Il y a deux mois, Denis Cacheux tirait sa révérence.
mai 12, 2008 at 3:21 | In Le coin des poèmes qu'on y tient | 1 CommentTags: Denis Cacheux tirait sa révérence., Il y a deux mois
Il y a deux mois, Denis Cacheux
tirait sa révérence.
C’est durant cette nuit, il y a deux mois, que Denis s’est jeté dans la Mer du Nord; il fut retrouvé sur la plage de Gravelinnes, le matin du 11 mars 2008.
Deux mois plus tard, c’est dans la même nuit que j’ai voulu lui rendre hommage.
Comme l’on dit certains, « il n’a pas supporté la dureté du monde ».
Ils sont ainsi foutus, les poètes, comme je l’ai écrit en hommage à Aimé Césaire : « Les poètes sont souvent gens déchirés entre ce dont ils rêvent et ce qu’ils vivent et voient ; elle est là, la déchirure des poètes ».
Moi, je préfère penser qu’il a choisi de rejoindre Francis Albert Victor Delbarre dit Raoul de Godewarsvelde pour une fiesta d’enfer.
Tout a été dit après le départ de Denis, nous n’en rajouterons donc pas. Si nous n’avons pas réagi plus tôt sur ce blog, c’est que nous étions en campagne municipale et que la récupération n’est pas notre fort.
Nous ne dirons donc pas : « ce cher Denis » ni « mon ami Denis » … pourtant Denis nous était cher et nous nous sentions ses amis ; j’ai l’impression qu’il suffisait de l’avoir rencontré une fois pour se sentir son ami.
C’est que tu étais un symbole, Denis !
- Toi, le fils du bâtonnier de l’ordre des avocats d’Avesnes sur Helpe, tu te fis chanteur des rues ! Tu le fis si bien que tu devins l’ambassadeur de la Commune Libre du Vieux Montmartre.
- Symbole, encore lorsqu’un flic zélé (Ho, le beau pléonasme !) te confisqua ton accordéon un soir d’Août 1997 pour « tapage nocturne » !! Le jour où les cons voleront, j’en connais un qui sera chef d’escadrille !!
- Symbole, toujours, lorsque tu revenais dans notre Avesnois, ton Avesnois natal, pas toujours « progressiste » nous chanter Bruant, les chants de la Commune ou ceux de l’anar Jules Jouy.
Je crois n’avoir pas manqué beaucoup de ces rendez-vous que tu nous donnais mais il en est un qui restera à jamais gravé dans mon cœur.
Cela se passait à Solrinnes ; à Sourènes comme disait son mayeur de l’époque. Tu nous avais enchantés avec Anne et, en fin de soirée, comme au cabaret, tu as permis quelques petits débordements.
C’est ainsi que, moi qui adore chanter, j’ai pu chanter avec toi certaines de tes chansons. Nous avons commencé par « A Montmertre » de Bruant : « Malgré que je soye un roturier … l’dernier des fils d’un Poirier, d’la rue Berthe ». Merci Denis, roturier je suis et roturier je reste.
Et nous avons fini par un cadeau dont tu n’imaginais pas la valeur pour moi.
Nous avons chanté ensemble La Chanson de Craonne ; le chant des mutins de 1917 que me chantait mon grand-père :
« Adieu la vie, adieu l’amour, adieu toutes les femmes,
C’est bien fini, c’est pour toujours, de cette guerre infâme ! »
Quand tu étirais le soufflet de ton accordéon, il en sortait ce soir là toute la misère du monde. J’ai eu bien du mal à finir notre interprétation ce fameux soir car l’émotion de la chanson et ta musique me donnaient envie de chialer.
Depuis deux mois que t’es parti, Denis, il ne s’est pas passé un jour où je n’ai pensé à toi ; donc t’es pas mort Denis car on ne meurt pas aussi longtemps que l’on demeure dans le souvenir de ceux qui vous ont apprécié, aimé.
Et puis, j’ai publié mon premier bouquin, à peu près quand tu partais et le Premier Mai, j’étais au Salon du Livre d’Arras …Espace Denis Cacheux … Tu parles d’une émotion !!!
Et, comme chez nous, dans notre terre musicienne du Nord, encore plus qu’ailleurs, tout doit finir par des chansons et parce que je veux lui dire aussi que je pense à elle, je veux offrir aux lecteurs de ce blog une chanson qu’Anne chanta ce soir là, à Solrinnes, avec un cœur « gros comme ça » !! Une chanson de Bruant …évidemment.
Ecoute, vieux camarade, écoute, Anne chante ….Elle chante les Loupiots du monde entier !!
Salut à toi, Denis. Envoyez la musique !!
Guy Dutron
nuit du 10 au 11 mai 2008
Les Loupiots (Aristide Bruant)
C’est les petits des grandes villes,
Les petits aux culs mal lavés,
Contingents des guerres civiles
Qui poussent entre les pavés.
Sans gâteaux, sans joujoux, sans fringues,
Et quelquefois sans pantalons,
Ils vont dans les vieilles redingues
Qui leur tombent sur les talons.
Ils traînent, dans des philosophes,
Leurs petits pieds endoloris,
Serrés dans de vagues étoffes…
Chaussettes russes de Paris !
Ils se réchauffent dans les bouges
Noircis par des quinquets fumeux,
Avec des bandits et des gouges
Qui furent des loupiots comme eux.
Ils naissent au fond des impasses,
Et dorment dans les lits communs
Où les daronnes font des passes
Avec les autres et les uns…
Mais ces chérubins faméliques,
Qui vivent avec ces damnés
Ont de longs regards angéliques,
Dans leurs grandes châsses étonnées.
Et, quand ils meurent dans ces fanges,
Ils vont, tout droit, au paradis,
Car ces petits-là sont les anges
Des ruelles et des taudis.
C’est les petits des grandes villes
Les petits aux culs mal lavés,
Contingents des guerres civiles
Qui poussent entre les pavés.
Un commentaire »
Flux RSS des commentaires de cet article. URI de Trackback
Laisser un commentaire
Publié sur WordPress. | Theme: Pool by Borja Fernandez.
Entries and comments feeds.


Je viens à l’instant de tomber sur votre message “d’amour” en hommage à mon père…merci pour votre sincérité…de partager vos quelques souvenirs…effectivement lorsque vous parlez de la chanson de craone…ça me fait chialer…c’est très dur… mais merci de vous “dévoiler” de cette façon très pudique et vraie à la fois. j’en suis très touchée.
Merci
une de ses filles aînées.
Commentaire par ode — juin 12, 2008 #