du Tarn s’associent pleinement à la commémoration de l’anniversaire de l’assassinat de Jean Jaurès.

Mais par cette participation, nous ne voudrions pas récupérer l’image de Jean Jaurès comme certains de nos adversaires politiques s’ingénient à le faire de façon honteuse et maladroite.

Utiliser la prestance de Jaurès afin de tenter de s’identifier comme ses descendants politiques et idéologiques est malhonnête et indigne.

Nous devons donc nous démarquer de celles et ceux qui citent Jaurès à des fins démagogiques.

Lorsque Jaurès dit que « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage », il nous encourage à chercher et trouver une sortie de ce système économique injuste, inégalitaire et dont la justesse du propos est illustrée chaque jour par son lot de souffrances, d’injustices et de vrais guerres.

Que des politiciens partisans du capitalisme accommodent leurs discours élyséens de citations de Jaurès prouvent bien le peu de considération qu’ils portent à l’idéologie de Jean Jaurès.

Quand Jaurès dit :

« Le courage, cest dagir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort lunivers profond, ni sil lui réserve une récompense ». Il nous encourage à l’action politique désintéressée. Au soutien dans les luttes sociales. Et non pas aux volontés carriéristes.

« Cest quau fond, il ny a quune seule race : lhumanité ». Il nous encourage à nous mobiliser pour soutenir nos frères et sœurs victimes de la politique du chiffre sarkozyste de reconduite à la frontière, de fermer les Centres de rétention, de faire cesser les arrestations au faciès. D’ouvrir nos yeux aux luttes à travers le monde.

« Il ne peut y avoir de révolution que il y a conscience. »

« C’est en allant à la mer que le fleuve reste fidèle à sa source »

Nombreux sont les propos de jean Jaurès qui résonnent encore de par leur actualité et nous donnent matière à réflexion.

Pour conclure, lorsque Jaurès dit : « N’ayant pas la force d’agir, ils dissertent », nous espérons que ce propos ne nous est pas destiné à toutes et tous ici présent-es !

Les Alternatifs 81

Il y a 87 ans mourait Jules Guesde

juillet 28, 2009 at 2:57 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Mémoire et histoire, Politique, Refonder la Gauche, Société, social | 6 Comments
Tags:

Il y a 87 ans mourait Jules Guesde

Jules_Guesde_02

Difficile d’être du Nord, de Gauche, internationaliste et d’oublier Jules Guesde !

Jules Bazile dit Jules Guesde, né à Paris le 11 novembre 1845, fut un grand dirigeant socialiste français. À un journaliste du Matin venu l’interviewer sur son itinéraire politique en 1893, il répond qu’il est devenu républicain sous l’Empire en lisant en cachette les « Châtiments » de Victor Hugo et athée en lisant la Critique de la raison pure de Kant et, enfin, socialiste « par la Commune ». Toute sa vie, il cherchera une synthèse de ces apports et de bien d’autres.

De fait, c’est de Toulouse puis Montpellier que le jeune Guesde critique l’entrée en guerre de la France en 1870. Il défend l’opinion républicaine dans « le Progrès libéral » de Toulouse en 1868, puis, l’année suivante, jusqu’en 1871, dans « la Liberté » de Montpellier puis dans « les Droits de l’Homme » où il est alors secrétaire de rédaction. Après le 4 septembre, il soutient la nouvelle République et surtout, à partir de mars 1871, l’insurrection de la Commune. Ses articles virulents lui valent diverses condamnations à l’emprisonnement qui le poussent à l’exil au mois de juin.

Réfugié en Suisse puis en Italie, à Milan, où il survit en donnant des leçons de littérature, il entre alors en contact avec l’Association internationale des travailleurs  et Karl Marx en 1864. D’abord hostile au philosophe, Guesde se rapproche peu à peu de ce dernier. Sans pour autant adopter toutes les idées de Marx. Mais il défend résolument le concept de prise de pouvoir par le prolétariat.

De retour en France en 1876, Guesde vise deux objectifs. D’abord reconstituer le mouvement ouvrier décapité après les événements de la Commune de Paris, et ensuite convaincre l’élite de la classe ouvrière française du bien-fondé des doctrines du socialisme scientifique issues de la pensée marxiste.

À cette fin, il lance avec Paul Lafargue le journal L’Égalité (qui parait avec quelques interruptions de 1877 à 1883), qui diffuse en France des idées certes marxistes mais à l’évidence traversées par diverses influences françaises, de Blanqui à Rousseau. Engels rapporte un jour que « Ce que l’on appelle « marxisme » en France est certes un article tout spécial, au point que Marx a dit à Lafargue : « Ce qu’il y a de certain, c’est que moi je ne suis pas marxiste  ». Guesde ne conteste pas.

Le groupe « collectiviste » dirigé par Guesde réussit à obtenir la majorité au congrès ouvrier de Marseille de 1879, prélude à la fondation en 1882 du Parti Ouvrier. Le PO est ensuite dénommé Parti ouvrier français en 1893 pour éviter les calomnies de la propagande nationaliste et revancharde. Le POF reste et restera jusqu’au bout dans la vision internationaliste, le terme « français » n’ayant été ajouté que pour des raisons tactiques.

Les succès du Parti Ouvrier sont rapides. Comptant à peine 2 000 membres en 1889, il gagne en audience – 20 000 militants en 1902 – et conquiert ensuite plusieurs grandes municipalités, notamment Roubaix qui reste le fief du guesdisme – la « Rome du Socialisme » – jusqu’en 1914. Le PO atteint son point haut électoral aux législatives de 1893. Très populaire dans le Nord, bastion d’un POF soutenu par les ouvriers du textile et de l’industrie, profitant d’une influence moins forte et moins durable dans le « Midi rouge », Guesde entre à la chambre des députés une première fois en 1893 pour la circonscription de Roubaix en s’affirmant « collectiviste, internationaliste et révolutionnaire ». Battu en 1898 et 1902, il est réélu en 1906. Il conserve son siège jusqu’à sa mort en 1922.

Jaurès et GuesdeJules Guesde et Jean Jaurès

  • Les deux méthodes

Sous l’impulsion de Guesde, le PO est un des fondateurs en France des journées du 1er Mai, dites « fêtes du travail », à partir de 1889 qui vise à obtenir pour les ouvriers des avantages précis, concrets et immédiats, comme la réduction de la journée de travail. C’est au cours de l’un de ces Premier Mai, en 1891, qu’aura lieu, à Fourmies, chez nous en Avesnois, le massacre des manifestants ; voir sur ce point : http://dutron.wordpress.com/2008/07/07/sarko-la-greve-le-tolle-et-apres/

Et aussi : http://dutron.wordpress.com/2009/04/01/ce-premier-mai-aux-origines-franco-%E2%80%93-americaines/

Ce sont, en effet, les sections de Fourmies et de Wignehies du Parti Ouvrier Français qui ont été à l’origine de la mobilisation de Fourmies sous l’impulsion de Culine.

En 1900, Guesde s’oppose à Jean Jaurès quant à la participation d’Alexandre Millerand au ministère « bourgeois » de Waldeck-Rousseau. Lors d’une conférence contradictoire avec Jaurès, le 26 novembre 1900, il lui répond sur « la vérité, au point de vue historique de leurs divergences », ce grand débat est connu sous ce nom :  Les deux méthodes. Cette confrontation se passait à l’hippodrome de Lille devant 8000 personnes !

En 1902, son parti fusionne avec le Parti socialiste révolutionnaire d’Edouard Vaillant (blanquiste) pour former le Parti socialiste de France. La revendication de Guesde, que cette unité se fasse sur la base de la condamnation de toute tactique « participationniste », est adoptée puis confortée en 1904, lors du Congrès socialiste international d’Amsterdam

Guesde devient ministre d’État de 1914 à 1916 (cabinets Viviani et Briand). Il adopte des positions patriotiques comme le firent les Jacobins à leurs époques : « Je n’ai pas la même crainte de l’avenir. La guerre est mère de révolution ». dit-il en 1914.

Jules Guesde pensait en effet que la guerre serait créatrice d’une révolution sociale en France comme sous la révolution française et serait ainsi le point le départ d’une révolution internationale. Et, « pour cette renaissance sociale, il faut vaincre, si lente qu’elle puisse être à venir et quelque sang qu’elle doive couler » (novembre 1915). A ce prix, il y eut effectivement des révolutions de par le monde notamment en Russie (Révolution de Février et d’Octobre 1917) et en Allemagne (révolution Spartakiste en 1919).

Guesde et Sembat vont également s’opposer en conseils des ministres à l’arrestation des “défaitistes” que demande les autorités civiles ou militaires

  • La vieille maison

Après l’armistice, le Congrès de Tours le voit choisir la « vieille maison » à la suite de Léon Blum contre la majorité qui adopte les principes communistes. Pourtant, ses dernières réflexions politiques s’adressent à la révolution bolchévique alors encore incertaine en Russie, pour laquelle il est en désaccord contrairement à celle de Février. Il dira tout de même : « Veillez sur la révolution russe. ».

Malade, Guesde meurt à Saint-Mandé le 28 juillet 1922. Ses cendres reposent au Père Lachaise.

De nos jours, si la Fédération du Nord du Parti Socialiste reste une « grosse » fédération. Le souvenir de Jules Guesde n’y est plus rappelé que sur le mode incantatoire dans lequel « Gros Quinquin », Pierre Mauroy est devenu un orfèvre.

Il n’a pas son pareil à la tribune, des trémolos dans la voix, pour bavasser sur cette époque durant laquelle l’ouvrier Pierre Degeyter composait, au fond d’une courée de Lille, à la lueur vacillante d’une chandelle, la musique de l’Internationale.

Cela tient du grand guignol, du vieux mélo, de la Porteuse de pain et des Mystères de Paris et Gros Quinquin, y sue encore plus qu’Eugène !!

C’est, comme l’a décrit un très bon bouquin : Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy !!!

http://dutron.wordpress.com/2008/05/28/le-coin-des-bons-bouquins-le-petit-theatre-de-pierre-mauroy/

Triste succession !!! Guesde doit de retourner dans sa tombe du Père Lachaise !

Pour notre part, Guesde nous inspire encore à travers sa vision d’une utopie réaliste, de la conquête ou la défense d’acquis pour les travailleurs, pour la refondation d’une Gauche de Transformation sociale, écologique et politique : d’une Gauche Altermondialiste.

Notre Réseau Euro méditerranéen Social Ecologique Démocratique et Altermondialiste (RESEDA) n’est pas autre chose que l’outil (avec d’autres) de cette ambition.

Guy Dutron 28 juillet 2009

Notre feuilleton de l’été “Les récoltes du siècle futur” Deuxième Episode

juillet 25, 2009 at 9:22 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Le coin des bons bouquins, Politique, Société, social | Leave a Comment
Tags:

Notre feuilleton de l’été

“Les récoltes du siècle futur”

Deuxième Épisode

Par Hélène Lacheret

Vous avez pu lire la première partie de ce feuilleton depuis le 15 juillet

Voici la suite.

Pour ceux qui prendraient le feuilleton en marche, le premier épisode c’est ici :

http://dutron.wordpress.com/2009/07/15/notre-feuilleton-de-lete-%E2%80%9Cles-recoltes-du-siecle-futur%E2%80%9D-premier-episode/

Deuxième partie :

La résignation ou la résistance ?

I

Dans le bus qui la conduisait chez Mme Guillaume, Catherine réfléchissait. D’après l’annonce, cette dame recherchait une femme de charge et Catherine se sentait tout à fait capable de remplir cette fonction. Au téléphone, la dame n’avait pas parue désagréable et elle lui avait fixé rendez-vous pour quinze heures. Mais elle habitait diablement loin et Catherine craignait d’avoir calculé un temps trop court pour le transport. Elle avait déjà changé de bus et elle avait attendu le deuxième une vingtaine de minutes. Elle souhaitait être à l’heure, un retard augurant mal de son embauche. Elle essaya de ne pas s’énerver avec cette question d’horaires dont elle n’avait plus la maîtrise et se mit à repenser aux événements de la veille. Elle avait été très heureuse de la visite de Fathia et de sa proposition : pour la petite, comme elle appelait Sonia, c’était une chance extraordinaire. Elle serait à l’abri pour de longs mois, elle pourrait peut-être se construire une vie digne, conforme à ce qu’elle espérait. Catherine ne pouvait pas concevoir l’attitude de ce père qui s’était aliéné ses trois filles, par bêtise, pensait-elle. Puis elle se dit qu’elle connaissait peu cette culture et qu’elle était bien mal placée pour juger.

Enfin, le bus stoppa à l’arrêt indiqué par Mme Guillaume. Encore fallait-il se repérer, partir dans la bonne direction et trouver la maison. Le coin était désert et Catherine ne pouvait demander son chemin. Elle hésita : tout se ressemblait. Des grandes propriétés arborées, entourées de grilles munies d’un interphone. Elle finit par se diriger vers l’un d’eux. Si quelqu’un répondait, elle aurait juste le temps d’être à l’heure. Personne ne répondit. Elle sentit qu’elle transpirait malgré le froid. À la deuxième grille, il n’y avait pas d’interphone mais une voiture sortit de la propriété. Elle osa interpeller le conducteur : “La propriété des Guillaume, rue des Bleuets, vous n’êtes pas loin, Madame, tournez deux fois à gauche au bout de la rue, c’est la troisième maison.” Elle remercia et se hâta. Les minutes avançaient à toute allure à sa montre. Enfin, elle fut devant le bon interphone et dit d’une voix essoufflée : “Bonjour, je suis Mme Maheu, je viens pour la place.”

La grille s’ouvrit silencieusement. Catherine n’avait que deux minutes de retard. Devant elle s’étendait une longue allée courbe qui grimpait légèrement. Elle la suivit. Elle gravit quelques marches et se trouva devant une porte qui s’ouvrit :

“Bonjour madame Maheu, je vous attendais”, lui dit une dame à l’aspect sévère. Elle devait avoir une cinquantaine d’années, portait un chignon et des petites lunettes rondes. Elle fit entrer Catherine et celle-ci eut le sentiment d’être examinée entièrement pendant ce bref laps de temps. Les yeux s’arrêtèrent sur son manteau râpé, sur ses cheveux dépeignés qui commençaient à griser, sur ses joues rougies par sa hâte, sur les rides au coin du regard clair, sur toute la silhouette ravagée par les privations et le dur labeur, mais digne. Mme Guillaume l’emmena dans la cuisine et ne lui proposa pas de s’asseoir.

“Voilà, madame, je recherche une femme de confiance qui pourrait assurer la charge de la maison. La personne que j’emploie actuellement va prendre sa retraite. Il y a, bien sûr, l’entretien général et celui du linge. Il faut aussi préparer les repas et servir à table, veiller aux plantes vertes. De plus, nous recevons beaucoup et j’ai besoin de quelqu’un qui assure le service ces soirs-là. Avez-vous déjà occupé un emploi similaire ? Avez-vous des lettres de recommandation ?

Catherine se troubla : Ça, on ne peut pas vraiment le dire, madame. Voilà plus de dix ans que j’aide mon mari, qui était gardien d’immeubles, pour le ménage des bâtiments. J’ai l’habitude des travaux durs et je suis soigneuse. Mais je n’ai pas de lettres à vous montrer.

- Pourquoi avez-vous quitté votre travail ?

- Je ne l’ai pas quitté, madame, je n’étais pas officiellement embauchée. C’est mon mari qui l’était.

- Mais comment a-t-il perdu sa place ?

- Mon mari est mort il y a trois mois, madame. C’est pourquoi je cherche un travail.

- Excusez-moi, je ne pouvais pas savoir. Avez-vous des notions de service ?

- Un peu. Avant de rencontrer mon mari, j’ai été serveuse dans un bar. Mais c’était il y a longtemps. Et parfois, j’aide une amie qui a un hôtel restaurant, quand il y a un grand repas.”

Mme Guillaume ne semblait pas convaincue par les propos de Catherine ; sans doute pensait-elle que celle-ci ne serait pas assez stylée. Catherine attendait le jugement qui ne venait pas. Elle était impressionnée par l’immensité de la cuisine, à peu près aussi grande à elle seule que la loge et l’appartement réunis, par son aspect ultramoderne très chic, presque métallique, par le nombre des placards, se demandant ce qu’ils pouvaient bien contenir. Près de la fenêtre donnant sur le parc, un coin repas en chêne vieilli avait été aménagé, conférant un air chaleureux à cet endroit, qui tranchait avec le modernisme du reste de la pièce. Sur le mur, une marine attirait les regards et Catherine ne pouvait pas comprendre qu’on mît un tableau signé dans une cuisine. Mme Guillaume reprit de son ton froid : “En ce qui concerne l’entretien du linge, les retouches, quelles sont vos compétences ?

- Je pourrais vous montrer ce que je sais faire. Ma mère m’avait appris à coudre, elle faisait tous les vêtements de la famille. Maintenant, c’est un peu passé de mode et on achète tout fait. Mais je fais toutes les réparations moi-même. Mon mari n’avait pas un gros salaire, alors il faut bien se débrouiller.”

Mme Guillaume se raidit, comme gênée par l’aveu de cette médiocrité. Elle reprit : “Savez-vous cuisiner ? Quels plats réussissez-vous le mieux ?

- Je fais très bien tous les plats en sauce qui ont besoin d’être mitonnés : la daube, le bœuf bourguignon, le poulet basquaise – Mme Guillaume réprimait une grimace de dégoût – Je sais aussi faire la pâtisserie, le quatre-quarts, les tartes, les gâteaux au yaourt…

- Et la cuisine légère ? Avez-vous des notions ?” Catherine la regardait d’un air ahuri : qu’est-ce que c’était que cette cuisine légère ? Elle n’en avait jamais entendu parler. Elle le dit. Mme Guillaume réprima un haussement d’épaules et Catherine sentit qu’elle l’embarrassait.

“C’est une cuisine recommandée par les nutritionnistes qui permet au corps de rester en bonne santé. Si vous savez lire, vous pourrez suivre un livre de recettes et apprendre à vous débrouiller.” Catherine rougit à cause du “si” et Mme Guillaume se méprit : Vous ne savez pas lire ?

- Ah non, madame, on ne peut pas dire ça. Je me débrouille.” Elle voulait cette place, elle en avait un besoin vital. Mais elle sentait que plus elle parlait, plus elle se déconsidérait aux yeux de Mme Guillaume et elle en était mortifiée. Elle tenta son va-tout :

- Madame, si vous me prenez, vous ne le regretterez pas. Je suis très travailleuse, soigneuse et honnête et je ferais le maximum pour vous rendre satisfaite. Elle avait l’impression de vanter la marchandise et elle en était confuse.

- C’est bien, madame Maheu, je sais ce que je voulais savoir. Il y a d’autres candidates. Je vais les recevoir. Si vous êtes retenue, je vous le ferai savoir. Laissez-moi vos coordonnées.”

Et elle lui tendit, piège ultime, une feuille et un stylo. Catherine savait écrire son nom et son adresse sans faute, mais elle avait l’écriture tremblée et malhabile de ceux qui ne sont pas habitués à écrire. Elle en conçut une dernière honte et quitta Mme Guillaume en s’excusant presque.

II

Lorsqu’elle parvint chez elle après un trajet de retour aussi interminable que le trajet de l’aller, Catherine n’avait pas digéré l’affront reçu chez Mme Guillaume. Personne n’était rentré. Elle se fit chauffer un peu d’eau et se prépara un café. En tournant le sucre avec sa cuiller, elle se laissa aller à ses pensées moroses : quoi, parce qu’elle n’avait pas d’instruction, on pouvait l’humilier ainsi ? Que savait-elle de la vie, cette Guillaume avec tout son pognon ? Qui était-elle, qu’avait-elle fait de grand pour se permettre de manifester un tel mépris ? Les yeux rougis, Catherine écumait intérieurement de rage et de désespoir. Elle s’en voulait et elle en voulait à la terre entière de n’être que ce qu’elle était, pas même fichue de rapporter un salaire à son âge. Et soudain, Étienne lui manqua terriblement. Pour la première fois depuis le décès, elle se départit de sa dignité et se laissa aller à de gros sanglots convulsifs. Puis elle reprit conscience d’elle-même et elle eut honte. Si les enfants la voyaient ainsi ! Elle avala son café au lait tiède et se leva péniblement. Après elle resta quelques instants hébétée devant l’évier, son bol à la main. “Sacrée vieille bête, tu vas te secouer…” gronda-t-elle.

Après avoir rincé le bol et la cuiller, elle regarda dans le réfrigérateur et dans le placard. Il restait un peu de vermicelles mais pas de bouillon, une boîte de raviolis et un yaourt. Il n’y avait quasiment plus de sucre, ni de café, plus de shampooing, ni de papier toilette et plus de lessive. Elle prit son sac à main et en sortit son porte-monnaie. Il restait deux francs quatre-vingt-cinq de la veille. Du tiroir de la table de la cuisine, elle retira une enveloppe contenant soixante francs. Elle avait mis au point ce système d’enveloppes pour ne pas se laisser dépasser par les comptes, d’autant qu’elle n’était pas vraiment plus à son aise avec les chiffres qu’avec les lettres. Avec Xavier, au début du mois, elle prenait les factures des mois précédents et ils essayaient de prévoir les dépenses fixes comme l’électricité ou le téléphone. Avant sa mort, Étienne s’occupait de tout cela, il avait un peu plus d’instruction que sa femme et il aimait les chiffres. Elle se sentait très démunie et remerciait Xavier de l’aider. Ils comptaient tout au plus juste, sauf les vêtements des jeunes, et prévoyaient toujours une enveloppe supplémentaire pour les coups durs, dont ils essayaient vaille que vaille de faire grossir le contenu. Catherine préférait garder l’argent liquide des dépenses quotidiennes chez elle car, disait-elle, le voir lui permettait de mieux se rendre compte, et elle ne se servait du compte-chèques que pour les “grosses” dépenses, les fameuses factures qu’elle ne pouvait régler avec des billets.

Avec soixante-deux francs, elle ne pouvait pas acheter la nourriture et la lessive. Elle alla regarder le panier de linge : il était à peine plein au tiers. Elle attendrait donc encore deux jours pour racheter de la lessive, mais pas plus, car, sinon, elle n’aurait plus la place de faire sécher le linge.

Ces préoccupations de gestion au plus juste représentaient un casse-tête quotidien qui achevait de l’user. Mais elle ne se tenait pas pour battue : ses enfants auraient à manger, des vêtements propres qui ne les distingueraient pas de leurs camarades et vivraient au chaud tant qu’elle aurait un souffle de vie. Ragaillardie par ces résolutions, elle enfila son vieux manteau, prit son cabas et partit vers la supérette.

Elle avait horreur de cet endroit. Il lui fallait faire preuve d’une extrême vigilance pour ne pas se laisser tenter et la musique hurlante achevait de la perturber. Et, à cause de son système de gestion, elle se voyait obligée d’y aller tous les jours. Ali lui avait bien proposé de lui faire bénéficier des prix de gros qu’il avait à Rungis mais elle n’avait pas voulu accepter de peur qu’il n’en profite pour lui faire une charité déguisée dont elle aurait eu honte si elle s’en était rendue compte et qui aurait risqué de mettre à mal leur amitié.

Elle errait donc entre les gondoles tentatrices : il lui fallait du lait et des yaourts ou du fromage. Avec des jeunes, pas question de négliger le calcium. Il fallait aussi de la viande ou du poisson mais elle avait déjà servi du thon, des sardines ou des œufs presque toute la semaine. Pouvait-elle se permettre un peu de haché ? Et resterait-il assez pour une salade et quelques fruits ? Elle en était là de ses réflexions lorsqu’elle aperçut Sonia qui se dirigeait vers elle, tentant de masquer un paquet de serviettes hygiéniques au creux de son bras.

“Bonjour, Catherine, merci encore. Comment allez-vous ?

- Bien, Sonia, je vous remercie. Quel bruit ! Et vous, comment ça se passe avec Fathia ?

- S’il vous plaît, tutoyez-moi, Catherine, j’ai l’âge de vos enfants. Très bien. Fathia a presque le même caractère que ma mère. Leur accueil est une vraie bénédiction pour moi. Vous avez l’air fatigué et vos yeux sont gonflés, vous n’êtes pas malade au moins ?

- Oh non, rassure-toi. À toi, je peux bien te le dire mais n’en parle pas aux enfants, je ne veux pas qu’ils s’inquiètent et puis j’ai un peu honte… J’ai pleuré parce que j’ai compris que la place ne serait pas pour moi. C’est lâche !

- Non Catherine, ce n’est pas lâche, c’est humain. Tenez, je vais vous tenir compagnie pendant que vous faites vos courses, ça vous remontera le moral et Fathia n’a pas besoin de moi avant une bonne demi-heure. De quoi avez-vous besoin ? Et si je vous gêne, dites le moi, je ne me vexerai pas.

Mise en confiance, Catherine sourit et entreprit de lui faire part de ses casse-tête.

- On n’a pas besoin de viande ou de poisson pour manger des protéines, il y en a plein dans certains légumes, les lentilles ou le soja par exemple.

- Les lentilles, les enfants n’aiment pas trop, surtout que je ne sais pas les faire cuire, elles sont toujours pâteuses. Et le soja, je n’en ai jamais mangé, je ne sais pas le préparer.

- Faites-moi confiance, s’ils ont ce qu’il faut, vous allez faire un repas de roi sans vous ruiner.”

Sonia se dirigea vers le rayon des produits frais. Il y avait des lentilles cuites sous vide en promotion. Elle en prit un kilo.

- Avez-vous des oignons ? Des tomates en boîte ?

- Non, je n’ai rien de tout cela et je n’ai que soixante-deux francs dans le porte-monnaie et je dois garder neuf francs pour le pain.

- Les lentilles : quinze francs. Bien sûr, celles à cuire sont moins chères. Mais en attendant que vous sachiez les cuire à point, celles-ci réconcilieront vos enfants avec les lentilles pour leur vie entière. Bon, un gros oignon : même pas un franc, une boîte de tomates en dés : trois francs cinquante ; une boîte de maïs, même prix ; deux tomates fraîches : trois francs et deux grosses poignées de soja : trois francs. Pour trente francs, vous avez des protéines pour deux repas avec un minimum de graisse. Je vous expliquerai comment préparer tout cela pendant que nous ferons la queue à la caisse. Vous savez, je m’étais beaucoup documentée sur les moyens de manger équilibré pour pas cher en prévision de mon départ. Malheureusement, dans les chambres d’hôtel, je n’ai pas pu tester beaucoup de recettes.

Elles complétèrent les emplettes de Catherine avec du lait, quatre yaourts nature, une livre de pommes et le papier hygiénique le moins cher. À la caisse, il y en avait pour un peu plus de cinquante francs et Catherine souriait :

- Je crois que nous allons bien manger et pour te dire la vérité, je suis lasse des pâtes, du riz et des pommes de terre. À force, ce n’est vraiment pas varié. Je vais tâcher de bien suivre tes conseils pour que les enfants se régalent. Ça leur fera comme une petite fête et moi, ça me réconforte d’essayer quelque chose de nouveau. Merci, Sonia, file vite, sinon Fathia va t’attendre.”

Rentrée chez elle, Catherine mit la radio pour avoir une compagnie. La musique était joyeuse, une chanson à la mode, sans doute en espagnol. Elle rangea ses courses, se lava les mains et entreprit d’éplucher l’oignon sous l’eau pour éviter les larmes. Elle l’éminça et le mit à blondir à feu doux. Une odeur appétissante emplit la cuisine. La porte de la loge claqua.

“Hum, ça sent bon, clama Michaël. Petite Maman chérie, qu’est-ce que tu prépares ?

- Secret ! C’est une recette de Sonia. Tu verras bien. Tu ne sais pas où sont ton frère et ta sœur ? Il commence à être tard. Et toi, où étais-tu ?

- Ouh là là, une seule question à la fois ! Dis donc, t’écoutes une chanson révolutionnaire à la gloire de Che Guevara, toi ?

- C’est la radio. Mais cette chanson est bien belle et on l’entend souvent en ce moment. N’en profite pas pour ne pas me répondre !

- Xavier et Gaëlle sont allés à la mission locale pour se renseigner sur les stages qualifiants. C’est un peu galère en transports en commun. Ils ont pris des tickets de bus dans le tiroir. Moi, en sortant du collège, je suis passé chez Rachid avec Quentin, on a trouvé un livre au C.D.I. avec le texte du “J’accuse !” de Zola. Sonia a raison : quel bonhomme, ce Zola ! Attends, je vais te montrer, dit-il en fourrageant dans son sac de classe.

- Dis-moi, comment se fait-il que Rachid, qui est au lycée, fasse ce travail avec vous ?

- Lui aussi travaille sur Zola, une histoire de grands magasins. Il m’a dit le titre mais j’ai oublié. Une histoire de dames, je crois…

- Au bonheur des dames, non ? C’est un des rares films que nous avons vu ensemble au cinéma, ton père et moi. C’était l’histoire d’une pauvre fille qui gagnait sa vie comme vendeuse, au début des grands magasins et qui avait été remarquée par le directeur. Mais je me souviens plus très bien de la suite. Je savais pas que c’était Zola qui avait écrit cette histoire.

- Ah, ça y est, je l’ai ! Rassure-toi, je vais pas tout te lire, c’est très long. Juste la fin : “En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 33 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.

Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.

Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour !

J’attends.”

Sa lecture était plutôt hachée et il avait du mal à trouver son souffle, ce qui rendait le texte peu compréhensible.

- Mais pourquoi t’enthousiasmer ainsi ? Je comprends pas bien…, lui dit sa mère.

- Moi non plus, je comprenais pas. Et pis, y a des mots difficiles comme “entité”. Mais Rachid et Quentin m’ont expliqué : comme ceux qu’étaient persuadés de l’innocence de Dreyfus voyaient pas comment obliger les militaires à revenir sur leur procès, Zola, qu’était un écrivain connu, a pris le risque qu’on lui fasse un procès.  Comme ça, ceux qu’avaient condamné Dreyfus étaient obligés de s’expliquer sur les points obscurs. Zola, il avait rien à gagner dans cette histoire. Il l’a fait parce qu’il pouvait pas supporter qu’un mec innocent soit au bagne et parce qu’il voulait pas avoir honte de la France. Il a été condamné et il a dû s’exiler à Londres. C’est un sacré type qu’avait pas la trouille !

- Et “entité”, ça veut dire quoi ?

- Euh ! Queque chose comme… En fait, chais pas.

- Ben regarde dans le dictionnaire.”

Après quelques minutes de recherches :

- Ce n’est pas très clair : “Idée générale que l’on conçoit comme une individualité. L’État, la justice sont des entités.” Faudra que je red’mande à Rachid, il est bon en français.

- Comment il fait ? Il a guère le temps de travailler !

- D’abord, il veut réussir. Et il est curieux. Aussi, il lit tous les soirs avant de s’endormir. Comme ses frères. Il est toujours fourré à la bibliothèque quand il a un moment libre.

- En tous cas, je suis contente que tu t’intéresses à Zola. Il a beaucoup compté pour les gens comme nous, il a parlé des ouvriers, des mineurs, des pauvres. Lui et Victor Hugo, c’étaient les écrivains préférés de mon pauvre père qu’avait que trois livres : Germinal, Les Misérables et Le Tour de France de deux Enfants. Il me les avait laissés mais je les ai pas lus sauf un peu le dernier. Après, je sais pas où ils ont disparu, on a tellement déménagé… Mets le couvert, ça va être prêt. J’espère que ton frère et ta sœur vont pas trop tarder, je voudrais pas que ce soit attaché pour une fois que je vous cuisine quelque chose qui sort de l’ordinaire. C’est quand même incroyable qu’on mette en prison quelqu’un qu’a rien fait de mal, sauf qu’il a dit ce qu’il pensait et que ça plaisait pas.

- Rachid m’a dit que ça arrive très souvent, même maintenant, à l’étranger. Il m’a dit qu’il y a beaucoup de journalistes en prison. Il m’a dit qu’en Algérie, on tue ceux qui pensent à voix haute. Il m’a dit qu’en Russie, on a mis en prison un officier qui avait dénoncé la pollution dans la mer provoquée par les sous-marins nucléaires que l’armée russe abandonne.

- Il en sait des choses, Rachid !

- C’est pas étonnant : chez lui, on s’intéresse beaucoup à l’Algérie. Et à la Russie, depuis que Leïla est mariée avec Vladimir.

- Tu te rends compte qu’Ali et Fathia, ils ont une fille professeur ! Et Yamina qui va être docteur ! Moi, je les admire, ces enfants. Surtout que Fathia, elle est comme moi, elle sait à peine lire et compter.

- C’est parce qu’ils ont eu d’abord des filles et les filles algériennes, souvent, elles travaillent bien à l’école. Au collège, il y en a plusieurs parmi les meilleures élèves. Après, elles ont montré l’exemple aux plus jeunes. Et y paraît qu’elles rigolaient pas si les devoirs étaient pas faits comme il faut.”

À cet instant, il y eut un brouhaha dans la loge.

“Vous en avez des discussions sérieuses, s’écria Gaëlle en apparaissant à la porte de la cuisine.

- Vous tombez bien, c’est prêt et j’avais peur que ça accroche.

- Qu’est-ce que tu nous as fait ?

- Des lentilles.

La mine de Xavier s’allongea.

- Recette Sonia, dit Michaël.

- Bon, essayons, j’ai très faim, enchaîna Xavier.

Ils mangèrent quelques minutes dans un silence absolu et Catherine quêtait anxieusement leurs réactions.

- Il en reste ? C’est drôlement bon…

- Les tomates, ça change complètement le goût. Qu’est-ce que t’as mis d’autre ? questionna Gaëlle.

- J’ai mis un oignon que j’ai fait cuire très doucement à l’huile.

- Ah, écoute, Maman, c’est formidable comme plat ! Pas vrai Michaël ?

- Vrai ! Dommage qu’il y en ait pas plus. Je vais saucer avec du pain pour avoir tout le goût.

- C’est Sonia, dit modestement Catherine, mais avec un sourire qui montrait son contentement d’avoir fait plaisir aux siens. Elle est très débrouillarde et elle s’était bien renseignée pour faire à manger pour pas cher tout en gardant sa santé. Elle m’a promis de me donner ses trucs. Et vous savez que c’est comme si vous aviez mangé de la viande parce que les lentilles, c’est plein de protéines, ajouta-t-elle, fière de sa science toute neuve. Bon, maintenant, dites-moi quel est le résultat de vos démarches.

- Plutôt maigre, lâcha Gaëlle. On aurait pu téléphoner au lieu de se déplacer parce qu’il faut prendre rendez-vous avec un conseiller d’abord.

- Je suis pas d’accord avec toi, dit Xavier. Y aller nous a permis de nous faire une idée des formations proposées. Malheureusement, il faut souvent avoir trouvé un patron, et ça, c’est une autre paire de manches. Je regrette vraiment d’avoir pas mieux réussi à l’école, j’en serais pas là. C’est de ma faute, je me suis pas assez accroché.

- Dis pas ça, répliqua Gaëlle, c’est pas juste. Regarde, moi, je me suis accrochée tout ce que j’ai pu, j’ai travaillé comme une folle et, tu vois, je suis moins avancée que toi, j’ai même pas un C.A.P.

- Oui, mais tu as le Brevet des Collèges et puis tu es allée au lycée…

- Pour ce que ça sert, un brevet des collèges ! Non, c’est dans la famille, on a quelque chose qui nous empêche de réussir nos études.

- Dites pas ça, Michaël réussit bien pour l’instant, s’exclama Catherine que cette conversation bouleversait car elle réveillait sa culpabilité de n’avoir pas su mieux soutenir ses enfants dans leur scolarité. Pas vrai, Michaël ?

Il se troubla :

- J’ai du mal, Maman. C’est comme si ma tête refusait d’enregistrer. Pourtant je travaille, je fais du mieux que je peux. Je crois que j’ai pas trop mal réussi et quand les profs rendent la copie, je m’aperçois que j’ai écrit que des conneries.

- Michaël, sois pas grossier ! La grossièreté salit ceux qui l’emploient et ceux qui l’entendent…

- Maman, l’interrompit Gaëlle, tu devrais demander un rendez-vous au professeur principal de Michaël avant qu’il soit trop tard. Si tu veux, je viendrai avec toi.”

Gaëlle savait que sa mère était terriblement intimidée par les enseignants. Devant eux, elle perdait tous ses moyens. Et si, du temps d’Étienne, elle s’était toujours débrouillée pour se rendre aux réunions collectives organisées dans les établissements scolaires que fréquentaient ses enfants, elle était toujours parvenue à éviter les tête-à-tête qui la gênaient terriblement. Elle éluda :

“Nous verrons ! Je sais même pas comment s’appelle le professeur principal de Michaël.

- C’est Mme Léonor, la prof de français, elle est super gentille.

- Oui, on verra, on verra. Qui débarrasse ? Et qui fait la vaisselle ? J’ai besoin de m’asseoir un peu, cette Mme Guillaume m’a épuisée.”

Et les jeunes, confus, se rendirent compte qu’une fois de plus, ils n’avaient parlé que d’eux, sans se soucier des démarches entreprises par leur mère.

III

Ce jour-là, l’assistante sociale avait annoncé sa venue. Catherine avait la même réaction devant les travailleurs sociaux que devant les enseignants. Elle se sentait comme une petite fille prise en faute, elle avait une conscience aiguë de ses limites, de son insignifiance, de sa difficulté à trouver ses mots. Mais elle n’avait pas le choix. Lorsqu’elle avait téléphoné pour prendre rendez-vous, l’assistante sociale s’était enquise du motif de la rencontre. Comprenant qu’il s’agissait d’un relogement, elle avait décidé de venir à domicile, disant que cette visite lui fournirait des arguments pour étayer le dossier.

Elle arriva vers dix heures. Elle devait avoir une trentaine d’années, dynamique, souriante, mince et joliment vêtue quoique avec beaucoup de sobriété :

“Bonjour, madame Maheu. Je suis contente de vous rencontrer. Je regrette que vous ne m’ayez pas fait part plus tôt de vos difficultés. Mais je suis là pour vous aider. Vous allez tout m’expliquer depuis le début et nous allons voir ce qu’il est possible de faire.”

Catherine l’entraîna dans la cuisine et lui servit un café qu’elle avait mis à tiédir au bain-marie.

“Voilà, Madame, mon mari est décédé de maladie à la fin d’août. Ça a été très brutal. Il y a quelques semaines, un monsieur de la société est venu me dire qu’il fallait libérer la loge dans un délai de trois mois après le décès pour qu’ils embauchent un nouveau gardien. Mais moi, je trouve pas de travail et j’ai pas d’argent. Les logements privés sont trop chers et les propriétaires veulent beaucoup de garanties. Et pour les H.L.M., on m’a dit que les listes d’attente sont très longues. Voilà, je vais me retrouver à la rue avec mes enfants si je trouve pas de solution.

- Vous avez combien d’enfants ? Quel âge ont-ils ?

- J’en ai trois : Xavier a vingt-deux ans, Gaëlle a dix-neuf ans, ils sont tous les deux chômeurs. Et Michaël a quinze ans et il est en troisième.

- Quelles sont vos ressources ?

- Je touche l’allocation veuvage et celle de soutien familial à cause de Michaël. Les deux autres n’ont droit à rien.

- Vous ne pourriez pas être embauchée à la place de votre mari ?

- Le monsieur m’a dit que non parce que je suis pas qualifiée, d’après lui, pour les ascenseurs et la chaufferie. Et puis il dit que mon niveau d’études est trop faible pour remplir correctement les tâches administratives.

- Mais qui joue le rôle de gardien actuellement ?

- Je continue à faire ce que je faisais : laver les escaliers et le hall et recevoir les loyers. Je sors les poubelles, avant c’était mon mari qui s’en occupait. Mes enfants m’aident. Je note les plaintes des locataires et je les téléphone à la société alors ils envoient une société de sous-traitance mais ils disent qu’avec les frais de déplacement, ça leur revient trop cher et ça leur donne trop de travail en plus.

- Avez-vous pensé à demander le capital décès ?

- Non, qu’est-ce que c’est que ça ?

- C’est une somme à laquelle vous avez droit, qui est versée par la sécurité sociale et qui correspond à quatre-vingt-dix jours de salaire. Pour un employé au SMIC, ça fait plus de vingt mille francs, ce n’est pas négligeable. Je vais vous aider à en faire la demande. De plus, il faut demander à l’employeur de votre mari si l’entreprise n’a pas prévu une aide au moment du décès. C’est très fréquent mais cela dépend de la convention collective adoptée. Je vais lister les choses à faire. Vous connaissez le nom du syndicat majoritaire ?

- Ben non, vous savez, dans les immeubles, on est isolé. Je savais même pas qu’on avait des droits.

- Ce n’est pas grave, je vais me renseigner et je vous tiendrai au courant. Dans les choses urgentes, à quel type d’emploi pensez-vous pouvoir correspondre ?

- Le ménage, le service, la garde d’enfants ou l’aide aux personnes âgées.

- C’est dommage, la mairie recrute des assistantes maternelles pour la crèche familiale. Ce serait parfait pour vous mais ce n’est pas possible tant qu’on n’a pas résolu le problème du logement.

- C’est comme un serpent qui se mord la queue alors ! Pas de logement, pas de travail ; pas de travail, pas de logement !

- Votre remarque est juste, mais ça ne sert à rien de se lamenter sur ce monde mal fait, il faut tâcher individuellement de trouver des solutions.”

Par-devers elle, Catherine se disait que c’était facile de dire ça quand on est assistante sociale, assurée d’un salaire qui tombe régulièrement. Pourtant, elle n’en voulait pas à la jeune femme qui savait tant de choses et avait l’air de vouloir l’aider à sortir de l’impasse où elle se trouvait.

“Vous devriez aller à l’hôpital, ils recrutent régulièrement des filles de salle et des auxiliaires de vie. Pour cela, il n’y a pas besoin de diplôme. Il faut demander un rendez-vous au chef du personnel. Je vous préparerai une liste avec tous les contacts. Même chose avec le rectorat, ils recrutent aussi du personnel pour l’entretien des établissements scolaires. Bon, voyons ce logement ! Ce n’est pas par indiscrétion mais je vais devoir faire un rapport et argumenter la situation d’urgence.”

Après la visite, elles se rassirent de nouveau :

“Bien sûr, vous êtes totalement prioritaire, dit l’assistante sociale. Mais je ne vous cacherai pas la difficulté de la chose : les logements d’urgence sont tous occupés, par des personnes aussi démunies que vous l’êtes. Normalement, ils sont attribués pour un an. Dans la réalité, la ville ne peut pas mettre des familles dehors et ne trouve pas forcément de solution à long terme. Reste l’hôtel meublé : cela présente beaucoup d’inconvénients en particulier qu’on peut rarement y faire la cuisine et la lessive, ce qui entraîne beaucoup de frais supplémentaires. Mais certains ouvrent droit à l’allocation logement et restent accessibles. Cependant, il vous faudrait deux chambres et c’est bien rare que deux chambres soient libres au même moment dans le même hôtel. Je pourrais trouver presque immédiatement une place en foyer pour mère seule pour vous et Michaël mais d’une part, le foyer serait sans doute loin et vous seriez coupée de vos relations et Michaël de son collège, et d’autre part, je n’aurais pas de solution pour les deux grands qui ne peuvent même pas espérer un foyer de jeunes travailleurs tant qu’ils sont sans emploi.

- Ah non, ça, madame, je ne veux pas qu’on nous sépare. Et je ne veux pas quitter le quartier. C’est toute ma vie heureuse, les amis des enfants, mes amis. Si on me chasse d’ici, j’aurais l’impression de devenir veuve une deuxième fois.

Catherine sentait ses lèvres trembler comme si elle allait se mettre à pleurer.

- Alors, dans l’immédiat, il n’y a qu’une solution : faire durer. Les expulsions sont interdites pendant l’hiver. Je vais prendre contact avec votre employeur pour voir s’il ne pourrait pas recruter un remplaçant pour votre mari à qui vous laisseriez l’usage de la loge. Cela se fait. Je vais aussi faire tout ce que je vous ai promis et je reprendrai contact.”

L’assistante sociale quitta poliment une Catherine passablement démoralisée qui ne pouvait se départir d’un sentiment de malaise à l’idée d’occuper indûment la loge. Mais l’assistante sociale avait raison : que faire d’autre en attendant de pouvoir trouver une solution qui ne meurtrirait pas davantage la famille ?

Xavier, lui, était sorti une fois de plus découragé de l’A.N.P.E., sa sœur sur les talons :

“Ça sert à rien d’y aller, y a jamais rien. Ça me file le bourdon. Et pas de rendez-vous avec le conseiller de la mission locale avant une semaine. C’est terrible d’avoir rien à faire de la journée à part se sentir inutile.

- Mets une annonce à la boulangerie. On sait jamais.

- Mais que dire ? “Débrouillard sans emploi accepte n’importe quelle occupation, même mal payée.” Ça fait pas sérieux. Non, je vais plutôt aller demander à Ali s’il a rien à me confier pour m’occuper. Il comprendra, il  peut pas rester sans rien faire. Tiens, je vais te laisser, tu préviendras Maman. Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ?

- T’inquiéte pas, pour les filles, il y a toujours du boulot. Avec la visite de l’assistante sociale, Maman doit pas être en avance. Et puis il y a une couture assez délicate sur une manche de Michaël. Si je veux pas qu’il s’affiche, je vais devoir faire ça très proprement et ça va me prendre du temps.

- Bon, à t’à l’heure !”

IV

Xavier bifurqua vers l’hôtel. Dans la grande salle, il vit son copain Julien, étudiant en licence d’économie. Personne d’autre et pas d’Ali derrière le bar. Il alla s’attabler à côté de son ami d’enfance.

“Salut Julien. Ça fait une paye qu’on t’a pas vu ? T’es pas en cours ? Et où est Ali ?

- Ali est reparti furibard à Rungis : on lui a fourgué une cagette de poireaux, la moitié, ceux du fond, était bonne à jeter. Ali, c’est pas le genre à se laisser faire. Et moi, je ne suis pas en cours. Je cale. D’ailleurs, avec plein d’autres étudiants, on a lancé une pétition pour une réforme des études d’économie.

- Ben pourquoi ?

- Parce que ça correspond à rien, ce qu’on nous apprend, ça ne nous permet pas de comprendre les mécanismes réels de l’économie. On nous bourre la tête de modèles mathématiques dont on ne comprend pas le sens.

- Mais tu vas tout de même pas arrêter tes études ? Avec les enfants d’Ali, t’es un des seuls du quartier à faire des études supérieures. Tu peux pas faire ça !

- Xavier, les choses sont plus compliquées. Tu vas me dire que les états d’âme sont un luxe que je ne peux pas me permettre venant d’où je viens. C’est vrai sur un plan, comment dire… comptable. C’est faux sur un plan humain. En ce moment, j’ai l’impression que si je continue dans cette voie, obligatoirement je serai bientôt obligé de trahir tous ceux que j’aime et tout ce à quoi je crois. Et ça, je ne peux pas.

- Mais quel est le rapport entre tes études et nous tous ?

- Et bien j’ai appris beaucoup de choses, mais pas forcément dans les cours. En parlant avec d’autres, en lisant des journaux libres…

- Qu’est-ce que tu veux dire avec les journaux libres ? Tous les journaux sont libres, en France.

- Non, Xavier, la plupart des journaux appartiennent à des grands groupes de presse. Ils vivent de la publicité, ils ne peuvent pas déplaire à leurs annonceurs. Je ne sais pas s’il y a une vraie censure ou si les journalistes s’autocensurent pour ne pas perdre leur boulot. Le résultat est là. : il y a des tas de choses essentielles qui ne sont pas dites ou qui sont déformées, et les lecteurs inattentifs gobent tout ça. Et c’est vrai aussi des journaux télévisés. Souvent, ils développent ce qu’ils croient devoir intéresser les spectateurs. Et ils n’expliquent pas des choses fondamentales, ou alors, c’est tellement noyé dans le reste que les téléspectateurs n’y font pas attention.

- Mais quoi par exemple ?

- Je sais pas moi. Par exemple, la paire de chaussures que tu as aux pieds. C’est une marque et tu te sens obligé de porter ça pour être comme tout le monde. Ça vaut environ cinq cents francs. Même si tu les as achetées en soldes, ça vaut cher. Combien crois-tu que coûte leur fabrication et combien est payé l’ouvrier qui les produit ?

- Oh chais pas. Le tiers du prix, sans doute. Si on enlève le prix du cuir, des lacets, les transports, le revendeur… l’ouvrier doit au moins gagner cent cinquante francs par paire. Surtout que ça doit pas être évident à assembler.

- Et bien détrompe-toi : sur une paire qui vaudrait trois cents cinquante francs, la matière première coûte soixante-trois francs, l’ouvrier gagne six francs et travaille dans des conditions épouvantables. Les Anglo-Américains ont un mot pour ça : “sweatshop” qui désigne une entreprise délocalisée dans un pays du Sud pour raison de dumping social, c’est-à-dire pour baisser le coût du travail, et qui emploie à bas prix une main d’œuvre corvéable à merci. Souvent des enfants. Une entreprise fait même fabriquer le pied droit en Chine et le gauche au Vietnam pour éviter la fauche. D’ailleurs, si c’est souvent des enfants qui fabriquent les chaussures, les ballons de foot… c’est parce qu’ils coûtent moins cher.

- Mais le travail des enfants est interdit !

- Au Pakistan, Xavier, des petites filles de cinq ans fabriquent des briques en plein soleil dix heures par jour et sont payées juste de quoi ne pas mourir de faim. En Inde, c’est les tapis, en Thaïlande, la prostitution. Des gamines à peine pubères contaminées par le sida !

- Mais c’est pas possible ! Et on laisse faire ?

- C’est une guerre, Xavier, une autre forme de guerre. On ne voit pas de morts, de blessés ou de maisons détruites, du moins dans notre pays. Mais c’est quand même une guerre et on laisse faire parce que beaucoup croient qu’on ne peut rien faire. Les médias nous répètent à longueur d’antenne que c’est la mondialisation et qu’on n’y peut rien.

- Et chez nous ?

- Chez nous, on culpabilise les chômeurs et les titulaires du R.M.I. On leur dit que c’est de leur faute s’ils en sont là. On fait peur aux autres avec les licenciements alors plus personne n’ose bouger. Enfin, c’est pas tout à fait vrai, il y a des gens dans le monde entier qui sont entrés en résistance et qui disent qu’un autre monde est possible. Moi, je veux être du côté de ceux-là. Alors il y a des jours où je trouve les cours à la fac vraiment trop indigestes. Je reviens prendre un bol d’air dans le quartier. Je ne sais pas ce que je dois faire. Des copains qui pensent comme moi me disent qu’il faut s’accrocher, parler le langage de nos ennemis pour démonter leurs arguments. Mais les études, c’est austère et, si on n’a plus la foi pour se soutenir, le risque est grand de décrocher.

- Qu’as-tu appris d’essentiel ?

- Que l’ultra-capitalisme, c’est-à-dire le régime totalitaire sous lequel nous vivons, se résume à quelques pensées très simples : “Soyez égoïstes, la société ira bien.” Ça, c’est Oncle Bernard qui le dénonce.

- C’est qui, Oncle Bernard ? Et c’est quoi, un régime totalitaire ?

- Oncle Bernard est un professeur d’économie qui a écrit quelques bouquins plutôt accessibles, alors que les livres d’économie sont souvent un charabia incompréhensible pour le commun des mortels. Un régime totalitaire, c’est une manière de gouverner en accaparant tous les pouvoirs et en n’acceptant aucune opposition. Les ultra-libéraux pensent que seule la recherche du profit maximum peut améliorer le fonctionnement du monde. Ils pensent que toute autre manière de voir la vie relève de l’imbécillité ou de l’ignorance. Ils ne peuvent pas imaginer un être humain capable de faire quelque chose de façon désintéressée, ça dépasse leur entendement. Je me demande s’ils ne réfléchissent pas encore en termes de bénéfices quand ils tiennent leur amour dans leurs bras !

- Et quoi d’autre ?

- Privatiser les profits, socialiser les pertes.

- Ça veut dire quoi ?

- Et bien quand les capitalistes gagnent de l’argent, ils le gardent, et quand ils en perdent trop, ils font payer l’état, c’est-à-dire le contribuable, c’est-à-dire nous.

- Nous, on paye plus d’impôts depuis longtemps…

- Faux, vous payez la T.V.A. Sur les produits de première nécessité, elle est de 5,5% et sur les autres, de 19,6%. Par exemple, si tu achètes un téléviseur à cinq mille francs, tu payes mille francs d’impôt.

- C’est pas possible, mais c’est énorme !

- Pour toi, c’est énorme. Pour quelqu’un qui gagne trente mille francs par mois, ce n’est pas si important. Note que je ne suis pas contre l’impôt, mais je trouve qu’il est injuste. Par contre je suis contre le fait que l’impôt serve à renflouer le Crédit Lyonnais : cent vingt milliards qui auraient pu servir aux écoles ou aux hôpitaux. Quand ces gars-là s’en sont mis plein les poches, crois-moi, ils n’ont pas payé d’impôts à la hauteur de ce qu’ils engrangeaient, ils ont les moyens de se faire bien conseiller pour en payer le moins possible. C’est toujours les petits, ceux qui ne sont pas au courant de leurs droits qui raquent le maximum.

- Mais nous ? Mais moi ? Qu’est-ce qu’on peut faire ?

- C’est la guerre, je te dis. Ils ont pour eux les moyens, nous avons pour nous le nombre. Il faut qu’on se donne les moyens et alors on pourra les battre et imposer un monde moins injuste. Et puis c’est vital pour nous parce que ces salauds gaspillent sans compter les ressources de la planète et on va avoir de plus en plus de catastrophes. Si on ne fait rien, un jour, il faudra payer pour avoir le droit de respirer. D’ailleurs dans notre monde, ceux qui ne peuvent pas payer n’ont qu’à crever. Regarde avec le sida, on a les médicaments mais ils sont très chers, alors ceux qui peuvent pas payer crèvent. Un continent entier est en train d’être rayé de l’humanité : l’Afrique. Il y a de plus en plus d’orphelins à cause du sida, il y en aura quarante millions en 2010. L’Afrique du Sud voudrait fabriquer ses propres médicaments pour sa population pauvre. Mais les grands labos pharmaceutiques s’y opposent en prétendant qu’ils doivent rembourser leurs recherches et que créer un médicament coûte très cher. C’est vrai, mais à quoi servent-ils si ceux qui en ont le plus besoin ne peuvent pas les acheter ?

- On fait pas le poids !

- On n’a pas d’autre choix que résister à ce monde inhumain. Et pour cela, un seul moyen : apprendre, ne plus se laisser berner, dire, écrire à nos députés, à nos gouvernants, boycotter les entreprises pour les empêcher de jouer à cette sale guerre. Sans les consommateurs, ils ne sont plus rien même si le maximum de ce qu’ils gagnent vient de la Bourse.

- Tu crois qu’il sait tout ça, Ibrahim ? Et ses sœurs ? Et Vladimir ? Et les autres du quartier, Pierre et Odile, par exemple ?

- Je ne sais pas. Il y a beaucoup de gens qui savent des choses mais ils ne font pas forcément les liens entre tout et ils ne savent pas comment agir. Tu vois, quand Le Pneu a annoncé des profits maximum et sept mille cinq cents licenciements, les gens ont bien pensé qu’il y avait un truc pas clair mais ils ne comprenaient pas forcément la cause d’une telle situation. Pourtant certains se sont réveillés à ce moment-là.

- Mais on entend que le chômage baisse, que la crise est finie, qu’on suit les États-Unis où le chômage est très faible : un peu plus de 5%, je crois.

- Tu vois, on pourrait discuter des heures de ces idées fausses diffusées par les médias. Le chômage, déjà, ça dépend comment on compte. Les stagiaires en reconversion, sont-ils chômeurs ou non ?

- C’est des chômeurs. Quand le stage est fini, ils sont de nouveau sans rien.

- Et bien dans les statistiques, ils ne sont pas comptés. Une association de chômeurs comptait les chômeurs réels à près de cinq millions, au plus fort de la “crise”. En fait, le chômage ne diminue pas, il se transforme en emplois précaires, avec des salaires minables et des horaires impossibles. Quant aux États-Unis, non contents de nous avoir envoyé le syndrome des travailleurs pauvres, c’est-à-dire des gens à qui leur travail ne permet pas de vivre, ils ont trouvé un truc radical pour avoir moins de chômeurs : ils les mettent en prison. Le nombre des détenus explose mais comme les prisons sont privées… Et puis pour faire un peu de place pour les suivants, ils ont toujours la peine de mort. Le Texas est un des endroits où on exécute le plus.

- Ben moi qu’avais le bourdon en sortant de l’A.N.P.E. et qui suis venu me changer les idées chez Ali…

- “La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil”, disait René Char, un de nos plus grands poètes. Il faut avoir une utopie pour vivre et rien n’est perdu tant qu’on est conscient de l’inacceptable.

- Je sais vraiment rien, Julien : c’est quoi une utopie ?

- Un monde meilleur qui n’est pas encore réalisé.

- Tu sais, Julien, n’arrête pas. On a besoin de toi pour comprendre et pas être toujours les derniers. Tu expliques bien. Alors, quand tu te décourages, pense à tes copains largués. Tu sais, on devrait se voir plus souvent… et plus nombreux. Tu nous expliquerais ces choses. Et d’autres expliqueraient peut-être d’autres choses. Je suis sûr que Vladimir a beaucoup à nous apprendre. A nous tous, nous arriverons peut-être à nous défendre.

- Et nous ne sommes pas seuls, Xavier, “car nous ne sommes pas seuls” comme avait dit De Gaulle, le 18 juin 40, lorsqu’il a appelé à la résistance. Car c’est la guerre. Une autre forme de guerre, moins visible, plus sournoise mais aussi meurtrière. Dans nos pays riches, on ne le voit pas encore vraiment mais dans le monde entier, elle fait des ravages. On peut s’organiser en réseau de résistance. Pour l’instant, nous avons encore des marges de manœuvres car ils ne nous prennent pas vraiment au sérieux. Mais il faut faire vite, ils ont subi un échec retentissant et ils vont commencer à se méfier d’autant plus qu’ils sentent des remous avec l’approche de Seattle.

- C’est quoi, Seattle ?

- C’est l’ouverture du Cycle du millénaire organisé par l’OMC, l’organisation mondiale du commerce, pour ouvrir encore davantage de secteurs au commerce mondial, en particulier les services publics qui représentent un formidable marché potentiel…”

A ce moment, Ali entra, portant une cagette de poireaux, le sourire aux lèvres : “Il est pas né celui qui croit m’avoir ! s’exclama-t-il. Mais alors, quels bouchons ! Quand je pense que certains supportent ça tous les jours. Tiens, Sonia, va me porter ça à la cuisine.” Xavier rougit bêtement : comment, Sonia était là ? Elle l’avait entendu dire toutes ses naïvetés… “Revenez avec Fathia prendre un café. Vous avez bien mérité une pause, reprit Ali.

- Ali, demanda Xavier en bafouillant un peu, j’ai un service à te demander.

- Quoi donc, mon fils ? Si je peux te rendre service…

- Eh ben voilà, j’en peux plus de rien faire. Ça m’casse le moral. T’aurais pas queque chose à m’confier pour m’occuper un peu ?

- Comme ça, là, je ne vois pas et pourtant ça serait avec plaisir, fils. Se tournant vers sa femme qui entrait : Dis, Fathia, on n’aurait pas quelque chose à confier au petit ? Pour l’occuper.

- Je sais pas… Si, j’ai une idée. Maintenant que Sonia est là pour m’aider à l’intérieur, ça serait très bien qu’on nettoie la remise. Y a un fourbi qui s’entasse là dedans depuis plusieurs années. Qu’est-ce que t’en penses, Xavier ?

- Oh, je serais drôlement content, Fathia : j’en peux plus de rien faire. Merci !

Puis, se tournant vers Sonia : “Sonia, tu connais Julien ? C’est mon grand copain, le deuxième avec Ibrahim. Et présentant Sonia à son tour : C’est Sonia. Elle vient d’arriver, elle a fait une terminale économique et sociale et elle travaille à l’hôtel maintenant.

- Non, nous ne nous connaissions pas, ajouta Sonia, mais maintenant, c’est fait. Je n’ai pas voulu être indiscrète tout à l’heure, je voulais juste avoir des nouvelles de Catherine.

- Maman va bien. L’assistante sociale est chez nous ce matin. J’espère que les nouvelles seront bonnes.”

Sonia n’était pas du même avis que Xavier, elle trouvait que Catherine avait mauvaise mine, le teint terreux. On aurait dit qu’elle était submergée par une immense fatigue. Elle n’en dit rien pour ne pas inquiéter le jeune homme.

“J’ai écouté ce que vous disiez. Ça m’a fait penser à un ancien copain de classe dont le père avait une excellente situation. Il me disait tout le temps – pardon pour le gros mot – : “Tu vas pas t’emmerder avec ça !” Et ça m’agaçait prodigieusement. Et puis, en vous écoutant, j’ai compris : être pauvre, c’est précisément toujours être en train de s’enquiquiner. Le riche, quand ça l’ennuie, il charge quelqu’un d’autre de s’en occuper, ou il rachète du neuf. Le pauvre, il passe sa vie à économiser, à retaper, à grappiller, à se justifier…

- Mais toi, qu’en penses-tu de ce que Julien a dit ? questionna Xavier.

- Moi, je suis beaucoup moins savante que Julien. De ce que je sais, je crois qu’il a raison : on est en guerre. Une guerre économique avec des milliers de morts. Je ne veux pas de ce monde-là, mais comment s’abstraire des autres, de la société ?

- Il faut s’unir, s’informer, constituer des réseaux. Nos armes, ce sont la vitesse et l’information. C’est comme ça que nous avons fait échouer l’AMI.

- Quel ami ? Et pourquoi le faire échouer, si c’est un ami ? interrogea Ali.

- C’était un faux ami. En fait, c’est cette manie de parler par sigles pour noyer les gens. AMI, ça signifie : Accord multilatéral sur l’investissement. En clair, c’était un accord entre tous les pays signataires qui faisait des investisseurs les rois du monde : au dessus des peuples et des gouvernements.

- Mais comment c’est possible ? La France est une démocratie ? s’inquiéta Xavier.

- Peut-on encore appeler “démocratie” un pays dans lequel les élus signent les yeux fermés des traités proposés par des “experts”, qui mettent le pays pieds et poings liés sous la coupe de financiers pour vingt ans ? Sans le courage d’une avocate américaine qui a rendu le texte de l’accord public avant la signature et sans les citoyens qui ont compris le danger et qui se sont battus à une poignée, comme des lions, sans moyens mais avec une détermination incroyable, l’accord passait.

- J’ai honte, dit Xavier, mais c’est la première fois que j’entends parler de ça.

- Tu n’as pas à avoir honte. Moi aussi je fais trop confiance aux élus. En plus, comme je n’ai pas le droit de voter, je me désintéresse un peu des affaires du pays. Pourtant c’est ici que je vis et que mes enfants grandissent. On est trop pris par le travail, alors on se donne plus le temps de réfléchir aux choses importantes, se désola Ali.

- Julien, vous restez quelques jours avec nous ? J’aimerais bien en apprendre davantage… interrogea Sonia.

- Tu peux le tutoyer, ma fille. Ici, tous les proches sont comme une famille. N’est-ce pas Julien ? Et moi aussi, je voudrais comprendre… pour mes enfants. C’est bête de dire ça, je suis même pas allée à l’école et je sais pas lire. Mais je peux peut-être comprendre des petites choses si on m’explique bien.

- Oh non, c’est pas bête, Fathia, lui répondit Julien. Tout le monde peut comprendre au moins les grands principes. Si je vous dis : en 1998, les patrimoines des trois personnes les plus riches du monde dépassaient ensemble le P.I.B. global des quarante-huit pays les moins avancés. Le P.I.B., c’est le produit intérieur brut, c’est-à-dire toute la richesse produite par un pays. Ce n’est pas un très bon instrument de calcul du bonheur des gens car il inclut aussi les dépenses liées aux accidents, catastrophes, etc.

- Tu veux dire que trois personnes ont plus de richesses pour elles seules que les habitants de quarante-huit pays ? s’enquit Fathia qui n’était pas sûre d’avoir bien compris.

- Oui, c’est complètement dément. Je peux ajouter que le patrimoine des quinze individus les plus fortunés dépasse le P.I.B. total de l’Afrique subsaharienne et que la fortune de quatre-vingt-quatre personnes égale le revenu annuel de la Chine, plus d’un milliard d’hommes ; même si vous avez du mal à vous représenter ce que ça fait, plus d’un milliard d’hommes, vous voyez bien que c’est sans commune mesure avec quatre-vingt-quatre et c’est pour ça, entre autres choses, que l’humanité court à sa perte. Et même en France, 10% des foyers détiennent près de 50% de la richesse nationale…

- Tu veux dire, Julien, que quatre-vingt-quatre bonshommes sont plus riches qu’un sixième environ de l’humanité ! s’exclama Ali. Mais que peuvent-ils faire de tout cet argent ? Il leur faudrait mille vies pour le dépenser, et encore, sans compter ! Allah ne peut pas permettre cela. C’est un crime quand tant de gens manquent du minimum.

- C’est d’autant plus un crime, dit Julien, qu’il ne faudrait pas un gros effort aux riches pour que chacun ait accès au minimum vital : l’accès universel à l’école primaire, aux soins de santé de base, à une nourriture adaptée et aux hôpitaux, et pour les femmes, aux soins autour des naissances, coûterait environ quarante milliards par an pendant dix ans. Soit moins de 4% de la richesse cumulée des deux cent vingt-cinq plus grosses fortunes. C’est moins que la T.V.A. en France sur les produits de première nécessité, qu’on paie qu’on soit riche ou pauvre.

- C’est vrai, ça serait si peu pour eux, une goutte d’eau dans leur océan de richesse… Et tant pour la mère qui voit mourir ses enfants faute d’eau potable ! songea Sonia.

- Vous vous souvenez de cette affiche pour l’association “Agir contre la faim” ? On voit un enfant très maigre, africain sans doute, qui en porte un plus petit carrément squelettique. Et l’affiche dit : “Plus personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.” C’est ça qui a été le début de ma révolte : on nous culpabilise alors qu’on est dans un monde qui fonctionne à la course à l’argent. On ne s’attaque pas à la vraie cause du mal : le politique comme représentation du bien des peuples a démissionné devant le pouvoir des Grands Intérêts Financiers. On dirait que le Marché est devenu le nouveau dieu de notre époque. Moi je veux bien me priver pour donner aux associations caritatives, mais ça ne servira à rien, c’est comme une mer sans fin ! s’insurgea Julien.

- Tu as raison, dit Ali, on dirait que les hommes politiques ont peur d’affirmer les idées pour lesquelles on les a élus…

- Victor Hugo disait : “ Vous voulez les pauvres secourus, moi je veux la misère supprimée”, l’interrompit doucement Sonia. Je l’ai apprise par cœur. Il disait aussi que quand on ouvre une école, on ferme une prison. On ne demande pas la charité, quand on est pauvre, seulement d’avoir le droit de vivre, que nos droits soient respectés et, si on ne meurt plus de faim en France, vivre avec le R.M.I., ce n’est pas vivre. Ces richissimes sont les prédateurs de l’humanité, il faut les empêcher de nuire comme on le ferait avec des bêtes nuisibles !

- Mes enfants, tout cela est grave. Il faut faire quelque chose. Venez ce soir vers neuf heures, quand les clients auront fini de manger et amenez quelques personnes. Nous pourrons nous mettre dans le salon qui sert pour les mariages. Je dirai à Leïla et à son mari de venir. Demain, c’est férié à cause de l’armistice, ils peuvent dormir ici. Pour l’instant, il faut que chacun retourne à son travail, les “pause-café” vont bientôt arriver. Reste manger avec nous Julien. Toi, Xavier, si tu veux rester, préviens ta mère, sinon elle va s’inquiéter.

- Merci, Ali, mais je vais rentrer. Elle avait la visite de l’assistante sociale, ce matin, je sais qu’elle se fait du mauvais-sang pour la loge. Il vaut mieux que je sois avec elle si les nouvelles ne sont pas bonnes. Je reviendrai vers quatre heures pour commencer dans la remise, d’accord, Fathia ?

- Va, tu es un bon fils ! A tout à l’heure,” dit celle-ci.

V

Sur le chemin du retour, Xavier frissonnait à cause du temps et de cette incroyable conversation. Jamais il n’avait pris conscience à ce point qu’il faisait partie d’un tout et que ce qui lui arrivait était aussi le résultat d’événements qui se décidaient ailleurs, très loin et sur lesquels il n’avait pas de prise. Pourtant Julien avait l’air de dire que tout n’était pas perdu pour agir et Julien savait tant de choses…

Chez lui, la famille était déjà à table. Michaël avait sport avec l’association sportive du collège à treize heures trente, il n’avait guère le temps de s’attarder. Pour l’instant, il ne mangeait pas la salade étrange et appétissante que sa mère avait préparée, mais parlait de Germinal, le livre qu’il étudiait :

“C’t’à peine croyable, la famille des mineurs s’appelle comme nous, Maheu. On doit pas râler, eux, ils vivent à neuf dans trois petites pièces. En bas, la cuisine où ils mangent, où ils se lavent dans un baquet en rentrant de la mine, où ils vivent. En haut, une sorte de cagibi, le père, la mère, le bébé dorment là. Dans l’autre chambre, trois lits ; deux par lit. Le grand-père qui travaille la nuit, dort le jour dans un des lits vides. Zola y parle aussi des conditions de travail dans la mine ! Catherine, la fille, maigre comme un haricot, elle pousse des wagonnets pleins de charbon de plus de sept cents kilos. Fait chaud, humide, ils ont des positions casse-gueule pour attaquer la roche, pis la trouille que ça s’éboule ou que ça explose. Et avec tout ça, ils gagnent même pas de quoi manger à leur faim !

- Pense tout de même à manger, toi, lui dit sa mère.

- Alors, t’es pris ? Tu vas le lire en entier ? questionna sa sœur.

- Qu’est-ce que t’as mis dans la salade ? interrompit Xavier.

- J’ai mis du soja, Sonia dit que ça remplace le beefsteack. C’est bon avec le maïs et les tomates. Mais tu devrais laisser parler ton frère, pour une fois qu’un livre l’intéresse à part les B.D.

- Je sais pas, quand même ! Il est drôlement gros ! Plus de cinq cents pages !

- Mon père disait toujours qu’on peut tout surmonter si on se fixe des étapes. Après t’es très fier de toi. Alors ton livre, t’as qu’à le découper en rondelles et tu finiras par arriver au bout.

- Il a pas de chapitres, ce livre ? demanda Gaëlle.

- Si. Et il a même des parties, sept, comme les jours de la semaine. Mais des fois, y a des descriptions un peu trop longues et ça me casse les pieds.

- Eh ben saute-les ! s’écria Xavier.

- Je sais pas si c’est une bonne idée, s’interrogea Gaëlle. Tu dis toi-même qu’on se rend compte de la pauvreté des Maheu à cause de la description de leur maison.

- Un coron. Ça s’appelle un coron.

- Michaël, mange tes pâtes, elles vont refroidir et si tu continues à traîner comme ça, tu vas être en retard au collège. Dépêche-toi, tu as encore ton sac à préparer. Nous reparlerons de tout ça ce soir.

- Moi aussi j’ai des choses à vous raconter, dit Xavier. Chez Ali, j’ai trouvé Julien qui m’a expliqué des trucs incroyables. Après Ali est arrivé. Puis Fathia et Sonia. On était tous tellement estomaqués par ce que Julien racontait qu’Ali a proposé qu’on vienne ce soir à neuf heures pour en reparler et qu’on amène des gens.

- Mais que disait-il donc, Julien, pour que vous soyez tous si agités ? demanda Gaëlle.

- Julien dit qu’il y a une poignée de gens qui ont décidé de s’accaparer toute la richesse du monde. Ils se moquent de tout à part de leur oseille. Les gens peuvent crever, la planète être détruite, ils s’en fichent ! Après eux, le déluge, comme on dit. Julien prétend que c’est la guerre, une autre forme de guerre, plus sournoise, sans les armes et les villes détruites, mais avec autant de morts. Il dit que partout dans le monde, des gens entrent en résistance, et que nous devons les rejoindre et faire vite car il nous reste pas beaucoup de temps devant nous. Moi, j’aimerais bien y aller ce soir, mais avec l’un de vous. Qu’en penses-tu, M’man ?

- Tu sais, j’aime pas laisser la loge et surtout Michaël seuls. Et ton frère risque d’avoir des devoirs.

- M’man, demain c’est férié, j’aurai le temps de tout faire, et pour après-demain, j’ai presque rien. Allons-y tous, pour une fois qu’on sort !

- Oh ouais, M’man, allons-y ensemble. C’est important ! ajouta Gaëlle.

- Bon, si vous y tenez…

- Mais toi, M’man, tu nous as pas dit ce que ça a donné avec l’assistante sociale, s’enquit Xavier.

- Elle est très gentille, elle va faire tout ce qu’elle peut pour nous, mais elle m’a dit que pour le logement, ça sera très difficile. On est tranquille jusqu’au mois de mars mais après, les expulsions recommencent. Il faut absolument trouver une solution avant. Dis, Xavier, et si toi tu la posais, ta candidature pour être gardien ? On sait jamais !

- Je vais le faire, M’man c’est une bonne idée. Je demanderai à Leïla de corriger ma lettre. Elle a dit quoi d’autre, l’assistante sociale ?

- Qu’on va avoir droit à un capital-décès versé par la sécurité sociale. On le mettra sur le livret de caisse d’épargne pour les coups durs. Ça fait une grosse somme : plus de vingt mille francs. J’ai jamais eu une somme pareille devant moi avec toute une vie de travail. Il a fallu la mort de votre pauvre père…”

Ils restèrent tous silencieux, les yeux embués, sans oser se regarder. La mort d’Étienne était encore une douleur poignante et son absence irréversible leur semblait insupportable. Catherine, la première, se secoua : “Bon, dépêchons-nous un peu, Michaël va finir par être en retard au collège.”

Catherine s’était déjà levée pour faire le café qu’elle faisait couler dans une antique cafetière en fer blanc qui lui venait de ses parents. Le café de midi, une petite tasse chacun, était du vrai café : leur seul luxe, auquel ils ajoutaient un carré de chocolat le dimanche. Ils gardaient le marc pour la “repassette” du matin. Michaël avait droit à une demi tasse de café le dimanche. Pendant qu’elle s’affairait, Gaëlle interrogea son frère :

“ Mais comment il fait, Julien, pour savoir tout ça ?

- Il s’informe et pas auprès de n’importe quel journal. Et puis il fait des études d’économie et même s’il est pas très content de ses études, ça lui donne des clefs pour comprendre. Tu vois des choses qui nous viendraient même pas à l’idée, lui, il y pense et il se renseigne.

- T’as un exemple, parce que c’est pas très clair…

- Il m’a donné l’exemple des chaussures de sport. Nous, pauvres nœunœux, on se croit tous obligés d’en avoir pour être comme tout le monde alors les marques, elles abusent. Elles gagnent un max de fric et l’ouvrier qui les fabrique est payé six francs par paire et travaille dans des conditions, ça craint…

- Six francs ! Des chaussures, tu les paies entre trois cents et six cents francs ! C’est du vol !

- En tout cas, moi, je sais c’que j’ai à faire. J’achèterai plus jamais ces chaussures-là et je dirai aux copains de faire pareil. Je suis sûr que Julien sait comment faire pour connaître les marques qui font ça. Et puis, j’ai réfléchi, je pense qu’il y a pas que les chaussures. Julien m’a dit qu’on pourrait en parler des heures. Il m’a dit aussi qu’on laissait mourir des tas de gens du sida alors qu’on connaît les médicaments qui pourraient les sauver mais les laboratoires veulent pas baisser le prix de leurs médicaments. Et bien pour moi, c’est un crime impuni. Un crime contre l’humanité comme les atrocités de la deuxième guerre mondiale. Tu les as vus, chez Ali, ces reportages au journal télévisé sur les ravages du sida en Afrique ? Ces pauvres gens tout maigres en train de crever dans des hôpitaux qui ont que des lits et des médecins qui se lamentent : ils ont même pas de quoi les empêcher de souffrir. Et tous ces orphelins ! Dans certains pays, Julien m’a dit que quatre enfants sur dix sont orphelins. Comment vont-ils grandir ? Non, ça me révolte trop. C’est pour ça que je vais aider Julien, j’aurai au moins l’impression d’être utile.

- Tu as raison, il faut faire quelque chose ! ajouta Gaëlle.

- Si on allait en parler à Pierre et à Odile ? Pierre, il était militant au syndicat, avant sa retraite, ça doit l’intéresser et Odile, elle s’occupe des dossiers à la caisse d’allocations familiales ; elle doit en voir, des drôles de choses. Moi, je vais faire mon brouillon de lettre comme ça je pourrai le montrer à Leïla, ce soir et Maman sera contente. Mais j’y crois pas trop, ça serait trop beau. A quatre heures, j’irai aider Fathia à débarrasser la remise et je reviendrai pour le repas.”

TF1 alias Télé Sarkozy ne va pas bien mais NONCE est là !!

juillet 25, 2009 at 12:44 | In Citoyenneté, Culture - Livres, Economie, Politique, Société, sarkosy, social | 5 Comments
Tags:

TF1 alias Télé Sarkozy ne va pas bien mais NONCE est là !!

nonce paolini d'après rue 89Sarkozy et ses sponsors

Sarkozy et ses sponsors dont Nonce n’est pas le moindre !!

Pendant que l’audience de TF1 ne cesse de se désagréger, les résultats financiers de la première chaîne de France ont continué à chuter au premier semestre 2009.

Le résultat net du groupe TF1, filiale de Bouygues, s’est effondré de 61 % au premier semestre 2009 par rapport au premier semestre 2008. Enfin une bonne nouvelle dans cet océan de grisaille !!  49 millions d’euros, contre 125 millions à la même période de 2008 de résultat, cela fait du bien, non ??. Les recettes publicitaires de la chaîne ont baissé de 23 % et s’élèvent à 685,5 millions d’euros.

Comme explications, le groupe avance “l’arrêt de la publicité entre 20 heures et 6 heures sur les chaînes du service public, l’augmentation de l’offre publicitaire télévisuelle et la montée en puissance des chaînes de la TNT”. “Comme prévu la fin des recettes publicitaires de France Télévisions n’a pas profité aux grandes chaînes mais à la TNT”, a affirmé le PDG, un certain Nonce Paolini.

Il y a NONCE et NONCE !!!

Car, la première chaîne d’intoxication massive autant que Sarkozienne de France a pour patron un « nonce » qui n’a rien d’apostolique !!

Le précédent, un breton, sa religion, que dis-je, son calvaire, c’était Coca-cola, c’est connu ! Pour celui-ci, on ne sait pas mais on devine !! C’est que Nonce est originaire de Ghisoni, une commune située en Haute-Corse ; Ghisoni est assise dans la haute vallée du fleuve Fiumorbo, entre une ligne de crêtes culminant au Monte Renoso (2352 mètres) et la plaine orientale corse. Le relief de la région est très accidenté, le fleuve lui-même est profondément encaissé. Issu d’un lieu assis sur une ligne de crête et dans un vallée encaissée, cet homme a donc vraisemblablement le fondement tanné, durci comme le plomb que l’on tire dans sa région sur sangliers et mouflons. Nonce est donc un redoutable encaisseur !! Mais, il encaisse de moins en moins tout de même !

34 MILLIONS DE TÉLÉSPECTATEURS PAR JOUR

Pour 2009, TF1 prévoit toujours, contre toute évidence, une baisse de seulement 13 % de son chiffre d’affaires consolidé et un plan d’économies de 70 millions d’euros. Le groupe audiovisuel avait déjà enregistré en 2008 une baisse de 28,1 % de son résultat net à 164 millions d’euros par rapport à 2007.

La chaîne à décerveler demeure toutefois, hélas, leader dans le paysage audiovisuel français. Autant dire qu’il demeure un grand nombre de demeurés dans notre pays : 34 millions de téléspectateurs qui, chaque jour viennent chercher leur dose de people, de niaiseries et d’émissions racoleuses !! 34 millions/jour !! Vous rendez-vous compte ???

Si c’étaient des Belges, on se foutrait de leur gueule !!!

Mais, grâce à Dieu, TF1 a NONCE et quand NONCE annonce, NONCE tient, bretelle de fusil !!!

Urbi et orbi, s’il le faut !!

COMITE DE SOUTIEN « VERITE ET JUSTICE POUR GUY PEIFFER »

juillet 20, 2009 at 12:50 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Politique, Société, Solidarité | 52 Comments
Tags:

COMITE DE SOUTIEN « VÉRITÉ ET JUSTICE POUR GUY PEIFFER »

Un homme innocent au Centre Pénitentiaire de Schrassig au Grand-Duché   du Luxembourg ?

Présentation :

- Nom – Prénom : Peiffer Guy

- Date de naissance : 14.10.1949

- Lieu de naissance : Esch sur Alzette – Luxembourg

Né de père  inconnu. Mère inconnue ; je suis élevé par mes grands parents. Je dis père et mère à mes grand parents.

A 18 ans j’apprends que j’ai été adopté par mes grand parents. J’apprends aussi que ma mère à fait la pute à la gare de Luxembourg, Elle à mis quatorze enfants au monde, dont un chinois et je suis le premier.

Des enfants ont été adoptés en Amérique, d’autres sont mentalement malades. Aujourd’hui, avec le recul, je peux résumer ma jeunesse ainsi : pas d’éducation, pas de culture, toujours dans une situation précaire.

Aujourd’hui, je purge une peine à perpétuité pour des crimes que j’ai toujours niés et que je n’ai pas commis : j’ai choisi de me battre.

La situation :

Face aux moyens colossaux de ses adversaires : un Ministre de la Justice , un juge  ancien juge d’instruction aujourd’hui président de Tribunal, deux avocats généraux dont un aujourd’hui à  la retraite, une présidente de tribunal, une autre ancienne présidente à la Cour d’appel à la retraite, des policiers et tous ceux qui évoluent dans l’ombre de cette affaire…..Face à tous ces « gens importants », Guy Peiffer ne peut opposer que son énergie et sa bonne foi mais cela risque de ne pas suffire. Il a déjà vécu près de 19 ans de détention et d’enfermement au Centre Pénitentiaire de Schrassig au Luxembourg.

Mais Guy Peiffer pense que quand on veut agir, on le peut toujours.

Il tient d’abord à remercier : merci à Maitre Thierry Lévy et Maitre Roby Schons ses avocats ; tous ceux qui le soutiennent. Il tient à leur dire qu’en le soutenant, ils combattent pour la justice et les droits de l’homme. Nous ne sommes plus au Moyen âge ni au temps des lettres de cachet, ni au Grand Duché de Luxembourg ni ailleurs en Europe, on a pourtant l’impression d’un retour au moyen âge. Il est très difficile d’alerter l’opinion contre l’enfermement que subit Guy Peiffer depuis 19 ans.

Que dit Guy Peiffer ? Que notre grille de lecture est mauvaise si nous croyons qu’il y a d’un côté un criminel, et de l’autre les Chevaliers blancs de la justice Luxembourgeoise, qui le combattent, veulent le stopper et protéger le peuple et la société des dangers qu’il est supposé représenter. Là est l’erreur !

La justice n’est pas la Grande Vertueuse qui nettoie  les écuries d’Augias. Elle étouffe parfois des affaires, elle en atténue d’autres : DANS LE CAS DE GUY PEIFFER, CONTRE TOUTE LOGIQUE, ELLE REFUSE DEPUIS 2 ANS DE COMMUNIQUER SON DOSSIER A SES AVOCATS !!!

POURQUOI ?

-         Y-A-T-IL DES CHOSES A CACHER ??

-         OU, PLUS SIMPLEMENT LA JUSTICE « QUI NE SE TROMPE JAMAIS » VEUT-ELLE CACHER SES PROPRES ERREURS ???

Et puis, il y a le système pénitentiaire au  Luxembourg qui ressemble assez à la jungle y compris à Schrassig :

-         Une prison qui connaît 5 directeurs en cinq ans et dont l’un d’eux démissionne :

http://www.land.lu/html/dossiers/dossier_justice/dossier_prison/depotoir_070700.html

-         Une prison déjà « au bord de l’explosion » en 2007 http://prison.eu.org/breve2069.html

-         Une prison qui …..il y aurait tant à dire !!!

Guy Peiffer incarne une résistance au pouvoir répressif. Il n’est pas seulement un détenu innocent il est devenu un détenu politique, il est devenu  un symbole  de l’indifférence de la société envers l’individu.

Il a choisi de rester debout de lutter pour sa dignité. On sous-estime le personnage et l’importance qu’il peut avoir pour nos droits civiques.

Guy Peiffer  n’est certainement pas tout blanc…quand on connaît son enfance et sa jeunesse, comment pouvait-il en être autrement ? Mais après avoir purgé deux décennies, il à évolué, il a pris conscience de ce que signifient l’oppression et la servitude. Il est également devenu artiste, il produit des pièces de céramique. Or, son oeuvre ne lui appartient pas !! Elle appartiendrait, soi-disant, à la prison de Schrassig !! Sous prétexte qu’il est emprisonné, Guy Peiffer a-t-il perdu son droit à la propriété artistique ? A notre connaissance, ce droit de propriété est insaisissable !!

Carton invitation Peiffer Abbaye Neunmunster

Tout ceci constitue plus de raisons qu’il n’en faut pour que nous le soutenions.

Guy Dutron 19 07 2009

Pour soutenir notre comité et surtout Guy Peiffer lui même merci d’envoyer vos : NOM – PRÉNOM – VILLE – PAYS de résidence  à g.dutron@yahoo.fr

Vous pouvez aussi obtenir des informations complémentaires en téléphonant à Guy Dutron 00 – 33 – (0)9 – 65 – 35 – 56 – 45

MISE A JOUR AU 10 – 10 – 2009

Quotidien  Luxembourg 8 octobre 2009Article du Journal Le Quotidien de Luxembourg du 8 octobre 2009

Premières signatures :

– Guy Peiffer Prison de Schrassig Luxembourg – Naïké Peiffer-Provost Niederkorn Luxembourg – Benali Anouar Mertert Luxembourg – Guy Dutron Ecrivain  Digny Eure et Loir France – Jean Dubosclard  Villeurbanne Rhône France – Jacques Lainet Sémeries Nord France – Pierre Dutron Cavnic Roumanie – Hélène Lacheret Nyons Drôme France – Patrick Le Goas Morlaix Finistère FrancePatrice Kappel Aussillon Tarn France - Christine Dardalhon Portes Gard France -Raymond Vandormael Liège Belgique – Murielle Peter Esch sur Alzette Luxembourg – Kim Closener Esch sur Alzette Luxembourg – Kyran Closener Esch sur Alzette Luxembourg – Viviane Lecocq Herstal Belgique – Ghyslaine Manesse Bazuel Nord  France – Joëlle Manesse Bazuel Nord France – Nadine Cesari (coordonnées en attente) – Catherine Charles Présidente de l’Association pour le respect des proches de personnes incarcérées (ARPPI) – Saint Maurice Val de Marne France – Sarah Domingos Bertrange Luxembourg – Mathy Vundji Khinshasa République Démocratique du Congo – Audrey Noirot Liège Belgique – Colette Ducamp Nimes France – Sylvie Decleir Le Maisnil Nord France – Alain Spor Ugine Savoie France – Martine Dieu Tertre Belgique – Nagkela Fouquet Charenton le Pont Val de Marne – France – Micheline Claes Agde Hérault France – Papa Gueye-Elhadji Dakar Sénégal – Gwénaëlle Racine Candé Maine et Loire France – Anouk Kremer Deau Villeneuve lès Maguelone Hérault France – Danièle Sudan Genève Suisse – Anna Pascucci Momalle Remicourt Belgique – Ricardo Carvalho Differdange Luxembourg – Georges Vercoutre Vias Hérault France – Dept Myriam Orp-Jauche Belgique – Pierre Rose – Dal Nord Pas-de-Calais – Quiéry France – Christiane et Daniel Noisette Fontaine les Dijon Côte d’Or France – Esther Journo Sarcelles Val d’Oise France – Martine Hennecart Laurent Cousolre Nord France – Nathalie Bognini Rodange Luxembourg – Bruno Mesrine Artiste Vevey Suisse – Alain Rocher Bordeaux Gironde France – Guy Schwickerath Niederkorn Luxembourg -Christian Mordacq  Brebières  Pas-de-Calais France – Colette Meurant Mons Belgique – Philippe Zalcberg Paris France – Bechir Chabbouh Paris France – Marylise Bellio Jamioulx Belgique – Eléna Peiffer Toulouse France – Ndoja Xhiljona Esch sur Alzette Luxembourg – Claude Peiffer Holland – ARPPI Association pour le Respect des Proches des Personnes Incarcérées – Marie Christine Rigal Gros Guillaume 35650 Le Rheu – Sandrine Ageorges 92600 Asnières – Michel Vilhes Les Lilas France –

Sydney Bechet irascible et puissant né avec le jazz en 1897

juillet 19, 2009 at 4:25 | In Altermondialisme, Belgique, Culture - Livres, Le coin des ziques qu'on aime bien | 4 Comments
Tags:

Sydney Bechet irascible et puissant né avec le jazz en 1897

sidney_bechet.jeune jazz history jpgSydney Bechet jeune – source Jazz History

Décidément, vous en redemandez !! Après Satchmo et Kid Ory, après Boris Vian que vous avez plébiscités (100 à 200 lectures par jour), je vous présente une nouvelle tête de l’art  et y’a pas de fote !!! SYDNEY BECHET

Sidney Bechet est né le 14 mai 1897 à La Nouvelle-Orléans mais ce n’est pas certain ; d’autres sources parlent de 1891 …Il est clarinettiste, saxophoniste et compositeur, chanteur. Il jouait également d’a peu près tous les instruments. Il existe un enregistrement de lui dans lequel il joue « Polka dot stomp » et intitulé « Bechet one man band » qui doit bien être le premier disque enregistré avec la technique de re-recording ou de mixage d’enregistrements séparés. Dans cet enregistrement, Sydney joue du soprano, de la clarinette, du piano, la batterie et même du sarrussophone, un monstrueux saxo-basse à deux anches et il faudrait entendre comme il swingue avec cet engin !!

Musicien universel dès sa jeunesse, Sidney Bechet est à l’origine de la première critique de jazz  de qualité. En 1919, il joue la clarinettiste solo du Southern Syncopated Orchestra dirigé par le compositeur Will Marion Cook. Le chef d’orchestre suisse Ernest Ansermet l’écoute à Londres, et écrit « Il ne peut rien dire de son art, sauf qu’il suit sa propre voie… et c’est peut-être la route sur laquelle le monde entier swinguera demain.

Prodige musical, né d’une famille créole, il étudie avec Louis dit “Papa” Tio et Lorenzo Tio fils à la Nouvelle-Orléans. Il participe, en 1917, à l’exode vers Chicago. Il y rencontre le trompettiste Freddie Keppard et le pianiste Tony Jackson. Puis il part pour Londres et découvre le saxophone soprano, plus puissant que la clarinette et qui lui permet de sortir son célèbre vibrato qui est sa marque de fabrique.

En juin 1924, Sidney Bechet rejoint le groupe de Duke Ellington et commence la deuxième tournée en Nouvelle-Angleterre. Moins de trois mois plus tard, Duke le renvoie après qu’il ne se soit pas présenté à trois concerts. Il faut dire que ce bougre de Sydney est un indiscipliné notoire et volontiers bagarreur.

Expulsé de Grande-Bretagne pour cause de bagarre dans un hôtel, Bechet s’installe à New York où le pianiste Clarence Williams tient le faire enregistrer, en particulier avec de Louis Armstrong. C’est ainsi qu’a lieu une première rencontre entre ces géants du jazz : Ici Texas Moaner Blues par le « Clarence Williams Blue Five » avec Bechet et Armstrong : http://www.youtube.com/watch?v=861QLDJag5M et le superbe Mean Blues par les mêmes avec une merveille de contre chant très doux de Satchmo : http://www.youtube.com/watch?v=UlnfC-fxECc

Sydney revient en Europe où il joue quatre ans dans la Revue Nègre dont Joséphine Baker est la vedette : un tout petit extrait de 18 secondes !! http://www.youtube.com/watch?v=QPCYYdECJIs&feature=related

et  ici, un peu plus tard dans « Haiti mon pays » http://www.dailymotion.com/relevance/search/jos%C3%A9phine+baker/video/xx1u0_josephine-baker-haiti-mon-pays-damo_music?hmz=746162736561726368

Bechet connait un retour triomphal au Festival de jazz de Paris en 1949, il s’établit en France. Bechet y devient une super vedette française avec une épouse à la campagne et une maîtresse à Paris !! Mais il n’est pas le seul dans ce cas, n’est-ce pas mes loulous !!!!!

Il est adulé par ses accompagnateurs et attire les foules.  Petite Fleur est un succès mondial, Il est de ceux qui feront le succès du Festival de Jazz d’Antibes et écrira « Dans les rues d’Antibes » : http://www.youtube.com/watch?v=5Tg7sNqgYAI

Pour définir la musique de Bechet on dit souvent « autoritaire ». Ses nombreux ennuis en disent long sur son caractère irascible qui se manifeste dans des soli souvent exaltés et enthousiastes, directs, dépouillés. Dans le genre, il ne ressemble à aucun autre musicien..

Ce serait une erreur de ne voir dans l’œuvre de Bechet qu’un simple étalage d’autocratie musicale ou de pure virtuosité. Si on considère la période précédant son installation en France et singulièrement son travail à la clarinette, comme  Muggsy Spanier, trompettiste sensible et puissant, c’est un modèle de sobriété et d’orchestrations proches de l’idéal du contrepoint détendu et décontracté typiquement  Nouvelle-Orléans.

Parmi ses plus célèbres enregistrements il faut faire figurer :

-         le remarquable trio Blues in Thirds, avec Earl Hines et Baby Dodds, un enregistrement  de 1940 http://www.youtube.com/watch?v=5-nl63zYOac

-         Blue Horizon, un des plus beaux morceaux de clarinette de l’histoire du Jazz : enregistré ici en 1944 par Sidney de Paris, trompette -  Vic Dickenson, trombone
Sidney Bechet, clarinette -  Art Hodes, piano – Pops Foster, basse – Manzie Johnson, drums : http://www.youtube.com/watch?v=QBoO0GMadAg

-         Un enregistrement de 1947 : Kanzas City  man blues à deux clarinettes avec Bob Wilber et son orchestre : http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=-ai8Go9aqvw

-         Petite fleur : ici en concert à l’Olympia en 1954 accompagné au trombone par ce cher Benny Vasseur natif de Neuville Saint Rémy en Cambrésis : http://www.youtube.com/watch?v=J7u9×50GGGs

-         et toutes ses versions de Summertime http://www.youtube.com/watch?v=IG4nPM9uxwg&feature=PlayList&p=9E92B907E11D69C3&playnext=1&playnext_from=PL&index=24

ou de Weary Blues. Ici une interprététion « swing » par un autre grand clarinettiste de la même époque : Albert Nicholas en 1954   http://www.youtube.com/watch?v=Ih3oymfSwkY

Puisque nous sommes un blog du Hainaut rappelons deux choses :

En 1956, Sydney entame une grande tournée en Belgique. Albert Langue, jazzman de Mons et initiateur du Festival Mondial des Musiques Militaires de Mons, l’accompagne dans ses concerts, à la trompette. Sidney Bechet lui demande s’il n’a pas une musique locale qu’il pourrait jouer en Belgique pour faire plaisir à son public et personnaliser la tournée belge.

sidney_bechet.doudou.be jpgSydney Bechet sur le site Doudou.be

http://doudou.be/media/doudou/sidney_bechet.htm


Albert Langue joue alors, sur un piano, Le Doudou, musique rengaine de la Ducasse de Mons qu’il adapte aussitôt. C’est succès tel qu’il l’enregistre chez Vogue. Ce disque est l’une des meilleures ventes de 1956 et a permet au Doudou d’être connu partout dans le monde. Pour la petite histoire, Albert Langue a été nommé citoyen d’honneur de la Nouvelle-Orléans. Ici, le Doudou, joué par le Tijuana Dixie Dan – Dany Trento (leader, trompette, vocal), Rudy Dieu (sax tenor), Noël Brohée (clarinette), Laurent Carlier (trombone), Do Cole (banjo), Jean-Pierre “Pro” Marcon (bombardon), Claudy Trento (drums).

sur le site de la Ducasse de Mons en version 2004

http://ducassedemons.info/media/son/NewOrleansDoudou.mp3

et, pour vous faire plaisir, la version 2008 !!! http://ducassedemons.info/media/son/doudou_jazz_2008.mp3

D’autre part, lors de son séjour en France, Sydney joue avec l’orchestre de Claude Luter., évidemment, mais aussi avec celui d’un grand clarinettiste trop tôt disparu accidentellement. Ce clarinettiste virtuose s’appelait André Reweliotti et il était natif d’Hautmont en Val de Sambre. Lors de ma candidature aux municipales, j’avais proposé de créer, à Hautmont, un festival de Jazz « André Reweliotti – Hautmont sur Mississipi ». Je n’ai pas été élu et André attendra, hélas !! Monsieur Wilmotte, maire d’Hautmont, deux fois condamné pour discrimination, pense peut-être comme jadis les vieux fachos, que ce jazz est toujours « une musique de sauvages » ; il y préfère les « thés dansants » qui soignent son électorat du troisième voire du quatrième âge !!!

Lors du célèbre concert gratuit organisé par Vogue pour son disque d’or (un million d’exemplaires à l’époque) en 1952, on cassa l’Olympia pour la première fois ! Ce jour là, Sydney était accompagné de deux orchestres : ceux de Claude Luter et d’André Reweliotti :  ici deux morceaux pour le prix d’un seul ! Par Sydney et l’orchestre d’André Réweliotti : «Soprano Blues » et « Rose de Picardie »

http://www.youtube.com/watch?v=UMeEMlNus04

Pour l’anecdote, toujours :
Sidney Bechet est le parrain d’Olivier Franc, né le 30 Octobre 1953, fils de René Franc. Olivier Franc est un saxophoniste reconnu mondialement, il joue avec un saxophone qui a appartenu à Sidney Bechet. Grace à Olivier et maintenant son fils (ici au piano), le soprano de Sydney joue encore ….ici, une composition de Sydney au festival de Montauban « Song of songs »

http://www.youtube.com/watch?v=ldNPf01MP-E

Allons, un dernier rassemblement de fous de jazz autour du même Olivier Franc « Si tu vois ma mère » avec : Saxophone soprano : Olivier FRANC
Trompette : Marcel BORNSTEIN qui a traîné son embouchure partout
Clarinette : Alain MARQUET du Paris-Washboard avec Daniel Barda
Trombone : Daniel BARDA chef d’Orchestre classique et grand tromboniste de Jazz
Piano : Christian AZZI ancien piano de l’orchestre de Claude Luter
Contrebasse : Alfonse “Totol” MASSELIER alias « Alf Totol » qui a  84 balais !
Batterie : Poumy ARNAUD ancien batteur d’André Reweliotti et 74 ans au compteur

Sydney est décédé le 14 mai 1959 à Garches – 92 - ; Depuis sa mort, une statue de son buste se dresse dans un parc d’Antibes. On lui en fait une en musique !

Ho, did’n’t he Ramble ????

http://www.youtube.com/watch?v=FEX2z-ZGMUw&feature=PlayList&p=71B6783B4C8C735F&playnext=1&playnext_from=PL&index=9

Guy Dutron 15 juillet 2009

Les écrivains du RESEDA

juillet 14, 2009 at 3:10 | In Altermondialisme, Citoyenneté, Culture - Livres, Europe, Le coin des bons bouquins, Le coin des poèmes qu'on y tient, Mémoire et histoire, Politique, Société, Solidarité, social | 1 Comment

Les écrivains du RESEDA

Commençons par une femme : Geneviève Confort-Sabathé

Elle nous vient de l’Hérault ; elle est docteure en sciences de l’Education.

Voyez son site : L’Hétérodoxe, ça s’appelle !! http://www.genevievesabathe.fr/

Moi, je ne suis qu’hétéro, tout court, mais je peux vous dire qu’elle en publie des textes la camarade !! En plus de sa thèse de doctorat que vous trouverez sur son site mais que je vous donne tout de même en lien :    L’idianthropologie politique ou comment interpréter le fait …

En plus donc, elle publie régulièrement sur ce blog, sur notre site national : http://reseda.ouvaton.org/ et sur le site Netoyens ; à titre d’exemple dans l’ordre, de Décembre dernier à nos jours, sur ce blog :

http://dutron.wordpress.com/2008/12/15/total-respect-aux-lyceens-par-genevieve-sabathe/

http://dutron.wordpress.com/2009/03/09/cour-de-justice-exces-de-pouvoir-parlement-europeen-exces-d%E2%80%99impuissance-par-genevieve-confort-sabathe/

http://dutron.wordpress.com/2009/03/21/le-pion-de-fer-singe-la-dame-de-fer-par-genevieve-confort-sabathe/

Celui-ci, c’était notre appel au boycott des Européennes qui était sorti de sa plume :

http://dutron.wordpress.com/2009/04/02/appel-europeennes-le-boycott-est-l%E2%80%99arme-de-la-democratie-directe/

Et, pour finir, mais il y en a pas mal d’autres ….cette mine posée dans les pattes d’un paysan de Bordères (64) :

http://dutron.wordpress.com/2009/06/02/%C2%AB-bayrou-le-plouc-de-l%E2%80%99arene-%C2%BB/

Et, enfin : http://dutron.wordpress.com/2009/06/08/europeennes-vers-des-lendemains-qui-cognent/

Je sais pas si vous avez remarqué …mais ça cogne déjà !!

En ce moment, Geneviève bosse sur une saga : « Les Mange-Tripes » ; la saga des tripiers de chez elle, de sa jeunesse dans le Gard,  dont elle peaufine le premier tome : L’abattoir !  L’abattoir des tripiers mais aussi celui de 14-18 !!

mangetripes

Les lecteurs de ce blog ne seront pas dépaysés vu qu’on en a pas mal parlé à commencer par moi avec quelques articles sur cette boucherie qui toucha notre Nord de si près. Après la boucherie de Geneviève, allez-y voir ci-dessous, vous y trouverez des reproductions d’un journal de l’époque et les décorations de mon grand-père Georges !!!!

http://dutron.wordpress.com/2008/11/09/11-novembre-2008-quatre-vingt-dixieme-anniversaire-de-la-fin-de-la-grande-boucherie/

Ben oui, parmi les écrivains du RESEDA, y’a aussi moi !! Guy Dutron.

Comme des malfaisants m’ont reproché d’utiliser ce blog pour faire ma pub….s’ils savaient, les imbéciles …enfin, comme disait Brassens, « il y a peu de chances qu’on détrône le roi des cons ! » donc …j’en ai enlevé l’article sur mon premier bouquin ; il ne subsiste que le lien vers mon site personnel : http://chezguydutronlecrivain.ouvaton.org/Bienvenue.html

J’ai publié, au printemps 2008 : « Un jour je mangerai du pain blanc » aux éditions Le Lectambule : http://www.le-lectambule.fr/

J’ai auto produit un pamphlet politique intitulé « A mort l’Europe ? » qui explique en quoi les politiques menées en Europe et leur soumission à la Mondialisation conduisent à la mort de l’Idée Européenne , je publierai, à la rentrée « Mémoires de connard » aux éditions du Bout de la rue :

http://www.editionduboutdelarue.fr/

Juste un mot : « Un jour je mangerai du pain blanc », c’était l’histoire (de 1914 à 1938) des fermes pauvres mais heureuses et solidaires dans notre région, entre France et Belgique. On m’a dit qu’il n’y avait pas de méchants dans ce roman …ben non, y’en avait pas !  On y braconnait, on faisait la fraude à la frontière parce qu’on pensait d’abord à survivre et le reste du temps, on bossait comme des damnés …Dans « Mémoires de connard », il va y avoir des méchants !! C’est le revers de la médaille du « Pain blanc » en quelque sorte ! C’est notre bonne vieille mentalité rurale d’Avesnois ou d’ailleurs où l’on marrie filles et garçons pour regrouper des hectares et où on colle des hormones dans le cul des bœufs !!! Toujours 80 kg de « bonne barbaque » de vendue en plus !!!

Si vous préférez, c’est l’Evangile selon la FNSEA !! Je sens que je vais encore me faire plein de copains, tiens !!! Ce roman très noir sortira à la rentrée.

En ce moment, je travaille à la suite du « Pain blanc » qui est le premier d’une trilogie qui couvrira tout le XXème siècle ; cette première suite s’appelle « La valse du Grand Tournant ». Devrait aussi sortir, en 2010, mon roman sur l’effet de serre et la mort de la liberté qui s’appelle « 2064 » en hommage au 1984 de Monsieur Orwell, le papa de Bigbrother qui ne s’appelait pas encore Edwige !!

Et puis, y’a un petit jeune au RESEDA : Franck Pizzinato qui nous vient de Bretagne.

Ecoutons-le un instant quand je lui parle de regrouper les « écrivains » du RESEDA en une « école altermondialiste » : «pourquoi “école” ? L’école induit un « Maître »… et moi, j’ai plus à apprendre qu’à transmettre de mes concitoyens Mondiaux… si l’idée est de créer un groupe de véritable « tribuns » dans le sens de « Magistrats » du peuple ou plus exactement des Peuples…. Oui, oui, oui et, commençons tous par prôner le fait que sur Terre il n’existe qu’une « Race » d’êtres humains… et que ces humains n’ont qu’un devoir… celui d’assurer l’avenir de nos Enfants… Tous nos ENFANTS !!!
Ce mouvement ne dois pas chercher de « boucs émissaires » et les « sectes » en tous genres doivent être considérées pour ce qu’elles sont et non pas de se focaliser sur l’une ou l’autre à défaut d’avoir un autre adversaire… Ce mouvement ne doit faire d’aucun homme et d’aucune Femme une victime………. De plus et je n’en doute pas dans ta pensée ; il ne peut être que Laïque… acceptant toutes Religions, mais interdisant tous prosélytismes… faisant qu’une femme en burqa a tout autant le droit de s’exprimer qu’une prostituée bien vêtue…

Donc, ce mouvement se devra d’accepter toutes les vérités, y compris celles qui dérangent… »

Franck a publié « Sein Kampf » (« Son combat ») aux Editions Baudelaire.

Sein kampf Franck Pizzinatto

De quoi ça parle ? De ceci : « « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil et vous ne souffrez pas. ».Par cette phrase, le 1er décembre 1789, le Dr Joseph Guillotin présentait son instrument de mort.
Cet ouvrage ne fait pas tomber les têtes, il les redresse. Une révolution n’est pas une évolution. Elle ne résout rien, elle n’est que l’expression d’une exacerbation majoritaire.
Ce récit n’est autre que l’aboutissement de 10 000 ans d’esclavagisme.
Voici donc ce qu’il est advenu, de notre monde de capons. D’une société qui marchait sur la tête et à tâtons.
Entre Seth et Maât, il nous a mis échec et mat ».

Sein Kampf est en vente chez FNAC.com : http://livre.fnac.com/a2622075/Franck-Pizzinato-Sein-kampf

Pour la modique somme de 19 €

Hélène Lacheret, pour sa part, est à Nyons, dans la Drôme.

Elle a déjà publié, chez L’Harmattan, sous le pseudonyme de Maria Ivik : « Aide sociale à l’enfance, la redoutable sollicitude »

Aide sociale Maria Ivik  Hélène Lacheret

Chems, un enfant en grande souffrance, est confié au nom de la société, l’Aide Sociale à l’Enfance, à une famille d’accueil. A travers ce témoignage à la fois vivant, touchant, mais toujours mesuré, on a là, au plus près de l’humain, une illustration concrète de ce qu’est ce beau et “impossible” métier de famille d’accueil. Impossible car le service de placement a bien mis en garde. “Aimez cet enfant comme les vôtres mais ne vous y attachez pas”. Comment vit-on au quotidien cette injonction paradoxale ? Quel effet a-t-elle sur l’enfant, sur la famille qui l’accueille, sur sa propre famille, sur les membres de l’institution.

Chez L’Harmattan – Février 1998 – 270 pages – 20 €

Ce soir Hélène m’a écrit ce qui suit :

« En attendant, il existe des lieux de résistance, heureusement ! Merci d’animer avec tant de pugnacité et de constance le site du Hainaut, “rallié” au RESEDA. En hommage à ton travail, à cette région du Nord de la France si souvent meurtrie, je suis heureuse -et fière- d’offrir à tous les lecteurs de ce site le feuilleton de l’été : “Les récoltes du siècle futur…” une des dernières phrases de Germinal, épopée écrite par Emile Zola à qui je rends aussi hommage. Notre siècle manque d’une plume de cette envergure et de ce courage (attention, je n’ai pas prétendu l’être !!!).

Alors, beaucoup plus modestement, j’ai essayé d’imaginer ce que pourrait être la vie des descendants de la famille Maheu qui est au centre du récit de Zola, au siècle de la mondialisation capitaliste. En France, on n’envoie plus les enfants à la mine mais ailleurs ? En France, pourtant, le dogme économique dévore toujours la vie des “meurt-la-faim”.

Le feuilleton respecte la structure du roman-source : sept parties, comme autant de choix de civilisations potentiels. J’ai eu pitié des lecteurs pressés de notre époque, les chapitres sont plus courts. Je n’ai rien fermé, comme Zola l’avait fait : la suite reste à écrire. Mes personnages sont optimistes, je le suis moins, mais je ne désespère pas de l’humanité, malgré tout.

J’espère que ce feuilleton sera lu, commenté, critiqué et diffusé : si les lecteurs proposent des suites possibles, notre histoire peut devenir passionnante… »

A bientôt, donc, sur ce blog, pour notre feuilleton de l’été : « Les récoltes du siècle futur … » en sept épisodes, comme il se doit, par Hélène Lacheret !! Notre cadeau du 14 juillet !!

Guy Dutron 14 juillet 2009

Il y a 38 ans Louis Armstrong nous quittait.

juillet 6, 2009 at 9:42 | In Culture - Livres, Le coin des ziques qu'on aime bien | 3 Comments
Tags:

Il y a 38 ans Louis Armstrong nous quittait.

louis armstrong gif

Louis Armstrong est mort le 6 juillet 1971 : aussi connu sous les surnoms de Satchmo (pour satchel-mouth, littéralement bouche-sacoche) ou Pops, était un génie du jazz. Réputé, charismatique, innovant et possédant un talent musical exceptionnel, il a transformé le jazz. D’une musique régionale peu connue, il a fait un courant culturel populaire. Le musicien de jazz le plus célèbre du XXe siècle fut d’abord reconnu pour ses qualités de cornettiste puis de trompettiste avant de développer une carrière de chanteur : l’un des plus influents de son époque.

Né dans une famille pauvre de la Nouvelle Orléans, Louis Armstrong voit son enfance marquée par l’absence de son père. Il grandit dans un quartier difficile, il est plusieurs fois envoyé, en raison « d’actes de délinquance », dans un foyer pour enfants de couleur abandonnés : le Home for Colored Waifs. Il y fait un long séjour suite (selon les fichiers de la police) à un coup de feu tiré en l’air avec un pistolet, tout simplement pour fêter la nouvelle année. Il apprend à jouer du cornet à pistons dans l’orchestre de ce centre pour délinquants et achete son premier instrument avec de l’argent prêté par les Karnofsky, une famille juive d’origine russe.

Il écoute les vieux musiciens, apprend de Bunk Johnson, Buddy Petit et par dessus tout de  Joe « King » Oliver. Ce dernier sera son mentor et joue presque le rôle du père.

Un vieil enegistrement de 1923 : « Just Gone » par avec King Oliver et Louis Armstrong : 2’37

http://www.youtube.com/watch?v=efaTlg2XsTI

Autre enregistrement de 1923 avec Satchmo au second cornet

« Canal Street Blues » : 2’29” avec une excellente intervention de Johnny Dodds à la clarinette

http://www.youtube.com/watch?v=T2QEBshAQ68&feature=related

Quand Joe Oliver quitta la ville en 1919, Louis Armstrong prit sa place dans l’orchestre de Kid Ory, considéré cependant comme le meilleur orchestre de hot jazz de La Nouvelle-Orléans.

En 1922, Armstrong prend part à l’exode vers Chicago, où il est invité par Joe « King » Oliver à se joindre à son Créole Jazz Band.

Un enregistrement d’’Oliver au cornet, avec Louis Armstrong, second cornet, Baby Dodds, drums, Johnny Dodds, clarinette, Lil Hardin, au piano, Honore Dutrey au trombone et Bill Johnson, basse et banjo. Dippermouth Blues (Sugarfoot Stomp) 1923 2’55”

http://www.youtube.com/watch?v=J-HJI464CVs

Sa femme, la pianiste Lil Hardin Armstrong, lui conseille de chercher à travailler avec des artistes plus connus pour de lancer sa carrière. Il se sépare amicalement d’Oliver en 1924 et part pour New York pour jouer avec l’orchestre de Fletcher Henderson,

hot five smallLe “Hot Five” dans les années 20

Il revient à Chicago en 1925 et commença à enregistrer sous son propre nom avec les célèbres Hot Five et Hot Seven, des succès comme Potato Head Blues, Muggles (sur le sujet de la marijuana, pour laquelle Armstrong eut un penchant toute sa vie), West End Blues etc. Ces morceaux seront une nouvelle référence dans le domaine du jazz pour de nombreuses années.

Louis Armstrong Hot Five – Potato Head Blues avec Louis au Cornet –Johnny Dodds Clarinette – Johnny Saint Cyr au banjo – Lil Hardin Armstrong au piano et Kid Ory au trombone

http://www.youtube.com/watch?v=EfGZB78R7uw

Ecoutez l’intro de Louis sur cet original de « West End Blues » malheureusement tronqué : le trombone de Kid Ory « est » le blues et Johnny Dodds exprime toute sa nostalgie dans les graves de sa clarinette

http://www.youtube.com/watch?v=KBGZ934–AQ

Le « Wild Man Blues » enregistré par le Hot Seven en 1927. Une composition de Louis Armstrong et jelly Roll Morton !

Un extraordinaire solo d’Armstrong dont nous reparlerons en fin d’article. Peut-être le plus grand solo de trompette de l’histoire du jazz. Citons ces brillants sujets : Louis Armstrong – cornet

John Thomas – trombone

Johnny Dodds – clarinet

Lil Hardin-Armstrong – piano

Johnny St. Cyr – guitar, banjo

Pete Briggs – tuba – Baby Dodds – drums

http://www.youtube.com/watch?v=QdLQkNhTkQQ

L’introduction d’Armstrong à la trompette dans West End Blues et le solo de Wild Man Blues restent parmi les plus célèbres improvisations de l’histoire du jazz.

Pendant les trente années qui suivirent, Louis Armstrong a joué en moyenne plus de 300 concerts par an. Au cours des années 1940, les réservations pour les orchestres ont progressivement diminué à cause des changements de goût du public : les salles de bal se sont fermées, et la concurrence de la télévision et des autres genres de musique qui sont devenues plus populaires que la musique d’orchestre se sont faites de plus en plus fortes. Il est devenu impossible de soutenir et de financer un orchestre de tournée de 16 musiciens.

Vers 1950, Louis Armstrong réduit son groupe à six membres, revenant  au style Dixieland qui l’avait rendu célèbre à ses débuts. Ce groupe compta des musiciens tels que Barney Bigard, Jack Teagarden, Trummy Young, Arvell Shaw, Marty Napoleon, Big Sid Catlett ou Barrett Deems. En 1964, il enregistre son titre le plus célèbre et le plus vendu : Hello, Dolly : 2’29’’

http://www.youtube.com/watch?v=kmfeKUNDDYs

Louis Armstrong continua ses tournées sur un rythme déchaîné et ne s’arrête que quelques années avant sa mort.

Dans ses dernières années, il jouait l’un de ses nombreux concerts par cœur, mais, soudain, il enflammait le concert le plus mondain de son jeu vigoureux, souvent à l’étonnement de son propre groupe.

Il donne des tournées à succès en Afrique, en Europe et en Asie avec le soutien du Département d’État américain et il est surnommé « Ambassador Satch ». Malgré une santé devenue fragile durant les dernières années de sa vie, il continue à jouer jusqu’à sa mort.

Louis Armstrong meurt d’une attaque en 1971 à l’âge de 69 ans. Il est enterré au Flushing Cemetery, à Flushing dans l’État de New York.

Deux anecdotes pour situer le talent et l’aura du bonhomme : dans les années 50, Roy Eldridge, vedette mondiale essaya de rejouer à l’identique le célèbre solo de Louis dans le Wild Man Blues ; après une dizaine de prises de son, Eldridge dut renoncer et se contenter de paraphraser.

Dans les années 60-70, alors que l’on interrogeait Miles Davis sur Satchmo, Miles déclara : «  Vous pouvez sortir n’importe quel son d’une trompette, Louis l’a joué avant vous » !

Terminons ce petit hommage par un classique de sa ville natale : L’Enterrement à la Nouvelle Orléans : « Ho, did’n’t he ramble » !! On commence par une marche funèbre pour aller au cimetière et, au retour …la vie continue

http://www.youtube.com/watch?v=0yueotDgmgw

Tu vadrouilles toujours, Louis !! Pour tes amis, par ta musique !

Avec tes copains, partis aussi, comme Jelly Roll Morton et Sydney Bechet : un enregistrement des New Orleans Jazzmen en 1939. Ils vadrouillent, ils vadrouillent …..

La même « Marche Funèbre de W.C Handy :

http://www.youtube.com/watch?v=FEX2z-ZGMUw&feature=related

Il y a 90 ans Le Traité de Versailles

juillet 5, 2009 at 12:50 | In Altermondialisme, Culture - Livres, Economie, Mémoire et histoire, Politique | 1 Comment
Tags:

Il y a 90 ans Le Traité de Versailles

Préparé au cours de la conférence de Paris, le traité est signé le 28 juin 1919 entre l’Allemagne et les Alliés de la Première Guerre mondiale dans la galerie des Glaces du château de Versailles. Il sera promulgué le 10 janvier 1920. Ce traité contient les prémices de la création de la Société des Nations (SDN) , l’ancêtre de l’ONU. Il fixe les sanctions prises contre l’Allemagne. L’Allemagne, qui n’était pas représentée au cours de la conférence, se voit privée de ses colonies et d’une partie de ses droits militaires, diminuée de certains territoires et astreinte à de lourdes réparations économiques.

Des conditions particulières de « négociation » :

On invite des représentants du monde entier à la conférence de paix mais aucun responsable des États vaincus et de la Russie, qui avait quitté la guerre en 1917. Des personnalités y ont une influence déterminante : Lloyd George, Premier ministre britannique Vittorio Orlando, président du Conseil italien, Georges Clemenceau, son homologue français et Woodrow Wilson le président des États-Unis.

Georges_Clemenceau_1

David_Lloyd_George

Georges Clemenceau et David  Lloyd George

492px-President_Woodrow_Wilson_portrait_December_2_1912

Le Président Woodrow Wilson en 1912

Chaque représentant est libre de travailler à la rédaction du traité, mais les positions divergent. Le président américain veut mettre en place sa nouvelle politique internationale dont il a exposé les principes directeurs dans ses « Quatorze points ». Pour lui, la nouvelle diplomatie doit être fondée sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et sur la collaboration entre États. Il dispose d’un grand prestige et d’un poids politique considérable car ses troupes ont abondamment contribué à la victoire finale des alliés. Il veut ménager l’Allemagne pour éviter la naissance d’un esprit revanchard. Les anglais veulent aussi à laisser une certaine puissance à l’Allemagne, l’Angleterre ne mettant jamais tous ses œufs dans le même panier !!Fidèles à leur théorie d’équilibre entre les puissances, ils tiennent à empêcher la France d’avoir une position hégémonique en Europe continentale. Clemenceau, au contraire, tient essentiellement à imposer de lourdes indemnités pour limiter la puissance économique et politique de l’Allemagne, et pour financer la reconstruction de la France.


Un compromis boiteux

Les compromis trouvés à Versailles ne pouvaient  satisfaire personne.

– Trois critiques majeures :

1)  – De cette paix imposée de fait aux conditions de Clémenceau grandira une nouvelle haine en Allemagne humiliée et fera plus tard le lit d’Hitler.

2)  – Le traité de Versailles ne prévoit aucune rénovation économique ni même une voie à suivre  pour l’Europe.

3) – Le traité donnera naissance à une SDN boiteuse dès l’origine

I : L’Allemagne humiliée :

Les principales transformations territoriales imposées à l’Allemagne sont :

  • la récupération par la France de l’Alsace-Lorraine (art. 27) ;
  • l’intégration à la Belgique des cantons d’Eupen et de Malmedy, dont la Vennbahn (art. 27) ;
  • la possibilité pour le Danemark de récupérer certains territoires du Nord de l’Allemagne où se trouvent des populations danoises. La décision doit être soumise à un vote de la population locale. (art. 109 à 111). Le référendum est mené en 1920. Les villes d’Aabenraa, Sønderborg et Tønder, et leurs environs passent au Danemark
  • Le Territoire du Bassin de la Sarre est placée sous administration internationale pour 15 ans. Son statut définitif doit être soumis à référendum.
  • D’importants territoires qui se trouvaient dans l’est de l’Allemagne sont attribués au nouvel État polonais (art.28). Dans certaines régions, le statut définitif n’est pas décidé. Il doit être déterminé par une commission ou par un référendum dans la zone concernée (art 87 à 93). Dantzig (Gdansk) devient une ville libre, ce qui garantit l’accès de la Pologne à la mer mais a aussi pour effet de séparer la Prusse orientale, restée allemande, du reste de l’Allemagne.

Les clauses militaires forment la cinquième partie du traité :

  • L’Allemagne doit livrer 5 000 canons, 25 000 avions, ses quelques blindés et toute sa flotte (qui se sabordera dans la baie écossaise de Scapa Flow).
  • Son réarmement est strictement limité. Elle n’a plus droit aux chars, à l’artillerie et à l’aviation militaire.
  • Son armée sera limitée à un effectif de 100 000 hommes et le service militaire aboli.
  • La rive gauche du Rhin, ( plus Coblence, Mayence et Cologne) , est démilitarisée

Des dispositions économiques et financières draconiennes :

  • Suite aux dommages de guerre causés pendant toute la durée de la guerre dans le Nord de la France et en Belgique, l’Allemagne – considérée comme seule responsable de la guerre -, devra payer de fortes réparations à ces deux pays. Le montant à payer est fixé par une commission en 1921. Il s’élève à 132 milliards de marks-or, une somme très élevée. Le montant total des dommages causés par la guerre aux alliés était  estimé à 150 milliards de marks-or.
  • Des sanctions commerciales et des livraisons en nature complètent ce plan économique : l’Allemagne perd la propriété de tous ses brevets (l’aspirine de Bayer tombe dans le domaine public). Les fleuves Rhin, Oder et Elbe sont internationalisés. L’Allemagne doit accepter les marchandises en provenance d’Alsace-Lorraine et de Posnanie sans droits de douane.

Enfin, l’Allemagne doit renoncer à son empire colonial :

Les puissances coloniales riveraines des possessions allemandes en Afrique (Grande-Bretagne, France, Belgique et Union sud-africaine) se partageront ces dépouilles !

-         le Cameroun, l’Afrique-Orientale allemande (actuels Tanzanie, Rwanda et Burundi) et le Sud-ouest africain (actuelle Namibie). Cette dernière colonie allemande avait déjà été conquise militairement en 1914-1915 par l’Union sud-africaine, qui la recevra en mandat par la SDN en 1920.

-         L’Allemagne devra également renoncer à ses intérêts commerciaux (ses comptoirs et ses conventions douanières) de par le monde (Chine, Siam (Actuel Cambodge), Maroc, Égypte, Turquie …….

II Aucune organisation européenne :

Comment en aurait-il été autrement puisque France et Angleterre s’opposent sur le fond et que les Etats-Unis ont déjà une vision mondiale de leur rôle.

III Naissance d’une SDN boiteuse et de ressentiments :

Ce traité étant par trop éloigné du « rêve américain » de Woodrow Wilson, le Sénat des États-Unis refuse de le ratifier et empêche, de fait, les États-Unis d’entrer à la Société des Nations, ce qui immédiatement réduit la portée de l’organisation.

Ce vote aura une autre conséquence : en 1939, rien n’obligera les Etats-Unis de se joindre aux alliés contre Hitler ; il faudra Pearl Harbour (1941) pour que les U.S.A changent de position.

Le ressentiment sera particulièrement puissant en Italie. On y parle de « victoire mutilée » ;  les Alliés ne respectent pas les promesses faites durant le conflit portant attribution des provinces d’Istrie, de  Dalmatie et du Trentin.

Les fascistes italiens  exploiteront plus tard cette trahison et y trouveront un terrain propice à leur délire  nationaliste et agressif.

Ainsi donc, on peut dire que ce traité de Versailles, grande victoire française…et présentée comme telle à l’époque, contenait en germe des ferments d’un nouveau déséquilibre mondial et le terreau des fascismes Allemands et Italiens. Les forces du capitalisme allemand surent d’ailleurs fort bien exploiter les dispositions de ce traité car, par exemple, si les « réparations » étaient fortes, elles ne représentaient que 7 % du PNB annuel allemand (Produit National Brut) de l’époque

Pourtant un grand économiste, John Maynard Keynes, écrira un livre en 1919, peut-être partiellement intoxiqué par le patronat allemand : “Les Conséquences économiques de la paix”.

Keynes livre Conséquences économiques de la PaixConséquences économiques de la Paix – J.M. Keynes – 1919

Si les conséquences politiques que tire Keynes de l’exclusion de l’Allemagne et de la Russie du concert des nations sont exactes, son estimation des conséquences économiques est certainement surévaluée.

Enfin, il est intéressant se savoir que l’original du traité a disparu à la suite de son enlèvement des archives du ministère des affaires étrangères sur ordre d’Hitler.

Europe en 1923-L’Europe en 1923

Le coin des poèmes qu’on y tient : *_« ? »_*

juin 24, 2009 at 3:48 | In Culture - Livres, Le coin des poèmes qu'on y tient | 1 Comment
Tags:

Le coin des poèmes qu’on y tient : *_« ? »_*

Allez savoir pourquoi,

Des fois, des fois, des fois…..

Ce texte m’a fait penser à Rimbaud !!

Arthur si jeune si beau

L’ami voisin de Charleville sur Meuse,

Pas plus sérieux qu’elle n’est sérieuse

La Meuse

Qui recouvre Bogny sur Meuse,

Quand il avait dix sept ans

Sous des tilleuls de cent ans

Pas celui de l’Horreur d’Harrar,

du kif, du fric … pétards !

Arthur qui nous la bayait belle

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles

En couleur mes belles !

Rentrez dedans

Sauf le blanc !

G.D

*_« ? »_*

Une commune habilitée

Un comme une, habiletés

Un comme une, es qualité

Une commune catéchisée

Un comme une, câblés, listés

Un comme une, amis limités

Une commune inhabitée

Un comme une, cas d’exilés

Une commune, calamité

Un comme une, calaminés

Un comme une, habits limés

Une commune disqualifiée

Une commune karchérisée

Un comme une, critiqués

*Hein ?!*

*Inconnu ?!*

*Inconnu Kabyle ?!*

*Incommunicabilité !!*

Bernard Sabathé

50 ans plus tard Hommage à Boris Vian

juin 22, 2009 at 10:00 | In Culture - Livres, Le coin des bons bouquins, Le coin des ziques qu'on aime bien | 5 Comments
Tags:

50 ans plus tard Hommage à Boris Vian

BorisVian trompette 1958

A la trompinette en 1958

Boris Vian est né en 1920 et a tiré sa révérence le 23 juin 1959. Il était  écrivain, ingénieur de l’École centrale,  poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz..Il était trompettiste et, se sachant cardiaque, il s’était fait fabriquer ce qu’il appelait sa « trompinette »:

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Boris+vian+Jazz/video/xtqsp_vian-a-st-germain-des-pres_music

Dans le plus pur style du Blues, Vian écrit pour Henri Salvador :  Blouse (merci Gnafron) de Dentiste !

Ici par Salvador et Benabar

http://www.dailymotion.com/relevance/search/Henri+Salvador+Le+blues+du+Dentiste/video/xlrxv_salvador-benabarblues-du-dentiste_music

Il a aussi publié sous les pseudonymes de Vernon Sullivan, de Bison Ravi, de Baron Visi ou de Brisavion (anagrammes de son nom).

Il a écrit onze romans, quatre recueils de poèmes, plusieurs pièces de théâtre, des nouvelles, de nombreuses chroniques musicales dans le magazine Jazz Hot.  Boris a écrit également des scénarios de films, des centaines de chansons (notamment pour Serge Reggiani et Juliette Gréco), Un humour qui décoiffe et une verve typique de ce défenseur de la Pataphysique !!

Camus et Vian au Caveau de la HuchetteCamus et Vian au Caveau de la Huchette

Sous son propre nom, il a écrit des romans fantastiques, poétiques et burlesques, les plus connus :  L’Écume des jours et L’Automne à Pékin ; autres romans : L’Arrache-cœur, L’Herbe rouge……

Il est également auteur de pièces de théâtre, de nouvelles (L’Oie bleue, La Brume, Les Fourmis, …) de chansons.

Sa chanson la plus célèbre (parmi les 461 qu’il a écrites) est Le Déserteur, chanson antimilitariste écrite à la fin de la guerre d’Indochine – février 1954 – et juste avant la guerre d’Algérie. Cette chanson sera interdite sur les ondes dans sa version d’origine en raison du couplet final jugé litigieux par les censeurs de l’époque.

Deux chansons de Boris

Le Déserteur par Boris Vian : 3’30

http://www.youtube.com/watch?v=gjndTXyk3mw

Serge Reggiani – La Java des Bombes Atomiques

http://www.youtube.com/watch?v=OENitBt0V1I

Un CD Album que nous vous conseillons pour connaître Boris Jazz Man :

Boris Vian « Jazz et Trompinette : 12,65 € chez Fnac.com

Vian Jazz et Trompinette

http://musique.fnac.com/a1916606/Boris-Vian-Jazz-et-trompinette-CD-album

Ecoutons, pour finir trois des morceaux les plus célèbres joués par Boris Vian et sa Trompinette :

- Le Muskrat Ramble – composition du Créole de New Orléans William « Kid » Ory , membre du premier Hot Five de Louis Armstrong – Joué ici par un vieil ami du Nord : Benny Vasseur (au trombone) avec le Louisiana Jazz Band d’Alain Meaume, ici au sax soprano.

http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=bF5ZwriEWJA

- Jazz me Blues : joué ici par ses créateurs ; le célèbre ODJB ,  l’Original Dixieland Jazz Band de Nick LaRocca : Larry Shields (clarinette), Eddie Edwards (trombone), Henry Ragas (piano), Tony Sbarbaro (drums) e Nick LaRocca (cornet). Un enregistrement de 1921

http://www.youtube.com/watch?v=FH8kH-EH3-I

-         Par un autre membre du Hot Five, l’extraordinaire Johny Dodds à la clarinette : « After you’ve gone » ; un disque Brunswick des années 20

Dans cet enregistrement, au piano : Lil Hardin – Armstrong la première épouse d’Armstrong

http://www.youtube.com/watch?gl=FR&hl=fr&v=5ajRFcNAAd4&feature=related

Salut les artistes !

Conseils d’Amérique en souvenir de Thomas Jefferson

avril 21, 2009 at 1:18 | In Culture - Livres, Economie, Politique | Leave a Comment

Conseils d’Amérique en souvenir de Thomas Jefferson

Il y a fort longtemps, un homme avait déjà compris beacoup de choses ; il s’appelait Thomas jefferson.

Originaire de Virginie, philosophe et érudit, il symbolise l’homme américain démocrate et tolérant. Il est à l’origine de la déclaration établissant la liberté religieuse en Virginie en 1776.

Il est considéré comme l’auteur de la déclaration d’indépendance de 1776 et comme le fondateur du Parti Républicain-démocrate.

Ambassadeur à Paris de 1785 à 1789, il exprime sa sympathie à l’égard de la Révolution Française.

Ministre des affaires étrangères de Georges Washington, il sera vice-Président de John Adams ; il devient Président des Etats-Unis de 1801 à 1808.

Il négociera notamment l’achat de la Louisiane auprès de Napoléon Ier pour 80 millions de francs de l’époque.

C’est ainsi grâce à lui que nos cousins Cajun et le Jazz, sont nés américains !!

Mais Jefferson avait aussi compris l’économie !!

En 1802, il écrit au Secrétaire au Trésor Albert Gallatin :

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le Peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques, priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise. »

Une déclaration prémonitoire !!

declaration-de-thomas-jefferson

Guy Dutron 21 avril 2009

Benoît XVI le sida Williamson Le Brésil, On fait Fort, ça suffit !!

mars 28, 2009 at 4:09 | In Citoyenneté, Culture - Livres, Politique | Leave a Comment
Tags: , ,

Benoît XVI le sida Williamson Le Brésil, On fait Fort, ça suffit !!

Si l’Esprit-Saint soufflait sur le Conclave au cours duquel on élut ce pape en lui tâtant les couilles, il a charrié, le Zombie cul-béni !!

Le scandale Williamson, la polémique avec la religion musulmane qui serait de fait sujette à bien des violences, l’excommunication d’une mère et d’une équipe médicale suite à l’avortement d’une petite file de 9 ans qui avait été violée par son beau-père, sans condamnation aucune de celui-ci d’ailleurs et maintenant, des conneries successives

sur le préservatif……..Ha, on est gâtés par les gâteux.singe-clin-doeil

Les mêmes qui acceptaient le sida comme une punition de Dieu contre le laxisme moral remontent au créneau la bannière à la main, la soutane au vent et la quéquette à la main.

L’obsession de Pétain qui était de considérer la défaite de 40 comme celle d’une décadence française, comme le résultat de la Gauche, nous revient en force.

Ce n’est pas un hasard, c’est organisé ! Ce n’est pas possible autrement ! Y’a de l’Opus Dei là dessous ! C’est l’incurie Romaine, non de Dieu ! On se tue à vous le dire !!

http://dutron.wordpress.com/2008/10/10/benoit-xvi-veut-beatifier-pie-xii-une-inquietante-derive-de-l%E2%80%99eglise-catholique-officielle-se-poursuit/

http://dutron.wordpress.com/2008/10/10/benoit-xvi-veut-beatifier-pie-xii-une-inquietante-derive-de-l%E2%80%99eglise-catholique-officielle-se-poursuit/

Les positions débiles de ce vieux pape nourri aux mamelles des Jeunesses Hitlériennes, complètement déconnecté des réalités de ce monde sont un désastre.

http://dutron.wordpress.com/2009/03/18/preservatif-et-autres-conneries-il-va-pas-fermer-sa-gueule-ratzinger/

Elles encouragent les plus réactionnaires de la hiérarchie à en remettre une couche alors qu’ils en tiennent déjà une belle !!

Qu’est ce qu’ils tiennent !! A moi, Brassens, putain de moine !!clin-doeil

Cette fois, c’est le sieur André Fort qui s’y colle. Personne ne le connaissait mais il est évêque d’Orléans, le bougre ….Orléans, la Pucelle …tout un symbole !!

Et, en plus, ce Fort (en gueule) aura 69 ans cet automne …Comment peut-on être évêque et franchir le chiffre 69 ??? Allez, à confesse, Papy !! Et enlève les mains des poches de ta soutane, le pitre en mitre.

chat-suffit-comme-chat

« Vous le savez très bien, tous les scientifiques le savent, la taille du virus du sida est infiniment plus fine que celle d’un spermatozoïde. La preuve est faite que le préservatif n’est pas une garantie à 100% contre le sida. » A-t-il osé déclarer !! Qu’est-ce qu’il en sait, d’abord le vieux poseur d’œillères ?

Mais ce n’est pas tout !! Il semble que la bonne ville d’Orléans soit marquée par le destin !

Félix Antoine Philibert Dupanloup, vous connaissez, bien sûr !! Il fut évêque d’Orléans en 1849 ….On connaît la chanson !!

Ha bon ? Vous ne connaissez pas cette belle chanson paillarde qui narre les aventures du « Père Dupanloup » qui monte, notamment, en ballon !!!

Attention …éloignez les gosses avant