Crise Financière internationale : Le Pire est devant nous !
mars 30, 2008 at 12:55 | In Economie | Leave a CommentTags: Crise Financière internationale : Le Pire est devant n
Crise Financière internationale : Le Pire est devant nous !
« A ceux qui espèrent que le fort rebond intervenu mardi sur les places européennes est le signe du début de la fin de la crise financière, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a répondu ce mercredi lors d’une intervention devant le Parlement européen de Bruxelles : « je ne dirais pas que le pire est derrière nous ». Il s’agit à ses yeux d’un « processus en cours », qui s’accompagne de « corrections des marchés très importantes ».
Il va dans le même sens que les experts de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs selon lesquels la crise du « subprime » est loin d’être terminée. Ses économistes disent en effet, dans une note, qu’ils s’attendent à ce que les pertes totales de crédit découlant de la tempête financière et boursière qui a commencé cet été atteignent dans le monde les 1.200 milliards de dollars.
Ils estiment que près de 40% de cette somme soit 460 milliards de dollars, va toucher les firmes de Wall Street, banques, courtiers, hedge funds… Le problème, c’est que selon Goldman Sachs, « seulement » 120 milliards de dollars environ de dépréciations ont été à ce jour annoncées par ces établissements financiers américains depuis le début de la crise. Ce qui signifie que le pire est peut-être encore à venir ». In La Tribune.fr – 26/03/08 à 11:53
Tous les spécialistes du capitalisme, tous ses serviteurs, sont d’accord : les experts de Goldman Sachs, Jean-Claude Trichet, Jacques Attali …
La crise des « subprime » devrait coûter entre 450 et 500 milliards de dollars aux seuls Etats-Unis or, seuls 120 de ces milliards sont tombés à ce jour et on voit déjà les dégâts !! Ils ne représentent qu’un petit quart du total des pertes subies du fait de cette spéculation effrénée où le panurgisme le dispute à la frénésie du gain activée par des banques où des dirigeants payés à la commission mais jamais pénalisés sur leurs propres revenus, (comme l’a noté Stieglitz) jouent au Monopoly avec l’argent des autres.
D’autres notes vont être présentées et elles seront lourdes.
Pourquoi pas un Euro à deux dollars ??
Depuis un quart de siècle, notre planète, notre continent, notre pays, nos quartiers et nos villages, tous les aspects de notre vie, sont dominés par la logique d’une accumulation financière globalisée ; cette accumulation a aujourd’hui un visage, celui d’un oligopole de grandes organisations financières internationales (empruntant différentes formes juridiques, telles que banques, fonds d’investissement, assurances, etc., qui s’imbriquent les unes les autres) : celles-ci réalisent plus de 93% des transactions internationales, quand les échanges de biens et de services n’en représentent qu’un peu moins de 3%.
Le standard international est une rentabilité financière sur fonds propres de 15%, alors même que la croissance de l’économie mondiale est de l’ordre de 4%, et de 2% en Europe. Sous ce règne de la finance globalisée, il n’y a plus d’entreprises, grandes ou petites, que de nom : toutes ne sont plus que des segments d’une division mondiale du travail.
Les politiques de droite comme « de gauche » ont choisi de s’y soumettre, mais, ces derniers, généralement dans la plus grande discrétion et, sans consulter les citoyens qu’ils étaient sensés représenter. Ils ont décidé plus ou moins consciemment de rendre les marchés tout-puissants.
Depuis lors, la finance globalisée a progressivement inventé les instruments qui lui permettent d’échapper à toutes les règles prudentielles qu’elles s’étaient elle-même donnée effrayée par sa propre voracité. Au cours de ces dernières années, désormais débarrassée de toute contrainte, elle a commencé à prendre toute sa mesure et surdétermine de plus en plus toutes les dimensions de notre vie : sociales, environnementales, politiques, intellectuelles.
La gauche altermondialiste doit voir que la mondialisation américano-financière est condamnée, parce qu’elle comporte cinq contradictions majeures :
- Elle est porteuse de crises financières à répétition,
- Elle est essentiellement inégalitaire,
- Elle est foncièrement prédatrice,
- Elle est source de conflits et de guerres,
- Elle est source de régression démocratique.
L’aggravation des inégalités est partout la règle, depuis près de 30 ans.
Le règne de la globalisation financière n’est pas seulement celui de la paupérisation relative pour le plus grand nombre, il est aussi celui de la paupérisation absolue pour une minorité, hélas croissante, d’exclus
La globalisation financière met en cause la vie sur la planète.
15% par an, même en ne laissant rien au plus grand nombre, cela ne peut pas être un rythme de développement durable, l’alter mondialisme, le social et l’écologie deviennent trois dimensions d’un même combat contre la globalisation financière qu’il est illusoire et vain de vouloir dissocier.
C’est l’ensemble de nos modes de production, de consommation et de transports, qui doivent être transformés ; où le néo-libéralisme économique et surtout financier affiché ne peut être durablement imposé que par l’autoritarisme, c’est-à-dire l’antilibéralisme politique et culturel
La globalisation financière, comme jadis les maîtres de forges, porte en elle la guerre
Sans doute, le capitalisme financier dans son ensemble pourrait-il exister sans les profits des industries d’armement.
Mais le bellicisme sous-jacent à la globalisation financière a un caractère beaucoup plus général que cela.
Réaliser la norme de 15% est chaque année plus difficile et suppose de créer, sur tous les continents, une formidable tension dans l’accès aux matières premières (cher pétrole) ou aux débouchés.
Seul un ensemble de régulations citoyennes peut permettre de conjurer l’ensemble des périls contemporains, qui accompagnent la crise actuelle de la mondialisation. Aucun niveau de lutte n’est inutile ni superflu : des luttes locales aux Forums sociaux mondiaux.
Et la crise, alors ?? Elle n’est donc pas finie ??
Non, elle n’est pas finie car elle porte en elle-même ses propres éléments de contamination :
- La crise s’est étendue d’un marché financier particulier à l’ensemble de la finance : point de départ fin de l’été 2007.
- Deuxième élément de contamination : cette crise est déjà passée de l’ensemble du système financier à l’économie réelle : non seulement plus personne ne nie les conséquences négatives sur l’activité et l’emploi, mais encore, elle atteint depuis la fin de l’année le secteur généralement le plus stable, celui des services aux USA.
- Troisième élément de contamination, enfin : la crise commence à passer de l’économie US au reste du monde ; l’Europe bien sûr, mais aussi l’Asie.
Pour schématiser :
- La majorité des économistes spécialisés considèrent qu’une récession est de plus en plus vraisemblable. La flambée des prix et des pénuries de produits alimentaires développera les premières émeutes de la faim et le risque de leur extension dans toutes les grandes métropoles du tiers monde (cf. l’ appel au secours de Jacques Diouf, secrétaire général de la FAO) : la Chine ou même l’Iran peuvent à la rigueur subventionner quelques temps leurs denrées de première nécessité, mais l’Afrique, le Mexique ? Ils n’en ont pas les moyens.
- De plus, derrière la question sociale immédiate se cache la question écologique sous-jacente : répondre à la demande alimentaire légitime de 9 milliards d’humains est une tâche déjà très difficile. Or, prétendre contourner la crise énergétique par des bioénergies, qui dévorent de l’espace, de l’eau et d’autres formes d’énergie, nous enfonce dans des turbulences dramatiques, par le refus de considérer que les énergies plus ou moins renouvelables ne seront jamais que des succédanées des économies d’énergie et qu’aucune technologie miracle ne sera disponible avant au moins une ou deux générations. De tous les risques immédiats, celui-ci est sans doute le plus difficilement contrôlable et humainement le plus insupportable.
- La spéculation contre le dollar risque de se déchaîner plus fort encore à tout moment : les causes en sont multiples, dont la plus fondamentale est la perte progressive de l’hégémonie du dollar ; d’autres sont plus conjoncturelles, comme l’aggravation du différentiel de taux d’intérêt pratiqués respectivement par la Fed et la BCE, qui rend de plus en plus rentables les placements en Euro.
La mondialisation en cours depuis un quart de siècle est caractérisée par l’hégémonie politico-militaire américaine et par une accumulation financière exacerbée ; plus l’actuelle mondialisation durera, plus elle finira mal ; par conséquent, plus il est urgent d’engager une stratégie de transformation de son cours, et cela dans l’ensemble de ses dimensions ; la dimension Européenne qui aggrave les choses par sa soumission à la Mondialisation n’est pas la moindre. De ce point de vue, le ralliement de Sarkosy au monde anglo-saxon lors de sa visite à Londres n’a rien de réjouissant et fissurera encore davantage le « couple franco-allemand ». Merkel sera repoussée vers une tentation d’une politique « de gauche » que lui reproche déjà la droite allemande.
Le bilan, c’est que la situation du monde est évidemment beaucoup plus grave que ce que prétendent les zélateurs de la mondialisation. Le pire est devant nous.
La politique du pire s’étant toujours retournée contre ses adeptes, on peut simplement souhaiter que les péripéties actuelles n’entraînent pas un véritable chaos, alors qu’il n’y a plus, dans les mois qui viennent, d’autres pilotes dans l’avion américain qu’une poignée d’irresponsables, toujours prêts à nous jouer un remake du Docteur Folamour.
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