HOMMAGE A AIME CESAIRE

avril 18, 2008 at 1:40 | In Mémoire et histoire | Leave a Comment
Tags:

Photo de Césaire, plume rouge et encrier noir en hommage au vieux lion et à son oeuvre

Hommage à Aimé Césaire

Le vieux lion nous a quittés ; Il est parti rejoindre son ami Léopold Sedar Senghor au paradis des poètes ; un paradis, non pas en noir et blanc mais illuminé de la luxuriance de la flore antillaise ; là où leurs petits atomes vont pouvoir faire « une java d’enfer » comme le disait Boris Vian au son de rythmes afro-antillais ; collé-serré, bien sûr ; entre biguine et Zouk !

Il va retrouver aussi l’un de ses fils spirituels : Franz Fanon (parti aux fleurs en 1961) dont il faut relire « Les damnés de la Terre » préfacé par Sartre et interdit en son temps par nos sabreurs colonialistes. Mais, relisez aussi “Peaux noires – Masques blancs” !

Il y retrouvera certainement aussi Toussaint Louverture ; petit fils de Gaou-Guinou, né au Dahomey (actuel Bénin), issu d’une famille royale d’Allada. Déporté à Saint-Domingue, fils d’Hippolyte Gaou qui fut vendu comme esclave au gérant de l’habitation du Comte de Bréda, dans la province du Nord, près du Cap-Français.

Les poètes sont souvent gens déchirés entre ce dont ils rêvent et ce qu’ils vivent et voient ; elle est là, la déchirure des poètes mais le « vieux » aura su gérer sa déchirure ; cette déchirure qui est aussi leur moteur à eux qui font avancer le monde et l’HUMANITE.

Que dire de plus que ce que la presse unanime a déjà dit ?

Que l’ancien Maire de Fort de France fut l’inventeur du concept de négritude, qu’il rompit avec le PC sur le Stalinisme pour créer le Parti Populaire Martiniquais ;

Qu’en 1945, Aimé Césaire, est élu maire de Fort de France. Dans la foulée, il est également élu député, mandat qu’il conservera sans interruption jusqu’en 1993. Son mandat, compte tenu de la situation économique et sociale d’une Martinique exsangue après des années de blocus et l’effondrement de l’industrie sucrière, est d’obtenir la départementalisation de la Martinique en 1946.

Qu’il s’agit là d’une revendication qui remonte aux dernières années du XIXe siècle et qui avait pris corps en 1935, année du tricentenaire du rattachement de la Martinique à la France par Belain d’Esnambuc. Peu comprise par de nombreux mouvements de gauche en Martinique déjà proches de l’indépendantisme, à contre-courant des mouvements de libération survenant déjà en Indochine, en Inde ou au Maghreb, cette mesure vise, selon Césaire, à lutter contre l’emprise béké sur la politique martiniquaise, son clientélisme, sa corruption et le conservatisme structurel qui s’y attache. C’est, selon Césaire, par mesure d’assainissement, de modernisation, et pour permettre le développement économique et social de la Martinique, que le jeune député prend cette décision.

Que la politique culturelle d’Aimé Césaire est incarnée par la création du Service Municipal d’Action Culturelle (SERMAC), qui par le biais d’ateliers d’arts populaires (danse, artisanat, musique) et du prestigieux Festival de Fort-de-France, met en avant des parts jusqu’alors méprisées de la culture martiniquaise.

Que son “discours sur le colonialisme” fut pour la première fois au programme du baccalauréat français en 1998.

Des obsèques nationales lui seront rendues dimanche 20 avril 2008 à Fort-de-France.

Des voix s’élèvent pour qu’il entre au Panthéon ; il y retrouverait Victor Schœlcher et ce serait bien.

Mais le mieux serait encore de relire Césaire :

Poésie :

  • Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence africaine
  • Les armes miraculeuses; Paris, Gallimard, 1970)
  • Soleil cou coupé (Paris, Editions K., 1948)
  • Corps perdu (gravures de Picasso), Paris, Editions Fragrance, (1950)
  • Ferrements, Paris, Seuil, (1960; 1991)
  • Cadastre, Paris, Seuil, (1961)
  • Moi, laminaire, Paris, Seuil, (1982)
  • La Poésie, Paris, Seuil, (1994)

Essais :

Il faudrait aussi parler de son théâtre et de ses nombreux entretiens publiés.

Si vous ne deviez lire que deux livres (parce qu’un seul n’est pas assez) , lisez donc “Cahier d’un retour au pays natal” et “Discours sur le colonialisme” ; nous citons :

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viet Nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. [...] »

Nous assurons le Peuple Martiniquais de notre amitié fraternelle.

Guy Dutron 18 04 2008

Pas encore de commentaires »

Flux RSS des commentaires de cet article. URI de Trackback

Laisser un commentaire

XHTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Publié sur WordPress. | Theme: Pool by Borja Fernandez.
Entries and comments feeds.